septembre {847, à M" de Girardin
2. Oti se Teralt du génie oratoire <le Lamartine une idée Tausse, à ne prendre que ce pa5sa.ge déparé, selon notre goût, par la phraséologie révolutionnaire.
Dignz^îbfGoOglc
ainsi : « Si elle laissait aflliger, humilier la nation et la posti'TÎIé par Timprobité des pouvoirs publics, elle \j tomberait, cette royauté, soyez-en sûrs, elle tomberait Il noB daii^ son sang, comme celle de 89, mais elle |\ tomberait dans son piège! Et après avoir eu les révolu lutions de la liberté et les contre- révolu lions de la I Vloire, vous auriez la révolution de la conscience I tpublique, et la révolution du méprisl »
V \ Quand vint la campagne des banquets, Lamartine la déconseilla d"abord et s'abstint. Mais le principe engagé, il se prononça pour la résistance; convoqué pour donner son avis sur le banquet du 22 février : " J'irai seul, suivi de mon ombre », dit-il, et le 23, il ; écrivait cette phrase que ses ennemis ont le droit de ' lui reprocher : « ... C'est un 20 Juin... Tout le monde ! maintenant me félicite d'avoir tenu bon pour la grande '• manifestation désarmée et nationale du banquet. Le ministère serait tombé, mais le sang n'eàl pas coulé, et la monarchie n'eût pas eu la honte et la faiblesse de i rendre l'épée, au plus fort du combat suscité odieusement par elle » : le souvenir des journées révolu- , tionnaires, avec lequel il avait trop vécu, le dominait I encore dans la crise '. Le 24, quand l'émeute envahit ; le Palais-Bourbon, Lamartine était à la tribune; un ; fusil se braque sur lui, on l'avertit. « Il vise mal, répond le poète tranquillement, et puis, nous sommes , fi nos places pour mourir I » et il continue son discours. A quelques mots de respect et d'émolion pour la duchesse d'Orléans réfugiée dans la Chambre, on
i.11 disait dans la discussion de l'adresse de 1818 à la Chambre: n Le jeu de paume, messieurs, c'est un lieu de rôunion fermé par l'autorité, rouvert par la nation >. Ajoutons que lui-mâme & désavoué plus tard son attitude. (Mémoires politiques)
croit qu,'il va conclure en faveur de la régence; on seM souvient de son discours de 1842 : le rôle de défen-i ; seur d'une femme et d'un enfant, confiés à une démocratie victorieuse, n'est-il pas pour le séduire? Maîsl l'espérance des amis du trône fut courte : Lamartine, comme Ledru-RoUin, se pronon ga \ d' u iigr^iir-^-fm^n^ p'"''"jisnirf I
A partir de ce moment, sa carrière de parlementaire est finie, sa carrière de tribun et d'homme d'État commence : c'est ici que nous devons le laisser.
J'ai dit, au début de cette étude, que, si Lamartine 1 avait été, jusque dans la politique, un poète, c'était 1 peut-être en un autre sens que ne l'entendait l'opi- \ nion vulgaire. Me trompé-je en croyant que des faits ici rappelés, des lettres et des discours cités, de la vie parlementaire exposée, sortira, pour d'autres que pour moi, la mCrae conclusion? « On en pensera ce qu'on voudra, — a écrit un des esprits les plus pénétrants <le ce temps-ei, M. Scherer, — j'estime que Lamartine était un homme politique. »
Quelles qualités, quelles vertus font l'homme politique?
Il lui faut d'abord le coup d'œil sûr, la prévision . claire de l'avenir. Il n'est pas de mérite qu'on dénie plus , volontiers à un poète. H n'en est pas que Lamartine ait possédé davantage. D'instinct, il a vu juste 'sur , tous les points décisifs, au cours du régime de Juillet : en 1831, quand, le jugeant du point de vue de l'histoire, il le conviait au rôle imposé par ses origines :
l'organisation de la-démocratie; — en 1834, quand, devant l'émeute et Jes conspirations, il ne lui marchandait pas les conditions du maintien de l'ordre;
— en 1835, quand il lui montrait la voie dangereuse oti.il semblait s'engager avec les lois de Septembre;
— en 1839, dans la crise parlementaire; — en 1840, dans la crise extérieure; — de 1843 à 1848, quand il lui reprochait l'énnuîde la France et lui en dénonçait les causes profondes; ~ pendant tout le règne enfin, quand il disait, seul et tout haut, le péril de l'esprit bonapartiste et qu'il défendait contre la gauche la politiçiue.de la paix,
11 lui faut, ensuite, l'ambition, la grande, celle qui fait les hommes de gouvernement. Le seul but de l'aeUôftr- en politique, doit être le pouvoir. Quiconque se m?le d'influer fortement sur les affaires sans ôtre prêt à en prendre lo direction n'est qu'un idéologue ou un démolisseur.
Lamartine n'était ni l'un ni l'autre. Il a poursuivi ouvertement l'occasion de mettre lui-mfme à l'épreuve des faits ce qu'on appelait ses rêves, ce qu'il appelait son programme. Il l'a rencontrée, mais après quatorze ans d'attente, et dans des circonstances exceptionnelles qui ne peuvent être jugées à la mesure ordinaire.. Si cette occasion se fût offerte dans les conditions communes de la vie parlementaire, eût-il montré les vertus du ministre constitutionnel, comme il devait révéler celles du dictateur éphémère? Il est permis d'en douter, certes : il est difficile de le nier avec assurance quand on sait quelles ressources d'assimilation ' et d'improvisation en tous les genres
t. M. de Cormenïn, un juge peu bienveillant, note, parmi ses
étaient les siennes. On n'ose pas écrire que Lamartine était incapable de réussir en quelque chose.
Ce qu'on voit bien, ce sont les obstacles qu'il eût rencontrés dans ce rôle. Un ministre parlementaire doit avoir derrière lui un parti lié. Or un parti n'est pas lié seulement par la communauté de vues sur les : grandes lignes d'un programme politique ; il représente encore — el surtout, peut-être — des intérêts, des passions. Quelle prise avait Lamartine sur les intérêts et sur les passions? Il était trop généreux, trop idésHsle — poète en cela, si l'on veut; — son désinléressemcnt dans les petites questions de personnes étàiti«-pl«&fratiirel du monde'. II poursuivait aussi par des routes trop peu banales, un but trop peu saisissable aux yeux des partis. Conservateur et progressiste, il combattait la politique dupartr conservateur quand elle devenait rétrograde, la politique du parti progressiste quand elle devenait révolutionnaire. Des deux côtés, on accusait ses variations : c'était un capricieux^ La vérité est qu'ayant la passion de Tîïidf'pendance jusqu'à en avoir la vanité, il n'avait cependant, pour refuser toute discipline, qu'à rester fidèle à ses idées anciennes, celles de sa brochure de 1831, dont personne ne lui offrait la réalisation. 11 n'y avait rien là d'une fantaisie de poète : mais, Guizot l'a dit, et je dois l'en croire, u la politique veut un but plus précis, un choix plus ferme el plus simple entre les
prier les idées des s
l'Assemblée -. '
1. ■ Pas le moindre Bel sur ces lèvres-là, une naïveté de poêle
et une honnêteté de ixeur qui ont quelque chose de virginal. •
348 NOTES d'art et DË LITTÉRATUHE
idées, les desseins el les partis ». Aussi n'cul-il pas d'action vraiment efficace sur les Chambres de Juillet. Vers la fin seulement — non dans les anciens partis mais chez les hommes nouveaux — un mouvement se fit vers ses idées personnelles; on apprécia loute l'originalité de son attitude. Il ne faut pas oublier qu'en 1847 un Tocqueville acceptait de marcher sou3 ses ordres.
Eût-il atteint le pouvoir, sans révolution, avec la génération nouvelle qui montait, que d'autres lacunes se fussent aperçues, sans doute, dans son caractère. Il était de ceux que condamne le mot de La Rochefoucauld : Il Pour bien faire les choses, il faut en savoir tout le détail ». Ici, la part du poète est certaine. L'esprit scientifique lui manquait absolument. Ses vues si justes el si hautes — on ne saurait trop le redire — étaient comme le privilège merveilleux d'un esprit prophétique; elles ne semblaient pas sortir d'une étude réfléchie des faits : il ne se préoccupait pas de les lier fortement, de les suivre, chacune et jusqu'au bout, dans leurs conséquences positives. Avec cela, traitant les hommes comme les choses : les jugeant du même coup d'oeil, dégagé et sûr; mais se souciant peu de les pénétrer plus proforidéraent; trop indifférent à ce qui n'était pas lui-même ou ses propres idées, pour s'imposer à la volonté des autres. Enfin {et là encore il est poète) optimiste de toute son ûme : ce qui, en soi, est très propice à l'action publique; il n'y a pas d'exemple d'un découragé qui ait bien mené les affaires humaines : mais l'optimisme n'était pas, chez lui, cette vertu du caractère \ qui soutient à travers les obstacles, c'était le rfive i d'une imagination qui embellissait le réel. Aussi, k
LAMARTINE PAHLEMENTAIRE 'Ul<
fl'éprcuve terrible de la politique quotidienne, l'optîf/inisme déçu se tournait en désenchantement, en /ennemi : « Je m'ennuie, la France s'ennuie », sa correspondance est pleine de ces mots. Les vrais hommes d'Etat ont des heures de doute sur eux-mêmes et sur leur œuvre, de lassitude devant l'immensité et la vanité de leur elTort : ils ne connaissent jamaii \ l'ennui.
. En somme, ni chimérique, ni capricieux; ayant ^ saisi mieux qu'un autre — dès l'abord et constamment — la direction vers laquelle il convenait de s'orienter; et, si on lui eftt confié à lui-même le gouvernail, dangereux plutôt par les côtés poétiques de son caractère que par les côtés poétiques de son esprit. Ambitieux aussi par le côté poétique, dédaigneux des succès modestes, épris de grandeur et de nouveauté; ayant l'orgueil candide oii il l'aurait fallu . profond et dominateur; « avide d'encens plus que , d'empire' », a dit un homme qui s'y connaissait. Orateur, il a les mêmes qualités, les mêmes défauts. La période parfois un peu longue et un peu flottante, une abondance trop facile que les anciens eussent qualifiée d'asiatique, quelque incertitude -de syntaxe, enfin lejon d'ékufuence eonlmue tjui çnnuie, d'après Pascal, voilà ce que les contemporains remarquèrent, d'abord dans sa parole oratoire ', Elle manquait d'accent, dit M. Nisard, Elle n'avait pas « l'allure ferme et naturelle de la belle prose », écrivait Cormenin sous une première impression. Cependant son talent, d'une souplesse extraordinaire, se rompit et se for-