LA RECEPTION DE LOTI
celle du Journal de Genève, celle du Journal officiel de la République française, celle enfin de la brochure éditée par Calmann Lévy. Et la variante de votre Journal fixe un poini essentiel de l'autobiographie littéraire du nouvel académicien.
Les bibliographes fuluas, qui écriront sur la fin du mx" siècle, sauront-ils ce détail? En le marquant ici, c'est toujours — mathématiquement — une chance de plus qu'on lui donne de ne point échapper aux Toumeux et aux Spœlberch de Lovenjoul de l'avenir.
Cependant, à Paris, la presse du surlendemain, déliée de sa timidité par les interviews de Zola, s'échauffait et s'aigrissait peu à peu. On raillait ce Loti-Narcisse qui s'était contemplé si amoureusement dans sa fontaine, sous les yeux des faunes et des nymphes. Il manquait un écrivain pour venger la critique, les psychologues, les naturalistes et les convenances mondaines, — avec un air d'impartialité. M. Barrés, dans le Figaro, se chargea de cette cruelle besogne. Le « beau marin « peut avoir tous les torts du monde : on jugera qu'après l'article, répandu à. milliers d'exemplaires par le journal de M. Magnard, il les a amplement payés. C'est le saint Sébastien des vieux tableaux, dont tout le corps d'éphèbe est criblé de flèches légères.
Des amis, M. Daudet peut-être, s'étaient entremis, trop tard, hélas! pour empêcher l'eflusioa du sang. Sur leur conseil, M. Loti écrivit à Emile Zola une lettre, que vous avez lue sans doute et qui fait preuve de sa simplicité : M. Zola a répondu hier avec une belle franchise. Elles sont bien jolies, ces deux lettres; elles réparent et recouvrent bien des choses. Le monde littéraire a ses misères, comme le monde
tout court; les vanités souffrantes et mobiles y donnent des spectacles dont le comique est triste. Mais quel secret les acteurs y possèdent, de jouer, quand ils veulent, un air de flûte si plaisant qu'à l'entendre, tout leur est pardonné!
Maurice RoUinat : le poète; le musicien.
Il y a quelques années, le l'igaro publiait, un matin, une chronique de feu Albert Wolff, qui était consacrée au nom, à la personne et aux œuvres de Maurice Rollinal : ce fut un bel émoi dans le monde des demilettrés, tel qu'on n'en revit point de pareil avant que, dans le même journal, M. Octave Mirbeau inventât bruyamment le « Shakespeare belge ", Maurice Mietcdinck.
Rotlinat fut donc célèbre, de par l'entliousiasme indiscret du Juif prussien qui personnifiait la critique universelle dans la feuille mondaine la plus répandue. La célébrité dura peu : il y en eut, comme disait M"" de Sévigné, pour un déjeuner de soleil. Elle vient tout à coup de renaître et, semble-t-il, de se fixer en une soirée récente. Le Théâtre-d' Application a organisé une audition des poésies et musiques de Rollinat dont le succès fut extrême. Deux reprises de gloire, cela donne à réfléchir, et il faut s'arrêter devant Maurice Rollinat.
Le poète est compatriote de George Sand. 11 n'habite point Paris et demeure aux lieux qui nuancèrent d'abord sa rêverie, en pleine France centrale.
MAUaiCK ROLLINAT iOI
dans les brandes de la Creuse qu'il a décrites en ses premiers vers, auxquelles il revient dans ses derniers, avec ce volume de la Nature que l'éditeur Charpentier fait justement paraître. Dans tes brandes et la Nature sont la moitié la plus simple de son œuvre : ses deux autres recueils, les Néoroses et VAblme, sortent d'une inspiration plus visiblement acquise. Baudelaire a fortement influé sur l'imagination de ce paysan, il a troublé ses nerfs et dirigé ses songes vers les régions de l'extraordinaire : « Vous avez créé un frisson nouveau », écrivait Victor Hugo au grand poète d'Une Martyre ; c'est de ce frisson que M. Rollinat est encore secoué contagieusemenl. Bien entendu, les Néo7-oses ont seules été accueillies avec faveur par les scnsitifs que nous sommes.
Cependant, paysages écrits ou frissons noiés, les vers de Rollinat ne lui eussent valu que l'estime d'un cercle restreint d'amateurs, et il m'a semblé pour ma part qu'avec des efforts méritoires et les preuves d'un véritable tempérament, ces poèmes ne donnaient jamais la sensation du définitif et de l'accompli. Celaient pluliM exercices de rhétorique impressionniste que formes nouvelles de la beauté. Mais Rollinat a été le musicien de sa poésie : et il a conquis du même coup le plus singulier ascendant sur le public le plus difficile. Dans les cercles et les salons littéraires, il chantait lui-même des pièces de son teuvre, sur des mélopées de son invention. C'est dans une de ces séances que Wolff l'entendit. De meilleurs juges, d'illustres sensationnistes, E. de Concourt, Barbey d'Aurevilly, ont rendu le même témoignage de la maîtrise qu'ils subissaient. La dernière épreuve était plus concluante encore ; le poète-acteur n'y
étail poini, et ses œuvres fureol interprétées par des artistes de talent fort inégal. Le succès, me dit-on, n'en a pas été amoindri.
La musique do Rollinal, qui prend ainsi sa place au moins parmi les « cnriosités » de Paris, n'est point de la musique de technicien. En dehors des règles et des modèles, elle suit le texte poétique et traduit immédiatement des sensations plus littéraires peutêtre que musicales. Aussi a-t-elle été aimée surtout des gens de lettres : en un temps où tous les arts voisinent, elle leur procure des joies esthétiques analogues à celles qu'ils ont trouvées par exemple dans les planches lithographiques de H. Odilon Redon. Mais ce n'est point une raison, pour les professionnels eux-mCmes, de dédaigner cette musique; car le goftl de la hardiesse et le sens de la nouveauté ne sont-ils pas quelquefois plus intacts chez ceux que l'éducation n'a poinI engagés dans une formule ou encombrés de souvenirs? Les premiers admirateurs de Wagner en France n'ont-ils point été des poètes et des peintres? De toute façon, les mélodies de Rollinat — que, je l'espère, on nous redonnera d'entendre — valaient la peine d'être signalées au passage.
M. Raoul Frary, qui est morl hier, à cinquante ans, n'aura pas rempli tout son mérite. Parmi les écrivains formés sous la discipline universitaire, nul,
RAOfL FRARY iOl
comme Fraiy, n'écrivait une langue aisée, élégante et lucide : ce journaliste fécond avait toujours sous la main une prose d'eau de roche. Par-dessous cela. des idées. 11 laisse trois livres, où des questions vitales sont traitées, et deux recueils d'articles, dont quelques-uns très substantiels. Cependant il ne fut point célèbre et ne prit son assiette nulle pari. Je ne sais quelle contradiction intérieure se mêlait à toutes ses démarches.
Observateur pénétrant et sévère des mœurs démocratiques, il avait fait, dans le Manuel du démagogue, des Cléon et des Antoine d'aujourd'hui, une jolie satire, trop académique d'ailleurs pour être bien sensible à ses victimes : — et il rédigeait des journaux avancés, il était aux gages de Cléon et d'Antoine. Hardi d'esprit et de cœur, il avait critiqué notre système d'éducation secondaire, dans la Qusslwn du lad», le seul de ses livres qui fit du bruit et lui valut une notoriété passagère : ^ mais ce plaidoyer pour les lettres modernes et la géographie affectait une forme que Villemain n'eût pas désavouée; en sorte que, par son style, cet ancien professeur ne pouvait toucher que des amateurs de goût classique, tandis que, par ses idées, il les heurtait et les terrifiait, au point qu'ils crièrent très haut à la trahison. Frary, enfin, avait de la curiosité sur toute matière, de lettres, de poésie, d'histoire, de philosophie, mais sa curiosité tournait à l'éclectisme déconcertant; ce journaliste radical faisait de Guizot le portrait le plus ilatté, cet ouvrier du progrès social entrevoyait, comme Scherer, au terme de l'évolution universelle, une civilisation triste et plate.
Des écrivains de cette valeur honorent la presse
d'un pays. Quiconque lira le Péril national, la Question du latin, le Manuel du Démagogue, tel article sur VHistoire du peuple anglais de Green, où toutes les objections contre la conception scientifique et déterministe de l'histoire sont mises en jeu, ne pensera point trop de mal, sur ce spécimen, de la portée d'esprit de nos publicistes ordinaires.
M. Maurice BarrÈs et Vdme moderne.
On s'est ému, dans le petit monde des lettres, d'un article que M. Maurice Barrés, député et psychologue, a consacré, dans le Figaro, aux recherches et aventures de (1 rame moderne ».
Ce pince-sans-rire supérieur a délicatement mis en morceaux le cosmopolitisme, qui est à la mode chez quelques dames du monde et parmi une centaine de jeunes gens. Le « tolsloïsme », 1' « ibsénisme » et la <■ mreterlinckomanie » ne seraient, selon sa très spécieuse analyse, que des prétextes, pour l'âme moderne, à se retrouver elle-môme dans des objets étrangers, et à s'exalter pour des formes d'art ou de pensée qui ont cessé de lui procurer du plaisir sous la simple étiquette nationale. Ainsi, nous ne saurions rien découvrir dans les grands Russes ou les grands Norvégiens qui ne soit déjà dans nos meilleurs écrivains, mais la nouveauté de l'enveloppe exotique suffirait à nous tromper sur l'ancienneté de la marchandise. Il y a bien de la sévérité pour Tolstoï et pour nous dans ce joli paraxode. Mais, à titre d'indice et d'avertissement
M. FERDINAND Bitl'NETIÈRG 105
(le la réaction qui se prépare contre les excès de la manie admirative et imitative, les épigrammes sournoises de M. Barrés ne seront pas inutiles.
Car, si des écrivains supérieurs ont vraiment élargi et affiné dans notre pays le sens des beautés étrangères, combien le goût exotique reste artificiel et étroit chez la majorité des snobs qui ont applaudi le Canard sauvage ou les Aveugles '. Jai clierché parfois h m'assureravec précision des connaissances répandues autour de moi, à l'égard des grandes littératures européennes. Le résultat statistique était bien pauvre. Chez les plus au courant, Tolstoï, Dostoievsky, Ibsen, Dickens, G. Eliot, éveillaient le souvenir d'une ou deux lectures déterminées. Ceux- qui allaient jusqu'à la familiarité avec TourguenefT, avec H. Heine, avec Thackeray, avec les poètes anglais modernes, étaient des personnages singuliers. Les grands Italiens, les grands Espagnols paraissent tout à fait délaissés. Et vraiment lil-on ShakeBpeare?lit-on Gœtbe? Mais aussi lit-on Rabelais? lit-on Racine? lit-on Voltaire? Sans trois ou quatre hommes par demi-siècle qui ont tout lu et qui savent tout, un Sainte-Beuve, un Brunetière, les renommées littéraires reposeraient, en dernière analyse, sur une série d'ignorances superposées.
M. Ferflinand Brunetière : l'homme et l'orateur.
L'Odéon poursuit le cours de ses matinées classiques, avec un succès très vif, très particulier et sans défaillances.
D,gnz^=b,G00gIc
106 NOTES d'art et de littératuhe
La série des représentations hebdomadaires embrasse, en ses principales étapes et ses moniimenls distincts, l'histoire même du théâtre en France, depuis le Cid et le Menteur; et c'est M. Ferdinand Brunetière, critique de la Revue des Deux Mondes cl matire de conférences à l'École normale supérieure, qui commente et développe celte histoire dans des leçons préliminaires. Vous voyez que les chambrées du jeudi n'ont point, de classique seulement le nom et que le plaisir y est fort substantiel et profitable.
M, Brunetière est un grand orateur et un professeur redoutable. Du premier jour où il a parlé à des hommes assemblés, il s'est senti leur maître; il les a dominés et tenus sous son joug : je ne connais que M, Clemenceau pour exercer une aulorilé de la môme espèce. Quand il entra à l'École normale, sans amis et sans titres, le jeune critique semblait payer d'audace de se heurter, tout seul, à ce milieu traditionnel; il n'eut point fait deux leçons que les nouvelles générations universitaires étaient, m'a-t-on dît, à ses pieds. Ainsi du public aimable et malléable de rOdéon. Un directeur moins avisé que M. Porel lui eût cherché des conférenciers « mondains » ou de spirituels diseurs de riens. Mais nul n'en eût obtenu une attention plus méritoire ni une docilité plus respectueuse que cet austère dialecticien.
L'auteur de l'ouvrage commencé sur Y Evolution des genres tilléraires a une doctrine et une méthode critiques qui lui sont tout à fait propres. Je crois bien qu'en leur teneur entière elles passent par-dessus la tCte de son auditoire du jeudi ; mais elles le contraignent â penser et lui laissent, dans le cerveau, des idées fortes, enfoncées comme avec un coin. M. Bru-
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nelière, de son côté, ne laisse pas de gagner à ce commerce avec des gens qui ne sonl point du métier : il y assoit d'abord son autorité ot sa notoriété personnelles, car, si l'on subit en lui l'orateur, l'écrivain est difficile, et les connaisseurs seuls l'allaicnt goùlcr dans la Revue (je ne parle point de ses livres, qui ne se vendent guère).
Mais il y profile plus encore, dans l'assouplissement de Bon talent. Si vous fréquentez la Revue, vous connaissez la manière du critique, ces phrases lourdes et balancées , et cet enchaînement rigoureux des périodes : le français de Descartes n'est point plus dur pour une attention commune. Et bien des honnêtes gens y demeurent rebelles. Or, dans la bouche de l'orateur, ce style se vivifie el s'impose ; les longues suites d'incidentes se déroulent clairement entre les mains d'un virtuose, et il jongle avec les adverbes comme un hercule avec des poids. Il met au jour, enfin, des facultés d'ironie vigoureuse qui achèvent un des originaux les plus tranchés que l'on puisse entendre.
Joignez une « action » puissante, les yeux les plus vifs, la diction la plus accentuée, le feu du plus grand disputeur; el en ce mince homme maigre, à la face bilieuse, uncsorle même d'élégance, relevée d'une tenue irréprochable. Car M. Brunetière est un dandy dans son genre, sportsman à ses heures (la presse mondaine l'en a beaucoup plaisanté), et mêlant les gilets de velours de 1830 à des jaquettes de la coupe la plus récente : ces gilets ont même une histoire; quelqu'un de l'Université m'a conté qu'à l'École normale, le gilet changeait avec le sujet traité par le professeur, montant vers le col quand c'est Bossue
qui est en cause, et se dégageant et s'ouvrag.t lorsqu'on redescend vers VoUaire. Je soupçonne l'anecdole d'être un peu « symbolique »,mo, se non é^el'o...
Ernest Renan dans le mon<le.
Si le grand écrivaia dont la mort a rempli celle semaine avait quitté la vie vers 1879, en plein labeur, nous laissant — avec ses travaux spt^ciaux de philologue et outre son Histoire achevée des Origines du christianisme — les Dialogues et les premiers Drames philosophiques, les maîtres articles du Journal des Débats et de la Revue des Deux Mondes, qui ont formé ses volumes d'essais, enfin ce puissant manuscrit de sa jeunesse, l'Avenir de la science, alors encore inédit, et dont la publication posthume eût achevé l'unité de sa vie, cette vie et tout le personnage d'Ernest Renan se fussent offerts à la postérité sous un jour d'une belle clarté.
On n'eût point fait difilculté de reconnaître et d'apprécier son influence : comment, par ses débuts, il avait tué l'ironie voltairienne et ramené dans la critique incrédule le respect et l'entière intelligence des mouvements religieux; comment il avait, plus lard, créé une façon nouvelle de regarder l'univers et l'ensemble des choses humaines d'un point de vue haut, dégagé, optimiste et indulgent, qui était à cette époque très original et que beaucoup de jeunes intelligences ont adopté d'après lui; qu'enfin l'écrivain, chez Itenan, sans rhétorique, sans excès ni fausseté
ERNEST ItEXAN «ANS I.F. MONnB lOft
de couleur, sans parti pris de noblesse, avait retrouvé , une langue dont les grû ces, Taisance, l'abandon, les mille nuances et le pouvoir universel étaient un miracle d'atticisme, faisaient souvenir des plus belles paroles de Platon ou de Fénelon, et méritaient qu'on leur appliquât ce que Plularque, traduit par notre vieil Amyot, dit si bien de la vie de Timoléon, en la comparant aux tableaux de Nicomaque et aux vers d'Homère : « ayant, indépendamment du beau, bien du facile. »
Et ce Renan-là, dont j'imagine la ligne idéale, n'eût guère appartenu aux chroniqueurs soucieux de leur étiquette de « parisiens » ; car, après le premier éclat et le scandale de sa Vie dr Jésus, il était redevenu un de ces simples hommes illustres, comme son confrère M. Taine, que la foule mondaine connaît presque uniquement par leur nom. Mais, entre 1819 et ces derniers mois de sa vie oii la maladie l'avait visiblement touché, il arriva qu'Ernest Renan goûta des honneurs offîciels et de la popularité, de l'attention des sots et de la faveur des salons : il descendit de sa montagne Sainte-Geneviève et du vieux collège ecclésiastique où il travaillait, et se ni^la parmi les grisettes et les étudiants. 11 y a, au coin du boulevard Saint-Michel, proche le théâtre Cluny, une grande photographie du célèbre hébraïsant, qui regarde de sa tête penchée et de ses yeux indéfmissables la cohue d'un des plus bruyants carrefours du quartier lalin. Ce portrait en ce lieu apparaissait aux esprits philosophiques comme un symbole de la dernière attitude où l'auteur de VAvenir de la science s'était fixé.
Comment, depuis la crise de sa jeunesse et la u forte encéphalite » d'oii était sorti son premier
ilO NOTES D'ART ET DE LITTÉRATURE
maouscril si loufTu et si grave, ee délicat esprit avait-il fait un tel chemin? Ce sera, pour les Sainte- Beuve de l'avenir, un très attachant problème moral. Non que les idées de M. Renan ou le fond de sa philosophie eussent changé : on retrouverait, notamment, dans les essais variés qu'il a donnés à la /ievue des Deux Mondes jusqu'à 1870, et même avant les Dialogues ou les Drames, les plus déconcertants de ses paradoxes : son rêve d'une aristocratie savante, son indulgence pour tous les équivalents de l'idéal, le scepticisme onctueux de ses affirmations. Mais il semait ces vues dans des articles sévères ou dans sa grande Histoire, par une suite naturelle et un penchant de sa pensée, sans qu'on pût y reconnaître encore le désir de plaire ou de surprendre.
A partir des Souvenirs d'enfance et de jeunesse, qui obtinrent tant de succès, il devint au contraire évidentque M. Renan faisait les honneurs de lui-même et de sa vieillesse avec complaisance et qu'il n'allait plus cesser de cultiver son « moi » sous les yeux du public. Ses propos de table furent la joie des lettrés et des badauds : VAbbesse de Jouarrc le fit considérer des lecteurs ordinaires du Gil Blas. Il entra en relations avec la Comédie-Française et écrivit pour elle un à-propos. On l'invita, dit-on, davantage à dîner en ville. Il fit partie du Tout-Paris, et, si je voulais me tenir h mon métier de chroniqueur, j'anrais des anecdotes à vous conter de ce dernier Renan, qui m'eussent manqué sur le premier et le meilleur, M. Jules Lemaltre, dans ses Contemporains, où il a tant fait pour diriger certains talents dans certaines voies; M. Maurice Barrés, dans une plaquette fameuse, huit jours chez M. Renan, satire ou parodie qu'un