UNE VILLE D'EAUX D'AUVERGNE
Inquiétant personnage, excentrique-né 1 CKuvre h part, qu'il faut classer dans Vertfer des bibliothèques.
Une ville d'eaux d'Auvergne.
Vous vous souvenez de cet agréable roman du pauvre Maupassant, Mottl-Oriol, où était peinte la naissance d'une ville d'eaux en traits si simplement comiques.
Le hasard m'a mené celte semaine dans une de ces
nouvelles-nées <lu monde thermal : j'y ai vu, dans un microcosme, le personnel et les mœurs, Vhabitus vilie, les originaux, de la catégorie tout entière.
Châlel-Guyon, dont il s'agit, est un village d'Auvergne, à cinq kilomètres au nord-ouest de Hiom et de la ligne du Bourbonnais et de Clermont-Fcrrand r c'est un de ces bourgs gris et rouges, de lave et de tuiles, comme il y en a dans toute la contrée au flanc des montagnes. On lui attribue comme origine une colonie piémontaise; le patois qu'on y parle et qui est de langue d'oc renferme, m'a-l-on dit, des mots étrangers qui viendraient de cette source, et la sorte de loggia et l'escalier extérieur des maisons, ornées presque toutes de lauriers roses en caisses, pourraient s'interpréter aussi dans le sens d'une parenté transalpine. L'église est du type roman auvergnat; il n'y a ni château, ni monument dans le village môme. Et peuplée d'Arvernes purs ou mêlée d'émigrés italiens, cette commune d'Auvergne aurait continué de demeurer obscure, tout en dominant assez fièrement ta
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riche plaine de Lî magne, mère des fruits et des Vignes, si ses eaux n'avaient attiré un jour l'attention de la science.
Comment cela se fit, je ne sais, et cela ne remonte guère qu'après 1870, On découvrit, dans les quatorze sources de Chatcl-tluyon, des propriétés précieuses pour lesquelles noire réseau thermal, si riche d'ailleurs, n'avait guère d'analogue et qui en devaient faire le Kissingcn et le Marienbad fran{;ais. Il ne faudrait que la cure annuelle d'un premier ministre illustre et menacé d'obésité pour donner la grande consécration à ces vertus spécifiques. Les choses n'en sont pas encore là, mais elles ont bien marché. Les lois, désormais connues et vérifiables, de la croissance et de l'organisation des villes d'eaux ont suivi ici leur cours régulier.
D'abord est apparu un quartier des eaux, à petite distance du village primitif. Le vieil établissement de la fondation s'est doublé d'une construction nouvelle en pierre noire et blanche de Volvic. On a bu à toutes les sources, mis telles eaux en bouteilles, et fait des bonbons avec telles autres : il n'est filet chaud qu'on n'exploite au sortir de la terre rouge, et il y a dans les bois un « ermite n qui possède ii sa » source et qui la débile avec profit. Des parcs et des jardins ont bordé les maisons de bains, et dans les parcs sont apparues des pistes vertes de « petits chevaux », et dans les jardins on a ratissé des terre-pleins de n lawn-tcnnis ». Le casino a surgi, et l'orchestre, et la i< troupe », cl le maître à danser. Des baraques se sont élevées, qui vendent des cannes en bois du pays et des bijoux en cailloux de la montagne. Et il est venu enfin des hommes et des femmes qui ont fait les
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gestes qu'il faut faire et pris les attitudes qu'il faut prendre dans une « ville d'eaux » : des élégants qui ont promené aux mêmes heures les mêmes vestons de flanelle blanche, ouverts sur des plastrons bombés de couleur et sur de grandes ceintures; des joueurs qui ont composé un >< cercle » et tenu le baccara ; des résignés qui ont subi deux fois par jour un programme orchestral emprunté a Strauss, à Waldteuffel el au chef de l'endroit, .■■ le l-out réduit, minuscule, endormi et flâneur, pas gênant pour les vrais malades et pour les amis de la nature qui cherchent, autour de celte station adolescente, les vallées cachées dans un pli de terrain, les allées de noyers et de châtaigniers, les villages rouges, les vieux châteaux, et, vers le soir, l'admirable décor de la Limagne vue des hauteurs, dominé par les <c puys » et les « plombs », fermé à l'horizon par la ligne onduleuse et longue des monts du Forez, dont les plans sont baignés d'un bleu léger et transparent.
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Villégiature milanaise. Varese et son sanctuaire. — Les fresques du Baptistère de Castigliune d'Olona ; la Vie de saint Jean. Baptiste et l'épisode d'Hérodiade èi travers les peintures du Quattrocento; de Masolino à André del Sarlo.
Si vous aimez l'ilalic, Florence, le Quattrocento, vous excuserez que je vous écrive ceci, les yeux sur le jaune Arno el les coltines de cyprès, l'espril meublé de fresques élégantes et fraîches, où défilent de jeunes seigneurs et des princesses au front bombé.
Quand on passe des lacs suisses à ceux d'Italie, par le Gothard ou le Simplon, on suit d'ordinaire, dans la haute Lombardie, un itinéraire obligé. Les mêmes lieux retiennent le même temps les touristes dociles. Si on a vu les jardins rococo de l'Isola Bella, passé une nuit sur ie promontoire en décor de Bellagio et regardé les deux Plines, assis en leur niche Renaissance à la façade de marbre doré de la cathédrale de Como, on croit avoir réglé avec ta nature et l'art la dette du visiteur de ces beaux lieux. On a tort.
Ayant donné moi-même, jadis, dans ces coutumes
i. Extraits des lettres adressées au Journal de Genève en 1804.
no NOTBS D'aHT et DË LITTÉRATURE
paresseuses, je suis revenu autour du lac de Cômc, guidé par cette phrase du Milanais Stendhal : « Como, Derio, Brianza, Varese et son sanctuaire, beaux lieux où se sont passés mes beaux jours ». C'est ici que la gentry milanaise, si entendue à jouir de la vie, goûte dans ses villas et sur ses terrasses les arrière-saisons. Varese, entre les trois grands lacs, et près de celui, plus petit, qui porte son nom, est un des centres favoris de cette villégiature si encadrée. Les Anglais seuls ont su la découvrir et s'y minier. J'ai feuilleté les registres de l'hôtel qui occupe, au-dessus du lac, une ancienne villa d'été d'un duc de Modène : il n'y passe guère que des sujets britanniques. Deux noms français en trois ans : un couple égaré ou qui cachait son bonheur. Des redingotes de clergymen dînent silencieusement dans la salle à manger ducale, entre les colonnes de stuc, sous le plafond peint d'ornements rustiques.
Par les jours clairs, l'éclatant panorama de la chaîne du mont Rose fait ici le fond du tableau. On voit les neiges partout de la campagne verte. On les a sur soi, éblouissantes, autant qu'à Berne ou à Interlaken. Des collines oii viennent mourir les Alpes, le cirque s'élargit et s'arrondit encore, enfermant toute la Lombardie des lacs. La Madonna del Monte — ce sanctuaire de Varese dont Stendhal se souvenait en ses regrets — est le plus célèbre de ces belvédères. On y peut monter à pied facilement de Varese. Pas de ficelle expédilive. C'est un coin intact.
Vous êtcs-vous arrêté à Varese avec l'idée de ne quitter ce jardin de Lombardie que pour descendre, par-dessus les Apennins, dans la vallée de l'Arno? La Toscane semble venir au-devant de vous et vous