VERS LA JOIE
« caractère ■>. Mais ces richesses se perdent dans une feuille peu lue, comme autrefois les admirables chroniques d'art' de M. Gustave Geoffroy dans la Justice. On ne sait pas tout ce que la presse gaspille d'originalité, de savoir et de talent. M. Céard devrait bien recueillir ses articles, ou mieux : faire un livre.
Le conte bleu du poète Richepin que la Comédie- Française ^ représenté pour l'ouverture de la saison part d'une ûme ingénue jusqu'à l'excès. Vous en savez la fable enfantine. Un jeune prince qui s'ennuie est guéri du mal de vivre par l'amour d'une paysanne ; cette fille saine et fraîche lui verse la vertu avec la joie, et il puise à la source de la nature le courage de son métier de roi en même temps que le goût de sa condition d'homme. C'est pourquoi il épouse sa villageoise et la déclare reine, tandis que le vieux sorcier philosophe qui a mené les fils de cette intrigue florianesque conclut en manière de morale :
Toiii va dret quand les rois épousenl les bergères.
Il y aurait un pédantisme déplacé à discuter cette donnée pastorale. Elle aurait pu plaire tout à fait, traitée par une légère et riante imagination, dans un
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style doux el facile. Si M. Maurice Boucher y eût mis sa grSce, nous l'aurions trouvée ravissante, et nous serions redevenus enfants sans aucune peine pour suivre cette millième variante du roman champêtre, éternellement cher aux délicats de notre pays, à un d'Urfé et à un Fénelon, à un Marivaux et à une George Sand. Mais du trio historique Bouchor- Richepin-Ponchon, ce n'est pas Bouchor, c'est Richepin qui a eu l'idée de celle fantaisie bocagère, et en vérité Ponchon lui-mfirae n'y était guère plus impropre.
Car il est bien vrai que le chantre des Gveux, des Blasphèmus et des Caresses s'est assagi el embourgeoisé, selon la loi naturelle de l'ûge et la succession des saisons humaines, et comme il arrive en particulier aux lempéraraents d'une verve un peu grosse etd'uoe force un peu vulgaire. L'obser\-ation courante veut que les mauvais sujets fassent avec le temps et à leur heure les meilleurs maris. De môme, les poètes u touraniens », leur gourme jetée, donnent des Européens idylliques, de bénins Occidentaux. Ainsi Richepin écrit des contes bleus, parce qu'il a passé la quarantaine, fondé une famille et acquis un hôtel. Seulement, dans Richepin bon époux, bon père, bon citoyen, comme dans le Monsieur Scapin de sa comédie, l'ancien Richepin se sent encore, au son de la voix, à l'air du visage, à la qualité des plaisanteries. Ce conte bleu n'a pas ombre de naïveté dans le style. Il est écrit en langue truculente et picaresque. Le normalien râblé qui y a mis sa philosophie simpliste et sa bonne humeur vigoureuse y a aussi appliqué sa rhétorique voyante el sa versification drue, carrée el dure. La gaielé y est puisée aux gros bouillons de la source