A LILLE
' ainte Barbe, patronne de la célèbre confrérie qui porta son nom jusqu'en 1792, a toujours été en grand honneur dans la ville de Lille, où Ton comptait, autrefois, jusqu'à trois chapelles lui étant consacrées. La première était dans l'ancienne église Saint-Etienne, détruite à l'époque du siège de Lille de 1792; elle avait été spécialement recommandée, au Magistrat, par lettres du Pape Léon X. Le 11 juin 1 5 18, une autorisation fut accordée par TEchevinage à ses administrateurs, afin de constituer sur ses biens des rentes héritières jusqu'à concurrence de cinq cents ducats en principal. Un curieux et intéressant tableau ornait cette chapelle; notre
Parmi les récompenses du Salon des Artistes français, nous avons relevé les noms suivants de nos membres titulaires : M. Brunet-Debaisne (médaille d'honneur, Gravure), M. Moreau- Néret (médaille de 2 e classe, Peinturée), M. Th. Laumonnerie (médaille de 3 e classe, Art décoratif).
Nous leur adressons nos plus vives félicitations.
La Rédaction.
collection lilloise en possède une copie prise en 1763 et certifiée conforme à l'original par un notaire royal du nom de Lefebvre.
Ce tableau avait été offert le i3 juillet 1 55 1 , par Antoine de Tenremonde, seigneur de Mérignies et de la Broyé, pour perpétuer le souvenir d'une grâce attribuée par son père à Tintercession de Madame Sainte Barbe. Ce dernier, Guillebert de Tenremonde, ne cessait d'invoquer la sainte pendant la bataille de Monthléry, à laquelle il assistait le 16 juillet 1465, dans les troupes du duc de Bourgogne. Frappé à la tête d'un coup de serpentine, qui tua deux gentilshommes à ses côtés, et laissé pour mort pendant trois jours, il se remit miraculeusement, et par reconnaissance il fit suspendre dans la chapelle de sa protectrice son heaume troué et le projectile qui l'avait atteint.
Guillebert de Tenremonde fut bailli de Lille; il en avait prêté le serment en Halle, le I er septembre 1485.
La corporation des graissiers de Lille fut autorisée par le Magistrat, le 2 décembre 1730, à faire établir un buffet dans la chapelle de Sainte-Barbe à l'église Saint-Etienne.
Une seconde chapelle en l'honneur de sainte Barbe était érigée en l'église Saint-Sauveur, qui eut aussi beaucoup à souffrir du siège de 1792 et fut complètement incendiée en 1896; on n'a guère de renseignements sur le compte de cette chapelle, des notes manuscrites font connaître que la foudre tomba sur elle le 6 août i658.
C'est la troisième chapelle de Sainte-Barbe, fondée en l'église Saint-Maurice, qui doit attirer particulièrement l'attention par son importance et par la façon dont elle se rattache à l'antique confrérie lilloise; c'est, en effet, aux confrères de sainte Barbe qu'était confiée l'administration de cette chapelle, dont les comptes, conservés dans leurs archives, se suivent, sans trop de lacunes, pendant une période de près d'un sièele, de i663 à 1756. Le dépouillement de ces comptes nous a fourni des renseignements et des détails d'une valeur indiscutable.
La date de la fondation de la chapelle de Sainte-Barbe ne saurait être exactement déterminée; mais il est certain qu'elle est due à Agnès Delebecque, femme de Charles du Bois, seigneur
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d'Herrignies, qui avait fait, dans ce but, un legs important à la confrérie de Sainte-Barbe, dont il était grand connétable au commencement du xvi e siècle.
Un chapelain, ordinairement un prêtre de la paroisse, y était attaché pour la célébration des offices, et deux membres du Serment, sous la dénomination de Ministres de la Chapelle, étaient chargés d'en surveiller les recettes et les dépenses et d'en présenter le compte chaque année, généralement à l'époque de l'Ascension. Le greffier de la Compagnie les aidait dans leur tâche, moyennant rétribution.
Les ressources mises à leur disposition étaient de diverses sortes. Elles provenaient des quêtes ou pouvchas et des offrandes, qui se faisaient pendant le service divin; des produits d'un tronc placé dans la chapelle pour recevoir les dons des fidèles et du tronc du tirage, qui était évidemment installé près du berceau, dans la propriété des confrères de Sainte Barbe, située rue des Malades; du montant des amendes pour infractions aux règlements, et des taxes imposées à ceux qui désiraient l'exemption de quelque garde ou parade.
En dehors de ces revenus, il en existait d'autres plus importants, tels que des rentes annuelles payées par les Etats de Lille, d'autres rentes servies par la confrérie de Sainte-Barbe ellemême, au nom de la fondatrice et de divers donateurs, et des sommes versées par les confrères ou leurs familles pour faire chanter des obits à leur mémoire ou à celles de leurs parents. Une autre source de recettes éventuelles était le droit perçu pour porter, aux enterrements des confrères, l'image et le goufanon de Sainte Barbe, chaque fois que cet honneur était réclamé.
Outre les objets nécessaires au culte, tels que missels, chandeliers, aubes, nappes d'autel, buffet, etc., qu'une servante ou paroire était chargée d'entretenir, la chapelle possédait des statues de sainte Agnès, de sainte Isberghe et de saint Renelde, qu'on honorait particulièrement. Le compte de 1682-1683 mentionne un.paiement de neuf livres pour impression de deux mille oraisons de sainte Renelde.
Beaucoup d'objets devaient être en métaux précieux, car il est souvent question de gratifications au « serviteur ou valet d'armes
pour avoir veillé les argenteries de madame sainte Barbe » pendant la nuit qui précédait les grandes cérémonies.
Ces cérémonies étaient d'abord la neuvaine qui préludait à la fête annuelle de la patronne et pendant laquelle la messe était dite chaque jour; les processions qui avaient lieu à certaines époques de l'année, notamment les jours de la dédicace et du patron; les messes célébrées à l'occasion des fêtes de sainte Agnès (21 janvier), de sainte Isberghe (21 mai) et de sainte Renelde (7 juillet). La première de ces fêtes était toujours suivie, le lendemain, d'un obit pour le repos de Tàrne de la fondatrice et Ton faisait aux pauvres une distribution de pains et de saucisses.
Les dépenses de la chapelle étaient réglées sur quittances. Aux frais des services religieux énumérés ci-dessus, il fallait ajouter ceux nécessités par l'entretien, les salaires de l'organiste et du souffleur, des sonneurs et batteleurs (carillonneurs), des petits clercs qui portaient les chandeilles à la procession, des porteurs de bannières, les droits du bailli, ainsi que le prix de l'allumage et de la fourniture des chires ou cierges, dont la consommation était généralement assez forte et celui de petites images de sainte Barbe commandées par centaines à la communauté des Sœurs grises, pour être distribuées aux confrères le jour de la fête patronale au mois de décembre.
Pour donner une idée de ce que pouvaient recevoir et dépenser les ministres de la chapelle, pendant le cours d'une année, voici un résumé du compte de 1 663- 1664 :