CHARLES DEMAILLY », DE HM. ALEXIS ET MÉTEMER
ce public du Prince d'Aurec, un observateur pourrait conclure qu'au moment même où la noblesse a perdu tout ce qui lui donnait titre, valeur et rôle, elle a cessé d'ôtre jalousée et haïe : son prestige n'a plus eu de contradicteurs, le jour où il n'a plus eu de raisons.
Charles Demailly, de MM. Alexis et MOlcnicr.
On est injuste envers MM. de Concourt. On les veut prendre — et prendre en faute — pour des peintres de mœurs ou de caractères : on ne voit pas, ou on ne veut pas voir, qu'ils sont seulement d'admirables collectionneurs. Eh oui ! Les deux frères ont fait tous leurs livres avec les notes de ce Journal qui ne leur est si fort reproché que parce qu'il renferme tant de choses vives, criantes, suanl l'aulbenlicUé : des pièces certaines de collection. Leurs romans ne sont pas des romans : ce sont des albums. Ouvrez-les au hasard : vous en tirerez des croquis, des études, des pensées, de précieuses gravures, toute une série de bonnes fortunes pour un amateur qui a le goût raffiné et l'œil aigu ; voii.s y passerez des minutes supérieures. Mais n'allez pas chercher une toile faite dans ces cartons, ni demander une autre unité à ces amusants et jolis rassemblages que celle du ruban léger qui les enferme et de l'humeur particulière qui les a formés.
Charles Demailly a trente ans de date, el môme plus. C'est un long âge pour une œuvre d'imagination. Prenez-le cependant, par cette méthode capricieuse, le feuilletant, le parcourant, en quête de détails et de
88 NOTES d'art et DE LITTERATUBE
bouts de dialogues, de scènes épisodiques, de curieux fragments, comme vous liriez le Journal ou YArl au XVlIh siècle, comme vous regardez des eauxfortes, tournant d'une main rapide les planches agréables, vous arrêtant tout à coup et élevant à la hauteur de vos yeux une épreuve rare, une pièce unique. C'estmiracle si vousn'y prenez pas un plaisir extrême.
Voici d'abord des notes sur le journalisme en 1858: cela ne ressemble plus, cela date, mais comme peut dater une des séries de Gavami. Quelqu'un qui se penche par-dessus votre épaule s'écrie : Cela n'a jamais ressemblé, c'est fait de chic, avec le souvenir du Lousleau de Balzac et des hommes de lettres des illusions perdues. — Alors, c'est donc Balzac qui s'est mépris et qui est le mauvais peintre de mœurs! Cependant, nous avons une clef; ces propos ont bien été tenus. Ces mots sont signés Banville, Villemessant. Gautier, Saint-Victor, Ernest Reyer, Monselel. Il ncsl pas ennuyeux de savoir comment causaient, dans une salle de rédaction, ces grands artistes ou ces illustres hommes d'esprit. 11 n'est même pas indifféi-ent de constater que leurs fusées se sont éteintes avant d'arriver jusqu'à nous, et que rien ne vieillit plus vile que les mots d'auteur, les paradoxes de boulevard, ou la blague à la mode de l'année.
Tournez encore. Voici des documents sur les ^ états d'âme » d'une petite ingénue de théâtre, froide et cabotine, qui a épousé par vanité un homme de lettres, nerveux et analyste, qui s'aperçoit, après les noces, que sa femme est « bôle •> et que sa vie est manquée. Cela n'est ni très commun, ni très gai, ce drame entre gens secs comme du bois, factices par profession, si