Daniel Stern, Histoire de la Iléaolulion de tSiS
2. Celle couleur légendaire avail d'ailleurs son côlé de vérité, - Tout me prouve, notait Sainte-Beuïe, le grand talent déployé par Lamartine dans son Histoire; je m'amuse à recueillir des
Quinet, Louis Blanc, travaillèrent dans le même sens. 1 Mais nul nVlait plus propre que ce poêle à jeter l'étin- ' celle dans les esprits : le succès dépassa son attente : Il C'est un incendie! » écrivait-il. Il est juste d'ajouter ici que, fidèle à l'inspiration de son livre, Lamartine jeté lui-mPme h la tôte d'une seconde République,!, devait lui imprimer le caractère idéaliste dont il avait \ \ revêtu la première, en écarter aussi les souvenirs de // violence et de sang.
Si le succès des Girondins allait bientôt avoir une portée générale, historique, que j'ai essayé d'apprécier, il eut du premier jour l'effet que Lamarline avait \ rêvé : une popularité individuelle comme la démocratie conlemporaine en accorde à bien peu de ses favoris. «Vous marchez vers une place dictatoriale' », disait déjà Villemain, après le discours du 27 janvier 1843 : il ne croyait pas si bien dire. Dans l'air lourd decettc fin de règne, la voix de Lamartine éveilla l'écho de toute part. Nous nous figurons difficilement l'état de l'opinion en 1847. Le gouvernement de^ Juillet a, devant l'histoire, ce mérite, que nous savons aujourd'hui estimer tout son prix, d'avoir laissé à ses successeurs uncFrance prospère, intacte et respectée. L'homme qui fut le véritable représentant de ce gouvernement, de ISiOà 1848, M. Guizot, fait en outre si grande figure d'orateur et d'homme public que l'indulgence pour son œuvre semble une forme obligée du respect envers sa personne. Enfin le spectacle
témoignages ; les hommeB qui ont vu la Révolution aesurenl que cela leur rend Vimpreision, le mouTement, les Ubleaui... J'enteods délinir le livre de Lamartine : la Révolution vue dans les imaginalions du temps. C'est assez vrai. ■ [Notes et Pensées.) 1. Souvenirs de M. Alexandre.
des agitations périodiques, dont l'ère rouverte par les journées de Février semble à peine close encore après quarante ans, autorise la sévérité pour ses adversaires. Mais les contemporains n'avaient pas notre expérience; les lacunes et les fautes leur apparaissaient seules; quelques-unes étaient réelles et profondes, d'autres imaginaires et grossies à plaisir par les passions ennemies. On reprochait au ministère cette longue paix qui reste son meilleur titre, une complaisance envers la couronne qui n'était au fond qu'une entente sérieuse et sincère, le système de répression qu'il appliquait pourtant sans l'aggraver, sans demander une seule arme nouvelle. On lui repro" chait aussi ses moyens d'action sur la majorité, la 1 corruption électorale et administrative, tous ces vices l trop réels du régime parlementaire que rendait plus odieux encore la concentration de tous les privilèges politiques dans les mains d'une classe restreinte. Là était le tort grave, le vice essentiel, La monarchie de 1830, qui ne trouvait pas en des traditions anciennes une assiette solide, dont la politique extérieure blessait les susceptibilités du patriotisme populaire, n'avait chance de vie et de durée qu'à condition , d'agir par d'autres voies sur l'esprit national et de rallier autour d'elle de larges sympathies et des
■ intérêts nombreux. Elle ne sut ni ouvrir à la démo- ! cratie l'accès progressif du pouvoir, ni lui offrir des ! améliorations matérielles, ni gagner la faveur des
parties jeunes et ardentes delà nation par une grande
■ et sensible initiative. Elle se solidarisa étroitement et maladroitement avec la bourgeoisie censitaire, son monopole électoral et ses intérêts économiques. Forte de l'adhésion de ce pays légal, qui ne lui resta même
pas fidèle, elle ne vit pas le reste du pays — les masses et Télite — se détacher et s'irriter graduellement.
Lamartine devint l'idole de ce pays indifférent ou mécontent. On lui savait gré surtout de n'être enrôlé dans aucun des vieux partis. Chef d'une opposition nation ale, il garda plus que jamais son attitude indépendante, en dehors des chefs de l'opposition parlementaire. Il désirait même ralentir le mouvement qu'il avait fait naître. « Le rôle de courrier national ne me convient pas, écrivait-il à un ami au sujet de nom- 1 breuses présidences de banquet qu'on lui offrait; je voudrais m'en tenir à Mâcon, où je ne puis rien i refuser, et aux villes où je réside par hasard. » 11 écrivait encore : « Je suis loin d'aspirer à une révolution. / La révolution en France n'a qu'un levier, c'est la / guerre... » Son orgueil se mêlait d'une nuance de 'dédain : « J'ai été reçu là-bas (à Marseille) et partout comme un Cire amphibie, entre les dieux d'autrefois et l'homme, un personnage mythologique, La foule s'attache de plus en plus à mes pas, mais je ne fais 1 pas de miracles. Je m'ennuie et la. France aussi. Ce pays-ci veut des idoles et ne veut pas d'hommes ! d'État '. » Cependant, une fois gagné par le frémissement des auditoires populaires, il s'y livrait tout :' entier. Une scène de ce genre est restée célèbre : le , banquet de Mi\con interrompu par l'orage, Lamartine | rassurant les convives, parlant au milieu des éclairs, i improvisant celte longue apostrophe *, répétée le j lendemain dans la France entière, et qui se terminait