‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 63 sur 80 · Celte phrase ironique s'adressait à M. Thiers. Lamartine · texte numérisé non relu

Celte phrase ironique s'adressait à M. Thiers. Lamartine

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secouer devaiil le peuple ces mots sonores, ces vieux drapeaux, pour l'animer et l'appeler à vous; le mot révolution dans votre bouche, c'est, permettez-moi de le dire, le morceau de drap rouge qu'on secoue devant le taureau pour l'exciter, » Puis, après avoir examiné la situation devant la gauche, il ajoutait : « Quand vous viendrez me demander, comme aujour-

Id'hui, si j'ai confiance... Confiance! Et en quoi confiance? et à quoi? Si je me place au point de vue libéral, qui est le mien plus que vous ne voulez le eroire, je vous trouve en face de mes p ri n c i pesjlep rog i-ft s ^goeial dans presque tous les grands combats dc^pnneipes que nous avons livrés ici depuis cinq ans pour développer et moraliser la démocratie, — Si je me place au point de vue conservateur, je vous trouve à la lôte de ceux qui ont mis le trouble dans le parlement, soufflé l'agitation entre le parlement et la couronne, de ceux dont un des organes ne cesse pas de sonner ce qu'on pourrait appeler, en termes révolutionnaires, le tocsin de la presse en permanence contre nous... Ces fausses monnaies de l'opinion distribuées chaque jour au peuple pour le séduire ou l'irriter, de qui portent-elles l'empreinte? — Et vous voudriez que je déclarasse confiance à tout cela? Non. Le pays ne nous a pas envoyés pour jeter un mensonge dans cette urne de vérité. »

d'ordinaire incapable de haine, éprouvait du moins, pouf le petit bourgeois, une antipathie qu'il ne dissimulait pas. Elle lui inspirait des répliques qui n'étaient pas non plus dans sa manière ordinaire. • Il faut décourager les imitateurs de Napoléon, disait-il un jour en annonçant qu'il parlerait sur le retour des cendres. — Oh! dit Thiers, quelqu'un peut-il songer h rimiterî — Vous avez raison, je voulais dire les parodisles de Napoléon. ■ (Cité par M. Thureau-Dangin, Hist. de la monarchie de Juillet, t. IV.)

Dignz^îbfGoOglc

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Une occasion plus solennelle allait s'offrira Lamar- 1 line de dégager son libéralisme des souvenirs san- \ glants de la Révolution et delEnipire. Le 12 mai 1840 M. de Rémusat annon<;a à la Chambre que le prince de Joinvillc allait ramener de Sainte-Hélène le cercueil de Napoli^on, rendu à la France par le gouvernement anglais. Le 25 mai, la discussion s'ouvrit sur une demande de crédits relative à la cérémonie du retour des cendres. Lamartine demanda la parole. L'émolion était extraordinaire. La nouvelle jetée brusquement par le cabinet du 1" mars avait soulevé un enthousiasme qu'il n'avait pas prévu si profond etl réveillé des passions qu'il croyait sans doute mieux éteintes. Ce n"étail plus seulement une occasion de popularité nationale pour la monarchie et le minis- \ tère, comme on s'en était flatté; c'était un drapeau fourni à l'opposition révolutionnaire. L'opinion libé- \ raie, depuis Béranger qui lui donnait des refrains , jusqu'à M. Tliiers qui la caressait, n'avait jamais cessé d'associer à ses revendications la gloire napo- i' léonienne; le fantôme du •< roi légitime de la Révolu- \ tion « était évoqué depuis vingt-cinq ans contre les 1 rois iisui-paleurs ; et le souvenir douloureux de Waterloo [ était le reproche tout-puissant jeté par tous les oppo- ' sants aux ministres de ta paix. Le poète-orateur n'ellait-il pas prêter à la passion populaire la magnificence toujours pr<Me de sa parole?Ceux qui le connaissaient savaient bien que non. Déjà, dans la discussion de la loi de disjonction, il avait fait entendre ^ des avertissements d'homme d'État. Il haïssait Napoléon : " Je le déteste , disait-il à son secrétaire M. Alexandre '. A dix-huit ans, je fis un discours 1. Souvenirs sur Lamarline, par M. Aleiandrtt.

contre lui. L'Empire, c'est la police. Napoléon a été u n meu rtiJ Br d'idé e s- , un i i aua geur de véri tâ^r-» Entre son génie harmonieux et le génie vicient et démesuré

Ide l'Empereur, l'inintelligence était comme préétablie. \ Le discours du 26 mai 1840 fut un admirable pendant Ide l'Ode à Bonaparte '. Je n'en citerai rien : il faut le Mire tout entier; c'est son chef-d'œuvre oratoire, celui qu'on eût fait apprendre aux jeunes gens dans les écoles des rhéteurs, si nous étions aux beaux jours de l'éloquence grecque ou romaine. L'ampleur et le mouvement irrésistible de l'ensemble s'y joignent à l'éclat des détails, à la justesse merveilleuse des images. Le sens du politique n'y est dépassé que par l'instinct du prophète. Et pour que tous les mérites s'y rencontrent, la Correspondance nous apprend que le ton général en fut modiRé pour l'opportunité parlemen- ' taire ' : « Je voulais être bien plus sévère cl plus l véhément;... j'ai fait de la diplomatie à la tribune;... \j'ai changé instantanément ce que j'allais dire en '.douceurs pour la mémoire du grand homme. »

' L'agitation belliqueuse soulevée par l'apothéose posthume de Napoléon allait trouver, dan g la crise ^ oriontalR . un aliment plus actuel et plus dangereux. Lamartine avait vu l'Orient; il l'aimait ; il en suivait les vicissitudes avec complaisance. Ses vues sur son avenir n'étaient pas toutes justes, toutes prudentes; surtout elles devançaient les temps, ce qui lui était ordinaire. Mais il en jugeait très bien l'état présent. i' Seul, il comprit la vanité des illusions françaises sur [ la force de Méhémet-AIi et d'Ibrahim. « On se trompe

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