AUGUSTE VITU
et de s'en servir, l'art d'extraire le divin du monde. Voilà le thème : les variations sont exquises. Depuis M. Renan etM. Anatole France, nousn'avionsentendu tel virtuose, d'une ironie plus sournoise, d'une souplesse plus déconcertante, d'une langue plus elliptique et plus glissante. Maintenant, je ne dois pas vous cacher que bien des gens considérables tiennent ce charmant esprit pour un fumiste nuageux. Cela prouve la séparation profonde qui peut exister entre des âmes contemporaines : elles sont rapprochées sans s'entendre ; au fond, il y a des siècles entre elles.
Auguste Vilu : le criltiguc et l'trmlLl.
Vendredi, parmi beaucoup d'amis et de confrères, on a mené au Père-Lachaise Auguste Vilu, « il faut avoir un bel enterrement >■, aimait à répéter J. Janin, un de ses prédécesseurs en critique dramatique. Viiu a eu le sien, malgré l'époque et la saison, parce qu'il fut, en même temps qu'un littérateur assez en vue, un homme correct el courtois, apprécié de tous les mondes, celui de la politique, celui des affaires, celui de la presse, qu'il avait connus et traversés. Il présidait en dernier lieu le Cercle de la critique, dont il était, avec Francisque Sarcey, le doyen respecté. Claretie et Pessard ont dit sur sa tombe tous les regrets qu'il inspirait. La sincérité et la chaleur de ces éloges posthumes se mesurent plus au souvenir des relations et des qualités personnelles qu'à la hauteur même du talent.
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Cependant, s"il était permis d'être juste el simple même envers un mort, on n'eût pas évoqué, à côté du nom de Vilu, celui du grand Gautier, « le maître es lettres françaises ». Vitu, venu tard à la critique, n'y avait apporté aucune originalité bien distincte. Sous sa signature, on n'attendait, en ouvrant le Figaro, les lendemains de prcmi^'re, ni un Jugement personnel, ni des développements de qualité rare, rien de ce qui fait suivre aux amateurs les lundis de Sarcey et de J. Lemaître, Mais ce qu'on était sûr d'y rencontrer, c'étaient l'histoire de la pièce jouée, ses origines, les imitations avouées ou secrètes, les parentés, les anecdotes, le côté biographique et bibliographique. Esprit exact et lucide, spécialiste financier, Auguste Vitu mettait au service des lettres ses habitudes d'ordre et de méthode : il y fut, avant tout, un érudil. Ses feuilletons du Fit/nro, réunis dans la collection des mile et une /\'uits du théâtre, renferment ainsi beaucoup de renseignements précieux pour l'histoire de la littérature dramatique. Ils leur devront, peut- 6tre, de survivre, à titre de répertoire. Celte érudition, chaque soir prèle, ne laissait rien en dehors de ses prises : l'opéra el ropéro-comique, pas plus que le vaudeville et le mélodrame, !1 me souvient d'un feuilleton musical ofi Vitu disait avec sa politesse : « Mon implacable mémoire m'oblige à constater que j'ai déjà entendu ceci... » Suivait l'indication précise des réminiscences du compositeur.
De goût très classique, comme tous les hommes de cet esprit, Auguste Vilu appartenait au groupe des lettrés qui apportentàla critique et à la publication de nos auteurs des deux derniers siècles les mémos soins savants qu'on avait réservés longtemps aux
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mailres grecs cl latins. Celait un des mieux infomrK'^s et des plus sensés parmi nos moliéristes. ^'olls savez que ceux-ci ont fondé une manière de culte pour l'auteur du Malade imaginaire, comme ont fait les Anglais pour Shakespeare et les Allemands pour (iœlhe. Ils sont la Ligue des patriotes littéraires, du reste parfaitement insupportable. Vitu représentait parmi ces messieurs l'élément modéré, comme M. Larroumet y personnifie l'élément habile. Il consacrait de longues et curieuses recherches à la maison de Molière, éditait en charmantes plaquettes les petit^is pièces de son théâtre, mais il laissait de bons esprits, admirateurs du grand Gaulois, libres de lui pn'fiirer des interprètes plus hauts, plus délicats ou plus profonds de l'âme française.
Le moliérisme va presque toujours de pair avec l'amour du vieux Paris. Vitu laisse sur Paris un livre capital, qui prendra place à côté des monographies d'Edouard Fournier et de Victor l'ourncl. Il savait sur ses rues, ses places, ses édifices, tout ce qu'en racontent l'histoire et la chronique et qui donne tant de poésie à la flânerie des érudits, Son l'ayns restera... jusqu'à plus ample informé.
On finnonce que M. Jules Huret vient de publier, en volume, cette Enquête sur l'évolution littéraire menée avec si grand bruit dans un journal de lettres et de mauvaises mœurs. Je n'ai pas le volume encore
SOUS les yeux, mais j'ai lu, dans le temps, quelquesunes des soixante-quatre interviews qui le composent. J'en voudrais prendre seulement occasion ou prétexte pour noter quelques remarques sur l'i^tat de la pensée et de l'imagination françaises, dans cet ordre de la critique, de la poésie et du roman, h celte date de l'été 1891. De tels inventaires, même dressés par un témoin obscur, ne sont peut-ôtre pas inutiles : pour l'opinion éclairée de l'étranger, dans cet éclat et cette poussière que soulèvent les réclames concurrentes du commerce des livres, ils peuvent (ixer des repères el rétablir des proportions détruites.
Homme du peuple ou homme du monde, le Français lit d'abord, surtout, et presque uniquement, des romans. Je vous ai cité à cet égard la statistique dernière des lectures dans les bibliothèques municipales de la ville de Paris. Parmi les volumes qui s'accumulent sur le marché encombré de la librairie parisienne, combien sont des œuvres d'imagination, dont il n'est presque pas qui ne rencontrent, par fortune, au moins un acheteur, pris à la séduction du titre, ou au seul attrait de cette étiquette : roman.'
Quand on pèse la valeur moyenne des œuvres, l'irrémédiable médiocrité intellectuelle qu'elles supposent chez les producteurs, on est surpris de celte popularité exceptionnelle du roman. 11 semble qu'une étude historique, critique, scientifique, si lourdement composée, si pauvrement écrite qu'on l'imagine, a toujours quelque chance d'olTrir des idées plausibles, des faits prouvés, des choses vraies et des choses justes, où l'esprit puisse se prendre et profiter; tandis que les histoires fictives, les pures inventions d'un faible cerveau d'homme, devraient être parées, pour qu'autrui
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s'y complaise, de lous les charmes de l'arl, de la tendresse et du génie. Mais nous avons tous lant besoin de fables el de rôves que c'est le contraire, en tout pays, qui est l'ordinaire : joignez-y, dans le nôtre, le goût de l'aventure el de l'action, qui fait de la race une écouleuse de contes. Ainsi, sur la terre des fabliaux et des chansons de gestes, on continue de se prêter, l'ame facile, aux narrateurs. Des lecteurs du Petit Journal, de l'honnête Rîcheboui^ et du dramatique Montépin, aux lecteurs de M. Georges Ohnet, c'est une hiérarchie particulière qui n'atteint pas à l'art, que la critique ne veut pas connaître, mais qui fait enfin le gros du public, la masse flottante où l'on jette les livres.
Que lui a-t-on donné cette année? Je serais embarrassé de vous le dire, il suffît de n'oublier jamais que cetle catégorie inférieure, cette clientèle énorme et spéciale existe, qu'elle a ses fournisseurs et qu'ils HOnt légion.
Dans les régions plus hautes de la vie intellectuelle, le roman d'observation et d'art n'a pas donné, en 1891, une œuvre capitale. Mais la crise qu'il traverse s'est éclairée; les besoins nouveaux ont fait effort pour se satisfaire en se précisant.
La formule naturaliste, telle que M.Zola l'a personniPiée un peu grossièrement, la méthode d'observation physiologique, de description colorée et précise, d'étude de personnages moyens ou bas dans des milieux déterminants et définis, a perdu tout crédit sur le public et sur les artistes. M. Zola a bien pu donner une nouvelle preuve de ses facultés grossissantes et de sa lourde sensibilité dans l'Argent; M. de Concourt, M. Daudet peuvent bien se distraire
de leur nervosité, devenue un peu stérile, l'un par une suile inattendue à ses deux Tartarins, Port-Tarascon; l'autre par une de ces curieuses analyses d'art, où il cherche le rare et le capricieux en tout siècle et toute nation : son étude sur Oulamaro, peintre japonais, ira prendre place à côté de r.4 rt av. X VIII' siècle et de la Maison d'un artiste. Mais Zola, Goncourt, Daudel, ils se prolongent ou se dispersent; ils n'ont plus la fraîcheur d'invention, la correspondance au sentiment général; ont-ils encore la foi en leur œuvre? M. Zola annonce lui-même qu'il va clore par la Guerre la série des Rougon-Macqnarl, avec la joie d'une tâche faite qu'on laisse, soulagé, derrière soi.
Au delà de ces ouvriers fatigués, voici que vient une génération différente, dont plusieurs marchèrent d'abord serrés contre eux, mais qui ont secoué la tutelle et revendiqué l'égoïsme nécessaire de la vie. Trois livres ont été remarqués : la Force des choses de M. Paul Marguerille; Daniel Vatgraive, de M. J.-H. Rosny; la Confession d'un amani, de M. Marcel Prévost. Ce dernier, le plus habile, sinon le plus délicat ou le plus fort, a confié au Figaro ses espérances et son programme : il a voulu reprendre et rajeunir le roman romanesque. Là-dessus, on a beaucoup discuté. M. Marcel Prévost avait pris une bannière voyante, facile à reconnaître et à suivre dans le combat. Mais, au fond, l'épithète était équivoque : le romanesque pur, sauvant l'invraisemblance fondamentale de ses acieurs et de ses combinaisons par la vertu d'une imagination qui les fait vivre, est un don singulier el rare, celui d'une George Sand ou d'un Waller Scott; ou bien, sous sa forme courante, mis en œuvre par les amuseui-s vulgaires et destiné à la foule complai-
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saute, ii ne relève ni de l'art ni de la criliquc. Faire un programme et une méthode de ce qui n'est qu'une exception ou une industrie, c'était abuser des mots, à moins que M. Prévost n'eût voulu dire que, si les procédf^'S d'observation réaliste, le goût de vérité morale et matérielle que, depuis Flaubert, nous demandons au roman de mœurs ou d'analyse, ne peuvent plus disparaître, parce qu'ils sont la conséquence m*me, la réaction de nos habitudes seientlfiques et critiques sur la littérature d'imagination, du moins, ces procédés et ce goût seront désormais appliqués à tous les objets, à tous les ôtres, à la riche et complexe activité morale de l'humanité, au lieu d'être spécialisés dans des recherches pathologiques cl de basses et inutiles descriptions.
C'est bien en ce sens que concluaient, plus haut que les articles ou programmes, les œuvres ellesmêmes que j'ai citées. Sans dépasser la limite dune très appréciable distinction, elles donnaient de bons exemplaires de la plus récentefa<;on de voir et décrire. Dans la Force des choses, de M. Marguerilte, en particulier, l'auteur de ce beau livre : Amants, sans se dépasser lui-même, montrait de nouveau sa psychologie fine et sérieuse, son art sobre et sa tristesse philosophique.
Ni M. de Maupassant, ni M. Bourgel n'ont écrit, cette année, de grand roman (on vous a parlé des IVouveaux Pastels, dont le titre dît assez la nature et la modestie). Mais il serait injuste de ne pas dire combien les deux jeunes et dcjA célèbres romanciers ont contribué à l'évolution du roman contemporain. L'un, parti de l'école de Flaubert, mais élargissant et affinant chaque jour son admirable sûreté naturelle
d'observation; l'autre, apportant dans des œuvres fictives sa riche nalure intellectuelle, qui s'était révélée et fortifiée ailleurs, ce goût, à la fois, de l'émotion d'art ou de nalure et de la froide explication scientifique, ils ont délaissé, dès longtemps, les voies anciennes et tracé leur sillon propre. Tempéraments littéraires très opposés, ils figurent les deux tendances capitales du roman, en ce siècle : l'un, l'observation extérieure et impartiale; l'autre, l'analyse intérieure et subjective. L'un descend du Balzac des Parents pauvres, l'autre du Benjamin Constant û'AdolpAe.
Ces deux directions, si éloignées qu'elles soient de se confondre, ne laissent pas de se maintenir dans un certain voisinage, dominées par la condition commune que j'ai marquée à la littérature romanesque : le réalisme large, substitué à l'étroit naturalisme. Cette condition, les discussions esthétiques de cette année l'ont définitivement mise en lumière. C'est le trait essentiel, la maîtresse ligne.
- La poésie en 13111.
" il me fallait bien, pourtant, prononcer pour la dernière fois les mots fondamentaux de cette enquête. Je réussis à dire dans un dernier effort : symbolistes, psychologues, naturalistes. A quoi M. Renan répondit : 11 Ce sont des enfants qui se sucent le pouce. >> C'est sur ces mots que se termine la soixante-quatrième des interviews prises par M. Jules Huret aux plus illustres hommes de lettres ses contemporains.
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Il faut être M. Renan pour se permettre cette sévérité sommaire envers son époque. L'historien des apôtres et du peuple d'israi.'! estime que l'évolution littéraire de la fin du xix" siècle tiendra peu de place dans le cours général de l'humanité, auquel seul il s'intéresse. Il est infmiment probable qu'il a raison. Mais nous, moins haut placés et plus humbles d'esprit, nous avons quelque sollicitude pour ce temps dans lequel nous vivons, nous marchons et nous sommes. Ayant cherché ce- que l'année 1891 a marqué de nouveau dans le roman, nous ferons la même recherche aujourd'hui pour la poésie française. Aucun poème digne de mémoire n'a paru : du moins ne l'avons-nous pas aperçu. Maïs on a offert un banquet à M. Jean Moréas, auteur du Pèlerin passionné, ce Grec qui a réussi à personnifier, bien abusivement, aux yeux du vulgaire, la nouvelle école poétique; le Théâlre-dArt a donné une représentation solennelle au bénéfice de Paul Verlaine, où celte école s'est affirmée dans ses tendances et produite dans quelques-unes de ses œuvres; enfin, M. Huret a publié ses conversations avec les symbolistes et avec les parnassiens, leurs jaloux prédécesseurs. C'est pourquoi ratlenlion des lettrés s'est portée enfin sur le symbolisme ; des petites revues où il s'essayait, il est passé au grand jour de la scène et de la publicité. L'année 1891 marque, dans l'histoire de la poésie, un de ces temps, ou de ces nœuds, que Sainte-Beuve voulait noter.
Une école littéraire nouvelle a des adversaires immédiats contre lesquels elle réagit, des précurseurs dont elle se réclame, un programme enfin et des espérances.
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36 NOTES d'art et De LITTEHATL'RE
plus ou moins consciente elle-mêrae de sa situation historique, elle compte d'ordinaire un critique, qui sait retrouver ses titres et répandre ses doctrines; un poète de l'école fait quelquefois le double office de créateur et de crilique. Ainsi firent du Bellay dans la Pléiade; Boileau, parmi les classiques de 1660; V. Hugo, aidé de S;iinle-Beuve, pour l'école romantique. Si l'on était curieux de connaître précisément ce qu'entendent signifier les symbolistes, par leur nom et parleurs communes volontés, on devrait lire, outre une pièce célèbre de Verlaine (« Art poétique >> dans Jadis et Naguère) et les données éparses dans le livre présent de M. Huret, l'ouvrage un peu plu» ancien de M. Charles Morice sur ta Littérature de tout ù l'heure. C'est leur préface de CromwHl. Aussi bien la caractéristique la plus originale de l'évolution littéraire contemporaine est-elle de se comprendre, de s'analyser elje-mâme : la science historique permet aux jeunes écrivains d'apercevoir les conditions dont ils dépendent, la loi qui les gouverne, cl le rôle à In fois éphémère et nécessaire qu'ils jouent dans l'illusion dt! leur liberté.
Les symbolistes ont devant eux deux catégories à'adversaires : les naturalistes et les parnassiens. Les premiers avaient dté à l'imagination française les joies faciles et les joies nobles; ils empêchaient, au nom d'un préjugé d'exactitude documentaire, la liberté de l'invention artistique, la grâce de la créalion spontanée; par une réaction fatale confre les extravagances des romanciers romanesques, ils spécialisaient l'art dans les sujets médiocres ou bas. L'état d'Ame que leurs œuvres capitales avaient cn^é se réduisait à la curiosité des réalités extérieures, au
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mépris de l'humanité et à une tristesse lourde ou fièche. Cet état devint insupportable. Nous avons essayé de montrer que les romanciers, les observateurs l'avaient eux-mêmes secoué. Un des disciples les plus intéressants de M. Zola, M. J.-K. Huysmans, qui fut des Soiréa de Médan et le plus acharné des peintres de la laideur humaine, a dit son dégoût dans son livre dernier, Là-Bai. Cet étrange roman, où est contée en style riche et tourmenté l'histoire de Gilles de Rais, le satanique Barbe-Bleue de la légende populaire, part du lourd pessimisme d'autrefois pour aboutir aux plus fantastiques évocations. Il figurera peut-être, pour les historiens littéraires, la transition du naturalisme au symbolisme, comme les nouvelles de Mérimée, les romans de Balzac, ont figuré celle du romantisme au naturalisme de I800.
La réaction contre l'école et les procédés de M. Zola, visible dans le roman, où elle a été secondée par les psychologues et par l'exemple des grands écrivains russes, était plus naturelle encore et plus attendue dans la poésie. On prédit une renaissance de l'idéalisme; c'est elle aujourd'hui qui se produit.
Idéaliste par réaction contre ce qu'on a nommé Ic 11 médanisme », la poésie nouvelle est symboliste, par réaction contre le Parnasse. Celui-ci, formé de la réunion d'excellents poètes, Coppée, J.-M. de Hercdia, Dierx, France, Verlaine, Mallarmé, sous le haut patronage de Leconte de Lisle et de Théodore de Banville, avait épuré, rétréci et subtilisé l'héritage artistique du romantisme. Le lyrisme, si l'on excepte M. de Banville et Paul Verlaine, dont je parlerai tout à l'heure, lui avait manqué ; mais il laissera des poèmes d'une forme rare, d'une beauté technique.
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d'une sûrelii do rythmes et de rimes très savante, où il a lutté, avec les moyens propres du vers, contre les difficultés mêmes cf l'objet des arts plastiques, de la ciselure, de la peinture et de la sculpture. Froid et précis, le l'arnasse voit se lever des générations différentes qui veulent des poèmes émus, d'un symbolisme large.
Nous touchons ici auprogramme mCme et aux aspirations de la jeune école. Deux disciples émancipés du Parnasse, M. Mallarmé, dont l'influence personnelle est considérable, mais qui, pour les profanes, n'est que l'auteur d'un court poème d'une célèbre obscurité, \'Aprés-midi d'un Faune, et Paul Verlaine, le chanteur délicieux des Fêtes galantes, de Sagesse, des Romances sans parolex, ce Villon de la décadence, lour à tour bohème et mystique, enfantin et profond ; tels furent les deux hommes qui marquèrent le passage d'une école i^ l'autre; car il n'y a pas, dans la vie littéraire plus que dans la nature, d'exception au principe leibnitzien de la continuité. M. Mallarmé n'est point, d'ordinaire, aisé à saisir; cependant, il a révélé à M. Huret, avec une suffisante précision, sa doctrine et la substance de ses leçons très écoulées. Quant à Paul Verlaine, nul, au fond, n'est moins le maître ou le membre d'une école; il s'en défend bien, raconte l'exact reporter qui l'interrogea : « Moi, d'ailleurs, je m'en fiche/ Quand je souffre, quand je jouis ou quand je pleure, je sais bien que ça n'est pas du symbole. » Ce pur lyrique n'appartient à la renaissance poétique que parce qu'il a dénoué, féminisé le vers monotone, au relief dur, des Parnassiens, et parce qu'il a écrit naguère : « De la musique encore et toujours l »