Coït., 21 janvier
306 NOTES D'ART ET DE LITTÉHATtiRE
une force, et attendre le jour où les affaires viendront la chercher par une nécessité évidente et invincible'... >' Avec son tact très sûr de l'opinion, il sentait se consolider le nouveau régime : les temps héroïques de la résistance étaient passés : « Personne ne veut plus de révolution, ., ; entre la République et ceci, il y a un fossé. »
D'autre part les intrigues parlementaires croissantes n'étaient pas pour l'intéresser; il n'y voyait pas sa place. Son impression se traduisait bien fine- .racnt : « J'ai connu cela en une autre chose, au commencement de noire vie, quand je me sentais poète [plus que Baour et l'ontanes et que Baour et Fontanes Y^gnaient ». Un peu découragé, il songeait même à se retirer : « Bref, je ne vois rien qu'accepter une ambassade, et je ne veux pas absolument, ou donner ma démission à la Chambre et me retirer dans une montagne ou en Egypte, et J'bésile... » Devant la Coali'îon, il n'hésita plus, resta, et fit sentir sa pré-
Les amis les plus déterminés du parlementarisme ne doivent pas relire sans trouble cette page instructive de son histoire : la Coalition de 1839. Qu'en pleine tranquillité d'un grand pays, dans une Chambre issue du suffrage restreint, sans qu'une liberté violée, un principe compromis, un intérCt national méconnu, inquiétât l'opinion ou Justifiât l'opposition, il se soit
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troQvé des hommes, et quels hommes! un Guizot ou un Dufaure à côté d'un Thiers ou d'un Bcrryer, pour proposer et accepter l'alliance la plus hétérogène, donner naissance à la crise la plus grave, et porter à la couronne, dont quelques-uns étaient les dévoués défenseurs, l'atteinte la plus profonde; qu'un régime récemment affermi ait vu tout à coup ia confianco s'ébranler, le public se dégoûter, l'émeutt relever la tête, l'Europe railleuse se réjouir; tout cela, parce \ que <i trois ou quatre personnes ne pouvaient se rési- [ gner au chagrin de ne pas gouverner la France ' >> : I c'est en vérilt^ de quoi faire douter des vertus d'un système qui comporte de tels accidents,
Lamartine vit clair à cette heure décisive. Tout l'avertissait : son mépris des parlementaires, son instinct divinatoire de l'esprit public, sa haine dn fmlrioïisiiie-*6Waiajue dont il dénonçait, derrière M, Thiers, la dangereuse agitation. Tout le séduisait aussi : la gravité des événements qui mettait à l'aise son imagination, l'attrait de défendre seul, contre des rivaux redoutables, un ministre courageux, mais sans réputation oratoire, enfin l'occasion longtemps attendue de tenter une fortune polilique.
Il parla trois fois dans la discussion de l'Adresse.l Sans approuver sur tous les points un ministère dontj la politique extérieure, en Suisse el h Ancftnc, lui , paraissait dépourvue de grandeur, il portait l'attaque dans le camp des coalisés. Vengeant la majorité , ministérielle des légèretés de M. Thiers, il s'écriait : « Oui, grâce à ces travcsiissements d'idées, à ces inrlervertisseraents de rôles dont vous nous rendez