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représentant la place du Marché à Rouen, le soir du crime. Tout est désert ; au loin la Seine roule ses flots tranquilles, une seule lueur à une fenêtre ; sur le bûcher (qui est en bois mais qui était en plâtre) une légère fumée montant vers le ciel s'échappe d'un petit tas de cendres qui fut la libératrice de France ; et, descendant l'escalier de la tribune, Cauchon, sombre et farouche, semble accablé par le remords ; c'est très simple et très impressionnant.
M. Arnold Moreaux n'a guère rajeuni le sujet bien vieux de la
Désir é-Lucas. — Le Laboureur et ses Enfants (Artistes Français)
Légende de saint Martin ; M. Meynier a retracé d'un coloris pâle et fade un Jésus âgé disant à ses disciples': Laisse^ venir à moi les petits enfants ; en revanche, c'est dans des ténèbres profondes que M. Walhain place son Christ en croix, auréolé divinement, et criant à son père : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! pourquoi m'avezvous abandonné î » L'expression du Christ est impressionnante quoique trop douloureusement humaine.
Dans le Tobie et VAnge de M. J. Thirion, des indications, de tableau point ; ce n'est pas ce qu'on peut appeler enveloppé, c'est inexistant. Quant à la Guérison du démoniaque par M. L. Stoltz, c'est une scène grandiose et très décorative ; Jésus dans une pose toute naturelle empreinte de dignité et de bonté, accomplit son nouveau miracle, tandis que les Géraséniens, frappés d'admiration et de respect, se tiennent craintivement à distance. La blancheur des mains du Seigneur fait une opposition un peu trop sensible avec le teint bistré de sa face ; les deux tonalités gagneraient à être atténuées et rapprochées.
Le mystère de l'Annonciation a attiré nombre de peintres de l'École italienne; bien peu ont réussi à rendre sans détail choquant cette scène si complexe; Fra Angelico s'y est repris à plusieurs fois et en a fait au moins un chef-d'œuvre, qui se trouve à Cortone, sur les confins de la Toscane et de TOmbrie; certains préfèrent celle qu'il a peinte sur un mur de corridor de Saint-Marc; toujours l'ange est respectueux, la Vierge exprime l'étonnement, la pudeur, l'humilité, la soumission; celles de Raphaël et du Pinturicchio sont parmi les plus belles créations de l'art, aussi les champs de lis blancs, les murs blancs, avec des Marie blanches et des anges blancs nous apparaissent-ils d'une allégorie un peu enfantine et jouer un rôle trop important dans une circonstance solennelle qui est toute de sentiment et de mystère. M. Moreau- Neret a placé sa Vierge dans un parterre de lis et de roses; aux paroles de l'ange, sa jolie figure de jeune fille prend une expression adorable, mélange de joie et de pudeur inquiète, mais l'ange plane derrière Marie, c'est une voix du ciel qui lui annonce sa divine maternité, ce n'est pas Gabriel qui, d'après saint Luc, se présente dans la petite maison de Nazareth sous une forme sensible, et par là même il n'y a plus de dialogue possible entre les deux personnages. Tout cela n'empêche pas que M. Moreau- Néret ait fait une œuvre d'un beau sentiment et digne d'être hautement louée.
M. Luc-Olivier Merson, lui, nous montre le prélude de l'Annonciation. Après avoir traversé un jardin fleuri de marguerites et d'iris, l'ange ayant gravi le perron a ouvert la porte de la maisonnette. A Tunique fenêtre, nous apercevons Marie, auréolée,
enveloppée de vêtements blancs, assise et méditant. Cela est très délicat, comme tout ce que fait M. Merson dont nous retrouvons avec plaisir la petite énigme : Mortes ! La Bénédiction des Epées, de M. Clairin, rappelle la manière de Gustave Moreau; trop de moines parmi ces croisés prêts à aller se battre contre le mécréant. Le beau tableau de M. P. -H. Flandrin: Première prédication de saint Antoine de Padoue, m'impressionne encore plus que lorsque je le vis à l'exposition de la Société de Saint-Jean; l'air
A. Bertram. — Un Hameau en Bretagne (Artistes Français)
inspiré et modeste du saint, le maintien et l'expression variée de ses auditeurs, évêques et confrères, tout cela est présenté avec une sûreté et une sobriété qui en augmentent la valeur. Quelle jolie symphonie que cette Vierge tenant, sur ses genoux, d'un mouvement bien naturel, l'enfant emmailloté ! A comparer, avec cette page de M. Flandrin, le Sommeil de V Enfant Jésus, par M. Eugène Thirion, dans un paysage bleu et vert, qui ne nuit pas à la couleur très douce de la tunique rose éteint de la Vierge; la figure
est d'une délicatesse parfaite. M. Lionel Royer a placé l'Enfant Jésus debout sur un fût de colonne, maintenu par la Madone vêtue de pourpre et de gros bleu, voilée de blanc, aux traits fins et profondément doux, dans un paysage moyenâgeux rajeuni qui fait songer aux primitifs, avec le dessin en plus. Le Repos en Egypte, de M. Nonclercq, nous montre encore une Vierge à l'Enfant, dans un cadre d'une aridité et d'une nudité grandioses, à l'ombre d'un débris de statue monumentale; mais les voiles noirs dont Marie est couverte me semblent peu de circonstance. M. Jacquier a choisi un clair de lune pour y placer la Fuite en Egypte; ce n'est pas Jésus que porte la Vierge, c'est une étoile de première grandeur. Quant à M. Gardette, dans le même sujet, il fait accompagner Fane d'un ange en tunique gros vert ceinturé de rose et tenant un lis à la main comme un cierge; c'est plutôt drôle.
M. Pierre s'est attaqué à une scène, où tous les grands maîtres se sont essayés : L'Elévation de la Croix; le ciel en flammes produit un grand effet, le groupe de la Vierge, de saint Jean et de Madeleine est un peu à l'écart, mais c'est profondément impressionnant, quoique certains trouvent cela vieux jeu.
La barque a accosté le rivage, Jésus s'apprête à y prendre place et le pêcheur dit à la femme du peuple assise près de lui : « C'est celui qui porte la bonne parole »; l'ensemble de la composition de M. Béringuier est d'une bonne couleur orientale, que n'a pas le paysage où M. Bridgmann a placé Marie-Madeleine dans une pose abandonnée aux pieds du Christ assis sur un tertre et lui disant les paroles qui consolent et qui relèvent. M. Ch. Michel, toujours vaillant malgré ses 86 ans sonnés, a groupé dans une harmonieuse variété des humains de toute condition et de tout âge, qui tendent les bras vers la Vierge assise sur un nuage dans le ciel et chantant le Salve Regina; c'est toujours la même honnêteté de dessin et la même franchise de coloris.
(A suivre) R. Le Cholleux
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BIBLIOGRAPHE