J.-J. WEISS
injuste, pour les vastes panoramas maritimes, si habilement construits, et qui ont valu à M. Mesdag, dans nos salons annuels, une très haute réputation...
J.-J. Weiss,
J.-J. Weiss est mort hier au palais de Fontainebleau dont il était bibliothécaire. Son nom rappellera au lecteur distrait les temps qu'il avait la fierté de rappeler lui-même, où l'on jetait au premier ministre Gambetta ce reproche : Weiss et Miribcl ! Comme ces temps sont déjà loin ; Miribel est revenu à l'étatmajor général, et M. Ribot, s'il eût confié la direction des aflaires politiques à Weiss, nous eftt pins surpris qu'indignés. Plus loin encore, l'époque, l'âge d'or du journalisme, où Weiss guerroyait avec Hervé et Paradol contre l'empire finissant, en attendant d'entrer aux affaires avec Emile Ollivierl
Quoiqu'il eût touché à la politique, en ces mémorables conjonctures, Weiss appartenait aux lettres, Normalien de la grande génération, — celle de Tainc, About, Sarcey, Paradol, — il avait quitté l'Université pour le Journal des Débals, ce qui n'est pas changer beaucoup de voie . Il f fut le prédécesseur de Jules Lemaltre — un autre normalien — au feuilleton dramatique. 11 avait, de la discipline universitaire, la forme élégante, le goût très classique. Mais nul ne fut moins professeur. Alsacien, fils de soldat, suivant son père comme enfant de troupe, cette première cl vagabonde éducation, un peu semblable à celle de
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Victor Hugo, lui avait laissi; l'humeur originale : un esprit très français, nourri du xviii' siècle et de la lillératurc de Louis-Philippe : Scribe, Dumas père, se joignait en lui à une pointe de Gemûtk germanique. Il aimait les pantalons rouges et l'opéra-comique, les comédies de Regnard et les romans d'Erckraann- Ch a tri an.
En trois volumes, dont un de voyage : Au pays du Rhin, il laisse les aperçus d'un libre et amusant critique, qui avait cette qualité si rare : Vimprévu. Ses préfaces, où il s'abandonnait en causant, sont des chefs-d'œuvre. Celle de son volume sur le Théâtre et les Mœurs renferme, entre Louis-Philippe et Napo- Iron m, un parallèle que les historiens pourront méditer. Je ne sais si ce fut un politique. Mais jamais ses jugements n'étaient plus fermes et plus personnels que sur l'histoire, les hommes d'État et leurs œuvres, et la psychologie sociale. Au demeurant, une tête de l'ancienne France, qui comprenait ce temps-ci sans en être. Un des meilleurs fils que l'Alsace, cette terrefrontière où deux races autrefois se mêlaient, ait donné à la France. Un de ces originaux de second ou troisième plan, encore curieux et attachants, comme Sainte-Beuve en cherchait dans l'histoire des lettres.
Le symbolisme; son programme, ses ancêtres. — Paul Verlaine, — M, Charles Morice. — Son livre suf la Littérature de tout à tlieure. Chérubin — Vlnlruae de Mœterlinck.
C'était peut-être, dans l'espérance des organisateurs, une (1 première A'Hernani » que la matinée
LE SYMBOLISMK t .
donnée jeudi par le ThéAtre-d'Art au bénéfice du poète Paul Verlaine, et où le symbolisme a marcht' pour la première fois sur les planches relen tissantes. Un des auleurs nouveaux joués ce jour-là, M. Charles Morice, dans son beau et curieux livre sur la Littérature de tout à l'heure, avait annoncé que par le théâtre se ferait la révélation de l'art symbolique. C'est la prétention commune de tous les cénacles- Mais, hélas! ce temps-ci n'a point d'ardeurs pour les batailles des lettres. Est-ce vraiment TindiiTérence d'une époque mercantile, chargée d'ailleurs de gros soucis matériels où l'avenir moral de l'iiumanité est lui-même intéressé d'une certaine façon? Ou bien, la multiplicité des talents, l'ancienneté et la monotonie des réclames qui n'étonnent plus personne, le mélange qui n'a jamais été plus intime des gens habiles avec les gens sincères, découragent-ils l'atlenlion du grand public? Le fait est que jeudi la salle du Vaudeville, — où les bonnes places valaient un louis, il faut le dire, — n'était pas pleine, et que les amis ou curieux venus là n'ont pu donner aux jeunes poi'tcs, — sauf à un Belge heureux, M. Mjelerlinck, — le plaisir dont parle Vauvenargues : « Les premiers feux du jour ne sont pas plus doux que le premier regard de la gloire. "
Donc, la nouvelle Église littéraire, si elle fait des conquêtes, en est encore à la période obscure des catacombes. Mais personne de ceux qui suivent par goût ou métier les rapides évolutions de la liltéralure no doute que ces jeunes hommes ne porlent avec eux la bonne parole. Nous sommes las, comme eux, de l'étroilesse du naturalisme, de la sécheresse du Parnasse. Ces formules sont épuisées. Depuis i880, dans
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le roman et la critique, une nouvelle façon de senlir la vie s'est affirmée, qu'on pourrait appeler psychologique, parce qu'elle est plus curieuse des âmes que des choses, lîourget, Loti, Edouard Rod, France et Lemaitre, Melchior de Vogiié : je cite des noms qui laissent une commune impression. Mais cette génération — Loti mis à part — comptait plus d'analystes ■ que de poètes. C'est au vague désir poétique flottant dans noire air que répond la tentative si intéressante des symbolistes.
Le symbolisme, qui a débuté depuis dix ans dans ces petites revues multicolores que voient naître et mourir les galeries de l'Odéon, s'est toujours réclamé des grands ancêtres. Preuve de modestie et d'intelligence. On nous a donc fait entendre, jeudi, des poèmes de Hugo, de Lamartine et de Baudelaire. J'ai été surpris qu'on n'y eût pas joint un fragment de Vigny, le plus pur et le plus authentique des symbolistes du passé. En revanche, la politesse faite au Parnasse, en la personne de feu Banville et de Catulle Mondes, n'était peut-être pas nécessaire. On nous a récité, de M. Mondes, le Soleil de Minuit, une tragédie septentrionale, ennuyeuse comme un bloc de glace, cl variée seulement par quelques audaces, très apprêtées : ces vers gelés disaient, évidemment, la mort du Parnasse.
Paul Verlaine aussi fut du Parnasse. Mais il a laissé les écoles pour être lui-môme un chanteur vagabond dont les aventures ne furent pas très catholiques (il a connu l'hôpital... et mieux), mais auquel on pardonne tout pour le divin enfantillage de sa chanson. Ce rare poète unit, je ne sais comment, la candeur sainte d'un dévot avec le cynisme ingénu d'un faune. II dit