Sur les affaires d'Orient, — le retour des cendres
3. M. Guizot s'en étonnait. Je trouve que même les amis de M. de Lamartine, a-t-il écrit, no lui rendent pas pleine justice comme orateur el écrivain politique... 11 abonde en idées habituellement élevées, ingénieuses, profondes même; il peint largement, quelquefois avec autant de vérité que d'éclat, les situations, les événements et les tiommes. >
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ne cherchent que lui dans la foule des députés et se demandent : Où est-il? » Il lui aurait fallu bien de l'habileté pour se faire pardonner ce dernier trait ! Ij Le peuple, de février k mai 1848, fit comme les Ij femmes : il ne vit et n'entendit (jue Lamartine. Ces Il Trois mois au pouvoir, qu'il a racontés lui-mfime, je l)C me suis interdit d'en refaire l'histoire. Ils sont trop '\ gros de conséquences non épuisées encore, ils sont à ! la fois trop proches et trop lointains, pour qu'on ose \ leur appliquer autre chose que les formules trèç ■. générales, depuis longtemps adoptées pour les besoins des partis. Du moins celte tûche demanderait l'esprit 1 I et l'autorité d'un de nos maîtres en histoire. C'est, k \ 1 .' propos de Lamartine, tout le mouvement démocra- \ il tique, inauguré en 1848, détourné h parlir de 18aO, \n débordant è l'heure actuelle, qu'il faudrait analyser \l.danfi ses origines, avec autant de difficulté peut-être ïpour bien établir le détail et la responsabihté des faits que pour y démêler les lignes principales. Sur un sujet plus restreint et moins connu — la vie parlementaire du poète — j'avais à faire une œuvre plus modeste. Je dois seulement ajouter ici deux remarques, qui rattachent cette étude de psychologie individuelle ^ l'histoire générale où Lamartine n'entre vraiment qu'en 1848 : fa première, c'est que l'ensemble de qualités et de défauts qui, paratt-il, lui aurait interdit le succès dans les conditions commu- / nés du pouvoir, se trouva comme approprié à son I rôle presque miraculeux de dictateur. L'amour du 1 grand, même dans le péril, la générosité, le tour ] d'esprit idéaliste, le courage froid, la parole trouvant, i sous la force des choses, l'accent qui faisait pleurer Ides émeutiers, tous ses dons de poète eurent leur
UMARTINË PARLEMENTAIRE
jour dans cette destinée poétique d'un homme conte- j nant à lui seul les foules révolutionnaires, les subjuguant, les dirigeant. Destinée incomparable qui, de sa nature, était éphémère. >
Il s'étonnail, il se désolait, après Juin, de sentir ces foules changées, maténalisêes, disait-il, revenues du / rêve qu'il aurait voulu prolonger. Il lui eût fallu, pour/ le vivre jusqu'au bout, non la plus émancipée deà démocraties industrielles de l'Occident, mais dea peuples primitifs, aux besoins simples etauxinstincts ) uniformes, dans cet Orient qu'il aimait, où, sans ses/ dettes, il serait allé mourir!
La seconde remarque que je veux faire, c'est que l'expérience politique, acquise pendant quatorze ans de vie parlementaire, ou plutôt (car, avec lui, il vaut mieux parler d'idées spontanées que d'expérience acquise) la force nouvelle qu'avaient prise ses idées premières dans leur contact avec la réalitéi ne fui pas sans influence sur les meilleures de ses I décisions dictatoriales. 11 avait toujours séparé les; I principes démocratiques des instincts de désordre eti des désirs de sang : en 1848, il écarta le, drapeau! rouge, abolit la peine de mort en matière politique, I risqua maintes fois sa vie pour préveriîr un coup de î force. 11 avait toujours séparé les principes démocra-/' tiques des revendications belliqueuses : en 1848, à\ l'Europe troublée, il lança ce Manifeste, mélange 1 unique d'idéaligm^jeLilé diplomatie, qui, sans abaisser | la Fran'cêTIa sauva. Malgré ses grandes aspirations j vei^Tnr'a venir évangélique, il avait toujours senti,, toujours signalé le danger des uto|ue5 sociali stes : \ en 1848, il répond aux insurgés ; a Citoyens, vous me mettriez à la bouche dè^vingt p ièce s- de canon que ÎO.
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3;i4 NOTES D ART ET DE LITTÉRATURE
|\voiis ne me feriez pas signer ces deux mots réunis ensemble : Organisation du travail ». Il avait toujours \ aperçu, nienaçanl, le fantôme de l'Empire : en 1848, |il demandait le bannissement du prince Louis-Napo- \k^on. 11 avait écrit les Girondins pour •< donner au peuple une haute leçon de moralité révolutionnaire » : ,rn 18i8, son reuvre gouvernementale, on l'a très bien /jitit, laisse saisir l'intention de donner une correction purée, idéalisée, de la première République '. Ainsi ce n'était pas en vain que, pendant ces quatorze ans où nous l'avons suivi, il avait donné à la politique tout ce qu'il y avait de noblesse dans son coeur et de facilité dans son génie; parlementaire d'une espèce rare, gardant à travers tout, pour qui a de l'Ame, une séduction dont je ne prétends pas m'ètre défendu.
1. Ch. de Pomairols, Lamartine. On ne faiirail Irop renvoyer les admirateurs de Lamartine à ce beau livre, œuvre délicate et urigioale d'une âme toute lamartiniennc.
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