‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 34 sur 80 · LA « VIE DE SAINT JEAN-BAPTISTK · texte numérisé non relu

LA « VIE DE SAINT JEAN-BAPTISTK

dix ans à ordonner, avec l'aide de Franciabigio, cette d<.'coration d'un genre unique, où l'on n'a pas assez pris l'habilude d'aller chercher son chef-d'œuvre; de 1313 à 1326, il n'a cessé d'y travailler, empruntant aux grands modèles, demandant des idi^es à Michel- Ange, aus gravures de Dilrer, visiblement préoccupé de ne négliger aucune ressource pour atteindre à ce but, qui est le dernier mobile et le plus heureux des vrais artistes, de se satisfaire soi-même dans une œuvre favorite.

Des treize fresques de la cour dello Scalzo, qui sont certainement tout entières de la main du maître, quatre racontent l'épisode d'Hérodiade. L'une, Saint Jean fait prisonnier en présence dHérode, date de 1517 ; -mais les trois autres ont été achevées la même année, en 1323 : l'esprit les a conçues et le pinceau jetées d'un seul coup. Regardons bien ces beaux modelés et ces savantes draperies : c'est la dernière fois — et la seule — que l'art de peindre aura réuni à tant de brillant dans les formes une si grande justesse dans le sentiment.

Que déjà nous sommes loin de Lippi, de Masolino! Hérode, Hérodiade, Salomé, ne sauraient plus faire leur métier de roi impassible, de favorite froide, et de danseuse tentatrice, avec cette entière satisfaction ■qui leur permet, chez les vieux peintres, de penser si peu et d'être si naïvement ce qu'ils sont. Cette facilité de vivre leur est bien défendue. Ils ne pécheront plus sans malice. Il leur a fallu songer à la convenance de leurs altitudes et aux gestes qu'il était opportun et approprié de choisir dans les circonstances étonnantes qu'ils traversaient. Hérode s'agite sous la réprobation de Jean-Baptiste; la sensuelle

Salomé danse avec préméditalion; les gardes elles bourreaux font des groupes d'un équilibre où le hasard n'entre pour rien. Tous ces personnages, selon un mot profond, ont cessé d'exprimer des étais, pour participer à des acles.

Mais que ces actes ont une belle apparence! que le développement en est heureusement réglél et qu'il y a de finesse dans ces intentions si conscientes! Ni la forte Salomé du Sarto ne vaut la jeune Florentine de Lippi, ni peut-être son Hérodiade la mélancolique princesse de Masolino; mais, des deux côtés de la table où dîne le couple adultère, le simple vis-à-vis du roi, si triste et si accablé, et de ta femme de son frère, fait un tableau dont l'invention toute moderne dépasse tout ce que Masolino et Lippi étaient capables d'imaginer en fait de drame sentimental et de profondeur psychologique. Pourquoi donc opposer? Pourquoi préférer? Il n'y a pas de saison qui ne soit belle, mais il n'y a pas de saison qui ait toutes les beautés. La critique d'autrefois avait le tort de ne pas sentir ce qui manquait à Raphaël : certaine critique d'aujourd'hui aurait tort de ne pas voir qu'il manque beaucoup aux préraphaélistes. Heureuses les époques où se crée de la beauté, de la naïve ou de la savante, de la fraîche ou de la mûrel et malheureuses seulement celles qui ne connaîlraient plus ni les candeurs de la jeunesse, ni les grandes ressources et la liberté du plein flge !

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