‹ Notes d'art et de littérature: avec une notice biographiqueChapitre 9 sur 80 · LE SALON DE LA ROSE-CROIX · texte numérisé non relu

LE SALON DE LA ROSE-CROIX

nomme d'un fort vilain nom, lui a prêté avpc indulgence l'écho de sa forte voix. Il n'est plus un lecteitr du Petit Journal ou de la Lanterne, un abonné du Figaro ou du Gaulois, qui ne sache qu'ici, dans Athènes, Alcibiade a coupé la queue de son chien. On en rit dans les provinces, mais on en parie; on en sourit entre Parisiens, mais on y va voir.

Franchement, la chose en vaut la peine. La « Geslo esthétique de 1892 » a son intérêt de curiosité. Ce n'est point qu'on y découvre une respectable tendance commune, l'essai d'une Renaissance idéaliste qui, <)es lettres, se propagerait dans la peinture et la sculpture : le mysticisme et le magisme des toiles et des marbres, exposés sous l'étiquette de la Rose-Croix, sont mysticisme de brasserie et magisme tourné à la farce d'atelier. Le goût qui préside à l'arrangement des toilettes du Mage se retrouve dans les envois de la plupart de ses invités. Les maitres possibles d'un art nouveau, Puvis de Chavannes, Gustave Moreau, Odilon Redon, Félicien Rops,.n'ont point exposé dans ce capharnaQm. Quelques peintres ou sculpteurs, déjà connus, et qu'une amitié ou un intérêt personnels y ont engagés. Point, Dampt, l'excellent Desboutin, ont envoyé des études conformes à leur idéal ancien sans souci d'un idéalisme de commande. Enfin il est difficile de tenir pour des génies révélateurs M. Maurin, qui, sous le prétexte d'un lever d'Aurore, assemble en lignes paradoxales et en attitudes inquiétantes des femmes dévêtues, d'ailleurs dessinées d'une main originale; ou votre compatriote, M. Hodier, dont les Ames en peine ont des corps si lourds et si tristes.

Mais le mélange, le heurt, le plaisant bariolage de

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ce l ensemble et t"émoi des visiteurs errants amusent l'œil et i'esprjt. Le succès de la Rose-Croix mérite d'être inscrit, en note de l'histoire de nos mœurs, avec un titre comme les aimait Stendhal : « Façon d'agir en 1892 ». Pour accentuer ce renseignement sociologique, il faudrait ajouter que le public, pris à la pipée d'une mode voyante et bruyante, oublie de stationner devant les sincères et lumineuses études de Peupliers, de Claude Monet, exposées à côté du salon du sâr, et que, dans ce salon même, il néglige un beau, très beau portrait de Wagner, gravé par M. de Egusquiza, et les planches au vernis mou de M. Ferdinand KhnopfT.

Celui-ci est un artiste d'une singularité qui s'impose et dont l'effort se traduit en réalisations complètes. Des femmes d'une beaulc corporelle rigoureuse, vivantes d'une vie comme froide et glacée, et un peu semblables aux créatures d'Ingres, exprimant, par leurs yeux clairs et leur nerveuse mimique, tout un rêve de grandeur, de souffrance et de cruauté. L'artiste, suivant un procédé dont on trouverait d'autres exemples dans le monde des lettres, cherche dans la perfection môme de la forme les effets d'étrangeté que l'indéfini et le vague n'atteignent pas toujours. Le nom de M. Khnopllest un nom à retenir.

L'exposition des Indépendanls. Le pointillisme.

Quand on repasse l'histoire desarts plastiques dans ces dernières vingt années, on s'aperçoit que les quel-

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l'exposition des indépendants 69

ques artistes hors de pair qui s'y sont révélés par une vue neuve des êtres et des choses, refusés au Salon officiel ou en dédaignant la promiscuité, exposèrent au Salon des Indépendants, dans ces salles qui excitaient l'horreur, la colère, ou les invariables ironies du monde. Ainsi firent les peintres dont le nouveau directeur des beaux-arts, M. Roujon, et le successeur d'Etienne Arago à la conservation du musée du Luxembourg, M. Bénédile, recherchent aujourd'hui les toiles : Claude Monet, le paysagiste; Renoir, dont un portrait de jeunes femmes, aux nuances d'une fraîcheur anglaise, va entrer dans notre galerie des vivants; Degas, le hardi, le grand peintre des danseuses, des blanchisseuses, de la femme civilisée et des lieux de plaisir, qui vient de refuser, dit-on, la moindre de ses oeuvres autrefois dédaignées aux tardives oll'res de l'État.

11 n'est pas inutile de se livrer à ces réflexions et de tirer la leçon de ces souvenirs, en parcourant l'exposition organisée par les indépendants, en 1892, au Pavillon de la Ville de Paris. Degas, Renoir, Monet, ni Pissarro, ni Raffaelli n'y exposent plus. Des successeurs dignes d'attention n'auraient-ils point occupé leurs places?

L'amateur piqué au vif poursuit ce problème le long des salles passablement déconcertantes où les envois, poncifs et déteints, les chromos grossières, les anecdotes des misérables élèves dont M. Bouguercau lui-même ne veut pas s'avouer le maître, précèdent les essais d'art avancé et les inventions des raplns pédantesques. Parmi les premiers, les aspirants confus à l'art distingué, on discerne avec plaisir trois ou quatre palettes non médiocres, qui sont venues s'égarer là,

confiantes en l'œil des critiques. Ce sont, la plupart, des étrangers : M, Hawkins, dont on regrette cependant les rustiques aquarelles; M. Casas, un Espagnol, ayant la rapidité et la justesse de vision de sa race.

Puis, du Charybde académique on tombe dans le Scylla moderniste. C'est l'école du pointillé, avec le groupe formidable des œuvres de son fondateur, feu Seurat, et les éludes plus séduisantes des disciples, le marinier Signae, très influencé par les images japonaises, et le remarquable portraitiste belge Van Ryssenberghe.

Vous connaissez la théorie et le procédé pointillistes. Pratiquant jusqu'à l'outrance lourde et machinale la décomposition du Ion en ses éléments derniers, appliquant, sans la liberté du génie, les lois du mélange optique si bien connues d'Eugène Delacroix, les pointillistes obtiennent, par une série de taches juxtaposées, mais convergeant en une impression commune pour le nerf optique du spectateur, l'eflet d'ensemble que l'ancienne méthode de peindre obtenait directement, sur la toile, par les grandes teintes, égales ou mélangées. Ce système de tapisserie au petit point, n'étant pas ordinaire, choque le premier regard; entre les mains d'hommes de talent (et j'en ai nommé parmi les pointillistes), il intéresse, il se justifie du droit du succès, il prend son rang dans la série historique des évolutions de l'art français.

Cette rencontre d'une chose vivante encourage le visiteur un peu las. Et il cherche de nouveau la signature des tempéraments originaux. Comment ne pas omettre quelqu'un? Mais il faut signaler encore M. Anquelin, un peintre réaliste à la fois et mystérieux des spectacles de la rue contemporaine, dont

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