‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 57 sur 80 · I. Voir Cori · texte numérisé non relu

I. Voir Cori

Dignz^îbfGoOglc

La session de 1836 vit Lamartine souvent à la tribune. Son intervention eut ceci de particulier qu'il aborda pour la première fois les questions techniques.

A partir de 1836, il ne cessa d'ôtre un orateur prfit sur tout sujet ', attentif à tous les dt^bats, un vrai parlementaire; il y mettait sa coquetterie; le rôle, dont on l'eût volontiers revêtu, de prophète solennel, n'apparaissant qu'aux grandes occasions, était ce qu'il redoudait le plus.

Après avoir touché la question d'Orient, sur laquelle il était inépuisable, dans la discussion de l'adresse (12 janvier), il parla plusieurs f ois contre la converfilon i\o^ ri' iili-s, après et avant la chute du cabinet du 11 octobre. Il devait y revenir encore dans les sesr sions suivantes; sa conviction était passionnée à cel i égard : l'opinion des flnanciers est aujourd'hui qu'il 1 se trompait et que la monarchie de Juillet commit; ' une faute en n'accomplissant pas la conversion. Quoi qu'il en soit, toutes les fois qu'il reprit sa thèse, il sut donner aux chiffres une prestigieuse apparence. La Chambre lécoutait malgré sa défiance et s'étonnait de ses succèn dans une direction inattendue : la médiocrité, écrivait-il à ce propos, a un grand tort : elle se croit inaccessible. Mais sa volonté d'iîlre clair et pratique ne l'empCchail nullement d'élever, comme

I. Il parlera, entre aulres, sur la révision des oclrois, des contributions indirectes, des traités de commerce, dans l'intérêl «les consommateurs démocratiques, — sur les caisses d'épargne,[ sur tel caisses de retraite pour les ouvriers, — sur la question' (les sucres, — uor l'associa lion des bassins houillers, sansi compter les nombreux discours que nous cilons au cours de. cette étude. Il sera un jour président de la commission des' chemins de fer.

D,gnz^=b,G00gIc

malgré lui, la question : il avait alors d'admirables élans; la large période oratoire soulevait la langue des afTaires de la façon la plus originale. Ainsi, dénonçait-il dans la conversion des rentes une atteinte au crédit public, il s'écriait : « A quoi devons-nous notre salut depuis 1814? Ce n'est pas seulement à la paix, comme on vous le dil, car nous avions eu de longues paix, des paix de trente ans, avant celle-ci, et la France n'en était pas moins restée obérée jusqu'à la banqueroute el énervée jusqu'au marasme. A quoi devez-vous et la libération du territoire, et le solde des arriérés, et la liquidation de vos conquêtes, et l'indemnité du milliard aux émigrés, et trois révolutions consécutives, 1814, 1813 et 1830, faites sans que la fortune publique en soit seulement ébranlée? A quoi devez-vous l'élévation démesurée du prix de vos terres, la création de vos industries ou privées ou nationales, vos canaux, vos chemins de fer, vos usines, vos 100 millions de travaux publics à Paris, à Alger, et la possibilité de rêver des travaux plus gigantesques encore? Vous devez tout cela au crédit, à ce crédit qui est né parmi vous le même jour que la liberté, le môme jour que le gouvernement représentatif; à ce crédit qui est le sentiment de l'inviolabilité du droit individuel dans la fortune comme dans la personne du citoyen; à ce crédit qui est la confiance de tous dans tous, et qu'on pourrait appeler avec vérité le patriotisme de l'argent. Oui, le patriotisme de l'argent, aussi tout-puissant, mais aussi susceptible que l'autre patriotisme, qui peut opérer les mêmes prodiges, mais aussi qui veut les mêmes garanties, la même sécurité;... il y a autant d'ingratitude que d'imprévoyance à donner seulement, je ne

LAMARTINE PARLEMENTAinE 299

dis pas un grief, mais un prétexte, mais uq murmure à votre crédit, n

11 parla encore, dans cette session, gur la liberté du commerce (14 avril), disant, en face de la féodalité -tnâïïslneîle ijûi était, suivant le mot du comte Jau- ; bert, l'aristocratie de Juillet : « La vérité en ceci comme en tout, c'est l'intérêt des masses, c'est le bien-ëli:a4u-peii^ ! » et encore' :"i< après avoir émancipé^les classes moyennes par la liberté politique,... ) elle (la Révolution) émancipera les masses par la j liberté des .industries » ■-

ITparia aussi, à la Chambre, sur les colonies et les affaires étrangères (23 mai); — sur la colonisation de l'Ajgérie(li juin), qu'il avait défendue en 1833 contre les idées d'abandon, mais qu'il voulait restreinte et pure iies-.vices dix régime nùlilaire; — à l'Hôtel de Ville, à l'occasion d'un concours ouvert par la Société de morale chrétienne, sur l'abolitionde, laj'eine de^ mort. — Entre temps, il publiait Jocelyit '.

" Au cabinet du 22 février, présidé par M, Thiers, avait succédé le cabinet Molc-Guizol du G octobre 1836. Lamartine suivait, sans intérêt personnel, ces fréquentes vicissitudes des fortunes ministérielles. C'était sur la question de l'intervention en Espagne, dont il était lui-m ême jiartisan, que M. Thiers était tombé; mais il n'avait aucune raison d'hostilité systématique contre M. Mole; on peut même supposer qu'il lui savait gré de n'être pas un parlementaire d'origine. Il n'aimait pas les chefs parlementaires, ces grands vassaux du gouvernement représentatif, dont

1. 11 avait donné, l'année précédente, le récit de son Voyage -r ■

Page 1