Corr., septembre ISil
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surtout M. Thiers et le tiers parti : « Après lui (ce ministère), viendront les platitudes du tiers parti, puis les crises que les platitudes amènent ; puis nous, nous serons appelés par la clameur publique à sauver le monde social. Si Dieu nous aide, nous le sauverons, peut-être au prix de nos têtes. Voilà ma pensée ferme '. « Cette idée qu'il ^'arriverait plus au pouvoir qu'après une crise ne lui déplaisait pas. " Je verrai soigneusement passer Irois ministères avant de faire partie d'aucun, et, si jamais j'y entre, je n'y entrerai que par vue brèche. On n'a de force que dans les places conquises, dont les bourgmestres vous apportent les clefs. "
Dans la discussion de|a loi des fortifi£aliûns,-tout en ménageant la majorité et le mmislère, auquel il se déclarait « profondément attaché », il se prononça avec véhémence contre la projet- même de fortifler Paris; battu sur le principe, il se rallia du moins à ramendement du^général Schneider qui supprimait l'enceinte continue (discours des 21 et 26 janvier 1841). Oa-nefVsplique pas bien l'effet produit par celte loi sur son imagination : il est certain qu'il y voyait la plus grande faute du règne, une menace permanente contre la liberté. Peut-être l'origine du projet qui avait été déposé par M. Thiers pendant la crise orientale suffisait-elle à le lui rendre suspect. Il n'en signalait pas seulement le danger; il en soutenait l'inutilité pour la défense nationale, discutant avec son éclat cl «a facilité inépuisable les autorités militaires qu'on lui opposait. Et comme il était écrit que mêÈue dans ses erreurs il garderait des vues de prophète, il disait,
i. Corr., il juillet 18ii.
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32i NOTES d'art et DE UTTÉRATURE
en évoquant l'image d'un siège à venir : « Comment contiendrez- vous le moral d'une population placée dans des conditions de turbulence et d'émotions pareilles? Quel sera le gouvernement, la force publique qui pourrait y résister... Voilà une population qui, pour toute distraction, n'aurait que des rumeurs et des nouvelles sinistres... (ici de violents murmures d'incrédulité, notés au Moniteur, l'interrompaient). Je dis, messieurs, qu'il n'y a pas une pensée prévoyante qui puisse se porter sur les tableaux d'une situation pareille, sans reculer devant ces éventualités; je dis que, dans une situation pareille, il serait inévitable que les partis les plus désespérés, que les factions les plus violentes tendraient malheureusement à s'emparer du pays et à le déchirer comme une proie dans leurs lulles. n Et, s'appropriant un mol de Tocqueville, il jetait à la Chambre : « Il y a des barbares de l'intérieur. Pensez-y! »
U Sa candidature à la présidence de la Chambre fut Ilposéé par des amis au début de la session de 1842; il fila déclina. « C'est une position neutre, et j'aime les l positions militantes et actives. C'est la décoration d'une vie politique, ce n'en est pas la force... On ne grandit pas beaucoup là, et on en peut redescendre amoindri '. » Cependant il ne repoussait pas les voix comme témoignage apparent de confiance. Au scrutin il n'en eut que Ci ; presque aucun conservateur n'avait voté pour lui. La blessure d'araour-proprc fut très vive : il ne chercha môme pas à la dissimuler. Le ton de ses lettres devient, à partir de 1842, plus amer. D^ iHnclinait à se séparer de la majorité : elle lui
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RL^iiiriait brulaleinent sa défiance ou son indifférence; la rupture en fut précipitée et aggravée. C'était une maladresse assurément de la part des conservateui-s, mais j'ai montré avec trop d'insistance la suite de ses idées politiques pour qu'on puisse mettre en doute que, toute cause personnelle d'irritation évitée, il n'en aurait pas moins combattu, un jour ou l'autre, le système gouvernemental de M. Guizot.
Il parla encore, en faveur du cabinet, coalre la réti>rin£fiarlÊmeiitaii:e-: son libéralisme s'effaçaîT ici devant sa conviction ancienne et profonde du rôle de l'État; il fit l'éloge des fonctionnaires et de leur influence dans les Chambres, en homme de gouvernement. La majorité n'y vil que le désir persistant de marcher avec elle. Mais il écrivait : « Ce sont mes adieux. La semaine prochaine, je commencerai à parler en homme de grande opposition. On me fait toutes les ofl'res imaginables pour me retenir à la vieille majorité, je n'en veux plus * x ; et encore : « Je vais faire de la grande opposition, ressusciter les jours de 1813 à 1830, avec celte différence que si l'opposition m'écoute elle sera affirmative et gouvernementale, au lieu d'Ctre négative, critique et démo. lisseuse. Vous me comprenez à demi-mot. Renverser le pouvoir est un pauvre métier; lfi citjiiiuirir-et y ■ établir ses idées, voilà l'œuvre... — Guizot, Mole, Thiers, Passy, Dufaure, cinq manières de dire te même mot. Ils m'ennuient sous toutes les désinences. Que le diable les conjugue comme il voudra I Je veux aller BU fait et attaquer le régne tout entier. » — « Vous ne savez pas ce que c'est qu'un aristocrate comme vous*
326 XOTES d'art et de LITTÉHATIUE
lendanl la main à une démocratie impuissante tombée dans le fossé! C'eît le àeau rôle depuis Rome jusqu'à j Mirabeau... Nous avons bien prouvé que nous étions I conservateurs, prouvons que nous sommes libéraux, j et prouvons ensuite que le libéralisme est un moyen \ de gouvernement plus puissant que l'intrigue et la ^peur... a
Le 19 février 1842, il soutint une proposition de \ réforme électorale qui devaitavoîr pour effet l'adjonc- \ tion aux électeurs de tous les citoyens inscpHs sur la . liste départementale du jury. 11 disait dans cette discussion : Sovez-vous quelles sont les libertés dangereuses? Ce sont les libertés que le peuple arrache, 1 et non pas celles qu'on lui donne; ce sont les libertés qu'on jette un jour de faiblesse au peuple : ' ce ne sont pas celles qu'on lui prépare et qu'on ; lui mesure avec justice, générosité et sagesse, quand l'heure de les lui livrer a heureusement et évidemment sonné » ; et encore : « On dirait, à les entendre, que le génie des hommes politiques ne consiste qu'en une seule chose, à se poser là, sur une situation que le hasard ou une révolution leur a faite, et à y rester immobiles, inertes, implacables... Oui, implacables à toute amélioration! El si c'était là, en effet, tout le génie del'hommed'Etatchargé de diriger un gouvernement, mais i/ n'y aurait pas besoin d'homme d'Élat; une borne y suffirait.' » — Il écartait d'ailleurs '. le suffrage universel et le dogme absolu de la souve- : ! rainelédu peuple.
» 11 combattit la loi de régence présentée après la mort du duc d'Orléans (18 août 1842). Cette fois il ne se contentait pas de coudoyer, il secouait, quoi qu'il en pensât, la prérogative royale. « La vraie force d'un
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gouvernement, elle n'est pas dans toutes ces lois excessives dont vous dotez la prérogative dynastique comme pour Taccabler sous le poids des attributions, des sacrifices que vous lui failes; elle est ailleurs... Non, nous ne voulons pas glisser du gouvernement national au gouvernement dynastique, exclusivement dynastique. Voilà nos principes à tous. Eh bien! il y a ici des liommes éminents, patriotes et dévoués, qui l'oublient quelquefois par l'entraînement du patriotisme mCme, qui nous jettent trop loin dans le régime de force dynastique... »
Ces deux discours n'avaient pas ouvert les yeux de tous; conformes aux opinions qu'il avait toujours professées et dont il fallait bien reconnaître, après tant de pi-euves, la sincérité, ils ne renfermaienl pas une déclaration de guerre manifeste. Le discours sur I l'Adresse ', au contraire, fît éclate! presqUe scflnthde. ( "E^onnemcnl dcs"partis et des journaux ne fut pas ' joué. 11 y eut ce jour-là quelque chose de tout nouveau dans l'attitude du poète et dans la situation des partis. Quoi? On ne le sentit que confusément à l'époque. Nous pouvons aujourd'hui le mieux saisir.
Au début de sa carrière politique, Lamartine s'était . résigné à n'avoir pas derrière lui de ■parti Hé; encore | moins songeait-il à prendre Immédiatement posses- 1 sion du pouvoir. Les débats de la coalition lui avaient
i. 27janvicrl8U.
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32S XOTES d'art et de littérature
fourni l'occasion de chercher, dans le parli c
1 leur, une influence et une situation nouvelles; la
\ jchute du ministère du 1" mars lui avait fait entrevoir
la possibilité d'entrer aux afl'aires. Mais pendant les
1 peux dernières années le fossé s'était creusé entre la
/ ^lajorité conservatrice et lui. Or, il était homme d'ac-
/ tion, je l'ai dit, et son ambition avouée fut toujours
I de donner à ses idées le contrôle de l'application', à
\ son caractère l'épreuve du gouvernement. Un seul