EN DILIGENCE
La diligence étant prête, nn dernier serrement de main fut échangé, et j’allai prendre place au coupé , entre une contadine et une citadine. J’allais me trouver dans l’heureuse nécessité de jouir des charmes de la ville et de la campagne. Malheureusement notre voiture, pauvre véhicule de province, était étroite, et mes voisines ne l’étaient pas, c’était deux de ces importantes matrones comme on en voit beaucoup sur les bords du Tibre, qui nous donnent une bonne idée de ce que devait être les mamans du peuple roi. La villageoise, du reste, me parut immuable dans son immobilité et sa compagne me cacha, probablement, une partie de son art de plaire et d'intéresser, quelle est la femme qui n’en a pas un peu. J’éprouvai donc avec l’une et l’autre beaucoup de gêne intellectuelle et corporelle. Dans l'intérieur proprement dit de la diligence, étaient casées quatre ligures quelconques, parmi lesquelles je remarquai un Dominicain et un Franciscain. Ils se mirent à parler tous deux de l'effet délétère que l’usage de la houille avait sur là vigne. . . . Fendant les intervalles de cette conversation, les deux autres, qui étaient paysans sans doute, donnaient leur approbation, comme un bon auditoire ; ajoutant quelques gros
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traits à l’adresse des usines et des chemins de fer. Je n’avais jamais- entendu dire, avant, que le développement du gaz acide carbonique qui a lien dans la combustion du charbon pouvait injurier le règne végétal, puisqu’il est universellement reconnu que ce gaz est pour les Plantes ce que l’oxigène est pour les poumons : D’ailleurs il n’y avait certainement pas lieu de s’en plaindre dans les Etats Romains, les usines et les chemins de fers ne pouvaient pas, à cette époque, abuser de ce produit mortel ; on 11e connaissait qu’un bout de voie ferrée, qui n’était pas encore en opération ; et quoiqu’il y eut çà et là quelques usines pour l’exploitation des métaux et la fabrication du gaz d’éclairage, encore une fois il n’y avait pas là de quoi empoisonner les vignobles de l’Etat Romain.
Les deux moines 11’étaient pas les seuls en Italie à partager ce préjugé contre l’usage du charbon de terre, et c’est la raison qui me fait mentionner ici leur conversation. Dans une commune de Toscane, une troupe nombreuse de paysans s’était mise un jour à ■détruire une voie ferrée que l’on était à construire. Ces braves gens étaient exaspérés, parce qu’ils avaient perdu cette année là toute leur récolte de raisin ; et il fallut une force armée pour les contenir après ■ce premier excès.
"Vous connaissez maintenant, autant que moi-méme jmes compagnons de voyage. J’étais venu seul de
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ma connaissance prendre place au milieu d’eux, je sentis le besoin de rester dans cette solitude ; je venais de briser bien des affections, et toute séparation pénible entraîne son temps de veuvage et de deuil. Je m’entourai donc de silence, je fermai mes yeux et mes oreilles à tout ce qui pouvait me distraire, et je pensai à tout ce que je laissais derrière moi. ... Le temps d’ai’le urs n’était pas favorables aux jouisances de la vue. Un brouillard épais s’étendait sur toute la campagne et voilait à mes yeux ces beaux horizons, ces grandes solitudes peuplées de souvenirs et de ruines, que j’avais si souvent contemplées et parcourues. J’aurais aimé à les voir lentement disparaître, à attacher dessus encore un regard, pour en garder une suprême impression, et leur laisser un dernier souvenir ... . Rome disparaissait devant moi avant que je l’eusse quittée. On ne peut pas imaginer tout le charme qu’offre cette ville aux yeux de tout homme, ne serait-il que faiblement organisé pour sentir le beau, tout ce que l'on y voit, tout ce qui l’entoure contribue h aggrandir et a développer la pensée. Les nobles ruines qui la glorifient encore, les précieux souvenirs attachés à tous ses sanctuaires, les
merveilles que le 16me siècle y a laissées, les chefsd’œuvres de ses musées d’antiques ; puis la variété de ses aspects, la jouissance des effets de son soleil, la grave simplicité de son paysage, la beauté de la population, le pittoresque des costumes populaires, la naïveté des fêtes et de certaines coutumes surannées ;
tout cela forme une source infinie d'études, d’impres-
sions favorables, de méditations que féconde encore une vie coulée dans le calme, et l’enseignement des grandes écoles d’art que les gouvernements étrangers y entretiennent. Rome est un but où aspirent tous ceux qui ont lu quelques pages de Tacite et de Titelive, tous les catholiques sincères qui se rappellent les combats des premiers chrétiens et cpii tiennent encore à l’unité catholique ; mais pour les artistes Rome c'est la patrie de l’imagination, et le foyer du sublime.
Tous les plus grands noms, depuis ceux de Michel- Auge et de Raphaël, qui ont marqué quelques époques de l’art, sont restés liés à celui de la ville éternelle : Nicolas Poussin après y avoir passé une partie de sa vie voulut y terminer ses jours ; Claude Laurain n'a jamais voulu emprunter à d’autres lieux les sujets de ses tableaux lumineux / Canova et Thornwaldsen ont laissé au capitol et au Vatican des témoignages de leur constant attachement pour le berceau des arts. Ingres, Horace Vernet comptent parmi leurs belles années celles qu’ils ont passées à
d'artistes étrangers, qui ont des réputations européennes ; ils ont habitué leurs compatriotes à venir y chercher leurs œuvres. Cornélius va y méditer ses plus vastes compositions et Overbeck, après y avoir passé la partie de sa vie la plus fructueuse, y attend tranquillement la vieillesse, dans une solitude près de Ste. Marie Majeure. Là il n’est troublé dans ces douces inspirations que par le concours de ses
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admirateurs de tous les pays, qu’il éclaire de ses conseils et dont il réchauffe la foi et le sentiment artistique, par ses œuvres! suaves, son extérieur modeste, et ses diseours austères, comme ceux d’un philosophe, c’est le patriarche vivant de l’art Mystique. J’avais habité cette grande ville pendant près de vingt mois et à l'heure où je m’en éloignai pour toujours, il me sembla que je n’y étais resté qu’un instant. Je me demandais : qu’ai-je vu ?. . que me restera- t-il de cette multitude d’objets apperçus en eourrant dans ce monde de choses intéressantes % Peut-être que le seul regret d’en avoir si peu joui et si peu profité. Je commençais à découvrir, ce qu’il m’aurait été utile d’apprendre ; et partir ! . . .Laisser la tâche au début, l’œuvre à l’ébauche. . Cependant quelques raisons impérieuses me commandaient, j’obéis. Avec quels besoins, avec quels penchants contradictoires l’homme a été jeté sur cette terre f N’existe- t-il pas un tiraillement continuel entre la pensée qui désire, qui entraine et le cœur qui veut s’arrêter et revenir.... souvent quand une de ces parties de nous mêmes commence à vivre, l’autre se sent mourir.... Il y avait déjà longtemps que j’étais abandonné à ces réflexions, allant tour à tour des tristesses de l’adieu anx espérances du retour : déchirant ou embaumant mon âme entre ces deux •émotions, comme un enfant qui s’aventure dans une haie de rosiers, quand je m’apperçus que j’étais déjà bien loin des bords du Tibre, et que la nuit s’était mêlée aux brouillards qui nous enveloppaient déjà.
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Puisque nous y sommes, parlons, de, la campagne* romaine..
LA CAMPAGATE EOMAINE.
Par quelque porte que* l’on sorte de la ville éternelle, on tombe dans le désert ; de quelque côté que se dirige le regard, il n’est arrêté que par un cordon de montagnes bleues, du côté de là Sabine, sur lequel se détachent quelques ruines et un ou deux groupes de pins parasols : partout ailleurs il plonge dans les profondeurs du ’ciel d’Italie, au-dessus d’un horizon applani et fondu dans l’azur de la mer.
Malgré l’importance des villas Borghèse , Pamphili- Doria et Albani, elles ne sont que des points verdoyants, des oasis charmants, disséminés, autour de la vaste enceinte murée, qui ne font que mieux mettre en évidence cette triste solitude, où les vivants sont rares comme au cimetière. Cette plaine est immobile dans sa physionomie ; les saisons passent dessus sans y laisser leurs fleurs, leurs moissons ou leurs frimats- ; Deux choses seulement s’y succèdent chaque année, ce sont les torrents de pluies qui l’inondent à l’automne et les torrents de lumière qui la brûlent durant l’été. Yaste sépulture du plus grand peuple de l’antiquité, la
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as
Providence a semble commander aux peuples modernes de la respecter. Il n’ont pas ose écrire d’autres nomssur ces noms qu’on y trouve gravés ; ni établir desdemeures obscures, sur des tombes rayonnantes. Lechamp est resté vide, vaste, solitaire, pour que l’œil et la pensée y pussent chercher à loisir, comme dans une page de l’éternité, les- traces de l’histoire d'un monde.. Du côté des Portes Majeure et SL Laurent , d’où partaient la belle voie Labicana , conduisant au Latium, commencent ces- gigantesques réseaux d’aqueducs, dont quelques-uns abreuvent encore la ville moderne. Iis s’avancent majestueusement sur leurs vastes arcades, en sens divers, vers les Apennins. Dominant d’abord la plaine, ils s’abaissent sur des amas de sables entassés par le temps, puis ils se relèvent encore pour retomber plus loin, dans des monceaux de ruines. L’effet que produisent ces vieux restes d’une grande puissance humaine est saisissant. Il nous semble voir l’ombre de ce peuple géant s’avancer sur cette vallée où il sommeille. Et quand on réfléchit que ces aqueducs étaient au nombre de 12, qu’ils se prolongeaient jusqu’à des distances de 40 et 60 milles et que, malgré qu’il n’y en ait aujourd’hui que trois de restaurés, ils suffisent à répandre dans la ville une telle quantité d’eau que toutes les maisons, toutes les cours, toutes les rues, toutes les villas et toutes les places publiques ont des fontaines intarrissables, on a une idée de l’importance des travaux hydrauliques de l’ancienne Home. La porte que l’on appelle aujourd’huideéÙ. Paul servait autrefois d’entrée à la voie Osiien -
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sis. Cette route étant celle du Port naturel de Home, c’est par elle que devait s’écouler tout ce que cette ville immense demandait aux étrangers pour sa consommation. C’était l’artère du commerce, le boulevard des grandes affaires : aussi la voie Ostiensis qui pouvait avoir 15 milles de long n’était-elle qu’un faubourg de la Cité impériale. On cliereherait en vain aujourd’hui quelques vestiges de toute cette prospérité. En franchissant la porte St. Paul, à part la belle pyramide de Caïus Cestius qui s’élève auprès, on ne voit plus que les coteaux et les cavernes de pouzzolane ; et au-delà, les profiles de la basilique St. Paul.
Non loin de cette dernière porte, s’ouvre celle de St. Sébastien / elle donne entrée à la Voie-Appienne, dont elle portait autrefois le nom.
Sans être même allé à Home, chacun connaît quelque chose de la fameuse voie-Appienne. Conduisant à Missène, à Cumes, à Baïa et à toutes ces charmantes résidences du Golfe de Naples, c’était la plus brillante des voies romaines. Elle était bordée dans toute sa longueur de villas, de jardins et de monuments superbes, théâtres, cirques, thermes et tombeaux. C’est par elle que passaient les triomphateurs qui venaient de détruire les vieux empires d'Orieut ; c’est par elle qu’arrivaient ces princes et ces ambassadeurs humilités, ces proconsuls chargés des dépouilles et des richesses de l’Asie et de l’Afrique ; c’est par elle que
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s’écoulait le flot joyeux de tous ces heureux viveurs qui allaient sous le ciel de Capoue effeuiller les fleurs de leurs années. C’est par elle que s’acheminaient tous ces Orientaux fastueux qui venaient chercher à Home les délices et les raffinements que cette ville avait aussi conquis sur eux. Les citoyens souverains tenaient sans doute à éblouir les yeux de ces étrangers, par le spectacle anticipé de leur grandeur et de leurs richesses, en érigeant sur cette route des tombeaux à leurs familles : En appercevant cesmausolés, couverts de statues de portraits d’hommes célèbres, d’inscriptions où étaient racontées les actions de chacun d’eux, on devait éprouver encore plus de respects pour les héritiers de tant de gloire, c’était une habitude de distribuer ainsi les monuments funèbres le long des grandes routes, aux abords des villes : on en voit tout autour de Rome et des citées exhumées du territoire de Raples. Mais il semble cpie la voie appienne ait été choisie de préférence par la haute aristocratie romaine, pour en faire son cimetière. On voit une suite non-interrompue de tombes, sur un espace de 9 milles de long.
Depuis quelques années, surtout, on a travaillé a découvrir l’ancien pavé de cette route et a déblayer toutes les ruines qui la bordent. Et l’on éprouve une accablante impression, quand revenant d’Albano, vers le soir, ou par un beau clair de lune, on s’avance dans le silence du désert, sur ces vieux pavés décousus et usés, où se produisit tant de bruit, où
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passèrent tant de choses de la terre ; entre ces deux rangs de tombes vides, ouvertes à tous les vents, où les voleurs et les loups viennent se cacher pour épier leur proie. Beaucoup ne sont plus que des massifs de Iniques losangées , dépouillées de leur revêtement de marbre et de leurs inscriptions ; d’autres, comme celle de Cœcilia Metella, plus solidement construites, ont été converties en forteresses au moyen âge, durant les querelles des Gaëtani, des Savelli, et des Orsini. Sur quelques-unes se sont élevées des petites cabanes en terre cuite, où sont probablement venus habiter quelques gardiens de troupeaux de bœufs. Ils vivaient là tranquilles, suivant leurs betes au pâturage, s’entretenant peut-être entre eux, des combats que les chefs du troupeau s’étaient livrés pendant le jour, peu soucieux d’ailleurs de savoir quels noms et quelle poussière ils broyaient sous les clous de leurs chaussures.... Au-dessus de l’une de ces demeures rustiques, ainsi superbement nichées, s’élève un bosquet de chêne ou d’olivier, le bon berger avait voulu se procurer le luxe d'un peu d’ombrage. Dans les routes souterraines les mieux conservées, on a recueilli des urnes cinéraires, et de jolies parquets en mosaïque; des bas-reliefs, des bronzes, des inscriptions qui rappellent beaucoup de familles déjà connues, et d’autres, dont on ne sait rien, si ce n’est le jour de leur mort, qui se trouve consigné dans leurs épitaphes. Enfin sur la plupart de ces tombes l’herbe des champs a gravi, puis elle a fini par cacher ces lauriers qu’un art flatteur y avait sculpté pour l’éternité ... . et la
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chèvre vient brouter là-dessus tout aussi à son aise, que sur ces rochers isoles où les bergers allaient graver, dans le secret, le nom de leurs pastourelles.
Mal gré qu’il soit regrettable, qu'une aussi vaste proportion du sol soit restée improductive pour les populations environnantes, il faut pourtant admettre que la certitude et l’intérêt historiques auraient grandement perdu si ces populations étaient venues établir là-dessus leur industrie et leurs exploitations. Car sur toutes les couches de ceTte poussière sont écrits des faits et des souvenirs qui permettent de suivre le progrès du Peuple Poi et de constater les événements de l’histoire. Tous ces travaux d’exécution qui se poursuivent sous la direction d’archéologues distingués auraient été à peu près impossibles, si le terrain eut été recouvert de demeures importantes ou de plantations de luxe ou d’utilité : combien de richesses perdues pour Tes muses d’objets d’art et les cabinets d’inscriptions ; combien, à une époque où l’on n’y tenait guère, aurait-on détruit ou enseveli de ruines à demi cachées sous le sol, et dont la découverte à mis au jour une quantité de faits, a détruit beaucoup de sottes prétentions modernes, et a confirmé des vérités déguisées ou niées ! — Ceci concerne surtout l’histoire de la première église, l’église des catacombes ; car ces souterrains vénérés gisent entièrement sous la cam-
pagne de Home.
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Pour vous faire concevoir ce que renferme ces champs, qui semblent vide, je vous dirai quelques faits.
Lors du pillage de l’Italie par les armées de Bonaparte, le prince Borghèse fut forcé de céder sa magnifique collection d’antiques. On lui en paya le prix, plus tard, avec une princesse impériale, qui prouva au propriétaire dépossédé qu'elle valait bien une statue grecque, Canova aidant. (1)
Ce prince qui se distinguait non seulement par sa grande fortune et par l’alliance qu’il venait de contracter, mais encore par une intelligence secondée par l’étude et- par l’amour des belles choses, ne considéra pas que l’indemnité qu’il avait reçue pût le payer de la perte de tant de Chefs-d'œuvre, il fit donc aussitôt tout ses efforts pour les remplacer ; et il chargea pour cela des antiquaires de faire pratiquer
(1) Je m’apperçois après coup que je suis dans l’erreur, la collection Borghèse n’a pas passé en France, avec tant d’autres objets précieux, lors de la première invasion de l’Italie, mais plus tard, après le mariage de son propriétaire avec la princesse Pauline : ce n’est donc pas le beau modèle de Canova qui a payé les antiques, mais les antiques qui ont payé le modèle. Il y a tout lieu de croire que le prince ne fut pas satisfait du marché : d’abord la belle princesse ne vécut presque pas avec lui ; quand à la collection voici ce qui arriva : l’empereur avait donné à son beaufrère. afin de lui forcer plus délicatement la main, des propriétés pour une valeur de S millions, prises sur le fond des biens nationaux du Piémont ; mais la restauration vint brPer ce contrat, et le pauvre prince vit s’échapper encor" ce beau lot, comme il avait vu s’envoler ses belles statues et sa belle femme 1 II demanda alors au gouvernement français de lui rendre sa collection, sms indemnité : on s’y refusa d’abord, puis on lui offrit ses 8 millions en valeur, qu’il fut obligé d’accepter pour ne pas perdre davantage.
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SI
des fouilles dans différents endroits de ses villas. Ce© recherches furent si fructueuses qu’il put, en réunissant quelques autres objets qu’il gardait dans d’autres palais, former une nouvelle collection aussi considérable et aussi belle que celle qu’il possédait avant. Elle occupe quinze grandes salles, dont la plus vaste a 60 pieds de longueur sur 17 de largeur. Outre plusieurs morceaux d’une grande beauté, un grand nombre de bustes d’hommes célèbres, cette belle galerie renferme plusieurs beaux bronzes, des figures sculptées dans des pierres rares et beaucoup de vases et d'autres objets précieux.
Lorsque j’étais à Rome, je vis creuser les fondations d’un monunjent destiné à commémore r la définition du dogme de l’Immaculé-Conception — Pour asseoir les substructions de monuments importants, il est d'usage dans cette ville de creuser jusqu’à l’ancien pavé, qui se trouve presque partout à 20 et 25 pieds audessous du pavé moderne. — Dans l’excavation pratiquée à l’occasion dont je viens de parler, qui pouvait avoir de 1S à 20 pieds quarrés, on retira deux statues, un buste et quelques fragments d’inscriptions, je crois.
Voilà comme ont été formées toutes ces vastes collections que l’on trouve par toute l’Europe. Celle du Vatican est si considérable qu’on ne pourrait pas l'étudier assez, durant un mois de temps, pour en conserver dans sa mémoire une classification lucide. Celle du capitale est presque aussi importante, au moins quant à la beauté de ses chefs-d’œuvre et à
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cause de la série des bustes des Philosophes et des Empereurs. Je ne connais pas un palais en Italie qui n’ait son cabinet d’antiques. Ces milles merveilles de la sculpture grecque, dont les noms sont connus de tout le monde, ont été ainsi ensevelies pendant des siècles, puis retirées de sous terre, soit dans l’enceinte de Home, soit du milieu de ces champs, où furent autrefois les superbes villas de Mécène, de Gordien, d’Adrien, de Cicéron, de Salluste, de Quintilien et de tant d’autres familles célèbres, dont on ne peut concevoir le luxe qu’après avoir visite les résidences des souverains de l'Europe.
On peut retracer aujourd’hui l’histoire de presque toutes les civilisations anciennes, par les ruines et par les objets qu’elles renferment. Celle des Etrusques nous a été entièrement révélée de cette manière. Car les historiens do Home ne parlent de ce peuple que par incident, et de façon à frapper bien peu notre attention, à côté des grandes œuvres des Romains ; aujourd'hui la physionomie de ce peuple, son culte, son industrie, sa puissance, son gouvernement et même ses mœurs tout nous est à peu près connu ; et nous, hommes du dix-neuvième siècle, nous nous sentons souvent pris d’étonnement, devant les travaux imposants, les objets d’art et les témoignages de sagesse d’une nation contemporaine du siège de Troie, dont le souvenir était presque perdu l
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Bien pins, quelques uns de nos industriels intelligents ont cru offrir quelque chose de mieux au choix des personnes de goût en donnant aux produits de leur art des formes empruntées aux curiosités étrusques. Les bijoutiers, par exemple, ont puisé largement à cette source depuis quelques années ; si bien, qu’un habitant primitif de l’Italie se retrouverait en pays de connaissance devant une de nos élégantes vitrines d’orfèvrerie. Ce qui fait l’éloge de ces objets de parure, c’est que nos gracieuses compagnes n’ont pas eu d’objection à les accueillir avec faveur, quoiqu’ils datent d’une mode, vieille d’au moins trois mille ans. — Il est vrai que les dames ne voient pas d'inconvénient à l’âge d’une mode, quand elle est jolie, un petit peu dispendieuse et surtout, quand elle n’est pas celle de Vannée dernière. Pour cette fois, j’avoue que, en voyant sur elles ces bracelets, ces épingles, ces boucles d’oreilles d’un goût si simple, si pur et en même temps si élégant, on doit leur savoir gré d’en être revenu aux choses de l’ancien temps, pour cette partie de leur toilette.
Permettez-moi de vous rappeler quelques-unes de ces découvertes récentes qui viennent de nous révéler cette autre civilisation antique, émule de celle de l’Egypte.
Près du lac Bolsène, des travailleurs qui creusaient
la terre sont entrés dans une vaste nécropole étrusque
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d'où l’on a retiré depuis, plus de 2000 vases cinéraires. Ces objets étudiés par les antiquaires ont servi a une foule de révélations historiques. Comme la plupart sont ornés de peintures monochromes, représentant des sujets de l’histoire héroïque et de la mythologie, de ces peuples ; et qu’ils portent, en outre, des légendes entremêlées avec les figures, comme dans les tableaux byzantins ; on a pu facilement retrouver toutes les cérémonies du culte, la plupart des dogmes religieux et les usages sacramentels de la nation : Avec les légendes, l’orthographe des mots, la forme des lettres, les types des personnages et leurs costumes, il a été facile d’établir des conjectures sur l’origine de ce peuple ; et de constater en même temps, tout ce que les Domains lui empruntèrent dans leur organisation politique et religieuse.
D’ailleurs, la simple inspection de ces poteries peintes révèle un goût déjà bien développé, une connaissance du dessein et des formes humaines remarquable, une science dans la composition qui peut difficilement être surpassée. En comparant ces restes, si humbles d’apparence à tout ce que l’on a retiré de sous les sables de l’Egypte et de la Syrie, il est facile de se convaincre que l’art chez les étrusques avait atteint un bien plus haut degré de perfection, à la même époque, que chez les peuples qui ont laissé à ces autres pays le souvenir de leur histoire et de leurs travaux.
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Près de Corneto, sur les bords de la petite rivière Barta, à quelques milles de Rome, l’on a encore découvert une nécropole considérable que l’on ira pas pu tout explorer. On croit généralement que c’est celle de Tarquini , une des villes les plus importantes de cette époque reculée. Ce cimetière offre une surface de plus de deux lieues carrées ; et d’après les quelques milliers de tombes exhumées, M. Hamilton Gray, qui a fait un ouvrage spécial sur ces antiquités, dit que ce lieu ne peut pas avoir reçu moins de deux millions de dépouilles humaines ; et qu’il a dû servir de sépulture pendant 600 ans, à une ville de 100,000 habitants. Quoique ces chiffres ne peuvent être qu’approximatifs, ils donnent cependant l’idée de l’importance et de la grandeur de ce peuple. Outre les urnes funéraires, qui remplissaient ces sépulcres, on a trouvé dans l’un d’eux surtout, qu’une inscription désignait comme ayant reçu les cendres d’un Lucumon nommé Yelturi ; “ des ustensiles de “ bronze de toutes formes et de toute grandeur, dont “ l’usage est inconnu, des boules de parfums, des “ émaux, des pâtes colorées et figurées, des pierres- “ gemmes transparentes, des statuettes, de riches u bracelets, des pendants d’oreilles, des couronnes, “ des chaussures ornées et des dés à jouer. . .” etc.
.... Après d’aussi vigoureux témoignages de civilisation, on reste moins émerveille de l’origine et
des premiers progrès du peuple Romain. Des commentateurs modernes en ont été tellement frappés, qu’ils ont cru qu’il était plus raisonnable d’attribuer aux étrusques, une des plus grandes entreprises qui ait été exécutée sous le règne de Tarquin le superbe ; la grande cloaque (*).
Quoiqu’il soit très possible qu’une ville ait existé sur les sept collines, longtemps avant Romulus, il ne faudrait pas cependant mettre en doute un fait uniformément raconté par les historiens et qui date d’une époque déjà bien connue. Il est encore plus naturel d’accepter comme de lui, l’œuvre du grand Tarquin, et de croire qu’au temps de la fondation de Rome, l’empire Etrusque pouvait bien être déchu, mais qu’il conservait encore en Toscane et du côté de l’Ombrie où il avait continué d’exister, de belles traditions de son passé.
On a cru trop facilement a la barbarie et à l’ignorance des fondateurs de Rome. Cependant en étudiant avec plus d’attention la première organisation
(*) Il faut que dans l'intervalle de la fondation de Rome et la plus grande prospérité des peuples primitifs de l’Italie il se soit accompli de grandes perturbations, des révolutions bien extraordinaires pour que la vallée du Tibre se soit trouvée presque déserte au temps de Romulus. Cependant la tradition et les restes nombreux des monuments qui s’y trouvent encore, attestent à n’en, pas douter l’existence de populations compactes et de villes nombreuses. Quelques vieux auteurs assurent que pas moins de 30 villes auraient occupés le seul espace qui forme aujourd’hui les -marais Pontins. — L’on présume que ces villes ne devaient pas être des Paris.
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de ce petit peuple, en le suivant dans son développement moral surtout, on trouve partout la preuve d’une sagesse, d’une habileté et d’une vigueur impossibles chez une nation primitive, étrangère à tout progrès antérieur. L’heureux choix du site de la ville, la fortification de l’enceinte, cette enceinte
fondation du pouvoir, le règlement du culte et du calendrier, l’ouverture d’un théâtre qui attira les peuples voisins ; quelques années plus tard, la construction d’un port de mer, qui annonce des idées de commerce. — Les colonies de l’Amérique, formées pour la plupart durant les brillantes phases de l’Europe Moderne, n’offrent rien à leur origine de plus merveilleux, ni de moins barbare.
On a remarqué que tous les rois de Rome furent des hommes supérieurs ; les progrès rapides que fit cette ville sous leur règne le prouverait quand meme l’histoire ne parlerait pas de leurs actions particulières. En effet, lors de l’expulsion de Tarquin le superbe, c’est-à-dire après deux cent quarante trois ans d’existence, Rome était devenue la plus puissante ville de la péninsule, ses murailles renfermaient déjà les sept collines, le meme espace que sous l’empereur Aurélien, les travaux qui témoignent le plus de sa puissance étaient accomplis ; des temples, des basiliques, des aqueducs, des cirques s’élevaient déjà sur tous les sommets ; et en ajoutant un autre siècle à cette période on peut dire que Rome s’y trouve tout entière, car elle a donné durant ce temps, les plus
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beaux traits de ses vertus civiques, les plus belles preuves de sa forte constitution : elle a dit ce qu’elle serait, la ville éternelle. Tout cela n’a pas pu sortir d’une demi-civilisation ; et il est remarquable que c’est après la conquête de l’Etrurie proprement dite, que Tarquin l’ancien commença ces grandes améliorations, qui furent continués sous ses deux successeurs.
Le fait qui, peut-être, nous laisse une plus mauvaisse impression des mœurs des premiers romains, c’est la brutalité qu’ils mirent dans l’enlèvement des Sabines. Mais on voit d’un autre côté, qu’ils surent si bien se faire pardonner ce vilain procédé, que pas une de ces pauvres enlevées ne consentit à retourner chez elle, quand leurs pères vinrent tout armés, pour châtier leurs ravisseurs. Et ces papas, devenus beaux pères, et peut être grands papas, furent obligés d’aller rester chez leurs gendres pour complaire à leurs filles !
UN BELAIS.
Le lecteur a bien pu oublier que pendant cette première partie de mon récit ; nous avions laissé courir la diligence à travers champs et collines ; pour le lui rappeler, je dois donc signaler notre arrivée à Baccano.
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Baccano n’est qu’un pauvre relais de poste où nous fûmes obligés de nous arrêter, pour attendre un détachement de dragons qui devait nous escorter durant une partie de la nuit.
Quelques jours auparavant, des émeutiers d’une petite ville des environs avaient brise les portes d’une prison pour sauver quelqu’un des leurs, et ils avaient mis en liberté tous les mauvais sujets qui étaient enfermés avec ceux-ci ; ce qui durant quelque temps compromit beaucoup la liberté de tout le monde. Ces misérables se répandant sur les différents chemins assaillirent et pillèrent toutes les voitures publiques : ils assassinèrent même plusieurs voyageurs qui avaient voulu leur opposer de la résistance. Notre veturino qui ne nous rappelait pas les vieux légion aires romains, par sa bravoure, avait vu du sang sur toutes les pierres de la route, en plein jour. Rien, par conséquent, aurait pu le décider a quitter Baccano de nuit. Il fallut donc que chacun se pourvût de patience.
Les lits étaient rares à notre auberge et nous nous trouvions, par l’arrivée de nouvelles diligences, un nombre toujours croissant de voyageurs. Les chaises mêmes manquaient à plusieurs : on n’en usait qiCà tour de rôle. — Dans le voygge, c’est une petite misère d’attendre que les gens soient fatigués d’ètre assis pour pouvoir s’asseoir soi-même. Il y a tant de gens qui ne se lassent jamais de vous voir debout quand ils occupent un bon siège. Ils ferment les yeux où ils s’endorment véritablement pour ne pas rencontrer
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un regard suppliant ou pour ne pas être touche par une démarche chancelante : ils craignent d’être victime de leur délicatesse.
Cette nuit donna sujet à quantité d'anecdotes, de contes ou de romans dont les bandits furent invariablement les héros. Chacun conta son aventure plus ou moins incroyable. Comme les uns et les autres se connaissaient peu, qu’ils ne songeaient pas à prouver un jour l’exactitude de leurs récits, je pense qu’ils tenaient légèrement la vérité historique : à ce point que je m’étonnais parfois de voir tous ces braves conteurs encore de ce monde, après les grands dangers qu’ils avaient courus.
Les ondulations variées de la grande plaine du Tibre et le voisinage des gorges obscures des Apennins rendent le métier de brigand très facile, dans cette partie de l’Italie. Pouvant s’approcher des voies publiques, sans être vus, et fuir à course de cheval jusqu’aux montagnes, sans rencontrer d’obstacle, il leur est aisé de déjouer les ruses d’une police nombreuse et habile. Aussi les brigands n’ont jamais manqué à Home. L’histoire fait mention d’eux à plusieurs époques.
Sous Auguste, avant que la forêt Gallinaire fût à peu près défrichée, ils se répandaient souvent en troupes nombreuses, pour piller les pays environnants. Ils se multiplièrent tellement sous Septime Sévère que toute l’extrémité de la péninsule en fut infestée. Le Moyen-Age ne contribua pas beaucoup à les détruire. Le pillage alors n’était pas toujours un déshonneur ;
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les grands seigneurs n’étant souvent que de grands brigands.
Dans ces derniers temps, pour extirper cette hideuse engence de la face de l’Italie, les gouvernements ont fait traquer les bandits jusque dans leurs repaires et fusiller tous ceux qui sont tombés vivants sous la main des gens d’armes. Léon XII et Grégoire XYI ont surtout contribué à l'adoption de ces mesures énergiques, qui auraient eu le bon effet de faire cesser le brigandage, si la révolution de 1848 n’était pas venue rouvrir la carrière aux mauvais sujets.
Je me rappelle une anecdote, qui se rapporte à ces derniers événements et qui me fut racontée à l’auberge de Baccano ; et je me permets de la consigner ici comme pièce caractérisant l’espèce.
Quand les mouvements révolutionnaires ont été anéantis par les armées autrichienne et française quelques-unes des bandes insurgées, qui ne s’étaient soulevées que pour jouir du désordre, n’espérant pas obtenir de pardon, et ne tenant pas d’ailleurs au rôle de citoyen paisible, se constituèrent en troupes de bandits. Campés dans les montagnes ces corps aguéris tinrent en échec une force armée considérable, pendant près de deux ans. Composés de sujets de divers métiers et de tous les caractères, des roués de toute trempe, il est aisé de comprendre la puissance de mal qu’ils avaient en eux. Tantôt ils disparaissaient presque, comme corps, et alors ils étaient
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partout, cachés sous tous les costumes, jouant tous les rôles, puis- à un moment convenu et dans un lieu désigné ils reparaissaient comme une phalange enchantée.
Un soir d’été, une petite ville située aux pieds des Apennins, se préparait à jouir des charmes d’une belle nuit. C’était, je crois, la fête de la patronne du pays. Une troupe de comédiens avait annoncé pompeusement une représentation au théâtre. Quelle jouissance, pour ces bonnes gens de province, qui ne goûtent les plaisirs de la comédie que durant la canicule ; quand les acteurs et les actrices sentent le besoin d’aller prendre l’air des champs ! Tout le monde s’était donc porté à la salle de spectacles, les dignitaires de l’état comme ceux de la municipalité.
La pièce se faisait attendre, les violons n’arrivaient pas, la jeunesse trépignait d’impatience. . . . Enfin la toile se lève. Quel début ! Tout le monde reste ébahi, inquiet, cloué sur les sièges. Deux lignes d’hommes armés jusqu’aux dents étaient rangées de front sur la scène, tenant leurs fusils dirigés vers la foule. En même temps un peloton des mêmes hommes apparaissait à chaque porte de la salle.
Un silence profond s’établit partout et le chef de la troupe vint expliquer aux spectateurs l’intrigue de la pièce avant de la jouer. “ Que chacun, dit-il, prépare l’argent et les bijoux qu’il porte sur lui, ainsi que les
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clefs de sa demeure, nous allons passer les prendre ; les acteurs ne bougeront pas de place avant que tous les goussets soient vides ; et si quelqu’un de vous ose remuer, malheur à tous ! ” L’exécution commença ; personne ne put s’en sauver. Son Excellence le maire dût comme les autres livrer sa bourse tout entière.
Pendant que ceci se passait, un autre détachement furetait la ville et préparait une retraite facile à toute la bande. On dit qu’une bonne maman disait le lendemain : “ n’est-il pas assez prouvé maintenant que le théâtre offre toujours quelques dangers ? ” (*)
La nuit s’était écoulée durant ces récits, et nous n’avions vu ni gendarmes, ni brigands autres que ceux de nos histoires : Et comme le jour chasse bien des terreurs, un rayon de soleil rendît notre postillon brave ; aux premières lueurs du jour, il se remit gaiement sur la route, fit claquer son fouet, devint parleur, siffla à pleine joue les derniers airs de Verdi : “ La donna e mobile , la femme est changeante ” etc et sa voiture put rouler, craquer, crier sans lui donner, la chair de poule. Aussi nous arrivâmes bientôt à Viterbe .
(*) Je ne voudrais pas affirmer tous les détails de cette aventure, je cite simplement mes historiens ; quand a l’aventure, elle-même, je j’avais lu avant la soirce de Baccano, dans les journaux du temps, et le récit que l’on m’en fît à l’auberge me la remit en mémoire.
SEJOUR A VITERT3E.
Quoiqu’en disent les guides italiens, cette ville n’est ni belle ni bien bâtie ; elle est seulement très-intéressante. Bien assise snr un plateau élevé entre deux collines qui dominent la pleine et la mer, c'est la ville la plus importante des Etats-Romains du côté occidental des Apennins. C’est dans ses environs où l’on commence à voir, en venant de Rome, de beaux vestiges de végétation et de culture, quoique cela soit bien inférieure à tout ce que l’on voit dans les vallons de l’Ombrie et dans les plaines de la Romagne. Les mines de fer qui gisent dans cette région et des eaux sanitaires très fréquentées font une partie du bien être des habitants des alentours.
Je m’arrêtai trois jours à Yiterbe: quelques beaux tableaux, de vieux monuments, une jolie fête populaire dans un petit village voisin firent les frais de mes études et de mes plaisirs.
C'est de ce côté de l'Italie, un des lieux où l’on rencontre le plus de vestiges de la domination Gliotique ou Lombarde. Ces immigrations violentes
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s’étaient surtout arretées clans la Gaule Cisalpine, en Toscane, clans l’Ombrie et l’Emelie et dans la plus grande partie des Pomagnes. Mais nulle part, ces nations n’ont laisse autant de traces, que dans ces dernières provinces, surtout dans les villes de deuxième ordre. Comme, à cause de leur position géographique et de leur importance secondaire, ces villes ont été moins exposées aux révolutions politiques, ou industrielles elles ont mieux gardé l’empreinte des âges.
Chaque siècle s’est peint à côté de son prédécesseur sans l’éffacer. Et c’est là un intérêt tout particulier qu’offre l’Italie aux yeux des étrangers ; le climat n’y a rien détruit et l’on retrouve partout les souvenirs de ces générations couchées les unes sur les autres dans la
tombe du passé comme ces dépôts de fossils inconnus dans les vieilles formations du globe. J’ai passé bien des heures à parcourir ces vieux quartiers de Viterbe et plus tard de Pérouse, véritables labyrinthes ou la vie et la lumière semblent ne plus oser habiter.
Les rues étroites, montueuses, tordues fuient comme de longs corridors, sous des voûtes, sous des passages et des arcades, ou à l’ombre de deux lignes de grands toits qui se croisent devant les rayons du soleil de manière à ne leur permettre jamais d’arriver jusqu’aux pavés. A Pérouse, j’ai remarqué une de ces rues qui s’enfonçait toute entière sous une longue suite de vieilles constructions ; il m’arriva de m’y aventurer le soir ; j’avoue que j’éprouvai un saisissement pénible en entendant le bruit de mes pas courrir devant et derrière moi, dans cette sorte de caverne humide, où
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je ne voyais que la lueur des petites lampes suspendues aux murs à de longs intervalles, et mon ombre que leur vascillement faisait danser comme un fantôme.
Les ouvertures qui se trouvent au bas des maisons paraissent toutes conduire vers des souterains, tant elles sont abaissées sous le sol. Des escaliers extérieurs, de pierre, montent au premier étage ; unis par un côte au mur de la façade sur lequel ils dessinent des arcs-boutants qui servent à les soutenir. Ils conduisent aux Appartements qui semblent les seuls habitables par la famille et qui s’élèvent presque toujours à 15 et 20 pieds au-dessus de la rue. On apperçoit çà et là, au liant des entrées principales, de vieux écussons qui ont perdu en partie leurs devises et leurs emblèmes ; souvent il y en a plusieurs d’un caractère tout à fait different enchâssés les uns à côté des autres, ce qui annonce que des alliances de familles ou une succession de propriétaires étrangers ont eu lieu dans ces nobles demeures ; quelques-uns de ces vieux blasons avaient été recouverts d’une couche de ciment dont le temps les a délivrés peu à peu ; et l’on retrouve ainsi le souvenir ou les traces de noms illustres que l’on avait peut-être voulu faire oublier. A un endroit, j’ai vu qu’un cordonnier avait suspendu une forme de chaussure au cimier d’un casque qui décorait l’écu d’un baron, affichant son métier là ou l’autre avait étalé sa noblesse .
Les édifices entiers annoncent les mêmes vicissf
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tudes, les ouvertures et les ornements ont cent fois changé de caractère et de place. Les fenêtres ont tour à tour été arrondies, pointues ou carrées ; une façade avec un joli portique roman et de grandes
aujourd’hui un fenil; un tombeau superbe orné de sculptures délicates qui était adossé, sans doute autrefois, au mur d’une chapelle de famille se trouve maintenant au bord d’un carrefour ; des gamins ont broyé les caractères de l’inscription avec des pavés et il s’amusent a décorer le marbre noir de leurs figures de bons hommes.
Les tours sont très nombreuses dans ces vieux quartiers ; là où elles n’ont pas été détruites, on en rencontre à chaque pas, il s’en élève une au-dessus de chaque groupe de maisons. Dans une esquisse que je fis en courant on en voyait quatre sur le premier plan.
La féodalité a eu un autre caractère en Italie que dans le nord de l’Europe. Le seigneur n’a jamais supplanté tout à fait le régime municipal, fortement organisé dans la vieille société romaine ; il dominait bien la petite population il la pillait même aussi comme ses confrères du nord, mais c’était plus au moyen de la faction. Au lieu d’aller comme ceux là établir son donjon sur un point inaccessible des montages, pour pouvoir tenir ses cerfs en respect et narguer ses voisins, il se fortifiait dans les cités, au
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milieu de ses partisans qu’il pouvait facilement abriter sons son toit, dans les temps de discorde ou de guerre civile dont il était toujours l’instigateur. Yoilà la raison de ces rues voûtées, de ces rares ouvertures dans le bas des maisons, de ces énormes grilles de fer qui les ferment, de ces murs épais, enfin de ces grandes tours qui permettaient d’observer le voisinage, de lancer au loin des projectiles, et qui servaient en outre à la captivité où à l’exécution des vaincus ; car c’est du faite de ces tours qu’on les précipitait souvent, quand la foule ameutée demandait s.a part de vengeance.
Ce système de construction se perpétua jusqu’à l’extinction des sanglantes querelles des Guelfes et des Gibelins, qui avaient divisé chaque ville et presque chaque famille en deux camps. En Toscane, où ces affreuses contestations se perpétuèrent plus longtemps et avec peut-être plus d’acharnement que dans les autres parties de l’Italie, à cause du grand nombre de familles influentes qui s’y partagèrent le pouvoir et la richesse, les palais, même d’une époque déjà moderne, ont tous l’aspect d’énormes forteresses capables de loger plusieurs mille combattants.
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