‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 73 sur 80 · décembre · texte numérisé non relu

décembre

Dignz^îbfGoOglc

Comme livre, nous n'avons pas à le juger. Les inexaclitudes que rien ne justifie, les traces de hSle et de négligence dans les derniers volumes, « l'histoire élevée à la dignité du roman' », tout cela est connu : c'est le lieu commun de la critique. 11 circule sans qu'on prenne la peine de le corriger par des restrictions : sait-on cependant qu'il y a, dans les Girondins, beaucoup d'idées justes ou profondes, des portraits excellents, où il ne manque peut-être qu'une touche plus rude pour achever et accentuer la ressemblance; que le livre n'est aucunement un plaidoyer poétique en faveur des Girondins, qu'il est tout animé, au contraire, du sentiment de la loi fatale qui fait succomber tour à tour Barnave, les Girondins, Danton, sous les passions mêmes qu'ils ont déchatnées?

Comme acte, les Girondins doivent être sévèrementi jugés. Le poète lui-même en a défini le caracl^rej quand, au moment d'achever son œuvre, il disait à M. de Ronchaud : « Si vous aviez une révolution dans 1 la main, l'ouvririez-vous? » U l'ouvrit. Et. quand ' rémciîte "ïîc février se répandit dans la ville, il put 1 dire : « Vo ilà mnn ffîn igire 'fy Gimnilinif qui pnss" »■ Non qu'il y ait dans ces huit volumes un appel à ' l'insurrection, une justification de l'émeute ou du meurtre. L'idée mère de son livre avait été de montrer que " les peuples comme les individus sont tenus de faire honnêtement les choses honnêtes... Une histoire écrite dans cel esprit, pensaîl-il, sera pour le peuple une haute leçon de moralité révolutionnaire,

1. Le niofestde Dumas père. — Voir, surles Girondins, T*amartine. Critique de l'Histoire des Girondins (1861); Edmond Biré, La Légende des Girondins.

propre à rinstruire et à le contenir à la veille d'une

/'révolution. » Il tint jusqu'au bout son dessein. Mais cette modération même eut pour effet dennoblir et de propager la li^gende des années terribles. « De I même que dans les créations de sa jeunesse il avait [ renouvelé la tradition chrétienne en ta dépouillant 1 de ses rigueurs, de môme, dans les inspirations de sa maturité, il renouvelait la tradition révolutionnaire en éloignant d'elle les images sanglantes '. » H faisait Jjliis : il l'imprégnait tout entière, pour ainsi dire, jde cet idéalisme passionné qui était le sien et qu'il ['prêtait aux conventionnels, sur la foi de leur fana- ;tisme et de leurs déclamations.

* On mesurera l'étendue de la faute commise, si l'on remarque que la légende révolutionnaire, |j aujourd'hui consacrée et toute-puissante, naissait i seulement à cette époque. Les survivants des conveny lionncls n'osaient se montrer sous la Restauration. ':'.Le livre de M. Tliiers et la chute de Charles X avaient bien rendu à ces souvenirs du crédit sur l'opinion, mais la période des émeutes et des attentats , qui s'en inspiraient ouvertement, avait vite fait d'en ', dégoûter lamasse de la nation. Le nom seul de République effrayait pour y avoir été mêlé. Les poètes populaires, Béranger, Victor Hugo, ne célébraient ■pas les gloires mêmes de 1192, mais celles de l'épopée ■ impériale. Lamartine, qui avait senti le danger de la légende bonapartiste, ne craignit pas d'en créer une autre à côté '. Il fut secondé assurément : Michelet,

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