‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 20 sur 80 · I.'oiposiUon des o · texte numérisé non relu

I.'oiposiUon des o

Il Appelez cela comme vous voudrez, — disait le baron Gérard des premières lithographies de Charlet, — il y a du génie là dedans. » Et plus lard, Charlet mort, l'à-propos de ses œuvres passé, le grand Delacroix écrivait encore, en 1862, non pour lui seul et dans une des notes toutes vives de son précieux Journal, mais dans un des rares articles qu'il donnait à la Ilevue des Deux Mondes : « Je n'hésite pas à le placer, pour la peinture du caractère, ù côlé de Molière et de La Fontaine... On cherche ce qu'on peut lui préférer chez les plus grands maitres sous le rapport de la simplicité de la conception et del'ampleur du dessin. »

11 faut se remettre sous les yeux ces incroyables témoignages, et surtout le dernier, pour être juste envers la mémoire de ce populaire Charlet, quand on parcourt les deux salles de la galerie Durand- Ruel où la Société de lithographie a organisé une exposition de ses œuvres. Le jugement d'un Delacroix, et formulé avec cette force et cette conviction, donne à hésiter et à réfléchir, A première vue, il est vrai, les images du dessinateur chauvin ne nous paraîtraient pas aujourd'hui de la famille des grandes choses. Certes l'intérêt historique et anecdotiquc en est très vif; la belle humeur martiale, la verve pathétique et

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comique de premier jel, y ont conservé leur prix : mais cela ne va pas, ne nous semble pas aller plus loin. Fallût-il rapprocher l'artiste d'un écrivain de même inspiration et d'esprit sensiblement pareil, ce n'est pas à Molière ou à La Fontaine que nous oserions penser pour cette comparaison, mais tout simplement à Déranger : et s'il ne faut pas mépriser Bérangersans doufe, encore personne ne s'avise-t-il de le remettre aujourd'hui au rang oh le mettaient nos pères.

Ma foi, malgré Delacroix, je me tiens à cette analogie si spécieuse. Charlet et lîéranger, le fils du dragon de Sarabre-et-Meuse et le petit-fils du tailleur de Paris, ils ont bien fait la même œuvre, satirique et lyrique, de caricature et de légende. Celui-là, si vous voulez, a plus de tempérament, une nature plus franche et populaire; celui-ci, le chansonnier, a plus d'artifice et une sagesse plus bourgeoise. Mais, gaudriole et bravoure, libéralisme et héroïsme, haine des émigrés et adoration de l'empereur, ils servent les mêmes causes, arment les mêmes passions, à la même époque, dans le même camp, avec le même succès. Frétillon et le Drapeau, Madame Grégoire et le Vieux Sergent du poète répondant à : Elle a le cœur français, l'ancienne! et au Grenadier de Waterloo, aux Français après la victoire et à l'Intrépide Lefebore du dessinateur.

Cependant, dans son rôle et sa gloire même à demi éteinte, Déranger apparaît seul, sans rivaux, le Casimir Delavigne des Messéniennes étant tout à fait oublié et Victor Hugo si à part qu'il n'y a pas de mesure à prendre de ce géant avec personne. Ce qui nuit à Charlet, au contraire, c'est qu'il a formé

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un élève qui avait l'âme plus haute, Raffel. Le mot d'épique, qu'on prodigue un peu, convient presque aux plus belles des lithographies de Raffet, et le souvenir de ces véritables illustrations de la gloire impériale fait pâlir les amusantes images de ce bon grognard de Charlel. Enfm, dans la caricature même, nous avons appris à connaître un style d'une autre largeur, et nous dirions du seul Daumier, ce Michel-Ange de la satire bourgeoise, ce que Delacroix appliquait à Charlet : h On cherche chez les plus grands maîtres... "Mais après tout Delacroix savait ce qu'il disait et peut-être élait-ce lui qui avait raison.

Noire école de sculpture.

C'est un aphorisme bien installé dans le réservoir à formules de la critique d'art que la supériorité d'intention et de savoir qui distinguerait profondément notre école de sculpture de la cohue de nos peintres. Je ne serai pas si téméraire de m'inscrire en faux contre un compliment si usité et, à tant d'égards, mérité. Je crois vous avoir dit moi-même, à l'occasion , les raisons de ce qu'on appelle la belle tenue e( la saine conduite des modeleurs du marbre et du bronze. La matière qu'ils façonnent ne leur donne que de sérieux conseils, La technique de leur art ,]es préserve. Réduite aux indications de lignes et de plans, privée (du moins chez les modernes et jusqu'ici) do la séduction de fa couleur, gardée par ses conditions mômes des artifices et des illusions de la perspective

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aérienne, sousiraile enfin au seul jugement de la vue, féconde en magies et en erreurs, par le contrôle plus précis du toucher et par les lois rigoureusement vcrifiables de l'analomie humaine et de la statique, la sculpture trouve dans la simplicilé et l'étroitesse mêmes de son programme une invitation et une aide à être consciencieuse, durable et forte. La mode enfin ne prodigue pas ses caresses et ses tentations aux rudes ouvriers qui, dans la dure matière, inscrivent leur rfive, avec une dépense d'effort, de temps, et même d'argent (frais de modèles, de matière, de main-d'œuvre du praticien), médiocrement payée en flatteuse faveur et en vogue lucrative.

Si vous remarquez encore que le génie français, d'essence élégante et .sérieuse, plus touché au fond des beautés de la ligne que des ondoiements de la couleur, et qui a toujours été plus lui-même chez un Racine que chez un Hugo ou chez un Poussin que chez un Delacroix, se montre naturellement doué des aptitudes plastiques, vous comprendrez ce qu'on veut dire, — et ce qu'on exprirhe de juste, — quand on affirme la continuité d'une tradition classique, la transmission d'habitudes savantes, dans notre école de sculpture nationale. Le salon des Champs-Elysées, où sont demeurés la plupart des maîtres fidèles aux pratiques traditionnelles, offre un assez grand nombre Je ces morceaux d'une sage facture oii s'attestent i'excellentes études et une grande correction d'esprit. On ne peut nier, devant ces résultats, qu'il n'y ait chez nous, dans le domaine de la plastique, beaucoup de gens qui sachent leur métier et qui le fassent avec soin. C'est là quelque chose, en tout art et en tout métier, d'assez peu commun.

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r ET DE LITTERATUIIE

Le joli groupe ingénieux que M. Larche a intitulé : la Prairie et le Ruisseau (un vif enfant qui s'échappe des bras caressants d'une jeune mère); — plusieurs JVymphes ou Vénus, debout ou couchées, de tournure galante; — les Lutteurs de M. Charpentier (médaille d'honneur), bien d'aplomb dans leur hardiesse d'équilibre; — la Poésie héroiqun, de M. Fal^uière, encore que le sculpteur des déesses rftbiées ait été souvent mieux inspiré; — mais surtout la grande Nymphe à la coquille, robuste et rieuse, de M. Boucher, et la plantureuse et imposante Nature levant son voile devant la science, que M. Barrias a exécutée pour la Faculté de médecine de Bordeaux, appartiennent à celle catégorie des ouvrages qui honorent un enseignement et une méthode.

Faites attention cependant que la plupart de ces envois (et j'aurais pu en grossir la hste) n'accusenl pas une destination utile et un sens défini. Ces marbres se marieront-ils au feuillage d'un jardin, omeronl-ils un vestibule riche; ont-ils été conçus avec l'a rri ère-pensée de la reproduction en broAze, format de cheminée et de pendule, pour les devantures du magasin de M. Barbedicnne ou de celui des frères Thiébaut, qui fournissent d'art à bon marché les intérieurs de notre bourgeoisie? La collaboration du sculpteur avec l'architecte, qui fut la raison et l'occasion de tant de chefs-d'œuvre du passé, est-elle aujourd'hui une règle ou une exception? Questions non pas indiscrètes, mais les seules essentielles et qui nous permettraient de saisir, dans les œuvres contemporaines, par-dessous le métier habile, la volonté intéressante elle mouvement de la vie.

Or, sans attendre la réponse des artistes qui nous

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