‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 33 sur 80 · VIE BE SAINT JEAN-BAPTISTE · texte numérisé non relu

VIE BE SAINT JEAN-BAPTISTE

La Vie de sainl Jean-Baptiste et l'épisode d'Hérodiade ù travers les peintiirea du Quallrocenlo {fin). De Masolino à André del SarW, — Les fresques de Fra Lippi dans le clia'ur de la cathédrale de Prato. — Les grisailles d'André delSarlo dans le cloilre du Seaizo.

Nous avons laissé, si vous vous souvenez, cette petite sainte de Salomé offrant à sa mère la tôle de Jean, chez le maître du Baptistère de Castiglione d'Olona, — probablement Masolino de Florence. Nous pourrions retrouver la cruelle histoire en combien d'endroits de Toscane! Les baptistères appelaient si naturellement la mort tragique de leur saint patron. Donatello a fait un relief de la « présentation de la tête au festin d'Hérode », dans sa manière la plus frappante, pour les fonts de la crypte baptistérale de la cathédrale" de Sienne. Le roman d'Hérodiade et de Salomé est, je vous l'ai dit, aux célèbres portes de San (îiojjanni de Florence... Mais ce récit oriental avait si fort ému surtout l'esprit des peintres quattrocentistes qu'ils l'ont mis sur les murs des chapelles, bien des fois, en dehors même des baptistères. Ils en avaient l'âme poursuivie comme d'un conte étrange et passionné.

Nousallonsle rencontrer, dans la maturité du siècle, résumé en une page maîtresse, chez ce beau et vif narrateur, Fra Filippo Lippi.

Comment le fils du boucher de Florence, le carme défroqué, l'amant de la nonne Lucrezia, n'aurait-il pas choisi pour l'illustrer de son libre pinceau, ce passage sans pareil des Évangiles? Il y avait, du peintre

au sujet, affînilé élective et prédestination. Ce fut en pleine franchise de son talent, au point de partage de la première Renaissance, entre 14o2 et 14ti4, que dans la ville même de Prato (près de Florence), où il enlevait à celte date la Lucrezia Butli, Lippi peignit à fresque, comme épisode principal de la Vie de saint Jean-Baptiste, la grande composition du feslin d'Hé~ rode. Elle occupe la belle place, à hauteur des yeux, à droite, dans le chœur, entièrement revêtu de ses œuvres, de cette jolie cathédrale de Prato, blanche et verte, si bien prise en sa taille, si riche en joyaux de tous les arts, type presque pur (rien ici ne Test tout à fait) de la meilleure époque toscane.

Le Festin d'Hérode est une scène claire et vivante, mais sérieusement ordonnée, comme un récit de maître Boccace. Les corniches etles pilastres de la salle du festin marquent un style sévère, où se sent Télude de Tantique : les maigres loggie<{\i\ abritaient les trois convives de Masolino ne conviendraient plus k encadrer un repas si nombreux et des mœurs si élégantes. On fait belle vie chez le roi Hérode. Il y a des dames à dîner.

Le roi traite Hériodadc en grande compagnie. La longue table en équcrre a deux bras inégaux garnis d'un seul côté, d'où les invités du roi nous regardent, comme dans une noce de Véronèse. Les amphores et les coupes indiquent le luxe d'une cour, uiî orchestre de jeunes suanatori fait de la musique dans un angle de la vasic salle brillamment pavée de mosaïque, et l'on n'a pas besoin, pour savoir chez qui l'on se trouve, de regarder les armoiries encadrées de feuillages audessus de la double arcade, d'un noble dessin, où fuit la perspective des collines de Toscane.

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Les jeunes hôtes d'Hérode respirent sans y songer l'air de ce palais Médicis : ils n'ont d'yeux que pour la fleur du banquet royal, celte petite Salomé qui danse au son des instruments, afin que le souverain donne à sa mère la tête de l'insensible prêcheur.

Elle danse vraiment, — au lieu de faire sa cruelle prière en toute modestie, comme chez le candide Masolino; sa mère sait le pouvoir mortel qui réside dans les moindres gestes de son jeune corps, elle l'a parée selon la dernière mode de Florence : ?a robe se relève sur sa ceinture, en un pli hardi, comme celle d'une élégante de la casa Tornabuoni, son cou et ses bras sont chargés de perles. Un pied levé, un bras tendu, l'autre soutenant la robe sur la jambe fine, elle demande la mort du Baptisle, rionqu'en faisant osciller sur ses hanches cambrées sa gracieuse poitrine... Et pourtant, sa tête baissée est si virginale et d'une si sérieuse tendresse qu'elle fait penser tout de même à l'innocente du baptistère de Castiglione. El le roi, qui s'est levé, le beau roi au grand bâton de commandement, a autant de noblesse et de gravité: et la sanguinaire Hérodiade, assise à l'autre bout de la salle, devant sa table particulière, reçoit l'horrible pi-ésent (car le martyre s'est accompli) avec un si noble calme ; et les pages et les suivantes delà favorite regardenlla scène du CSdeau filial avec une pitié si expressive et cependant un tel aird'assister à une scène très simple et de ne point déranger par un accident la profonde, l'admirable tranquillité de leurs ômes, cette tragédie est si aisée et il y a une si fraîche joie de vivre dans cette histoire de mort, qu'on sent bien que le naturel du premier âge de l'art n"a pas encore disparu : ce moine émancipé était un grand innocent, et l'Église a

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ils NOTES DART ET DE LITTERATURE

bien fait de lui pardonner et de le marier avec s

Le XV' siècle vient de s'éteindre; le mécénat des papes Cfil à son plein : Florence perd sa primauté ou la partage; ce qui reste de son génie se môle au génie d'autrui. On n'est plus « de Florence » comme l'était un Filippo Lippi ou un Masolino, exclusivement. Le moment où cette ville exquise produit ses plus grands hommes est aussi celui oii son école se disperse et se fond. Michel-Ange est trop grand : il dépasse une ville, un pays. Vinci a le cœur lombard, s'il a l'esprit toscan. Fra Bartolommeo est un peu froid et il n'est pas très fertile. Un seul, dans cet âge d'éclectisme, ayant profilé de tous les progrès et de loutes les habiletés qui pénètrent alors de partout, garde le charme propre, la ressemblance et l'air de son pays ; celui que les Florentins, quand ils en parlent, appellent encore de son prénom, comme un fils de leur cœur, Andréa.

Andréa del Sarlo a peint la Vie de saiul Jmn-Bapliste dans la petite cour du cloître dello Scaho : son tendre et vivant génie, les aventures de son cœur l'y destinaient autant que Fra Lippi. Aussi ces grisailles du clollre étroit aux colonnettea rapprochées font un des coins où se respire le mieux dans son intimité et dans sa fleur, dans son épanouissement déjà entier et dans sa grâce encore intacte, l'art expressif et harmonieux de Florence. L'indécis des figures un peu effacées ajoute à leur pouvoir de suggestion et le temps n'a pu altérer, sous la douceur de la fresque monochrome, l'élégance des lignes, la souplesse des corps, la flexible beauté des scènes. Andréa a mis

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