M. EMILE FAGUET
H. Emile Faguel.
M. Faguet vient de publier un volume sur le Seizième siècle, qui complète la série de ses essais sur la littérature française depuis Philippe de Commines jusqu'à Michélet. C'est un homme en vue.
Il me semble assez malaisé et assez délicat copendanl de définir sa place exacte et son râle particulier dans le groupe des écrivains de son âge. Son lal<;nt est hors de cause; son œuvre critique ne saurait se négliger, mais il a mis plus d'idées en circulation qu'il ne s'est acqnis d'autorité et on lit ce qu'il fait plus qu'on ne connaît ce qu'il est. Ce n'est pas ce qu'on appelle une personne littéraire, un original ou un caractère.
M. Faguet, au fond, est demeuré purement un professeur, môme après que ses livres, composés d'abord pour les jeunes gens qui font leur rhétorique, eurent trouvé un public plus étendu et révélé bien plus de portée et d'intérêt que les manuels en usage dans nos écoles secondaires. M. Lemaîtrc est parti de l'enseignement et M. Brunelière y est parvenu; tous deux pourtant possèdent une allure distincte qui ne lient pas à leurs fonctions et qui seule leur vaut tout leur crédit. L'auteur des études sur le Seizième siècle, au contraire, n'a jamais cessé d'être recouvert de cet indéfinissable vernis d'universitaire qui gâte, aux yeux de quelques délicats, tout ce qu'il touche : il a le ton du pédagogue, ses habitudes d« développement, son « horrible manie de la certitude o,
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et jusqu'à sa manière de faire l'agréabte. de laisser flotter sa robe magistrale et de pencher sur l'oreille son bonnet carré. Il juge et il affirme continuellement, il est plein de maximes; il sème des traits partout; et s'il a parlé avec science, avec originalité, et après les avoir lus tout entiers, de tous les grands écrivains de noire langue, ce qui n'est pas une œuvre médiocre, toujours et Je ne sais pourquoi il a paru donner des leçons quand il peignait des portraits, classer des œuvres quand il tentait des manières d'écrire, et laisser le ton du critique qui dit ce qu'il pense se changer en celui du maître qui enseigne ce qu'on doit penser.
Surmonte?, l'espèce d'agacement nerveux que causent cette première apparence et ces fâcheuses habitudes de style : vous trouverez que M. Faguet a renouvelé tous les sujets où il s'est attaqué, qu'il est fertile en vues de toute sorte, abondant en idées, juge excellent el indépendant, excitateur et éveilleur de pensées, et qu'il ne tiendrait qu'à lui de consentir à être simple, sobre el ferme, el d'occuper ainsi, si je puis ainsi dire, personnellement, dans les lettres, la place que ses œuvres tiennent dès aujourd'hui dans la critique.
Un homme se forme de son ' art un idéal qu'il exprime ainsi : « Attacher durant cinq actes les spectateurs par une action simple, soutenue de la violence