‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 22 sur 80 · M. PAUL GAUGUIN ET LE « TAHITISME · texte numérisé non relu

M. PAUL GAUGUIN ET LE « TAHITISME

tative britannique. Le portrait de M. Leconte de Lisle se rapproche au contraire des précédents ouvrages du peintre : la volonté d'être exact s'y montre fortement; il est fâcheux qu'elle ait saisi le poète des E7-ynnies à un moment où une grimace, familière mais assez vilaine, contracte son visage olympien dans l'effort de retenir un monocle dédaigneux.

Il y a, en somme, dans ces envois, bien du talent, et du talent neuf et bien conduit. Mais que M. Blanche n'est-il obscur et contesté I On aurait plus de plaisir et de mérite à le louer, comme on fait de M. Helleu, qui expose des pointes-sèches si élégantes, mais inaperçues du profane, ou de M. Aman-Jean, autre portraitiste, très incomplet, un peu maladif et bizarre, mais si sincèrement délicat et mélancolique et qui, jusqu'à nouvel ordre, n'a réussi qu'à divertir le public. Que M. Helleu et M. Aman-Jean nous en croient : s'ils tiennent à l'estime des juges distingués, que Dieu les garde de devenir célèbres et de faire de l'argent; cela a quelque chose de bas et de commun.

Ah! notre siècle ne favorise guère la simplicité de l'esprit, et, sans parler de la difficulté de créer, combien il y est malaisé de juger seulement, de ne point mettre de snobisme dans ses admirations et de ne point mêler d'attitude à ses haines et à ses dédains!

L'habile et hardi marchand de tableaux de la rue Laffitte, M. Durand-Ruel, vient d'ouvrir successive-

ment ses galeries à deux exposilions d'un intérfil divers, mais intéressanles toutes les deux.

Il n'y a qu'un point de commun, un procédé d'analogue entre les deux artistes qui se sont offerts ainsi, avec un choix très complet de leurs œuvres, à l'attention des amateurs et des flâneurs: carie flâneur pouvait entrer sans subir le tourniquet ni montrer le billet; ces deux expositions étaient ouvertes à tout venant, voilà une excellente coutume et qui se devrait imiter. M. Paul Gauguin et miss Mary Cassatt présentent donc ceci de commun qu'ayant été à l'école de l'impressionnisme papillotant, ayant vu autour d'eux la mode de la décoloration systématique et de la peinture évanescente,ils se sont fixés, au contraire, à une manière Ibrlc, nourrie, montée el haute en couleur, et cependant localisée et trancher 11 est visible que l'un el l'autre ne sacrifient plus k Ion local » au « problème des reflets », qu ils donnent aux êtres et aux choses leur nuance piemitre et fondamentale, avant d'étudier sur eux Imflucnce des rayons épars et de l'atmosphère ambiante, et qu'en même temps ils ne consentent pas à étendre sur cette terre éclairée de soleil le voile d'une gaze poudroyante et d'une brume éternelle. La crise d'anémie profonde ou d'hyperophtalmie aiguë qui a sévi sur les ateliers parisiens céderait donc, s'il faut s'en rapporter à ces symptômes nouveaux, devant un régime vigoureux au pepto-fer et au quinquina. Tous les amateurs de la santé en art s'en félici feraient hautement.

Ce qui n'empêche que, malgré les habitudes reconstituantes de sa palette, M. Paul Gauguin ne soit tout le contraire d'un peintre bien portant. Si son œil est guéri (et encore!}, son imagination demeure forte-

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