DÉPENSES
Services religieux 47 livres 1 8 sous
Organiste et souffleur, sonneurs et batte-
leurs, petits clercs, etc 8 *> 3 »
Cierges 62 » 20 »
Images de sainte Barbe 7 »
Pains des obits et saucisses 36 »
Service et entretien 38 » 17 »
Greffier 6 »
Total 204 livres 58 sous
Soit 206 livres 18 sous.
L'exercice se clôturait donc par un excédant de recettes de 7 livres 7 sous.
Les confrères de sainte Barbe entretenaient avec le plus grand soin la chapelle de leur patronne, qui recevait parfois des dons assez importants. En 1676, par exemple, le canonnier Jean Frau lui fait, à son décès, une donation de cent livres, et l'on commande cinq messes pour le repos de son âme. Un crucifix à niche ayant été offert, en i683, par quelque personne pieuse, on achète pour l'orner une petite statuette de sainte Barbe, en argent, du prix de 28 livres; il n'en coûte pourtant que 14 livres à la caisse des administrateurs, la différence étant comblée par des largesses particulières. Enfin, en i685, un sieur Louis Masurel, qui, cependant, n'appartenait pas au Serment, lègue par testament, à la chapelle une somme de 200 livres.
En 1689, P ar raison d'économie, sans doute, une résolution est prise, en chambre et de concert, par les officiers de la confrérie et les ministres de la chapelle, pour fixer le nombre des offices religieux annuels. En vertu de cette résolution les messes de sainte Isberghe et de sainte Renelde sont supprimées; celle de sainte Agnès et Yobit de la fondatrice sont remplacés par un service de moindre importance. Seuls, quatre obits et deux messes sont conservés, avec distribution de trente à quarante pains de 2 patars.
Deux ans plus tard, la chapelle de Sainte-Barbe fut dépouillée
I2Ô NOTES D'ART ET d'âRCHÉOLOGIE
légalement de ses argenteries, que Ton gardait avec tant de sollicitude. Les finances de Louis XIV, à la fin du xvn e siècle, se trouvaient dans un tel état de gêne que les impôts de tous genres ne suffisaient plus à les remettre à flot; c'est pourquoi le gouvernement royal eut recours à la refonte générale des monnaies et bientôt après à leur surhaussement. Au mois de décembre 1689, un édit obligea toute personne ayant chez elle de l'argenterie audelà du poids d'une once, à la porter à la Monnaie, pour être convertie en espèces ayant cours. Les églises et les communautés ne furent pas exemptes de cette mesure; et en 1691, les ministres de la chapelle se virent forcés de remettre à l'Hôtel des Monnaies de Lille, créé depuis i685, tout ce qu'ils possédaient en métaux précieux. D'après leur compte de 169 1- 1692, ils reçurent en échange une somme de quarante-neuf livres. Les chapelles de Sainte-Barbe des églises de Saint-Etienne et Saint-Sauveur étaient plus riches que celle de Saint-Maurice, car, d'après une liste officielle, la première reçut pour le même objet cent trente-neuf livres un sol, et la seconde soixante-une livre quinze sols.
Le Serment avait décidé, dès 1687, que le droit d'entrée des nouveaux membres, réduit à six livres, serait versé, désormais, dans la caisse des ministres de la chapelle. Une subvention extraordinaire de douze livres leur fut de plus accordée en i6g3, et en 1698, on finit par leur abandonner le loyer d'une petite maison qui avait figuré jusqu'alors parmi les recettes des petits connétables de la confrérie.
A partir des premières années du XVIII e siècle, les comptes de la chapelle ne sont îplus tenus avec la même régularité qu'auparavant. Us embrassent parfois une période de plusieurs années et les ministres, portés au nombre de quatre, et même de six, et désignés à leur entrée en fonctions sous le nom de maîtres modernes, les établissent séparément et seulement pour le temps de leur gestion personnelle, devenue d'une durée tout à fait arbitraire. Mais le zèle pieux des confrères est loin de se ralentir ; il est facile d'en citer quelques preuves.
(A suivre). A. dk Mfunynck.
La Peinture aux Salons de igo3
(suite)
ans une chapelle, une Pietà en marbre, entourée de femmes, d'enfants, d'hommes priant avec recueillement; un encensoir posé sur le sol devant le piédestal laisse échapper un flot de vapeurs dans lesquelles se précise la silhouette diaphane d'un ange auréolé, aux ailes éployées : telle est la savante composition d'une si religieuse inspiration que M. A. de Richemont a intitulée Encens et à laquelle il donne comme épigraphe explicative ce vers du psaume CXL :
Oratio sic ut incensum.
Le grand triptyque de M. Aubert est une peinture murale à la cire, ce qui explique cette absence de valeurs et cette uniformité de tons, un peu monotones dans un Salon, mais tout à fait adéquates à la décoration d'une église : c'est d'abord Marie à Nazareth, que je ne savais pas si près du lac; puis Marie au pied de la croix, que l'on voit seul, et cela me choque autant que dans la toile de M. Jules Lefebvre; enfin Marie revient du Calvaire, toujours accompagnée de saint Jean et de Marie-Madeleine. M. de Schryver a donné à sa Martyre attachée à un poteau, seule dans la nuit, une fort belle expression de souffrance, son regard s'élève douloureux vers le ciel, son seul espoir.
L'église de Gondreville (Oise) va recevoir la Légende de la vie de saint Martin, triptyque peint par M. Edouard, hors concours, s'il vous plaît; c'est un prétexte pour faire passer à la postérité les traits de toute la famille et de tous les amis du peintre; ce n'est peut-être pas suffisant. J'espère que la Naissance du Sauveur, de M. Gorham, ne figurera pas dans un « lieu de culte »: c'est presque indécent, la Vierge dormant sur un grabat en pleine lumière et dans une pose par trop réaliste en la présence des bergers ; aussi saint Joseph a-t-il l'air fort ennuyé. Le Christ au roseau, de M. Guillon, est plutôt aussi un portrait. La scène retracée par M. Apoil est vraiment étrange : saint Jean-Baptiste, chargé de fers, profite des courts instants perdus par le bourreau à bien caler son billot, pour faire une petite leçon à Salomé qui, le plat d'étain sous le bras, attend, tranquillement assise, la fin de la petite opération. M. Matisse a couvert sa toile d'un invraisemblable mélange d'oiseaux de paradis, de fleurs, de papillons, de chérubins, avec peut-être une Vierge et un Enfant Jésus, et c'est la Sainte Famille !
M. Francis Tattegrain — et je ne serai pas le dernier à l'en louer — consacre une grande partie de son beau talent à la glorification de l'histoire de sa petite patrie, la Picardie; cette année il nous donne le Gué d'Etaples, avec cette explication tirée des Chroniques de L. de Brésin et A. Morin, que, le 16. septembre 1544, les Boulonnais, leur ville prise de Tavant-veille, s'acheminaient vers Abbeville, clergé en tète, et poussés par les Anglais furent contraints de passer à gué le havre d'Etaples subitement grossi par une pluie diluvienne; un grand nombre furent noyés. M. Tattegrain a le sentiment profond de la marche des foules, et cette impression d'effroi des catastrophes. Son ciel chargé de pluie, que crève un pâle rayon de soleil, donne une teinte mate à la scène de désolation qu'il nous montre. Pêle-mêle, femmes, enfants, guerriers, moines, rustres et bourgeois, s'abandonnant ou s'entr'aidant, luttant contre la bourrasque et contre le courant ; les ornements du clergé tranchant par leurs ors dans la terne atonie des vêtements détrempés; et dans le lointain les Anglais, armés de lances, fièrement campés sur leurs chevaux, assistant impassibles à la déroute, — tout cela est écrit avec une facture si
sûre et un rythme si harmonieux, qu'on ne se lasse pas de contempler cette magistrale page d'histoire.
La toile de M. Désiré-Lucas : Les derniers conseils d'un laboureur à ses enfants, me semble admirablement répondre aux desiderata que j'exprimais en commençant cet article à propos de la peinture de genre. L'artiste a choisi l'heure propice : un peu avant que le jour ne s'éteigne, comme va s'éteindre cette existence épuisée. Le mourant, qui tente de réchauffer au foyer ses membres déjà glacés par la mort, se confond presque avec ces murailles familières qui ont vieilli avec lui et à la matière dure et grise desquelles il semble s'être identifié. Les trois fils écoutent les conseils paternels avec le reflet de leur caractère propre : l'aîné, se carrant sur l'unique chaise, affirme déjà son droit de futur chef de famille, et sous son attention déférente, se lit visiblement la conscience de son autorité; le plus jeune, assis sur la pierre même du foyer, plus près de l'enfance aimante, laisse percer une pointe d'attendrissement ; quant au deuxième fils, qui ne fut ni considéré dans la maison comme le premier né, ni gâté comme le cadet, dont on n'a pas cherché à développer l'intelligence, qu'on n'a pas réchauffé de caresses, c'est la brute, concentrée et effacée, dont la physionomie n'exprime ni le regret d'une séparation pénible, ni même la satisfaction d'une rancune enfin vengée. En cette heure solennelle d'une réalité poignante, passe comme un sanglot étouffé, et l'œil se porte vers la femme, qui ne compte pas dans ce milieu et dont la silhouette s'estompe là-bas dans l'ombre. Ne croyez-vous pas qu'en exécutant une telle œuvre l'artiste avait autre chose qu'une brosse entre les doigts ?
Une des belles toiles du Salon, c'est La Deule à *Pont-à- Dendin par M. Gustave Grau. Sur une péniche, des enfants jouent ou cousent, pendant que la mère dirige le gouvernail et que le père pousse à la perche ; la rivière se perd dans le lointain, en un joli paysage, et sur la rive les fours à coke en pleine activité encadrent d'une note chaude cette scène toute simple, mais traitée avec grandeur et puissance. Dans la même salle la grande toile de M. Etcheverry, Vertige, retient les badauds, comme un scandale mondain : J'aime fort de M. Maxence le coup de soleil rouge du plus joli effet sur le velours écarlate que portent de jolies
1 3o notes d'art et d'archéologie
moyenâgeuses en un paysage simple et vrai, dans le Calme du soir ; YEtude de la plantureuse blonde, heureuse de vivre et de se voir si bien habillée, est peut-être un peu moderne. M. Georges Claude possède un pinceau très franc : ses Italiennes à la fontaine, dans une rue en pente, enveloppées d'une belle lumière, forment une gracieuse composition plus fondue que les blancs, les noirs, les verts et les écarlates de la Procession de la Fête-Dieu ; cela est vrai, mais forcément un peu criard.
M. Mestrallet, qui a un bon portrait d'homme, me paraît avoir commis une faute de perspective dans son Embuscade ; le chariot convoité par le seigneur pillard est trop près pour être si petit : c'est une réflexion que j'ai entendue de nombreux passants que la belle tenue de la toile intéressait à juste titre. M lle Juana Romani — avec sa blonde drapée de rouge, prestigieuse et éclatante, qui est M llc de Luynes — expose le portrait de la duchesse Palmella, d'une transparence qui a quelque chose d'effrayant ; sa pâleur mate avive les yeux qui veulent vivre et qui semblent près de s'éteindre.
Parmi les autres portraits les plus remarqués, j'apprécie surtout ceux qu'ont signés MM. Roybet, Duffaud, Chartran, M me Delacroix-Garnier, MM. Flameng, Humbert, Layraud, Hébert, Gogghe, etc., ceux de M. Baschet, très cotés, ont des attaches un peu trop étroites avec certains Velasquez.
A signaler encore la grâce et la joliesse de la Chatouilleuse de de M lle Achille-Fould ; le délicat et blond crépuscule, Rue de Turbigo, par M. Luigi Loir, dont le Souvenir de ipoo est un peu du réchauffé ; la Promenade en mer de M. Ridel dont quelques morceaux sont exquis, mais qui a accumulé les détails les plus invraisemblables, les plus faux ; une Méditation de M. Lybaert qui rappelle par son exactitude et sa finesse certains portraits de Mabuse, voire d'Holbein ; le Chartreux bien d'actualité de M. Pinta, petite étude, solidement peinte ; la grande toile décorative, si vigoureuse, de M. Maignan, représentant les mineurs de la Loire, La journée finie, dans un vaste paysage du pays noir ; les sucreries tout rose et tout azur de M. Marioton ; l'élégante silhouette de dame en noir d'une souplesse et d'un éclat merveilleux, par M me Vallet-Bisson ; les Vieilles <Porteloises
notes d'art et d'archéologie I 3 1
de M. Moleux, d'une touche énergique et sincère, avec une lueur venant du poêle d'un très heureux effet, scène bien vue et bien rendue ; la Bénédiction des enfants le samedi saint, intérieur d'église bien compris, par M. Luzeau-Brochard ; un autre Intérieur d'église par M. Decamps, bien éclairé, mais qui gagnerait à être « habité », comme celui de M. Verdier plus intéressant par cela même ; les beaux poissons, surtout le gros rouget que M. Guillou fait porter dans les bras du jeune fils du pêcheur; les jolis enfants de marin prenant leurs ébats au bord de la mer et fouillant le filet de la pêcheuse de crevettes, scène de la vie journalière à Wissant magistralement rendue par M me Demont- Breton ; les formes exquises et vaporeuses des Fleurs du matin de M. Ed. Bisson ; les Hollandais empaillés de M. Bellan ; la gaîté lumineuse de ce quasi drame de Voyage interrompu où M. Boutigny nous montre un Fra Diavolo fort sensible aux charmes de ses prisonnières ; la Vieille paysanne méditant de M. Victor Bourgeois; le Bénédicité des hospitalières de Beaune par M. J. Bail, dont je n'ai pas besoin de refaire la description ; la belle fille égrenant le maïs et chaudement éclairée par la flamme ardente du foyer, appelée Naitoure par M. Girardot, qui expose aussi une Fin de journée ensoleillée, panneau décoratif agréable; la symphonie en blanc et blond de M. Azambre, Bouquet d'hiver ; Avant le repas, un bon effet de lumière dans une allée ombreuse du presbytère, par M . l'abbé Van Hollebeke ; le polyptyque tout à fait original et vibrant de M. Moulin, contant le Poème d'Amour d'Orphée ; les intérieurs familiaux fort bien traités de MM. Berger et Moreau-Néret; le cabinet de travail encombré de paperasses par M. E. Laurent dont j'aime moins le portrait de dame en blanc, pas du tout avantagée par le procédé employé ; les éphèbes hennériens de M. Zwiller durant la première nuit d'angoisse, après avoir été chassés du paradis, car il paraît que c'est Adam et Eve (l'ange au glaive flamboyant nous indique que le paradis avait un dolmen comme porte); la touchante scène où M. Renard nous montre le Viatique apporté dans sa cellule à une jeune religieuse mourante ; les beaux chiens de M. Hermann- Lévi, à la Sortie du Chenil ; le transparente nymphe endormie de M. Henner ; la jolie allégorie Fleurs du matin de M. Ed. Bisson;
l32 NOTES DART ET D ARCHÉOLOGIE
Solitude de M mo la marquise de Wentworth, religieuse dans un cloître, beaucoup mieux que le portrait de M llc X... (ou C.) par la même artiste américaine, récemment décorée, d'ailleurs, de la Légion d'honneur tout comme Rosa Bonheur et M mo Demont- Breton ; personne ne fut plus étonné de voir ce portrait sur la cimaise que les membres du jury qui croyaient l'avoir refusé irrévérencieusement; un ordre supérieur et paternel serait, paraîtil, venu réparer cette... distraction du jury.
Je ne puis m'étendre comme je le voudrais sur notre si remarquable école de paysagistes. Car s'il y a un progrès dans l'art de la peinture, depuis un demi-siècle, c'est dans cette branche qu'il faut le chercher. Le grand mérite des Courbet, des Corot, des Daubigny, fut de découvrir l'air, et leurs successeurs en ont largement profité. Témoin les aspects si variés et si vrais de la nature que nous montrent MM. Harpignies, Jules Breton, Adrien Demont, Pointelin, Guillemet, Gosselin, Didier-Pouget, Cachoud, Moteley, Wallet, Gagliardini, Planquette, Bertram, Laugée, Chigot, M rac Nanny Adam, M lle Valentine Pèpe, etc.
Je m'arrête. Je ne saurais émettre la prétention de n'avoir rien omis qui fût digne d'attention dans les deux Salons de peinture de 1903 ; mais qu'on veuille bien considérer que j'ai eu à examiner 3.142 tableaux et l'on comprendra que quelques-uns aient pu échapper à mes consciencieuses investigations. Malgré certaines critiques que m'imposait l'impartialité, ce m'est une joie de reconnaître la haute valeur de l'art français à notre époque et sa supériorité incontestée sur celui de tous nos voisins, Saxons ou Latins.
R. Le Cholleux
BlBUOGRflPHlE
Reiablos epaiioles ojivales y de la transition
al renacimiento, par D. E. Serrano
Fatigati, grand in-8, 31 pp. et 12
pi. hors texte, Madrid, 1902.
Ce travail est consacré à l'examen rapide
de seize retables, huit en pierre et huit en
bois, — des retables parfois à l'aspect sobre
et à la sculpture sévère, comme celui de
los Sastres, à la cathédrale de Tarragone
(xiv° siècle), mais plus souvent de vrais
édifices compliqués, taillés avec une aisance
et une délicatesse extraordinaires, puis
peints, dorés, enluminés avec un luxe et
une finesse qui en font des merveilles. La
plupart remontent au xv e siècle ou au
xvi° siècle. Plusieurs d'entre eux sont tout
à fait de style flamand (en totalité ou en