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A. BOUILLET

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE SAINT-JEAN

Procès-verbal de l'Assemblée générale du /o décembre iqoi

s membres de la Société de Saint-Jean.se sont réunis en assemblée générale le vendredi 19 décembre 1902, à cinq heures, au presbytère d'Auteuil, 4, rue Corot, sous la présidence de M. l'abbé Bouillet, président de la Société.

Etaient présents : MM. l'abbé Bouillet, président, de Richemont, vice-président, Berger,

trésorier, Lambert, secrétaire-adjoint, Moreau-Néret, membre du Conseil, Castex, Delbeke, Girard, Keller, Lenormand, Richardière et Rigaud.

M. Lambert donne lecture du procès-verbal de la réunion mensuelle du 5 décembre. Ce procès-verbal est approuvé sans observations.

M. le président met aux voix la nomination comme membre titulaire de M.deVillenoisy.

A l'unanimité M. de Villenoisy est nommé membre titulaire de la Société de Saint- Jean. M. le président annonce à rassemblée que M. de Villenoisy accepte la proposition qui lui a été faite, de diriger les Notes d'Art et d' Archéologie en remplacement de M. Emile Eude, obligé par ses occupations de quitter la France.

M. le président donne à l'Assemblée connaissance d'une lettre de M. Vincent-Darasse, par laquelle il exprime ses regrets d'être obligé pour raisons de santé de renoncer à ses fonctions de secrétaire principal, et ses remercîments pour les témoignages de gratitude et de sympathie qui lui ont été adressés.

M. le président annonce à l'Assemblée que M. Richardière accepte de remplacer M. Vincent-Darasse et propose sa nomination comme secrétaire principal. A l'unanimité M. Richardière est nommé secrétaire principal.

M. Richardière donne alors lecture d'un projet de circulaire destinée à tous les membres de la Société de Saint-Jean, pour leur annoncer l'intention de la Société, d'organiser vers le milieu de février, une exposition d'œuvres d'art.

Après quelques modifications proposées par MM. de Richemont et Keller, la rédaction de cette circulaire est approuvée, et l'Assemblée décide qu'elle sera envoyée le plus tôt possible aux membres de la Société.

M. Lambert rend compte de ses démarches auprès de MM. Poulain et Tournade. H en résulte que la salle du 76, rue des Saints-Pères, peut nous être louée vers la fin de février, moyennant un loyer de 100 francs; mais le chauffage et les frais de gardien seront à notre charge.

L'Assemblée exprime le désir que de nouvelles démarches soient faites pour préciser les charges qui incomberaient à la Société, et la date exacte à laquelle cette salle pourrait être à notre disposition.

L'ordre du jour appelle la discussion du projet d'exposition à Lourdes. M. de Richemont, membre de la commission désignée à la dernière réunion mensuelle pour s'occuper de cette question, demande à l'Assemblée dans quelles conditions elle désire que la Société prenne part à cette exposition.

Après discussion, la proposition suivante est mise aux voix sur l'initiative de M. Lenormand : a La Société de Saint-Jean accepte de participer collectivement à une exposition d'art religieux à Lourdes, aux frais individuels des exposants. Elle ne désire pas en assumer seule la responsabilité et y être seule représentée. » Cette formule est adoptée par l'Assemblée, et M. Richardière est prié d'en fait part à M. Arcos, qui, le premier, a proposé à la Société d'exposer des œuvres d'art religieux à Lourdes.

L'Assemblée, suivant son ordre du jour, étudie l'organisation d'un concours d'images. Après échange d'opinion entre MM. Girard, de Richemont, Castex, M. Moreau-Néret propose qu'il n'y ait pas de sujet imposé, mais concours d'idées ; chacun des concurrents apportant une idée d'oeuvre d'art religieux, exprimé par la peinture, la sculpture, la gravure, le dessin, enfin un procédé quelconque. Le jury ferait alors choix d'une ou de plusieurs des oeuvres les plus remarquables ; la Société décernerait des primes à l'auteur, (ou aux auteurs), de ces œuvres, et les ferait éditer. Cette proposition est adoptée, et les membres de la Société peuvent considérer dès maintenant que le concours est ouvert.

Il est procédé ensuite à l'élection de cinq membres du Conseil en remplacement des membres sortants qui sont : MM. Lambert, Moreau-Neret, Louis Noël, Theunissen. 11 y a cette année cinq membres à élire.

Nombre de votants : 12.

Premier tour. — MM. Flandrin, 12 voix.

Richardière, 10 voix.

Deuxième tour. — MM. de Richemont, 12 voix.

Keller, 10 voix.

Troisième tour, — M. Delbeke, 10 voix.

MM. Flandrin, Richardière, de Richemont, Keller, Delbeke, sont élus membres du Conseil pour trois ans.

La séance est levée à 6 heures 40.

Le Secrétaire- Adjoint ,

Marcel LAMBERT.

Notes de Province & de l'Étranger

* \ Anjou. — Archives départementales. — Dans l'ancienne sacristie des Bénédictins de Saint-Aubin on a exposé, sous vitrines, des manuscrits, des dessins, des cartes d'un vif intérêt, se rapportant à de curieuses époques de notre histoire locale.

Dans son intéressant rapport au Conseil général, M. Sache, archiviste du département, annonce qu'il va bientôt faire imprimer l'inventaire des abbayes de Saint-Florent-le-Vieil et de Saint-Florent-lès-Saumur. Il donne aussi quelques détails sur les fouilles pratiquées à Chalonnes-sur-Loire, au lieu dit Pierre-Cou, au mois de février 1901.

— Archéologie. — La Société artistique des Monuments de la Loire a acheté, comme on sait, l'admirable abbaye d'Asnières, chef-d'œuvre du style Plantagenet. Dans l'église, on a découvert un très beau carrelage du xm e siècle dont le chœur était pavé, puis cinq tombes du xm e et du xiv e siècle, ainsi que la pierre du grand autel. La même Société a pris sous sa garde, à Saumur, la maison si curieuse de René d'Anjou. Elle a obtenu que l'on refit la toiture de l'église de Trêves.

M. le chanoine Pinier, supérieur de l'Externat Saint-Maurille d'Angers, a fait l'acquisition du cloître et de l'église collégiale de Saint-Martin. A la fin de l'année 1903, le nouveau propriétaire y fera faire d'importants travaux de restauration, pour la plus grande joie des archéologues.

Le Ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts a classé comme monuments historiques: les ruines de l'église Toussaint (29 janvier 1902), le logis Barrault (29 janvier 1902), l'hôtel des Pénitentes situé boulevard Descazeaux (I er août 1902), une verrière du xvi e siècle placée au fond du chœur de Brissac (2 mai 1902), la partie ancienne de l'hôtel

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de ville de Sa u mur, enfin un grand nombre d'objets mobiliers appartenant aux commune* d'Angers, Béhuard, Blaison, Pellouailles, Soûlai re-et-Bourg, Jarzé, Cerqueux-de-Maulévrier, Champtoceaux, Chaudron-en-Mauges, Longeron, Montsoreau, Puy-Notre-Dame, Saumur et Marigné(i2 avril et 6 juin 1902).

On a fait, au mois d'août, d'importantes fouilles à la cathédrale. Toutes les substrurtions du transept, du chœur et des absides de l'église du xi e siècle ont été retrouvées. Derrière le grand autel actuel, on a découvert le cœur de Marguerite de Sicile, déposé à Saint-Maurice en 1299. Au pied de l'escalier qui conduit à la salle synodale, on a pu apercevoir le cercueil en plomb qui renferme le corps de l'évêque Jean de Vaugirault.

Au cours de sa session du mois d'août, le Conseil général a reçu du préfet de Maineet-Loire d'intéressants détails sur les restaurations de la tour Saint-Aubin, de l'église Saint-Serge, du musée Saint-Jean, des peintures murales de l'Hôtel-Dieu, du château de Durtal, de l'église de Pontigné, de l'église du Puy-Notre-Dame, du château de Saumur, de l'église de Nantilly, de l'église Saint-Pierre de Saumur, de l'église de Trêves, de l'église de Cunault, de la chapelle Saint-Sauveur à Saint-Florent-le-Viel, de la tour d'Evrault et de l'ancienne église abbatiale de Fontevrault. On espère obtenir le dégagement de cette dernière église, actuellement coupée dans sa hauteur par des planchers et occupée par des magasins et des dortoirs de la maison centrale, dès lors l'église de Fontévristes retrouverait sa beauté primitive, et les statues des Plantagenets pourraient reprendre leur place au lieu même des anciennes sépultures.

Le 29 septembre, les ouvriers occupés aux tranchées pour la pose des fils électriques, place du Ralliement, ont mis à découvert des cercueils de pierre de Doué et contenant encore des ossements humains. [<Anjou Historique,)

BIBLIOGRAPHIE

Les peintures d'Hippolyte Flandrin a l'église de Saint-Vincent-de-Paul, a Paris. — Paris, chez Bulloz, 21, rue Bonaparte.

Les grandes fresques d'Hippolyte Flandrin, à l'église Saint-Vincent-de-Paul, peuvent être considérées comme l'un des chefs-d'œuvre de la peinture religieuse au xix c siècle.

Cinquante ans ont passé depuis le jour où l'artiste, après un labeur acharné de trois années, livrait au jugement de la postérité cet ensemble magistral, dans lequel il a rêvé de transcrire pour les yeux ce thème grandiose : « L'Evangile, prêché parmi les nations, leur ouvre la voie du Ciel ». Durant ce demi-siècle, bien des renommées se sont éteintes, mais la pure gloire de Flandrin n'a fait que grandir et s'affirmer.

Voici le jugement porté sur cette merveille de l'art chrétien par l'illustre Beulé, dans l'éloge de Flandrin prononcé devant l'Institut :

« La frise de Phidias apparut à Flandrin comme un modèle périlleux à imiter, mais comme un attrait inévitable. U s'y livra, sûr d'être protégé contre les dangers de l'imitation par l'abîme qui sépare notre épopée religieuse du polythéisme païen. Ce ne sont plus des vierges séduisantes ou de fougueux cavaliers qui forment le cortège, mais

des solitaires, des esclaves, des martyrs; la beauté ne décide plus du choix, c'est la sainteté; on ne porte plus à Minerve un voile magnifiquement brodé, on offre au Dieu dont le sang a racheté le monde, l'abandon de soi-même, les tortures, le mépris de la mort volontairement provoquée; ce n'est plus vers l'Acropole que la procession se dirige pour immoler cent bœufs aux cornes dorées, c'est vers le Ciel où la palme est préparée, et les élus quittent la vallée des larmes pour le séjour des délices éternelles...

a Flandrin se délectait dans ses croyances religieuses et dans son amour de l'antiquité, conciliation facile, puisque la plupart des saints étaient Grecs ou Romains. Aussi a-t-il fait, en les purifiant, de nombreux emprunts à la civilisation païenne : costumes, coiffures, ajustements, attributs, autels, vases, objets du culte. Les figures elles-mêmes ont quelque chose de doux et d'idéal, qui éveille en nous des souvenirs de l'art grec. Mais en s'appropriant ces trésors, Flandrin reste simple; il est à la fois riche et naïf, qualités si rarement unies. On ne surprend rien d'inégal ni de faible ; tout est élégant, heureux, exquis, tout dénote un art retrempé aux sources vives et qui veut être vrai. Aussi, les contemporains de Flandrin ont-ils salué avec raison une œuvre protégée par la grande ombre de Phidias du nom de Panathénées chrétiennes,.. »

La mesure exacte de chacune des grandes frises de la nef exécutées par Flandrin est de 39 mètres sur 2 m 70. Dès 1855, aussitôt après son achèvement, l'auteur avait lui-même reproduit toutes ses peintures dans un album de lithographies au trait; mais ce procédé ne donnait qu'une idée incomplète et tout à fait sommaire de l'œuvre.

Aussi, depuis longtemps, avait-on souvent exprimé le vœu de voir publiées et mises à la portée de tous, de bonnes et fidèles reproductions par les procédés modernes de la photographie.

Le travail présentait malheureusement des difficultés techniques considérables, devant lesquelles les éditeurs avaient toujours reculé : manque d'éclairage, nécessité de construire des échafaudages spéciaux, détériorations partielles des fresques par la différence des pierres employées pour la construction, etc.

Grâce au précieux concours que M. Bulloz a trouvés auprès de la Ville de Paris et de la paroisse de Saint-Vincent-de-Paul, il a pu mener à bien et présenter au public un album digne de l'œuvre du maître. E. E.

Les Grands Artistes : Eugène Delacroix, par Maurice Tourneux. — Tiiùn, par Maurice

Hamel. — Rubens, par Gustave Geffroy, (3 in 8°, 128 pages et 24 gravures à 2 fr. 50.

Paris, H. Laurens, 6, rue de Tournon).

Après le succès des trois premiers volumes de cette collection : Raphaël, par M. Eugène Mùntz ; Albert Durer, par M. Eugène Marguillier et Watteau, par M. Gabriel Séailles, l'excellent éditeur M. H. Laurens, vient de publier les trois nouveaux volumes que nous avons détaillés plus haut.

M. Maurice Tourneux déjà connu par des recherches sur la vie et l'œuvre du maître romantique résume la question, en tirant parti du précieux Journal de Delacroix. Il s'attache à montrer l'évolution de l'artiste de 1824, date des Massacres de Scio à 1861 qui vit naître VHèliodore chassé du Temple, de Saint-Sulpice. Non content de citer les toiles des divers Musées, il met à contribution les collections célèbres de Paul Meurice, d'Etienne Moreau-Nelaton, du baron Vitta, de Maurice Cottier, du baron Gérard, etc., etc. C'est là, il nous semble, la première monographie pratique d'un artiste trop discuté, souventes fois sans connaissance de cause.

Avec le Titien, M. Maurice Hamel classe méthodiquement l'art à Venise et recherche les éléments qui influèrent sur l'œuvre du maître du Noli me langer e et de la Mise au tombeau. Le paysagiste, le décorateur, le peintre religieux et le portraitiste se succèdent sous l'impulsion de Durer, du duc de Ferrare, de l'Arétin, de Charles-Quint et de Philippe II.

Un choix fort judicieux d'oeuvres accompagne le texte et donne une idée fort agréable de la répartition des Titiens dans les Musées d'Europe.

Le Rubens, de M. Gustave Gefïroy est un commentaire de cette opinion que l'œuvre de Rubens donne l'impression de la vie complète. Aussi paradoxale qu'elle paraisse, Tidée de faire graviter le concept esthétique du maître flamand autour de sa Kermesse, trouve son excuse dans l'étude des toiles que nous en possédons. Avec une égale fougue, il a peint la Descente de Croix, la Marche du Vieux Silène et V Hélène Four ment.

Rien de précieux, rien de pénible en lui : les chairs paraissent palpitantes, élastiques, aussi bien dans la tragédie des Horreurs de la Guerre que dans le génial Adam et Eve, cette synthèse de l'art flamand. On lira avec plaisir les deux derniers chapitres où M. Gustave Gefïroy étudie les caractères de l'œuvre si nombreuse de Rubens. Mieux encore de ces trois volumes et de ceux qui les ont précédés, on devra goûter l'éclectisme qui, aidée par de belles suites de reproductions, parvient à préciser la personnalité des grands artistes comme jamais on ne le fit jusqu'à ce jour. André Girodie.

Les Villes d'Art célèbres : Cordoue et Grenade, par Ch.-Eug. Schmidt. — Nîmes, Arles et Orange, par Roger Peyre (2 petits in-4 illustrés à 4 fr. Paris, H. Laurens, 6. rue de Tournon.)

Venise, Paris, Bruges et Ypres, Gand et Tournai, déjà étudiées dans les Villes d'tArl célèbres , ces guides qui ne le cèdent en rien aux ouvrages étrangers de même esprit, n'avaient qu'à paraître pour être goûtées. Mais n'existe-t-il au monde que des cités dont la beauté est unanimement reconnue ? N'est-il pas utile d'aller de l'avant et d'entraîner à l'aventure la curiosité des amateurs? Cordoue et Grenade, avouons-le, n'avaient jusqu'à ce jour que leur réputation historique un tant soit peu enjolivée par les littérateurs. Grâce à M. Schmidt, nous arrivons enfin au document architectural, à la Mosquée de Cordoue, à l'Alhambra de Grenade, aux mille détails qui subsistent de l'ancienne capitale du califat ou de sa rivale en admirables vestiges. Il n'entre pas dans le cadre d'une bibliographie de décrire les 97 gravures de cet ouvrage. Certains aspects du Généralife, du val du Darro, des portes du Vin ou de la Justice, de la cour des Myrtes ou de la cour des Lions, des salles des Abencérages et des Deux Sœurs peuvent satisfaire et les profanes et les professionnels. C'est aussi le grand mérite de l'étude de M. Roger Peyre consacrée à notre midi français et à ses monuments gallo-romains : Arènes, Maison carrée avec son Musée, bains et temples, portes et tours sans oublier les œuvres modernes, telles que les fresques de l'église Saint-Paul de Nîmes, dues à Hippolyte Flandrin. L'étude consacrée à Arles et à son musée est très complète. Nîmes, Arles, Monlmajour, Saint-Rhny et Orange forment ainsi un tout des moins austères où l'archéologie revêt les habits d'or d'un chant de Mistral. A. G.

Catalogue des fonds de Bellecombe légué et conservé aux archives départementales de Lot-et- Garonne, par G. Tholin (in-8°, 509 pages, Auch, Imprimerie Léonce Cocharaux, 1902).

M. de Bellecombe est connu par une volumineuse Histoire Universelle en 45 volumes,

dont 19 seuls ont parus, une Chronologie Universelle et divers travaux sur l'Agenais, la plupart manuscrits qui sont rassemblés, grâce à la générosité de sa veuve, aux Archives départementales du Lot-et-Garonne. Parmi les documents amassés par le savant historien en vue de ces ouvrages figurent 40,000 portraits collectionnés, à grand prix, pendant 50 ans et qui est unique en France. 7 volumes in-4 , suffirent à peine à la première rédaction du catalogue qui, lors de la deuxième rédaction, comprit 15 volumes du même format. M. G. Tholin a réduit ce travail à une nomenclature pratique à l'usage des chercheurs désireux d'utiliser le fonds Bellecombe, en subordonnant le classement par périodes historiques au classement par œuvres de graveur qui rend si difficiles les recherches des historiens. Le travail va des origines à 1800 et constitue l'un des plus utiles annexes des Chronologies Universelles. Souhaitons que cet exemple soit suivi.

André Girodie.

Notas sobre algunos monumentos de la arquitectura cbristiana espànola, par D. Vicente Lamperez y Romea, architecte, 52 pp., 38 figures, Madrid, 1901.

Je crois utile de signaler l'excellent travail de D. Vicente Lamperez y Romea, un architecte de Madrid, bien connu par ses études antérieures. — L'auteur ne fait que rassembler ici des notes (notas), je le veux bien, mais des notes précises et très instructives qui, venant d'un spécialiste, doivent être bien accueillies en France où on connaît si peu les églises de la péninsule.

D. V. Lamperez y Romea publie d'abord quelques pages sur la basilique de San Vicente d'Avila, — une église à trois nefs et à trois absides semi-circulaires. — une église dont la nef principale est maintenant couverte avec des voûtes d'ogives qui ont dû remplacer une voûte en berceau. C'est l'opinion de l'auteur, et elle repose sur des données sérieuses.

San-Miguel de Almazan (province de Soria) est également l'objet d'une étude intéressante ; le plan de cette église est tout à fait irrégulier, déformé, avec ses travées obliques et son chevet très incliné. Je crois, comme D. V. Lamperez y Romea, qu'il ne faut pas chercher du symbolique en toutes choses ; mais, pour le plan de San-Miguel, il me semble, ainsi qu'au docte architecte, que la pensée qui a guidé pour le dessin du plan terrier est celle du divin Crucifié, si ordinairement représenté la tête inclinée, soit à droite, soit à gauche.

Viennent ensuite des notes sur la cathédrale de Grenade, sur l'église de Santo Tome de Soria et sur le monastère de Santa Maria de Huerta (province de Soria), — un monastère cistercien, fondé en 1151. Les constructions remontent, les unes au xn e siècle, les autres au xm e siècle. Je note, en particulier, la coupe longitudinale du réfectoire, qui montre un escalier monumental, conduisant à la chaire du lecteur.

L'ancienne salle capitulaire de la cathédrale de Plasencia, l'église de San Juan de las Abadesas (province de Girone), celles de San Nicolas (à Girone même), de Santa-Maria au château de Loarre (province de Huesca), de Bamba (province de Valladolid) et de Saint-Michel de Ta r raja sont l'objet des dernières notices.

J'ai nommé San-Nicolas de Gironne, une petite église à plan trèfle, à une seule nef et à une coupole. Il m'a été donné de voir, en 1892, ce petit oratoire fort intéressant, abandonné, mais dans un état de conservation relativement excellent ; une légère restauration l'aurait rendu à son état primitif. — J'ai ressenti une peine profonde, en le revoyant, il y a quelques années, affreusement maltraité et occupé par... une scierie mécanique. On

doit savoir gré au savant architecte de Madrid, d'avoir consacré quelques excellentes pages à ce petit sanctuaire qu'il compare très justement à Sainte-Croix (Munster), à la Trinité (île Saint-Honorat), etc. Ici, comme dans les autres notices, les figures sont excellentes et aident à comprendre les précieux renseignements de l'auteur.

Dom E. Roulin.

Strasshurg, von Franz Friedsich Leitschuh (in-4 , 176 pages, grav. Lepzig, Seemann, 1903.)

Cet ouvrage est le 11° 18, des BerùbmU Kunststœde (Villes d'Art célèbres) qui compte à son actif d'utiles monographies parmi lesquelles Ravenne, de Walter Goetz ; Constantinople, de A. Barth ; Moscou, de E. Zabel, etc., etc.

Jusqu'à ce jour, en dehors de travaux locaux : Monographie de la cathédrale, du chanoine Dacheux; Strasbourg historique et pittoresque, du savant M. Seyboth, la vieille cité n'avait pas eu les honneurs d'une monographie spéciale dans une collection d'études de villes d'art classées. Voici les allemands qui nous devancent, disons-le à notre honte, et donnent de Strasbourg une image fidèle. De la cathédrale, l'ouvrage dont nous parlons reproduit ce que Dacheux avait déjà mis en valeur. De Saint-Pierre le Vieux, deux des quatre panneaux de Wagner et deux des scènes de la Passion (Ecole Allemande, XV e ) qui sont moins connues. De Saint-Thomas, avec les sarcophages, le bas-relief du portail, elle reproduit les monuments de Koch et d'Oberlin, dus au sculpteur Ohmacht mais qu'il est fâcheux de rapprocher du mausolée du maréchal de Saxe, œuvre de J.-B. Pigalle.

Le Frauenhaus, le Kammezell, l'Hôtel du Commerce, une belle suite de vieilles maisons et de quais (le Bain aux plantes entre autres), les œuvres de maître Woelfelin de RoufFach, à l'église Saint-Guillaume et celles des maîtres alsaciens (Hans Baldung Grien tout spécialement), au Musée municipal sont reproduites et commentées dans le Strassburg, de Leitschuh. Mais, on doit regretter d'y voir décrits et loués les affreux monuments des quartiers neufs qui font de la ville un petit Munich et n'ont d'artistique que la mise en page et l'impression des clichés qui les représentent. A. G.

Les Parias de France, par Boyer d'Agen (in-4 , 5^8 pages, gravures et héliogravures en hors texte. Paris, F. R. de Rudeval et C*«, 4, rue Antoine Dubois, 20 fr.) Il est inutile d'insister sur le côté polémique de ce volume : les descriptions de l'œuvre artistique des moines en France suffisent amplement à nous faire regretter leur départ. Dans la première partie de son bel ouvrage, M. Boyer d'Agen étudie les Fondateurs : Augustin d'Hippone, Benoît deNorcia, Bruno de Cologne, Bernard des Fontaines, François d'Assise, Dominique de Guzman, Ignace de Loyola et Thérèse d'Avila, à l'aide de documents contemporains ou postérieurs à leur existence dont la plupart sont reproduits : Ostie et ses ruines ; Subiaco et le Mont-Cassin ; la Grande- Chartreuse et les curieuses esquisses de Le Sueur qui présentent maintes différences avec les toiles du Louvre ; Sénanqueet son cloître cistercien; Assise avec les Simone Memmi et les Giotto; la Minerve avec les Andréa délia Robbia, les Raphaël, les Benezzo Gozzoli et le tombeau que l'on voit à^ Bologne, œuvre de Niccolà Pisani, Niccolà de Bari et Michelangiolo ; Manrèze ; Avila et ses portes. La seconde partie de l'ouvrage est réservée aux Fondations, Solesmes et les sculptures de la chapelle de la Pâmoison ou de l'église abbatiale : la Communion de la Vierge, Jésus parmi les docteurs et ces deux merveilleux Ensevelissements du Christ et de la Vierge, la Grande-Chartreuse et ses sites sauvages. Senanque

NOTES b V ART ET D'aRCHÊOLOÛIË

au cloître trapu. Lérins dont l'atrium, les cellules, les galeries intérieures et l'impluvium sont sans rivales en France. Ambialet, Frigolet, Sorèze qui permet à l'auteur de parler des RR. PP. Lacordaire, Didon, Ollivier, Monsabré ; les Jésuitières enfin : collèges de Boulogne-su r-Mer, d'Iseure, de Sarlat, de Poitiers, de Reims, de Bordeaux, de Canterbury et tout spécialement le Collège romain. Le dernier chapitre du volume : Comment meurent les Abbayes est d'une éloquence digne de l'érudition des autres chapitres.

André Girodie.

CALENDRIER DU MOIS

REVUE DES REVUES

# \ Revue Alsacienne illustrée. (Décembre).

— Enquête sur la race à laquelle appartiennent les Alsaciens, par M. F. Dollinger (en-téte, initiale et cul-de-lampe par Cam. Schlumberger). — Poésies avec illustrations de P. Braunagel et L. Schnug.

— Note de M. Anselme Laugel sur l'Exposition de Turin et les envois des décorateurs alsaciens (nombreuses reproductions d'oeuvres de Charles Spindler). Belle étude de M. Kassel sur les Taquet et plaques de poêle eu Alsace avec un certain nombre de ces sujets décoratifs, la plupart du xviretxvm* siècles. Trois hors textes reproduisent le Portrait de M. A. Ritleng, par L. Hornecker ; une vieille maison à Gertmllcr, par L. Blumer et un Pâturage d'oies, par G. Daubncr. — Chronique d'Alsace-Lorraine.

— Bulletin des Sociétés artistiques de l'Est. (Décembre). — Suite et fin de l'étude sur l'Est dans l'Antiquité.

— La Revue du bien. (Décembre), — L'Œuvre de Stengelin, par Raymond Bouyer. — Note sur Eugène Mùnt\ y par Jacques Bainville.

— Bulletin de la Société d'archéologie lorraine et du Musée lorrain. (Novembre). — Procès-verbal. — Mémoires : L. Wiener : Pan pan Devaux et Eustache Pointu (avec une planche). — R. de Souhesmes : Le panonceau de Xonville. — L. Germain: Identifications de quelques localités pour la liste des vassaux du comté de Bar en i3i 1 (suite).

— Comte Maurice de Pange: Observations relatives à deux articles précédents. — Bibliographie : M L. Quint ard: Les éludes préhistoriques en Lorraine..., par le comte J. Beaupré. — L. Germain : Une bâtarde de la Maison de Lorraine en Boulonnais, par Louis Bossu. — Le Héraut de Lorraine, par F.

Perrin de Domartin. — Musée lorrain : Dons.

— Bulletin du Diocèse de Dijon. (Novembre). — Une biographie épiscopale. — Les Bossuet en Bourgogne (J. Thomas). — L'église de Larochepot, notes archéologiques (H. Roux). — L'ancien prieuré de Saint-Léger (J. Bresson). — Questions et réponses.

— - (Décembre). — Les Bossuet en Bourgogne (J. Thomas). — Toponomastique de la Côte-d'Or (J. Bourlier). — Bossuet et la presse. — Questions et réponses. — Table des matières du tome XX (année 1902),

— Revue d'Histoire de Lyon. (N* 6. Novembre-Décembre 1902). — A. Bonion : La Banque à Lyon au xvi«, xvii* et xviii* siècles. — E. Baux : Louise de Savoie et Claude de France a Lyon.

Etude sur la première Régence (i5i5-i 5 i6)(suile).

— A. Coville : L'évêque Aunemundus et son testament (suite). — S. Charléty : Le régime douanier a Lyon au xvue siècle. — Documents : Camille Jordan et la Restauration. — Bibliographie.

— Les Contemporains. (Décembre . — La Révérende mère Marie-Thérèse (1809-1863), par J.- M.-J. BouillaL — Le contre-amiral Bruni d'Entrée ast eaux • 1759-1693). par Jacques de Coussanges. — Gros, peintre français (I77i-i835), par André Girodie 17 gravures). — Le comte Schouvaloff (1804- 1859), P* r Louis Dumolin.

—La Lorraine artiste. (Novembre).— Compterendu de l'Exposition de la Société des Amis des Arts et Arts industriels de Besançon (9 gravures(.

— (l5 Décembre). — Sites lorrains, par Emile Nicolas (5 gravures). — Le Salon lorrain, par le même (7 reproductions d 'œuvres de Victor Prouvé, Louis Hestaux, Henri Rovel et Descelles;.

— La Revue Septentrionale. (Janvier). — R.

Le C ho lieux : A nos lecteurs. — Ch. Lamr : La vie de l'ouvrier 11 i* fragment). — Aldus Ledteu : Hélisienne de Crenne. — Emile Lante : Dans un musée.

— Maurice Dangréaux : Le portrait de Petersal. — Jacques Freneuse : Sur une çcndule. — E. David : Le patois (fin). — Georges Najim : La maison au bois dormant. — Edouard Bouche^ : la barque de Micheline (suite). — Maury : La fête d'hiver des Rosati. — Emile Langlade : A.-H.-E. Delacroix.

— Eug. Delacroix : Réponse. — R. L C: Les expositions. — Jeanne Trieffry : Soleil couchant. — Emile Langlade. Harmand de Melin, Le Gajr : Les livres. — Emile Lante : Le mouvement en province. — Nouvelles artistiques. — Réunions. — Echos.

— La Tradition. (Décembre). — Traditions Populaires de l'Ille-et-Vilaine, Adolphe Orain. — Chansons populaires du Charolais (avec gravure), Claire Marion. — Dans les Alpes (suite), Jacob Christillin. — - Galerie traditionniste : Amédée de Caix de Saint-Aymour (avec portrait). H. C. — Noël en Angleterre, Paul Maison. — Chronique.

— Bibliographie, Pierre de Saint-Jean. — Bibliographie des Provinces. — Journauxet Revues. — Nécrologie : Luigi Bruzerno. — Table des Matières.

— Le Chercheur des Provinces de l'Ouest.

(Novembre). — Chronique : James Tissot (G. W.).

— Exposition de chrysanthèmes à Angers. — Livres et périodiques : Les Filles de la Charité d'Angers pendant la Révolution. Martyre des soeurs Marie- Anne et Odile. — Poteries préhistoriques à ornements géométriques en creux.— De la dépopulation

et de la repopulation en France. — Quelques seigneuries du comté de Rennes. — Le 'Vieux Papier.

— "Variétés : Fausse légende de saint Jouvin (fin). (A. Lerosey. chan. non.). — Le bon roi René et (e plain-chant. (Chan. Ory, curé de Pouancé. — Documents : Questionnaire adressé par le Préfet de la Loire-Inférieure aux Maires du département après l'insurrection de i832. (Coramunication.de M. Senot de la Londe). — Lettres inédites du colonel de Villebois-Mareuil.

— La France illustrée. (Janvier). — Courrier de l'Œuvre (F. Blètit). — Les et rennes à deux sous (O. Lueianne). — Chronique (Capitaine Marcien).

— Les illuminés de Margueritte (Lieutenant Z. Detourne). — Le Pushball (Fr. de Francket). — Au Venezuela (Blaneo Merci*).— Les oasis (Lieutenant de Parsieu). — Querelle, poésie (Joseph Serre). — Nos cathédrales : Notre-Dame du Puy-en-Velay (A. Bouillet). — Gui! beau gui! Qui veut du gui?

— France (suite) (Marie Stéphane). — Echoa des familles (J. de Cavaignes). — Problèmes et Jeux d'esprit. — Illustrations: Le premier janvier. — Les Illuminés de Margueritte : Yacoub Sultan; Taalbi-el-Hedj ben Aïssa. — Le Pushball : Le ballon du Pushball ; Une partie de Pushball. — Au Venezuela : Le président Castro; L'église Sainte- Thérèse à Caracas; Palais de l'Université à Caracas; Leçon maternelle, d'après Georges Claude ; Un marchand de fèves sur la place ae l'oasis de Sidi-Ocba, d'après Maurice Bompard. — Cathédrale du Puy-en-Velay : Vue d'ensemble de la cathédrale du Puy ; Nef prise de la tribune; Vue d'ensemble du cloître; Intérieur du cloître; Minet, Minette, Minou, Minoune, etc.; Le jouet délaissé.

— L'Occident. (Janvier). — Bel article de M. Adrien Mithouard, sur le Blanc et le Noir. — Correspondance inédite de Jules Laforgue, qui sera continuée dans de prochains numéros. — Notes de M. Michel Salomon sur la Limagne et de P. Lacuria sur la Vie de Beethoven écrite par lui-même dans ses œuvres. On ne saurait trop insister sur l'esprit qui anime cette élégante publication.

EXPOSITIONS

»\ Galerie Silberderg : Peintures et dessins de Gabriel Roby.

— Galerie Th. Belin : Peintures et dessins d'A. Willette.

— Salons de la maison Forest : Tableaux et études de J. Benoit Lévy.

— Galerie Durand-Ruel : Tableaux de Délai tre.

. — A l'Art moderne : Bijoux artistiques.

ACADÉMIE & SOCIÉTÉS

»* # Société d'Etudes italiennes.— (126» conférence. — lo» année). — L'Entrevue de François /•» et de Léon X à Bologne, et le Concordat, par M. Louis Madelin, ancien membre de l'Ecole française de Rome.

— (1 27» conférence. — io* année). — La psychologie de l'anarchiste italien, par M. Paul Ghio. professeur au Collège libre des sciences sociales.

— Académie des inscriptions ex belleslettres. — Le 3l octobre, M. Ph. Berger prononce l'éloge funèbre de M. Eug. Mûntz, enlevé à ses travaux par une longue maladie et rappelle la part qu'il avait prise à la fondation de l'Ecole française de Rome, les rapports annuels qu'il faisait à

l'Académie sur celle-ci et sur l'Ecole d Athènes. — Il annonce ensuite la mort de M. B lança rd, correspondant de l'Institut. — Le i5 novembre, dans la séance publique annuelle de l'Académie, M. Ph. Berger prononce l'éloge funèbre des membres de la Compagnie décédés depuis un an, énumêre les prix décernes aux lauréats, puis parle des grandes Ecoles françaises à l'étranger.— M. H. Wallon lit une notice sur M. I.-A.-A. Régnier, ancien chargé de cours à l'Ecole normale supérieure, précepteur de Mgr le comte de Paris, mort bibliothécaire de Fontainebleau, en 1884. — M. Jules Lair présente une très attachante communication sur le Journal de la captivité de Pouqueville en Morée. — Le 2 1 novembre, M. Héron de Villefosse dépose la photographie d'un sarcophage découvert par le P. Delattre, et sur lequel se trouve la statue, rehaussée de peintures d'un prêtre carthaginois. — M. Ph. Berger communiqué deux inscriptions découvertes également parle P. Delattre, et qui sont les épitaphes de deux prêtresses mariées, sans indication de divinité. — M. Clermont-Ganneau lit une lettre du P. Germer-Durand annonçant l'envoi au Musée de N.-D. de France à Jérusalem de plusieurs pièces intéressantes. — M. Noël Valois donne lecture de la notice sur la vie et les travaux de M. Jules Gérard, directeur de la Fondation Thiers.

— Académie des sciences morales et politiques. — - Le 10 novembre, M. Luchaire dépose, au nom de M. l'abbé Péries, l'ouvrage intitulé: L'Intervention du Pape dans l'élection de son successeur. — M. Eug. Rostand, membre de l'Académie, fait hommage du tome III de son livre : l'Action sociale par l initiative privée. — M. Bergson lit une notice de M. Brocha rd sur la Vie et les travaux de Francisque Boullier.

,*. Société des Antiquaires de France. — (Séance du 17 décembre 1992). — Présidence de M. Ravaisson Mollien. M. Pallu de Lessert lit une notice sur la vie et les œuvres de feu Samuel Berger.

M. Marquet de Vasselot entretient la Société d'une coupe en faïence du genre dit « siculo arabe • la première de ce genre qui ait été acquise par le Louvre. Ces pièces proviennent de Rahka dans la vallée de l'Euphrate et seraient postérieures au xill» siècle.

— (Séance du 20 décembre 1902). — Présidence de M. Ravaisson Mollien, Présidents M. J. Maurice, associé-correspondant, communique à la Société des monnaiea frappées au nom de l'empereur Maxence dans les ateliers de cet empereur et présentant toute une effigie caractéristique, c'est le portrait réel de l'empereur.

M. Cagnat, membre résidant, fait connaître une inscription funéraire d'Hadrumètc, trouvée par M. le général Goetschv.

M. Héron de Villefosse, membre résidant, entretient la Société d'une stèle rapportée de Grèce et déposée au Musée de Narbonne.

M. Stein, membre résidant, fait circuler l'image d'une mesurette à sel, datée de 1687, récemment trouvée dans la Mayenne.

NÉCROLOGIE

,*. C. Best et, peintre français (1 835-1 902). — A. Terme, archéologue français <i83o-!902). — Mme Fauveau de Courmelles, statuaire français (i866-iqo3). — Valentin Besarel, sculpteur sur bois italien (i83o-igo3).

André GIRODIE

Le gérant : André GIRODIE.

i255-o3. — Imprimerie F. Ducloz, Moûtiers (Savoie)

DU FANTASTIQUE VÉGÉTAL

il est un rapprochement qui, à première vue ait le droit de surprendre, c'est bien celui des mots « végétal » et « fantastique » ; on ne saurait nier, cependant, que si le terme de « fantastique » est juste fil pour les animaux sans existence réelle, que l'artiste crée au gré de sa fantaisie avec des éléments pris à des espèces différentes, il doit, par analogie, s'appliquer aux plantes créées suivant le même système, ainsi qu'à celles dont on modifie le port naturel.

Si on ne remarque pas immédiatement ce qu'il y a d'artificiel dans les végétaux que représentent certains artistes, ou même des écoles entières, c'est que la plante a une allure qui lui est propre, mais non une forme déterminée dans ses moindres détails; elle n'a pas deux fleurs, deux feuilles, deux fruits absolument semblables; les branches prennent un développement qui dépend de la place qui leur est offerte, et lorsque l'artiste en modifie l'image, on peut se demander si c'est la nature ou lui, qui ont voulu les différences qui se remarquent dans son œuvre.

Néanmoins le propre de la plante est la fixité de l'allure jointe à l'incessante variabilité des détails; l'allure appartient à l'espèce, la forme à l'individu et plus encore au lieu où il est planté; dès lors il suffit que l'ensemble prenne une fixité quelque peu hiératique pour que nous la soupçonnions intentionnelle. Cela même, cependant, n'est pas encore une preuve, car la plante pouvant affecter un nombre de formes illimité, la symétrie absolue reste possible, quoiqu'improbable. On en peut même dire autant, en

certains cas, de l'attribution à une plante des fruits ou des fleurs d'une autre, car les végétaux aimant à s'enlacer et à marier leurs feuillages, il suffit de mettre plus en évidence la tige de l'un et les organes de l'autre pour modifier profondément l'aspect général, sans sortir des conditions que présente parfois la nature.

Ce sont ces diverses circonstances qui ont permis au fantastique de s'insinuer dans la reproduction du règne végétal, à l'insu de ceux mêmes qui en étaient les vulgarisateurs, et de créer Tune des branches les plus considérables de l'art : Y art décoratif.

Dans la plupart des pays, alors que la représentation animale paraît de bonne heure, presqu'aussitôt que le décor purement géométrique, la plante est utilisée tardivement, et par des artistes qu'une expérience antérieure rend déjà maîtres de leur instrument, aussi leurs œuvres ont-elles, en général, une réelle valeur décorative. Cependant on n'y trouve jamais la végétation représentée telle que nous l'offre la nature, belle par son ensemble autant que par ses parties. Un art naissant ne s'élève pas encore aux idées générales, dont le paysage est la principale expression; il prend un arbre, une plante, ou même il les divise pour ne cueillir qu'une fleur ou une feuille.

Le sectionnement fait, quel parti tirer de ces éléments d'origine végétale, à moins de les répéter, de les déposer symétriquement, de les alterner dans un ordre toujours le même? Mais les végétaux ayant horreur de la contrainte, dès l'instant où on leur en impose une, on sort de la nature pour entrer dans la convention. Celle-ci une fois admise sur un point, il n'y a pas de motif pour s'arrêter en route; ayant redressé des branches qui sont naturellement courbes ou courbé celles qui doivent être droites, on modifiera leurs organes, on les transportera d'un végétal à un autre, on attribuera à un tronc, réduit au rôle de support, des organes de provenances diverses; enfin on créera des fleurs des feuilles et des fruits qui n'ont poussé dans aucun pays, ou bien on combinera les éléments végétaux, animaux et géométriques.

Poussé à l'extrême le fantastique végétal aboutit à la stylisation de tout ce qu'il emploie, c'est-à-dire qu'ayant pris comme point de départ une plante, il donne à cette copie de la nature une existence propre, la fait évoluer, en tire tout ce que peuvent

donner les combinaisons de lignes les plus diverses, enfin la fait entrer en combinaison pour en tirer des motifs nouveaux. Ce n'est plus alors qu'un exercice professionnel de décorateur, et peu importe de savoir si une rosace a été primitivement une fleur, une plante à racine pivotante, vue en projection ou une figure géométrique dérivée du cercle; si le rinceau est une feuille modifiée; si la palme des tissus de l'Inde est un emprunt fait au palmier. Nous n'avons à tenir compte que de la valeur décorative de l'élément, considéré dans un cas spécial; il vaut ce que vaut le résultat obtenu.

Ce résultat a varié suivant les artistes et surtout suivant les écoles et les époques. Certains peuples n'ont jamais su tirer parti de la végétation pour décorer leurs produits, et d'autres y sont passé maîtres bien que restant parfois inférieurs dans les autres branches de l'art.

Une accusation fréquemment portée contre notre époque est de n'avoir pas de style à soi ; nous sommes trop éclectiques, diton, et nous les mêlons tous sous prétexte de comprendre et d'apprécier tous les arts et toutes les civilisations. Ce reproche, fut-il fondé, la défense serait encore facile; un style ne s'improvise pas sur commande, il suppose des artistes créateurs, nous les avons, mais surtout une situation stable, et nous sommes en pleine transformation sociale, industrielle et scientifique. Mais si on examine plus attentivement les arts anciens ou étrangers qui s'offrent à nous, et la manière dont ils sont imités, on reconnaît vite que de notre part il y a moins imitation qu'adaptation, et que tous les éléments qui n'entrent pas sans effort dans un certain cadre sont rejetés ou transformés. Dès lors il faut convenir que pour la décoration d'origine végétale, la seule dont nous ayons à nous occuper ici, nous avons un style, mais que la diversité d'origine des motifs dont nous faisons usage, et leur variété plus grande peut-être que pendant les périodes précédentes, empêche parfois un observateur superficiel de s'en rendre compte. Ce style cumulant les caractères fondamentaux de celles-ci, il convient d'examiner un instant celles dont l'art n'est pas inconciliable avec le nôtre, car les règles à déduire de cet examen sont d'une application actuelle.

A l'aurore de l'antiquité classique paraissent trois civilisations d'origines différentes, mais qui, pour des causes politiques, ont réagi les unes sur les autres, puis toutes ensemble sur l'art grec qui s'est substitué aux unes et aux autres; ce sont : la Grèce mycénienne, l'Egypte et les empires sémitiques du bassin de l'Euphrate.

L'art mycénien, étrangement inégal, et aussi avancé dans certaines parties qu'en retard pour d'autres, a fait de nombreux emprunts à la faune marine invertébrée, mais les peintres et les céramistes de cette époque stylisaient immédiatement les poulpes et les anatifs qu'ils aimaient à reproduire, arrivant du même coup au fantastique animal et végétal. Le peu qui nous est parvenu de leurs peintures murales fait regretter de n'en pas connaître plus, car il s'y trouve des combinaisons élégantes et ingénieuses, égales, sinon supérieures, à nos meilleurs papiers de tenture. Comme les nations voisines ils ont fait grand usage des palmettes et des rosaces, mais on éprouve la même difficulté pour reconnaître si elles dérivent de feuilles et de fleurs ou d'animaux marins et d'insectes comme l'araignée, le poulpe et les étoiles de mer.

L'évolution est la même dans la vallée de l'Euphrate chez les nations assyro babyloniennes. Nous connaissons bien leurs œuvres décoratives par les palais de Nimroud; la part de l'élément végétal y est plus grande; la décoration s'applique à tout, car alors comme maintenant la fabrication des tapis et des autres tissus était une industrie nationale importante et la polychromie qui leur était appliquée avait pour résultat nécessaire de la faire étendre à tout ce qui formait le cadre de l'individu. Ce goût était porté fort loin; on brodait les vêtements, on adaptait sur les briques, seul élément constructif dont on pût faire usage dans ces plaines d'alluvions sans limites et sans montagnes, un enduit nécessaire pour les protéger contre l'action destructive des pluies, et cet enduit devint vite un émail vitrifié, élément décoratif trop important pour ne pas en faire usage, aussitôt la découverte réalisée. Le harnachement des bêtes de somme et de selle comportait des plaques de métal, des houppes et des sonnettes, car le bruit qui est la polychromie de l'ouïe, accompagne naturellement celle de

NOTES D f ART ET D ARCHEOLOGIE 29

la vue. Il y avait une gradation savante dans le système de décoration : sur le sol des pavages au décor purement géométrique, sur le bas des murs d'autres combinaisons de lignes, puis une zone principale avec des personnages, tels les archers de briques émaillées des palais de Darius, ou les métopes d'albâtre de ceux plus anciens de Khorsabad, en haut une frise, où les personnages et les animaux naturels, et surtout fantastiques, alternent avec des motifs relevant surtout du fantastique végétal. La rosace, exclusivement géométrique, et la palmette y jouent le principal rôle. Moins heureuse que l'Egypte, l'Asie occidentale ne nous a pas transmis directement les produits de ses industries d'art, mais, cependant, nous en avons une connaissance suffisante; des bois sculptés se sont retrouvés en nature dans les tombes de la vallée du Nil, les meubles sont figurés souvent dans les bas-reliefs qui retracent, avec un grand luxe de détails, le cortège du souverain d'Assyrie, enfin ces mêmes bas-reliefs nous montrent des manteaux royaux avec tout ce que l'on peut désirer connaître de l'art de la broderie, si parfait mille ans avant notre ère. Le décor d'un manteau d'apparat ne différait en rien de celui d'une salle de palais. Assurément tous ne pouvaient pas se payer un vêtement dont la bordure seule représentait autant de travail que la sculpture de la frise du Parténon ; mais le genre étant admis, la richesse du vêtement, toujours brodé, se proportionnait à la fortune de son possesseur.

Dans cet art asiatique nous trouvons un certain nombre de motifs à emprunter; pomme de pin, fleurette, rosace, palmette, arbre généralement accolé de deux animaux, fleur de lotus épanouie ou en bouton, mais ce qui doit surtout attirer notre attention, c'est le parti qui est tiré de ces éléments qui, pris à part, pourraient paraître quelque peu insignifiants et en cela l'art assyro-babylonien est très supérieur à celui de l'Egypte. L'artiste égyptien devait exprimer une idée religieuse, et l'art ne venait que par surcroit si les circonstances le permettaient; en Chaldée il n'en était pas de même, le domaine civil était distinct, et l'artiste industriel n'avait à tenir compte que de l'effet produit; il disposait ses motifs suivant son inspiration, il les puisait où il voulait, et les modèles ne lui faisaient pas défaut, car les campa-

3o notes d'art et d'archéologie

gnes victorieuses des sars de Babylone et d'Assyrie faisaient, tout autant que le commerce, affluer dans leurs capitales les produits de tous les pays.

Si l'Egypte n'a pas joué un rôle aussi considérable que la Chaldée, elle en a eu cependant un qu'il ne faut pas méconnaître, mais ce n'est pas dans les œuvres de ses architectes de l'époque classique qu'il faut en chercher la source principale.

L'art décoratif libre et original s'est manifesté en Egypte dans deux parties des édifices : les plafonds et les chapitaux, puis dans Pébénisterie et l'orfèvrerie. Les plafonds offrent les plus grands rapports avec ceux de la Grèce mycénienne; ils sont un exemple typique du fantastique végétal dans la vallée du Nil, et fourniraient, comme ceux de Mycène d'incomparables modèles de papiers de décoration. C'est encore la plante que l'on retrouve dans les chapitaux; ils sont issus pour la plupart de la hampe fleurie du papyrus ou de la fleur du lotus bleu. Leur fût se termine par un renflement allongé sur lequel se détachent en relief les pétales lancéolées de la fleur, Tune des plus précieuses qui soient au monde pour l'ornemaniste, et dont les artistes de Chaldée et d'Egypte ont tiré un immense parti.

Ce sont là sinon les maîtres, ils n'en avaient pas besoin, du moins les ancêtres dont on retrouve l'influence dans Fart grec à son apogée; mais en héritier intelligent il ne prend pas indifféremment tout ce que lui transmet son auteur. L'Egypte avait recherché le colossal et surchargé ses monuments de symboles, arrivant au touffu; les Grecs ont toujours recherché l'harmonie des proportions et par là même devaient éviter le colossal, ils n'ont donc que peu emprunté à l'Egypte, mais ils ont utilisé ces ingénieux et élégants plafonds peints introduits dans la Grèce primitive par les premiers explorateurs égyptiens. Nous ne les avons pas retrouvés en Grèce même, mais ils nous sont connus par les œuvres d'artistes grecs travaillant chez les princes scythes à la décoration de leurs tombeaux. Par leur entente du décor les œuvres chaldéennes convenaient bien plus au tempérament hellénique; on y trouve l'air qui fait avantageusement ressortir chaque motif; leur choix judicieux qui concourt à l'effet d'ensemble, enfin la simplicité de la conception, sans laquelle il ne saurait y avoir

notes d'art et d'archéologie 3i

d'art et surtout d'art décoratif au sens le plus étendu du mot.

Les Grecs ont eu de commun avec les asiatiques l'emploi d'un motif principal formant scène, placé entre deux frises qui le limitent et l'encadrent; ils en ont puisé le motif non dans la vie du souverain, comme dans les palais royaux d'Assyrie, mais dans leur histoire religieuse ou légendaire; c'est ce que nous voyons dans les métopes des temples, et le décor des vases, ainsi que sur la plupart des sarcophages de marbre. L'importance des frises et des bordures a été diminuée, et tout en y conservant encore des animaux fantastiques plus ou moins apparentés aux griffons et aux taureaux ailés androcéphales du bassin de l'Euphrate, on s'est adressé surtout aux motifs géométriques et végétaux : oves, godrons, rosaces, palmettes, rinceaux, c'est-à-dire au fantastique végétal. Un motif constant sur tous les produits de la belle époque grecque, et que Ton ne peut cependant jamais taxer de banal, car son emploi reste judicieux, c'est la palmette assyrienne toujours élégante et gracieuse malgré une certaine austérité, qui tient à sa grande franchise de contour. Droite ou oblique, normale ou renversée, simple ou unie a d'autres motifs elle s'étend sur le col des vases ou l'attache de leur anse, entre les scènes mythologiques, le long des corniches, sur les antéfixes, partout enfin où un motif simple et non circulaire peut être utile.

Les raisons principales qui ont donné tant d'extension à la palmette sont, à n'en pas douter, qu'elle est d'une compréhension facile pour le spectateur, simple (et les Grecs, on le sait, avaient horreur du compliqué dans l'art), qu'elle garnit heureusement la place où on la met comme frise ou comme motif d'amortissement, enfin et surtout quelle reste toujours accessoire, et ne nuit dans aucun cas au sujet qu'elle doit encadrer et faire ressortir.

Le fantastique végétal des Grecs de la grande époque est géométrique plus encore que végétal, car la palmette est une combinaison de godrons presque autant qu'une feuille stylisée, et la pomme de pin se rattache surtout à l'ove qui est exclusivement géométrique ; pour se trouver franchement en face du fantastique végétal hellénique il faut, en descendant d'un siècle ou deux, étudier deux branches particulières de cet art : les œuvres d'artistes nés en Grèce, mais travaillant sur les côtes de la mer

Noire pour le compte des princes scythes et Tart hellénistique ou alexandrin, d'où dérive directement celui de Rome dans toutes les provinces de l'empire.

Les Grecs travaillant en Scythie suivaient les méthodes au milieu desquelles ils avaient vécu, ils restaient fidèles au style grec qui était leur raison d'être, mais ils avaient en outre à satisfaire ceux pour lesquels ils travaillaient, et ces princes, barbares par bien des côtés, avaient une exigence qui dénote chez eux un goût extrêmement remarquable et qui ne se retrouve pas, sauf d'une manière tout à fait accidentelle, chez ces Grecs si bien doués; les éléments accessoires du décor devaient être fournis par les productions naturelles du sol ou les mœurs de ses habitants. On en a un excellent exemple dans la frise inférieure de la tiare de Saitapharnès. Surmontée d'une treille chargée de grappes et de feuilles, elle nous montre, alternant avec des végétaux indigènes de la Russie méridionale, une grue qui prend son vol, un cheval, un taureau et des moutons au pâturage, un Scythe qui chasse, combat un griffon ou enseigne à son fils à tirer de l'arc. Entre les sujets se dressent des touffes de blé, de pavot et d'arbustes divers traités d'une manière naturelle. La convention ne se retrouve que dans le rôle donné à la vigne.

Les sculpteurs grecs, jusqu'alors, avaient admirablement étudié Thomme, mais n'avaient que peu regardé les végétaux qui poussaient autour d'eux, sauf, peut-être, lorsqu'ils avaient inventé le chapiteau corinthien. Les exigences de leurs clients de Scythie, leur imposant l'étude de la flore indigène, concordent sensiblement avec le mouvement littéraire créé par les poètes bucoliques de Sicile, élèves de Théocrite. La vie des humbles et des gens de la campagne fut alors étudiée et décrite, les artistes suivirent les littérateurs, et les végétaux en profitèrent. Vers la même époque il se constituait aussi en Egypte une nouvelle école, qui fit faire aux arts industriels et décoratifs des progrès considérables; l'école dite alexandrine. C'est aux alexandrins que l'on doit ces vases à décor de fantaisie, avec personnages ou festons, qui servirent de prototypes aux orfèvres de l'époque d'Auguste. On en a des spécimens incomparables dans les trésors d'argenterie romaine de Bernay et de Bosco Reale. Mais c'étaient là des objets de grand

prix, que les gens de fortune modeste ne pouvaient pas s'offrir. Pour eux on inventa la poterie sigillée à couverte rouge, si caractéristique de la première partie de l'empire romain, et qui abonde en France et en Italie.

Le point de départ de cette industrie nouvelle a été au sud des Alpes; c'est de là que sont venu les premiers modèles, mais sur tout le territoire gaulois il s'est élevé des fabriques dont les produits étaient, au point de vue industriel, égaux sinon supérieur à ce que nous faisons de mieux dans le même genre. Les formes ordinaires de la poterie sigillée ou samienne, imitées de celles de l'argenterie autant que le permettait la substitution de la terre au métal, étaient : le plat, la tasse, le bol et la coupe à pied. On l'obtenait par estampage dans les moules en terre poreuse que le fabricant confectionnait lui-même à l'aide de poinçons venus du dehors ou obtenus par surmoulage de vases déjà faits.

Les sources auxquelles le potier empruntait son décor étaient : les jeux du cirque, les figurines de divinité, les scènes de la vie journalière, les combinaisons géométriques et surtout la flore, la flore indigène, stylisée dans sa disposition mais non dans ses formes. Ceci nous rapproche de l'art gréco-scythique. Si le talent de ces humbles ouvriers de terre était moindre que celui de leurs devanciers, la pensée qui les dirigeait était la même et leur mérite plus grand, car ils ne travaillaient pas pour des seigneurs étrangers payant bien, pour les américains de leur époque, leur industrie était toute indigène et locale, ils produisaient sur place, au milieu de leurs clients, avec des poinçons de plus en plus usés. Nous pouvons suivre de pièces en pièces la décadence d'une industrie, qui, après avoir été un art, finit par n'être plus qu'un métier, mais le savoir-faire technique de l'artisan reste le même, la terre est toujours pétrie aussi consciencieusement, bien que le décor s'altère, se surchage. Les motifs finissent par n'être plus que difficilement reconnaissables sans que l'on renonce à les choisir parmi les herbes des champs qui poussent à proximité du four. Ayant à décorer des bandes étroites au sommet du vase, on a été parfois contraint de placer les feuilles sur des tiges sinueuses qui changent en plantes grimpantes des végétaux qui ne le sont pas, et ceci est bien du fantastique végétal, mais ces feuilles sont

$4 VOTES bVfcî ET d'aRCHËOLOGîë

d'une rigoureuse exactitude, le rendu minutieux de certains détails de leur structure permet au botaniste de les déterminer presque toutes, et on pourrait facilement se constituer un herbier avec les fragments qui nous restent de la poterie des Gaulois contemporains d'Auguste. On y retrouve notamment le lierre, le chêne, le fumeterre, le trèfle, le sainfoin, le pélargonium, le plantin, le lierre terrestre, en un mot toute la flore de nos champs, et tout cela courre en rinceaux dans les frises ou s'isole au centre des médaillons en en chassant les représentations divines ou les gymnastes du cirque. Les feuilles et les fleurs, lorsqu'elles s'isolent de leur tige, ce qui est facile ayant été obtenues à l'aide de poinçons distincts, retournent volontiers au groupe des motifs purement géométriques. Il en est de même pour les tiges; sobrement employées au début elles finissent par encombrer les bordures où elles ne forment que bien imparfaitement rinceau, et alors il ne reste plus qu'à les tracer au compas, elles sont tombées au rang de motif géométrique banal.

On éprouve à la fois un sentiment d'orgueil et de tristesse en suivant de période en période la décadence artistique de cette industrie restée prospère jusque bien tard, et dont les produits les plus dégénérés sont encore d'une excellente fabrication, car elle est bien nationale, bien gauloise. Nos pères en la recevant des Romains avaient eu des modèles élégants créés par les maîtres d'Alexandrie, mais ne portant que des scènes à personnages ou des guirlandes telles qu'on les tressait pour décorer les temples aux jours de fêtes; ce sont eux qui ont fait passer au second plan la figure humaine, que peut-être ils ne se sentaient pas en état de bien représenter, pour se servir si heureusement des produits spontanés de leur sol. Si le goût s'est plus tard altéré chez eux, amenant cette surchage et cette horreur des vides qui est la caractéristique des périodes de décadence, on ne saurait leur en faire un reproche, ils ont subi le sort de toutes les industries d'art de leur époque, et ils avaient encore cette excuse que les modèles leur faisaient très certainement défaut, sinon pour les motifs, du moins pour leur mise en œuvre. De tout temps il en a été de même pour les industries locales, lorsque des ouvriers vivant dans de petites villes, ne reçoivent pas des modèles du dehors ou

ne voyagent pas pour se renseigner périodiquement sur le mouvement général de l'art et les progrès techniques de leur métier. Vienne alors l'importation d'un produit similaire, plus artistique ou d'un prix moins élevé, et l'industrie indigène tombe pour ne plus se relever; le souvenir même s'en perd vite; en fait elle était déjà morte, et la concurrence étrangère ne fait qu'en enlever le cadavre.

Ce n'est pas une rivale victorieuse qui a fait disparaître de Gaule la poterie rouge sigillée; caractéristique de la civilisation romaine elle est tombée avec elle, et les vases des temps mérovingiens n'en dérivent aucunement, non plus que ceux du moyen âge, ils restent bien inférieurs à la céramique gallo-romaine; mais si la disparition de celle-ci a été une perte sèche pour la population, les tendances artistiques qu'elle dénotait chez ses fabricants et chez ses consommateurs n'ont pas disparues avec eux. On les retrouve dans l'orfèvrerie barbare ou cloisonnée, qui venue d'Orient avec sa technique propre a subi l'influence de l'art gallo-romain, lorsqu'elle a été fabriquée sur place et que les traditions asiatiques ont été appliquées dans un milieu qui en avait de toutes différentes, puis dans l'architecture romane et dans l'art des siècles suivants.

L'orfèvrerie barbare repose Sur l'emploi du cloisonné où sont serties des pierres de couleur, surtout des grenats, ou à leur défaut de lames de verres, et prend comme motif des animaux stylisés, lions, griffons ou dragons et aigles, joints à des combinaisons géométriques dont les principales sont Pentrelac et la torsade. Établis en terre gauloise, les descendants des ouvriers venus d'Asie et convertis au christianisme trouvent de nouveaux sujets dans les enseignements de la religion et dans les représentations artistiques qui en dérivent. Sur les sarcophages chrétiens du midi de la France on voit des scènes de la Bible mêlées aux motifs courants des albums de décoration de l'époque, qui avaient figuré pour la plupart sur la poterie samienne; les orfèvres francs ou visigoths les prennent, ceux du moins qui sont assez simples pour être reproduits en mosaïque de pierres serties dans le métal, et ils font figurer sur les boucles de ceinturons Daniel entre deux lions, en même temps que des motifs végétaux stylisés se joignent ou se substituent aux entrelacs. Le choix de Daniel dans la fosse

aux lions était d'autant plus naturel que cette scène était très populaire et que le lion leur était déjà familier. Mais ce genre d'orfèvrerie manque de souplesse, surtout avec des procédés aussi rudimentaires que ceux dont on disposait alors pour la taille des pierres dures; il fallait ou donner aux surfaces de métal un développement excessif, et laisser le burin prendre un rôle prédominant, par là même contraire au principe de l'orfèvrerie cloisonnée, qui est de la mosaïque et non de la gravure sur métal, ou échapper à la déformation inévitable des objets en l'opérant soi-même par une stylisation à outrance. C'est ce qui a eu lieu, et dans les éléments végétaux des artistes gallo-romains, les orfèvres francs n'ont pris que ceux faciles à ramener dans le domaine de la géométrie par la stylisation. En un mot, du décor végétal ils n'ont adopté que ce qui était du fantastique végétal. Les architectes ont fait de même, aussi l'art roman, lorsqu'il s'est constitué par la codification de l'architecture carolingienne a-t-il été l'époque par excellence du fantastique végétal en architecture, en même temps qu'il préparait pour les xm c et xiv e siècles une faune fantastique d'une incomparable richesse, mais dont je n'ai pas à m'occuper dans ce travail. Entre les édifices romans et les édifices gothiques il y a, quant aux principes constructifs, une différence fondamentale, mais pour ce qui est du décor la filiation est indiscutable, et c'est dans le fantastique venu d'Asie, et transformé chez nous, que se trouve le point de départ. Celui des chapiteaux romans comporte des animaux et des hommes fantastiques unis à des plantes dont la stylisation résulte soit de la modification des parties employées, soit de leur simple isolement. Ce sont : d'abord la feuille d'acanthe gréco-romaine jointe à des éléments que l'on retrouverait probablement tous sur la poterie sigillée, puis le nénuphar qui forme la transition avec le gothique dont il est la plus ancienne plante. Dès son apparition l'élan est donné, et tous les tailleurs d'images, à partir du xm e siècle, cherchent dans les champs les fleurs et les feuilles susceptibles de figurer sur la pierre des cathédrales. On verra pousser sous leur ciseau Parum, la fougère, le lierre, la vigne, le trèfle, la renoncule, la chélidoine, le chêne, le rosier, le plantin et cent autres plantes toutes indigènes.

(A suivre). F. DE VILLENOISY.

BIBLIOGRAPHIE

Sébastien Cbarléty. Histoire de Lyon depuis les origines jusqu'à nos jours. (Lyon, in-S, ^03 p. et grav.. A. Rey et C ie , 4 fr.).

Ce ne sont point les volumes qui manquent sur Lyon, et. parmi les plus récents, nos lecteurs ont encore le souvenir des magnifiques publications consacrées, depuis 1900. aux tissus et à l'enseigne d'origine lyonnaise. Que chaque province soit fière de son passé et de ses ressources, que des écrivains spéciaux consacrent leurs talents à l'œuvre régionale, nul ne pourrait que s'en réjouir. Mais, dès qu'un esprit de méthode généralise la question et met à jour une œuvre conçue d'après les règles de l'histoire, embrassant tous les aspects politique, économique, artistique et littéraire de l'existence d'une ville, l'intérêt augmente, la curiosité cède le pas à la nécessité scientifique et l'on souhaite pour d'autres villes ce que M. Sébastien Charléty vient d'offrir à Lyon.

Cette dernière monographie, entre tous avantages, a le mérite de la brièveté et de la précision. En trois livres, vingt siècles sont répartis ainsi : Les Origines, l'Ancien régime et la Période contemporaine. On connaît Lyon gallo-romain, du i 0r au v e siècle et Lyon médiéval du v°a la fin du xm c siècle. Il en est de même pour Lyon contemporain. Quant au sujet du Livre II : l'Ancien régime, les quatre premiers chapitres devront retenir l'attention. Il ne nous appartient pas — et nous le regrettons — d'insister sur les dissertations que prétextent les situations politique et économique de Lyon du xiv° au xvin e siècle, mais l'exposé de M. Sébastien Charléty fait de la vie intellectuelle à Lyon durant ces cinq siècles est parfait. Voir Philibert de l'Orme (page 104), les lettrés du xvi e siècle (page 108), les Coysevox et les Coustou (page 150), etc. Ajoutons qu'un choix de gravures, la plupart d'après des documents contemporains de l'époque qu'ils expliquent, accompagne le texte. C'est assez dire quelle est la saveur de cet excellent et magistral travail.

André Girodie.

Abbé A. Bouillet. Essai sur l'iconographie de Sainte Foy. (Paris, in-8, 45 pages et gravures, A. Picard et fils).

Ceux-là qui applaudirent à la publication de la Sainte Foy* vierge et martyre^ de notre sympathique président, non seulement en raison du mouvement artistique que son culte a déterminé, mais pour la satisfaction aussi appréciable de savoir reconstituée l'image d'une des plus attrayantes saintes du martyrologe français, apprendront avec plaisir la mise en lumière de ce petit répertoire iconographique. Avec l'auteur, après avoir constaté, par l'étude de la carte : Le Culte de Sainte Foy en France qui accompagne le texte, combien d'oeuvres durent disparaître à travers les âges, ils se laisseront aller à d'amères critiques contre les compatriotes de la petite sainte et l'oubli dans lequel sa mémoire est tombée. A. G.

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ DE SAINT-JEAN

(Assemblée mensuelle du vendredi 2j janvier tçoj).

es membres de la Société se sont réunis chez M. Vincent-Darasse, 150, boulevard Saint-Germain, sous la présidence de M. l'abbé A. Bouillet, président.

Etaient présents : MM. Auran, Balleyguier, Béranger, l'abbé Bouillet,

Castex, Delbeke, Fuinel, Paul-Hippolyte Flandrin, Girard, Girardot, Girodie, Keller, Lahalle, Lambert, Louis-Noël, Pinta, Richardière, de Richemont, Rigaud, Thomas, de Villenoisy et Vincent-Darasse. Etaient excusés : MM. Berger et Lequeux.

La séance est ouverte à s heures 1/2. M. Richardière donne lecture du procès-verbal de l'Assemblée générale du 19 décembre 1902, qui est adopté sans observations. Il présente ensuite la candidature de M. Rauline, architecte du Sacré-Cœur. M. Benoni Auran propose ensuite la candidature probable de M. Devillario. artiste peintre.

L'ordre du jour amène la discussion sur l'Exposition de la Société. M. Richardière annonce qu'elle aura lieu dans le hall de l'immeuble 76, de la rue des Saints-Pères. M. Balleyguier demande que soient précisés d'avance les frais accessoires qui incomberont à la Société en dehors de la location. M. Richardière donne à ce sujet les indications nécessaires. Sur l'invitation de M. le Président, M. Lahalle, secrétaire du Comité spécial de l'Exposition, donne lecture de la liste des exposants qui ont fait part de leur adhésion à ce jour. M. Richardière lit le texte de la deuxième circulaire qui sera adressée à tous les membres titulaires ainsi qu'aux artistes invités. Après diverses observations, M. le Président met aux voix l'adoption de la dite circulaire avec les quelques modifications demandées. A l'unanimité, le texte est adopté. M. Keller parle de l'organisation technique de l'Exposition et propose de s'en remettre complètement à l'initiative de la Commission spéciale. Mise aux voix, cette proposition est adoptée. M. Richardière revient sur la question du local de l'Exposition et prie M. de Villenoisy de renouveler les remerciements de la Société à M. le comte Brune!, président fondateur du Bazar de la Charité. Si les nécessités de l'économie obligent la Société, cette année, à décliner l'offre qui nous avait été faite par lui de ce local, il est possible qu'il n'en soit pas de même par la suite.

M. Girard demande à inviter quelques artistes graveurs. La proposition est adoptée.

On s'occupe ensuite de l'Annuaire de 1903. M. Richardière engage tous les membres à donner sans retard leurs changements d'adresse. M. Balleyguier se plaint de voir répartis, par ordre alphabétique, les membres de la Société qu'il aimerait à voir réunis en groupes distincts, par catégories de travaux artistiques. 11 demande encore le groupement des membres écrivains sous la rubrique archéologues. M. Girodie établit et réclame la distinction entre l'archéologue et l'homme de lettres qui s'attache aux questions d'art moderne. L'assemblée décide de substituer, dans les indications des professions, la mention Ecrivain d'art à celle à' Homme de lettres.

On parle ensuite du Rapport général annuel de la Société. Après discussion, M. Richardière accepte de demander à M. Moreau-Néret de se charger de la rédaction de ce rapport en collaboration avec MM. Vincent-Darasse et Girodie. Ce dernier croit qu'il serait utile de réunir le Rapport général à l'Annuaire et d'y utiliser les gravures publiées par les Notes d'Art et d'Archéologie.

M. le Président rappelle instamment à tous les membres du Conseil de la Société qu'il est de leur devoir d'assister aux réunions.

M. Richardière annonce que, sur la proposition de M. Méhu, architecte, membre correspondant, le Conseil a décidé qu'il serait fait échange entre les Notes d'Art et d'Archéologie et le Bulletin de la Société des Sciences et Arts du Beaujolais.

M. le Président communique à la Société le résultat d'une démarche qu'il a faite, avec MM. Richardière et Flandrin, auprès de Mgr Péchenard, recteur de l'Institut catholique. L'accueil a été des plus bienveillants, et Mgr Péchenard veut bien mettre à la disposition de la Société de Saint-Jean, pour ses réunions, une salle de l'Institut, moyennant une rétribution modérée, éclairage et chauffage compris. M. Richardière insiste sur l'intérêt qu'il y a, pour la Société, à entrer en relations avec l'Institut catholique et à faire ainsi

NOTES DART ET D'ARCHÉOLOGIE 3p

partie de ce centre intellectuel du catholicisme en France. M. de Richemont traduit l'approbation de l'assemblée. Il demande si la Société pourrait posséder, à l'Institut catholique, un meuble fermé qui contiendrait ses dossiers, ses papiers et ses actes. M. Richardière répond affirmativement. 11 se hâte d'ajouter que, grâce à la généreuse et bienveillante hospitalité de M. Vincent-Darasse, le siège social de la Société restera au isq, Boulevard Saint-Germain ; l'Institut catholique ne servira donc que de lieu de réunion.

M. Richardière a reçu de M. Arcos une réponse à la lettre qu'il lui avait écrite au nom de l'Assemblée générale au sujet d'une Exposition permanente d'art religieux à Lourdes. M. Arcos promet de se mettre en rapport avec la Société des Amis des Arts de Pau et de lui faire part de la proposition de la Société de Saint-Jean.

On parle d'un projet de concours d'images. Après quelques idées échangées, il est remis après l'Exposition.

M. Flandrin annonce le retour à la Société de M. Laurent, artiste-peintre, et M. Richardière, celui de M. Saliez, tous deux anciens membres titulaires.

L'ordre du jour étant épuisé, la séance est levée à 6 heures 1/3.

Le Secrétaire principal,

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