‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 16 sur 80 · CHARLES DEMAILLY », DE MM. ALEXIS ET METENIER · texte numérisé non relu

CHARLES DEMAILLY », DE MM. ALEXIS ET METENIER

loin de l'humanité courante; un roman d'amour, où les péripéties sont le refus de jouer un rôle, par une comédienne, dans la pièce de son mari, et la publication, par les soins de la même petite peste, de lettres écrites au temps de leurs fiançailles et où l'homme de lettres éreintait les bons camarades, n'est pas fait pour intéresser plus d'une centaine de personnes. Mais, si vous êtes une de ces cent-là, vous ne ferez pas peu de cas de cette monographie sincère.

Enfin, voici plus triste et plus rare encore : la description d'un cas pathologique. Demailly, le mari de l'ingénue, sombre dans la paralysie générale. Les deux écrivains, dont l'un devait mourir par ses nerfs, nous donnent tout le détail de cette folie essentiellement littéraire. Et c'est aussi une planche curieuse.

Mais imaginez maintenant que deux adaptateurs malavisés transportent au jour grossissant de la scène cette succession de fragments; qu'ils n'en atténuent pas les côtés exceptionnels et qu'ils se gardent d'en expliquer les côtés obscurs;qu'ilsencadrcntd'ailleurs dans un décor de 180;j ces vues du Paris folliculaire de 18S8; supposez qu'enfin cette tentative au moins inutile soit appréciée par des journalistes auxquels on a dit d'avance qu'on les allait satiriser, et par des écrivains ou des amis des écrivains que le Journaldes frères de Concourt n'a pas pris la précaution de ménager : vous vous figurerez aisément quel accueil la presse a réservé au Charles Demailly de MM. Paul Alexis et Oscar Métenier, lequel, au surplus, est une pièce médiocre.

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La tombe de Stendlial. Ses amU de lSi>2.

... J'aime mieux vous parier d'Henri Bejle.

M. lirunetitre disait de ce mystérieux H. B. : « On ne l'aime ni ne le hait à demi ». Quand on l'aime, en elfet, c'est damour, avec des façons, un secret, des piétés presque, qui ne s'adressent d'ordinaire qu'à des vivants privilégiés, ou à ces morts dont la grande gloire ne s'est pas emparée en maîtresse A quel mort d'une renommée vraiment consacrée et populaire eût-on dédié une cérémonie comme celle d'hier, au cimetière Montmartre? Ils étaient là quelques-uns, non des amis et des contemporains survivants de l'homme, mais des parents et des alliés de son esprit, des dévots de ce culte intime du « beyhsmc » qui n'a point su — et n'a peut-être pas voulu — conquérir la foule des lecteurs et les prêtres des religions littéraires ofïlciellcs. Un avocat, M. Chéramy, un bibliographe, qui a déchiffré à la bibliothèque de Grenoble les difficiles manuscrits du Journal et de la Vie de Henri Brûlart, sciant rencontrés près de la tombe à demi abandonnée de Stendhal, avaient convenu de restaurer la stèle qui porte l'inscription fameuse : <■ Arrigo Beyie, Milanese, scrisee, visse, amô », et d'y ajouter un médaillon de l'écrivain, d'après celui que fît David d'Angers en 1825. Une souscription discrète a couvert les frais du modeste monument. On l'inaugurait hier matin, simplement, comme il convenait à la mémoire de cet ami du naturel et de ce passionné de l'incognito,

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LA TOMBE de: STENDHAL 91

Peu de monde était venu; quelques écrivains : M. Ludovic Halévy, M. Maurice Barrés; des lettrés et des amateurs. Par un souvenir de la prophétie de Beyle : «■ Je serai compris vers 1880 », ils s'étaient désignés : i' Ses amis de 1892 ». Amis de choix et rares, il faut le dire. Malgré les apologies critiques de M. Paul Bourget et de M. Taîne, — qui n'étaient là ni l'un ni l'autre, hier, — et certain succès « vers 1880 ", Stendhal reste peu familier au public français. Sa place n'est point fixée encore dans les cadres des histoires de la littérature, où s'instruit la jeunesse. Il fut en dehors du romantisme de son temps; il n'avait point de rhétorique; il eut des allures soigneusement conservées d'amateur, et toujours de l'humeur et de l'imprévu ; sa morale est très particulière, et son style mauvais, au sens des professeurs de beau langage ; (1 Voilà, sans doute, disait-il lui-même, pourquoi j'écris si mai : c'est paramour exagéré de la logique». On comprend qu'un homme si malaisé à définir et à classer et un écrivain qui plait par des moyens si peu traditionnels, déconcerte nos juges patentés. M. Rod, et, après lui, M. Emile Faguct ont les premiers essayé d'en parler sans faveur et sans haine : je doute qu'ils aient clos le procès. 11 y aura toujours du je ne sais quoi dans la renommée d'Henri Beyle.

Comment ne voit-on pas, cependant, — parmi les amateurs du passé, — que Stendhal est de la grande lignée française des moralistes, des psychologues et des conteurs? Il a pu recevoir de sa mère italienne le goût de l'énergie et de la passion, le sentiment voluptueux de la musique et de la peinture, le mépris des conventions sociales dans les choses de l'amour et du plaisir. Mais sa faculté maîtresse, l'intelligence claire

et perçante de l'analyste, est d'un Français, et un Français du xviii' siècle. Il continuait les idéologues condillaciens, Destutt de Tracy, qui! avait connu, Cabanis, et les romanciers du siècle galant, le Laclos des Liaisons dangereuses, le Marivaux de celte Marianne dont il recommandait de lire vingt pages chaque matin, pour comprendre « les avantages qu'il y a à peindre juste les mouvements du cœur humain », La mécanique mentale dans le Rouge et le Noir est l'aboutissant de tout un courant de littérature nationale. Le jour où l'on aura compris cela dans les écoles — comme on le comprenait vers 1849, à l'École normale, quand un maître de l'endroit nourrissait de Stendhal toute une génération, où Taine, Sarcey, Weiss, figuraient — on ne négligera plus ce rare esprit dans les traités et les anthologies.

A propos de musique.

On vient de reprendre à l'Opéra -Comique le Rêve, de M. Alfred Bruneau, une œuvre infiniment distinguée, Le Rêve s'est déjà acclimaté à Londres, et peut-être ira-t-il jusqu'à vous. Je le souhaite pour le crédil de notre école nationale : car l'œuvre, encore que wagnérienne en quelques-uns de ses procédés, est très française de sentiment, par la probité absolue de l'inspiration, et l'étroite subordination de la musique pure à la vraisemblance dramalique. Au sortir de ce drame sévère et sobre, on a donné la première de la Caoalleria rutlicana, de Mascagni, applaudie de

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