‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 13 sur 80 · LE PHINCE D'AL'REC », DE M. BENBI LAVEDAN · texte numérisé non relu

LE PHINCE D'AL'REC », DE M. BENBI LAVEDAN

guerre des directeurs avec la critique et la presse, ne me paraissent mériter autant d'intérêt et devoir tenir autant de place dans une chronique parisienne que la première représentation, au Vaudeville, de la comédie satirique de M. Henri Lavedan.le Prince d'Aurec, refusée précédemment par la Comédie-Française,

Ce n'est point que je croie l'ouvrage promis à une longue vie sur les planches ou capable de marquer une date dans l'histoire des pièces qui, sans être « du théâtre », sont pourtant <■ de la liltérature». Brillante, "agaçante, nen'euse, celle satire manque de la grande simplicité qui fait les belles choses, M. Henri Lavedan s'est préparé à la comédie sociale dans la rédaction de la Vie parisienne : il a pris ainsi un certain tour et un certain pli; cl, comme il est d'usage aujourd'hui qu'un écrivain ne se fatigue pas à varier sa manière ni à poursuivre des originalités successives, j'aurais gagé que le Prince d'Aurec aurait précisément l'allure des petits recueils de saynètes publiés avec beaucoup de succès par son auteur : la Haute, Aoclitrnes, le Nouveau jeu. Un dialogue rapide, une escrime de mots, le ton exact de certaines répliques à la date de 1892, la <c blague » la plus pénétrante et la plus décidée, exercée sur eux-mêmes cl sur leur monde par les personnages de la Haute : voilà, me disais-je, ce que le Manchecourl de la Vie parisienne introduira au Vaudeville.

Je n'attendais donc point de lui des créatures typiques, mêlées et profondes, un Tartuffe, un Don Juan; ou seulement de vifs personnages, circulant dans une intrigue imitant le mouvement de la vie, un Figaro menant une Folle journée; ou même des

crayons énergiques et précis, comme l'Onuphre de La Bruyère. Cependant c'était un sujet de la plus haute

comédie, pris en pleines mœurs contemporaines, que cet homme d'esprit allait traiter, je le savais. La rencontre de la noblesse avec l'argent , voilà le Prince d'Aurec : voilà aussi le Bourgeois genlilhomme et le Gendre de Monsieur Poirier. C'est une grande marque de sa beauté que ce sujet soit éternel ; et, si cependant on le peut reprendre plus d'une fois, c'est que le cours du temps y met des nuances et un intérêt toujours nouveau. Le joli talent de M. Lavedan serait, après tout, curieux à suivre, aux prises avec une si forte donpée.

Voilà ce que se disaient les plus justes amis de M. Lavedan. Leur attente n'a point été trompée. Il a donné un ouvrage très distingué : il n'a point fait une pièce vraie. A part deux scènes vigoureuses et bien venues, dont je parlerai, il n'y a pas ici de drame. Ce ne serait rien encore : mais ces personnages, sous lesquels on a mis des noms propres, n'existent pas. Ils se blaguent, ils s'analysent comme un auteur et se détruisent du même coup; ils font des mots, ils échangent des plaidoyers; au dialogue des Nocturnes, ils mêlent des tirades un peu longues et bien soignées. Et qu'ils ont donc de plaisir à se sentir tant de clairvoyance et tant d'esprit I Les « gommeux » et les « cercleux » des livres de M. Lavedan avaient peut-être vraiment dans leurs propos d'un élégant raccourci plus de simplicité et d'abandon que les « princes », le « juif », 1' « homme de lettres » de sa comédie.

Pourtant sa comédie est attachante et, j'y reviens, le spectacle le moins négligeable de la semaine ou

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