‹ Notes d'art et d'archéologie (volume 3)Chapitre 72 sur 77 · Arckivio storico deW arie, juillet 1888, p · texte numérisé non relu

Arckivio storico deW arie, juillet 1888, p

3. C'est ce que prouve une inscription en marqueterie dans la frise d^un priedieu, à gauche.

4. M. Morelli croit que les douze apôtres dont nous venons de parler auront été peints par quelque élève de Cossa d'après les dessins laissés par le maître.

5. Camillo Laderchi, La pittura ferrarese, p. 32 (Ferrara, 1857). Ce travail a été inséré dans les Memorie per la sioria di Ferrara d'Antonio Frizzi (seconde édition, t. V, appendice VU, p. 322).

6. La porte de la chapelle où elle se trouve a des encadrements en pierre j^rise dus à Properzia de'Rossi (1526).

faits miraculeux qu'on luî avait attribués au commencement du siècle. Pendant que Jean Galeas, duc de Milan, assiégeait en 1402 Bologne, gouvernée par Giovanni I Bentivoglîo, Bente Bentivoglio, en allant surveiller les soldats préposés à la garde des murs de la ville, aperçut près de. la porte de San Stefano une femme presque âgée de cent ans, nommée Francesca ou Maria Vinciguerra (i), qui priait devant une image de la Vierge. Craignant que cette femme ne fût complice de quelque trahison, il la fit arrêter et conduire auprès de Giovanni Bentivoglîo qui l'interrogea, reconnut son innocence et la renvoya chez elle. Mais de peur que la dévotion à la Madone ne servît de prétexte à des conspirateurs pour s'approcher des remparts et lancer des lettres aux assiégants, il ordonna d'intercepter la vue de la fresque, au moyen d'un mur. A peine ce mur était-il achevé qu'il s'écroula jusqu'aux fondements. On en éleva un nouveau qui fut l'objet d'une surveillance incessante et qui eut le même sort au mpment où apparut au dessus de lui, durant la nuit, un fantôme mystérieux. Giovanni Beiitivoglio crut voir là un avertissement surnaturel et cessa de s'opposer au culte inspiré par la Madone del Baraccano. Bente fit plus encore. Il chargea un des peintres les plus en renom de le représenter avec Maria Vinciguerra aux pieds de cette Madone. Tel est le récit de Masinj dans sa Bologna perlusirata (2).

MM- Crowe et Cavalcaselle, avec M. Venturi, inclinent à penser que Lîppo Dalmasio est l'auteur de la Vierge, de l'enfant Jésus et des deux figures accessoires. Selon eux, Francesco Cossa, lorsqu'il restaura et renouvela, pour obéir à Giovanni II, la fresque tout entière, ne modifia pas les têtes de Marie et de son fils et respecta les types auxquels s'était habituée la piété populaire ; il laissa également aux portraits grossièrement peints de Bente Bentivoglio et de Maria Vinciguerra leur physionomie primitive. Mais, si les yeux en amande delà Vierge et le visage

1. Elle est appelée Francesca par Masînî, Maria par Pompeo Vizani, auteur d'une Histoire de Bologne. (Voyez Zani, Enciclopedia metodica délie arti, parte I, t. VII, p. 182.)

2. T. I, p. 213. Cet ouvrage fut publié à Bologne en trois volumes in-4'> (1666). La BibUothèque Nationale, à Paris, en possède un exemplaire (Inventaire K 2 181, 2182, 2183). — Voyez aussi Bossi (Giuseppe), Archivio pairio diantiche e moderne Hmcpnhranae Felstnee, Bologna, 1855. — D'après Masini, le peintre auquel Bente s^'adressa aurait été Francesco Cossa, ce qui est impossible, Cossa n*étant pas encore né en 1402.

désagréable de Tenfant Jésus qe rappellent en rîen sa manière, on la retrouve dans les plis des vêtementë et dans les doigts plats des mains. Ce qui lui appartient en propre, c'est le portique grandiose et richement décoré sous lequel se trouve le trône de la Madone ; ce sont les petits anges qui soutiennent au dessus du trône une coquillie et des festons ; ce sont les deux autres anges, placés aux côtés du trône, plus bas que la Vierge, et tenant des flambeaux dorés ; c'est le paysage du fond où Ton distingue des rochers bizarrement découpés, des arbres sans feuilles et des édifices crénelés, comme on en voit dans les fresques du palais de Schifanoia. Quand on observe, en outre, d'une part le chevalier qui gravit un large escalier, de l'autre le prélat et le moine avec une croix, on reconnaît que ces personnages sont exclusivement aussi l'œuvre de Francesco Cossa (i^.

Avant d'aborder sa tâche, le peintre ferrarais, qui partageait la vénération de ses contemporains pour la Madonna del Baraccano, se confessa, dit-on, communia et voulut recevoir la bénédiction de révêque. Son travail achevé, il écrivit sur le piédestal du trône : « Opéra de FranCEscHo del Cossa da Ferrara « MCCCCL... ^ La date n'est pas complète, un des piliers qui encadrent la fresque en cachant une partie ; mais on sait par les livres de la Compagnia del Baraccano que le travail de Cossa fut achevé en 1473. Il reçut, en effet, cette année-là, cent ducats comme prix de sa peinture. Les mots : «Johann. Benti. Bononiae Dominus », écrits sur la corniche du piédestal, sont une adjonction moderne.

Il n'y a pas longtemps que la Madonna del Baraccano était presque toujours invisible au public {2). Un mauvais tableau appliqué sur elle la dissimulait aux yeux du public, et on ne la découvrait qu'à l'occasion de certaines fêtes. Aucun obstacle n'empêche de la regarder à présent (3).

Deux ans après avoir exécuté la fresque dont il vient d'être question, Cossa peignit sur toile a tempera, pour le Foro dei Mercanti, un

1. Ad. Venturi, Francesco del Cossa, dans VArt du 15 février 1888, n<> 570.

2. Elle est gravée dans Litta, mais incomplètement, et Ton ne peut d'ailleurs s'y rendre compte du caractère des têtes.

3. Dans son Graticoîa di Bologna (p. 12), Lamo rapporte qu'aux côtés du maitre-autel de l'église dédiée à la Madonna del Baraccano il y avait deux fresques de Cossa représentant sainte Catherine et sainte Lucie, de grandeur naturelle.

tableau non moins caractéristique (i). C'est à la Pinacothèque de Bologne qu appartient ce tableau (n^* 64, p. 12), où la manière du maître se montre en pleine lumière, dans toute sa maturité (2). Sous une arcade à caissons, la Vierge est assise avec Tenfant Jésus sur un trône dont les bras supportent deux candélabres auxquels s'adaptent des corbeilles pleines de fruits : la mère et le fils regardent le spectateur. A droite, saint Jean TEvangéliste lit un livre que ses mains osseuses tiennent ouvert. A gauche, l'évêque de Bologne, saint Petronio, en costume épiscopal (3), tient entre ses mains le modèle de la ville confiée à sa sollicitude pastorale. A côté de- saint Petronio, au second plan, le juge Alberto de'Catanei, qui, de concert avec le notaire Antonio degli Amorini, commanda le tableau, et dont on ne voit que le buste, est à genoux et s'appuie sur un des bras du trône en joignant les mains. On distingue auprès de sa tête les mots suivants, presque effacés maintenant : « Miser. Alb. de Cataneis. » Aux côtés de l'arcade qui abrite la Vierge, sont agenouillées sur l'entablement de l'édifice deux petites figures représentant l'Annonciation et se détachant sur un ciel sillonné de nuages; celle de droite rappelle par son type, sa coiffure et ses draperies les femmes qui se trouvent dans l'allégorie du mois de Mars au palais de Schifanoia. Dans ce tableau, où tous les personnages sont de grandeur naturelle, sauf le donateur qui est beaucoup plus petit, ce ne sont pas la Vierge et l'enfant Jésusqui inspirent la sympathie. Si la Vierge a de la dignité et même une certaine grandeur (4), la beauté virginale lui fait absolument défaut. Quant à l'enfant Jésus, la vulgarité de ses traits ne laisse pas soupçonner la divinité de sa nature. Sans se montrer trop difficile, on pourrait reprocher

1. Voyez rinterprétation de ce tableau par M. Harck {Diâ Fresken tm PaloJiao Schifanoia in Ferrara, 1884, p. 18.) M. Harck fait observer que les visag-es larges et charnus, les pommettes saillantes, les draperies chiffonnées et cassées procèdent des principes d'après lesquels ont été peintes, dans le palais de Schifanoia, celles des fresques dont Francesco Cossa est Tauteur. Seulement, le tableau de Bolog^ne indique plus d'ampleur dans le style et plus d'habileté dans l'exécution.

2. M. Venturi constate dans ce tableau un g^rand progrès sur les œuvres précédemment exécutées par Cossa. Le modelé est plus puissant, le clair obscur plus vigoureux, et les draperies sont plus flottantes. {Francesco del Cossa, dans VAri du 15 février 1888.)

3. Les plis agités et cassés du manteau, aux pieds de Tévêque, n'ont pas plus de naturel que les draperies exécutées d'ordinaire par Cosimo Tura.

Page 1