M. àt Barante
Dignz^îbïGoOglc ,
308 NOTES D'AHT et DE UTTÉnATURE
iémoins îci.dcpuis deux jours, grâce à cet affaiblissement des caracléres et des anciennes positions, il n'y a pas un de ces députés, un de ces hommes de bien (les députés ministériels), qui ne se trouve aujourd'hui plus grand et plus fort que vous. Messieurs, un jour viendra sans doute, que dîs-je? le jour est venu peut-Ctre où ils vous forceront à les compter. " Il félicitait le mini^tÎTe de l'aninislic, de la dissoluti on et du trailé de la Tafna (avec ÀLd-el-Kader);~Puîs abordaMt, dtiiitrcTa Tiuestion ministérielle, la question constitutionnelle, après avoir fait avec une saisissante clarté la théorie de la monarchie représentative, il ajoutait : « Non, messieurs, avec votre initiative, cette initiative de la Chambre conquise en 18^0 et qui fut une révolution à elle seule, avec la responsabilité des ministres et la loi des majorités, je ne vois pas, je l'avoue, ce qui peut manquer de garanties à votre prérogative. Non, il n'y a rien contre vous qu'un coup d'État, c'est-à-dire un crime, et vous savez s'ils restent trois jours impunis. — Non, je ne vois pas ce qui manque à votre prérogative. Mais faut-il parier ici plus haut? Faut-il ne pas nous flatter nous-mêmes? Je ne vois pas ce qui manque à la Chambre en autorité légitime; je vois trop ce qui manque à la prérogative de la couronne, ou plutôt au jeu normal, au libre exercice de cette prérogative aujourd'hui. Ce qui lui manque, messieurs, ce sont des majorités. » Alors, élevant de nouveau ce programme social qu'il n'avait jamais cessé de présenter comme le remède nécessaire, il continuait dans un mouvement célèbre : « Il n'y a pas de majorité ici parce qu'il n'y en a pas dans le pays, parce qu'il n'y en a pas dans les élcclcurs; il n'y a pas de majorité ici parce qu'il n'y a ni action
LAMARTINE PARLEMENTA IBB 309 .
grande, ni idée directrice grande dans le gouvernement depuis l'origine de 1830 — 1830 n'a pas su se cré er so n action et.trQUyer son idée. "Vous ne pouviez pas refaire delà légitimité : les ruines de la Restauration étaient sous vos pieds; vous ne pouviez pas faire de la gloire militaire : l'Empire avait passé et ne vous avait laissé qu'une colonne de bronze sur une place de Paris. Le passé vous était fermé, il vous fallait une idée nouvelle. Vous ne pouviez pas emprunter à un passé mort je ne sais quel reste de chaleur vitale insufSsant pour animer un gouvernement d'avenir; vous avez laissé manquer le pays d'action. Il ne faut pas se figurer, messieurs, que, parce que nous sommes fatigués des grands mouvements qui ont remué le siècle et nous, tout le monde est fatigué comme nous et craint le moindre mouvement. Les générations qui grandissent derrière nous ne sont pas lasses, elles, elles veulent agir et se fatiguer à leur i tour : quelle action leur avez-vous donnée ? La France est xine nation çui s 'en n uie/ » Et il concluait : «Je TïiF^ résume et je dis ; Si les adversaires du cabinet nous présentaient un programme conforme à ces grands principes de progrès social auxquels je faisais allusion tout à l'heure, si vous étiez des hommes nouveaux, je voterais avec vous; mais tant qu'il ne s'agira que de renverser des hommes sans loucher aux choses, je continuerai à voter dans les questions de cabinet, pour Ies-mi ni3tro 3 -de l-'emnisUc et de la paix, contre ces ministres énigmatiques dont les uns ont un pied dans le compte rendu, les autres dans les lois de septembre, et dont l'alliance suspecte et antipathique ne promet à mon pays que deux résultats funestes qu'il vous était donné seuls d'accomplir à la fois : la
ogic
diïgratlal ion du pouvoir el la dt^ceplion ceriaine de la libcrl.?. »
Quand il descendit de la tribune, il semblait le chef de relie majorité à laquelle il n'avait pas sacrifié une seule de ses idées. Ne louchail-il pas au but qu'il s'était marqué dès 1834 : s'imposer à la Chambre, à force de rectitude dans la conduite et de sincérité dans la parole, avec son programme lout entier! —
11 le crut un moment. Ses lettres marquent à la fois sa confiance el ses réserves : « Les :22C députés m'ont prié d'être leur chef. J'ai répondu que je ne m'alliais
I à eux que dans le but provisoire el déterminé d'emj pCcher le triomphe de la Révolution et la guerre de . Belgique, et qu'après cela je retournerais à mes consvictioiis indépendantes'. »
On l'appela chez M. Mole pour le consulter sur l'opportunité de la dissolution*. Il la déconseilla et engagea le cabinet à se retirer, laissant la coalition se diviser après la victoire. Son avis ne fut pas suivi. L'événement, une fois de plus, allait lui donner raison. Le 6 mars, à la suite des élections, le cabinet Mole dut se retirer.
L'interrègne ministériel de deux mois, la désorientation générale et la formation d'un ministère de circonstance dans l'émotion causée par l'émeute du
12 mai, laissèrent à Lamartine une impression profonde de dégoût et de découragement >< Je vois en
1 Coir, 21 jaimer isg-»
2 Je ne puis imr entre le reciL de ce conseil, tel qu'il est (lonnii par Lamailine (Politique de lamailine. Préface), et la vei-aion que M de Ma/ade aflirme tenir de bonne source, la contradiction choquante que celui ci signale (Lainarline, par M de Mazade )
Dignz^îbfGoOglc
LAMARTI.NE PARLEME>'TAIRE 3tl
noir, écrivait-H... Nous approchons des grandes luUes que j'ai toujours prévues dans le lointain. » Il redoutait surtout l'humeur aventureuse de M. Thiers et la surexcitation de l'esprit militaire « qui emportera cent gouvernements de cette nature, et toi, et nous, avec le gouvernement' ». En face de tels dangers, la conduite des 2M l'indignait; il les sentait las des luttes de la coalition et prêts à rentrer dans leur ordinaire quiétude avec le premier ministère qui ne demanderait pas de sacrifice trop pénible à leur amour-propre : « Il n'y a rien à faire d'un pays sans caractère civil "... A la vérité, il avait bien pi-évu dès le premier jour qu'il ne trouverait pas dans le centre de 1839 une armée prête à le suivre avec cohésion et confiance; ses adversaires l'avaient mieux saisi encore : Lamartine « fut pour le cabinet, disait plus tard M. Guizot en rappelant ses souvenirs, l'ornement oratoire du débat; mais il en sortit plus vanté que puissant, et sans avoir obtenu la confiance sérieuse de ceux-là mCme à qui il avait prêté un éloquent appui... » Cependant le rôle qu'il avait joué et la ; désorganisation des partis lui avaient permis d'cs- '] pérer la reconstitution d'un parti nouveau avec les ruines faites par la crise. Il écrivait avant les élections : " Je leur ai dit (aux 221) ^ que, jusqu'à la crise passée et à la paix sauvée, j'étais leur homme; je les