‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 56 sur 80 · Cabinet Soult, Guizot, Broglie, Thiers · texte numérisé non relu

Cabinet Soult, Guizot, Broglie, Thiers

Dans la session de 1834, il parla encore sur le budget de l'instruclioii publique (8 mai) ; " un long discours de doctrine d'avenir, très médité et tout improvisé pendant trois quarts d'heure' >i;il se prononçait contre les réductions proposées par la commission, signalait avec beaucoup dé vigueur l'inquiétude cl le malaise des esprits, récla mait iin<^ ]itr^c cl . \ systématique diffusion de l'enseignement, et s'écriait \ en terminant : « Toute révoïulîoh doit quelque chose lau peuple et ne se légitime que par ses œuvres. La Irévolution de Juillet n'oublie-l-ellc pas le tribut V|u'elle doit à son tour à la France et ù l'humanité?,., elle réprime avec énergie, mais elle ne rectifie rien ; . , . la passion courageuse du bien lui manque, tâchons de rallumer dans le pays... Les anciens ont eu pour I passion l'amour de la patrie; le ehri8tianisme a eu le l zèle qui l]a rendu et ie rendra encore si juissant sur I l'éducation des masses, en lui laissant la liberté tout lentiére que noua lui devons; le"moyen~âgë a eu le 'fanatisme; la Révolution française a eu la passion du nivellement; hommes d'une autre époque, ayons la 1 nôtre, la passion du bien, la passio n dit bonheur de s I triass es... » A la mfime époque, dans ses lettres, il ! " donnait le choix à la monarchie entre « une Restauration passable ou une République rationnelle ». / / Réélu à Bergues et élu à Mâcon, aux ilectiûas,. I ■ de 1834, il fit pour la première fois opposition au I ■ cabinet "siir la question de l'amnistie, mise en avant j par le tiers parti. Ce dernier, qui commençait à ' jouer le rflle de dissolvant des majorités ministé- ( rielles, faisait surtout de l'amnistie un instrument

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d'opposition, vite abandonné devant l'ntlitude ferme du ministère; Lamartine y resta fidèle jusqu'au bout, parce qu'il y voyait une mesure commandt'e £ar le^ sens commua. .ftcihli^}ie et le sentiment moral'.

Il allait accentuer son oppositi on tlon o la fameuse discussion tics lois de Septembre, à la suite de l'attentat Fieschi. Cette fois encore, en face du système de l'intimidation passionnément soutenu par le duc de Broglie et M. Guizol, il élevait celui de la reforme sociale, de J^ ction pacifique et libérale sur l'oplriion. Sôîï"3i8cours sur la loi de la presse", si Ton songe aux passions de l'époque, si l'on fait la part des exagérations inévitables, joint à la largeur dans la défense une relative modération dans l'attaque. « Ce n'est pas, disait-il en combattant la loi, que je me dissimule rien; ce n'est point aveuglement, optimisme de ma part; la presse, à de belles exceptions près, a mal mérité du pays!... Et cependant il faut la giippnrij<i-^ fipg gjtinri>pnf^rv"'"t° libres, difficiles par elle, sont impossibles sans elle! » Puis, rappelant l'ancienne sévérité des doctrinaires pour le ministère Martignac, il s'écriait : « Ohl il y a toujours du passé dans le présent, et les embarras, les impossibilités d'une époque ne sont que trop souvent les conséquences et les expiations d'une autre! » « Quant à moi, ajoutait-il en finissant, je repousse ces lois comme un humiliant désaveu que la liberté ferait d'elle-même ; ... si ces lois étaient acceptées,... la révolution de Juillet, cette révolution que j'ai vue, je vous l'avoue, avec une profonde douleur, parce

- LeUre du 15 janvier 1835.

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qu'elle brisait mes affeclions, mais dont je ne me suis pas séparé quand j'ai cru que le pays était là, cette révolution que, tout en la déplorant, je voudrais voir glorieuse pour l'honneur de la France et pour le profit de rhumanilé, ne paraîtrait bientôt plus dans l'histoire qu'un événement sans portée et sans signification, qu'un avantage du pouvoir, qu'une grande duperie de plus de la liberté. Croyez-moi, messieurs, il n'est bon ni pour nous ni pour vous qu'il en soit ainsi. Les peuples pardonnent quelquefois à ceux qui les asservissent, jamais k ceux qui les trompent! » Le poète voyait juste, au moins dans sa prévision des conséquences morales qu'entraîneraient pour la monarchie les lois de Septembre : si elles ne sont pas restées comme une date dans l'histoire des aberrations, des ingratitudes humaines, elles ont été vraiment une date pour le régime de Juillet, un souvenir pénible dont on l'a poursuivi jusqu'à sa chute. L'indulgence est venue plus tard, quand on eut appris jusqu'où pouvaient aller les gouvernements forts en matière de législation contre la presse.

Cependant Lamartine n'abandonnait pas son dessein d'une refonte plus rationnelle des partis ' ; mais il sentait l'obstacle dans les habitudes et les positions prises. La Chambre de 183S lui parut bonne, quoique n'offrant pas de chances immédiates à son action ; il la jugeait sans trop d'impatience, et attendait, laissant le travail de son esprit se poursuivre : « je ne suis pas .anti-rép.uhlicaïR; /eyouj" et l'heure donnés », écrivail-il; et plus tard : « je deviens chaque jour plus intimement et plus consciencieusement révolutionnaire... Une fois le parti pris, j'irai très loin. »

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