CHEZ UN MARCHAND DE TABLEAUX
il est tout couvert et enveloppé. Sur la base du rocher d'où le Corse se lèvera, un aigle mort glt, les ailes détendues, les pattes raidies : superbe d"exécu- . tion réaliste. Les plis du grand manteau n'ont pas moins de naturel et de sentiment. Mais le héros n'est pas venu d'un bon jet : le mouvement n'a pas de noblesse et l'attitude ne s'impose pas. fîluvre inégale par l'insuffisance de l'expression, que le génie n'a pas soumise à ses désirs, mais des plus caractéristiques du talent d'un artiste et de l'esprit d'un temps. On a mis, dans cette salle Rude, que l'on pourrail intituler à notre gré salle Carpeaux, le modèle en plâtre du buste de M"" F..., de l'Opéra, par l'auteur du groupe de la Danse. Esquisse merveilleuse d'élégance saisie et de grâce fine. Gel ouvrier de Carpeaux est le plus grand maître féminin de la sculpture contemporaine : dans leur modelé gras et souple, un modelé de peintre, de coloriste, ses nymphes, ses bacchantes, sa Flore, ses modè'es vivants, retrouvent et continuent l'esprit du pluî galant des siècles, l'élégance et le charme vivace des figurines de Clodion.
Chez un marchand de lableaux. — Les dernières écoles. — M. Gustave GefTroy et ta Vte artistique. — Le peintre-décorateur P.-V. Galland.
C'est une loi désoribais acquise à la science'] de l'esprit : les arts évoluent, et, dans le cercle d'un art particulier, les genres à leur tour subissent une con-
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tinuelle transformation. Le trumeau Louis XVI est le dernier terme de la même peinture décorative qui a revêtu de fresques les vieilles églises; la tragédie sest changée dans Je grand opéra; le paysage naît du genre hollandais et flamand; et M, Brunelière, grand souteneur de paradoxes, vous démontrera, quand vous le voudrez, comment de l'éloquence de la chaire est sortie la poésie lyrique et romantique. Il faut avoir, en vérité, les grandes vues de l'esthétique contemporaine toujours présentes à l'esprit, quand on va, à travers l'exposition permanente qu'est le Paris artistique de l'hiver, recueillant les moindres traces de beauté et suivant par métier ou par goût les plus ohscures tentatives de nouveauté.
J'étais amené, chroniqueur trop grave, à ces réflexions doctrinales, en visitant, cette semaine, l'amusante boutique d'un marchand de tableaux de la rue Le Pelelier, M. Le Barcq de Boutleville, homme avisé et hardi, qui a entrepris de donner asile aux toutes récentes manifestations de l'art de peindre. Si vous avez inventé une variété particulière du poinlilUsme, quelque forme inédite de.néo-impressionnlsme, ou encore, ou surtout, un avatar du symbolisme que le Sâr ineffable n'ait pas encore patronné, c'est dans ce magasin que je vous conseille de dévoiler votre secret : il n'est novateur qui n'y entre. Vous y rencontrerez M, Anqoctin, M. de Toulouse-Lautrec, M. Angrand, M. Vuillard, les peintres d'aujourd'hui et ceux d'après-demain.
L'évolution, justement, s'y montre extrêmement rapide. On ne peut s'empêcher de penser que le mouvement qui emporte toute chose ne se soit, depuis quelques années, précipité. Les formules d'art se