LES DERNIÈRES ÉCOLES
succèdent avec autant de hâte et de frénésie que les programmes politiques. Nous regardions encore du côté des disciples de Claude Monet et de Camille Pissarro, vers l'impressionDisme, la division du Ion, l'analyse de la lumière; nous apercevions engagés dans cette voie des gens sympathiques et vraiment doués, comme M. Signac ou M. Van Byssemberghe : nous nous retournons et les procédés ont changé.
Les meilleurs hôtes de la rue Le Peleticr nous offrent des partis pris tout contraires : la poursuite rigoureuse de la ligne, de l'arabesque enveloppante et définie; l'emploi de la tache épaisse, monochrome, éclatante. C'est-à-dire que, dans la traduction des spectacles contemporains auxquels leur imagination et leur œil les inclinent, ces derniers venus, quittant les roules où Delacroix marcha le premier, reviennent à une sorte de classicisme ou d'archaïsme dévié, à quelque chose qui rappelle à la fois les vitraux des vieilles églises, les images bariolées des Japonais et, peu s'en faut, les étroites et puissantes méthodes du « père Ingres ».
Sortira-t-il, de ces verligineuses volte-face, mieux que des essais ou des curiosités qui amusent un moment le dilettante? Qui le saurait prédire? Il ne faut dédaigner aucune herbe verte, perçant le sol dénudé, avant que la moisson soit faite. L'altitude la plus familière au crilique, en face de la vie contemporaine, devrait être celle de l'homme des champs, penché sur ce qui lève et croît.
Telle fut aussi, en toute matière d'art, la constante et méritoire tenue d'un écrivain qui réunit aujourd'hui ses feuilles volantes dans un excellent volume :
, la Vie arlistigue, orné d'une préface tl'Edm. de Concourt cl d'une poinle sèche d'Eugène Carrière. Je n'ai pas ici à vous parler des livres nouveaux, sauf en ce qui est de leur succès mondain ou de leur histoire anocdotique. Mais, lorsque j'ai affaire à un Parisien, à un chroniqueur, à un homme de mon métier, comment ne pas signaler ces notes exquises qu'une publication longtemps désirée dispute enfln à l'oubli inj uste et au sort commun des œuvres de presse? M. Gustave Geffroy, rédacteur à la Justice, n'est un inconnu pour aucun des amateurs qui remarquent, dans le journalisme quotidien, l'originalité perdue et le talent dispersé. Ils savent qu'un article d'une demi-colonne sort de sa plume, un peu lente, un peu compliquée et diflicile, mais si attentive et si fine, buriné comme un paragraphe de La Bruyère. Ils ont reçu de lui le premier avertissement à l'apparition de tout artiste ayant quelque chose à dire et qui valût la peine d'être entendu ; car il est le plus avant-coureur des critiq ues. Et par-dessous cette curiosité en éveil, celte sensibilité aiguc, cet effort à exprimer en ses moindres nuances la beauté ou l'intérêt 4es choses passagères, — coins de rue, paysages de banlieue, tableaux rares, faits-divers significatifs, — ils ont senti, chez M. Geffroy, une personne ; une âme modeste, résignée, contemplative; la songerie et la fierté d'un Breton, derrière le Parisien impressionniste et le disciple de style des frères Concourt. Vous trouverez ces traits dans la Vie artistique : l'original qui les réunit est un confrère en « chronique » dont on a bien le droit de se vanter,
M. P.-V. Galland, directeur des travaux d'art de la
l'exposition de M"^ morizot 81
manufacture des Gobelins, professeur à l'École des beaux-arts el le meilleur peintre-diicorateur de la France après M. Puvis de Chavannes, est mort celle semaine, sans que l'on ait assez dit quelle perle nous faisions en ce haut fonctionnaire. D'imagination plus naturellement élégante, je n'en vois pas, depuis Paul Baudry, en ce pays où l'élégance est le don le moins refusé par la nature aux artistes. Et j'en vois moins encore qui aient soutenu le don de plus d'études et d'aussi bonnes. M. Galland s'était trouvé une seconde patrie dans la vieille Florence, entre Gozzoli et André del Sarlo; la fréquentation assidue des modèles toscans avait imprimé à son style un cachet de vie et de fierté qui l'a toujours gardé de l'écueil où nos décorateurs exclusivement nationaux versent vite, la convention et la facilité molle. Cartons de tapisserie, plafonds, panneaux, motifs d'art ornemental, il ne laissait rien partir de sa main qui ne se sentit de cette naturalisation florentine. André del Sarto surtouC semblait son parent à travers les âges. M. Lafeneslre a justement comparé le charme de ses compositions si délicates à celui des grisailles du cloître dello Scaizo, où le Sarto a figuré Thisloire de Jean-Baptiste.
L'eïposilion de M" Morizot.
Dans une lumière légère, flottante, de cendre bleuâtre et de poussière vert tendre, fixées en esquisses rayées de coups de pinceaux abandonnés et charmants, des attitudes de femmes, de fillettes, vêtues
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d'étoffes claires, environnées de fleurs, de cristaux luisants, caressées par un jour pur filtrant de la glace d'une fenêtre ou d'une véranda; la même lumière, le même jour, pénétrant dans des verdures de campagne, des eaux de lac parisien, de mer bleue, voltigeant sur des canaux, sur des cygnes blancs et glisseurs : telle est l'exposition si fraîche el rafraîchissante de M°" Berthe Morizot. Femme par la grâce el la douceur du tact, artiste très moderne par te métier. M"'' Morizot est sortie de l'école de Manet. Elle ne ressemble plus à personne. Après Cl. Monet, Pissarro, Renoir, elle impose — de sa façon légère — au grand public, la peinture dite impressionniste.
Le pi-ince d'Aurec, de M. Henri Lavedan.
Ni le succès de Fleurissant, un cheval français, à M. Pardiac, un clerc de notaire (voilà un trait qui sent son temps), au « grand steeple » d'Auteuil, couru hier, — ni les deux journées de la Fête des fleurs, disputées encore une fois à la mauvaise grâce delà température, qui taquine chaque année cet essai d'imporlalion niçoise, — ni les dernières et belles ventes de la saison, celle de la collection d'objets d'art , de meubles de style , de tapisseries de M""^ d'Yvon; celle des estampes anciennes du baron Hulot, avec la suite incomparable des Durer et des Rembrandt authentiques, — ni l'exposition d'horticulture, mêlant les roses de France aux exotiques et savantes orchidées, — ni l'élection académique ou la