‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 38 sur 80 · IMPRESSIONNISTES · texte numérisé non relu

IMPRESSIONNISTES

des douanes esthétiques devant des « produits » longtemps réputés dangereux et malsains, ne signifient pas encore que l'opinion la plus générale se soit rendue à un mode de voir et de peindre qu'elle a tout d'abord ou nié violemment ou dédaigneusement raillé, confondant des artistes neufs et sincères avec des malades ou des rapins, cherchant dans leurs toiles d'aspect insolite un cas d'erreur des sens, de folie ophtalmique ou l'habitude des plaisanteries de mauvais goût. Non, Le public ne se gagne pas si vile, surtout en matière d'appréciation pittoresque, et avant qu'une lente éducation de l'esprit et de l'œil ait achevé de familiariser la moyenne des gens cultivés avec le charme d'un Claude Moncl, d'un Pissarro, d'un Renoir ou d'un Degas, il se passera encore quelque temps, le temps pour ces peintres de vieillir et de mourir, heureux sans doute de leur œuvre bravement faite, fiers d'un cercle de sympathies de jour en jourélai^i, mais sans avoir connu et .savouré cette pleine gloire étalée au soleil, cette ivresse de l'unanime acclamation, auxquelles on peut bien dire et croire que l'on préfère des joies plus fines et des triomphes plus discrets; on le dit et même on le croil, mais c'est qu'on ne veut pas savoir .ce qu'on manque, ni jeter les yeux sur ce qui vous est refusé. Et il est vrai que c'est la sagesse.

Mais, dans ce public encore étonné et récalcitrant, dans ces yeux qui fuient la lumière parce qu'on les a accoutumés à l'ombre, et dans ces cerveaux qui se croient en possession certaine du canon inviolable et .définitif de l'art, parce qu'ils n'ont pas appris chez Arthur Schopenhauer que, de toutes les choses de ce monde, une peinture nouvelle est, après une nouvelle

métaphysique, ce qui trouve le plus de peine et met le plus de temps à faire reconnaître son mérite, voici qu'une image cependant s'impose et se dessine : celle d'une école, d'un groupe, dun effort collectif, qui prouve sa sincérité par sa persévérance, son droit à la durée en durant, la possibilité de son succès par le succès même. Etre acheté d'un amateur, être catologué dans un musée, et que la foule vous sache acheté et catalogué, c'est pour un peintre, même discuté et bafoué, la plus rude étape franchie. Cela trouble même ses détracteurs les plus déterminés. Ils ne nient plus, ils discutent; ils ne raillent plus, ils s'indignent. Ils vous prennent au sérieux.

Le moment paraît donc opportun pour dire, brièvement, l'origine, la commune volonté, les particularités distinctives, le but atteint, l'avenir probable, de ces impressionnistes qui acquièrent aujourd'hui droit de cité et rang de bourgeoisie dans le monde de l'art oii ils firent irniption révolutionnaire et bruit de tapageuse émeute vers 1817, il y a tantôt dix-sept ans. Aussi bien voici que sur leurs talons se pressent des successeurs un peu diflérents, des disciples émancipés, pointillistes comme Signac et ses amis, qui déjà tiennent boutique rue Laffitte, modernisants comme Anquetin, qui expose rue Lepelletier, chez un marchand osé et avisé, l'Alphonse Lemerre ou le Léon Vanier des jeunes peintres : Le Barcq de Bouteville.

Les premiers impressionnistes sont des « aînés » en attendant qu'ils deviennent des « ancêtres ». Fixons-les en plein été de leur talent, au zénith de leur carrière.

On est toujours le fils de quelqu'un. Les impres-

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