SAINT.BRIEUX, QUINTIN
méccmnaître une construction du moyeu-âge.L'appareil très irrégulier se compose de moellons et de morceaux de schiste à peine dégrossis ; mais les rares ouvertures, fenêtres ou meurtrières, sont entourées d'une espèce d'encadrement ou chambranle en granit taillé. La tour devait être ronde à l'extérieur, mais à Vintërieur son plan représentait \m hexagone ou un octogone. Sa base est un massif légèrement conique en maçonnerie. A l'entour, on voit aisément qu'il a existé un large fossé. On compte encore quatre étages, et le couronnement est détruit : le premiera été voûté probablement : lesautres n'avaient sans doute que des planchers en charpente. Quelques arcs en plein cintre mal construits, une porte eu ogive, mais dans une partie de la tour peut-être plus moderne que le reste, les amorces d'un escalier en hélice, tels sont les seuls indices d'après lesquels on puisse essayer d'assigner une date à cette forteresse. I^ plus probable à mon sentiment est le milieu ou la fin du douzième siècle.
Presque partout la muraille a quelque douze pieds d'épaisseur, et l'escalier qui conduisait sans doute à la plate-forme est pratiqué dans la muraille m^me. On a d'ailleurs eu le soin de le placer du côté le moins accessible à Tassaillant.
Au-dessus d'une ouverture en plein cintre au premier étage, assez grande pour avoir servi de porte ou de fenêtre, du côté delà mer, j'ai remarqué une longue rainure verticale; profonde
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de près d'un pteti, longue de sept et large de cfuatre à cinq pouces, que Tient croiser p93r te milieu tme autre rainure en deoiincercle un peu moins creu^. On peut s'en faire une idée exacte en se représentant le plan d'une arbalète énorme. L'usage de ceB rainures que je vois ici pour la première (bis me semble tnès difficile à deviner. Peut'^étre cela tenrait-tl à la manœuvre d'un poot-levis, et la poutre qui le faisait mouvoir venait s'engager dans la rainure verticale. Il ne serait pas impossible que cela n'eût eu d'autre objet que de fixer dans la muraille quelque morceau de sculpture détruit aujourd'hui, des armoiries par exemple.
Avant de quitter Saint-Brieux définitivement pour me diriger vers l'ouest, je voulus voir près de Quintin uu menhir célèbre dans le pays. C'est un bloc de granit haut de vingt-cinq pieds. Sa plus grande épaisseur ( cinq pieds à peu près ) se trouve à un tiers de sa hauteur. Il finit en poiate, et sa base est remarquablement déliée. Il me semble évident que le bloc a été ^ sinon taillé , du moins dégrossi et façonné de la sorte.
L'église de Quintin ^ réparée tout récemment, n'offre rien de curieux qu'un porche dont les,ornemens d'assez bon goût m ont paru fixer la date vers la fin du treizième siècle.
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LANLÏiFF.
Les récits différens que Ton m'avait fait» sur Vèglise du petit village de LaniefF avaient vivement excité ma curiosité. Suivant les uns, c'était un temple gallo-romain ; suivant les autres un baptistère du sixième ou septième siècle; une troisième opinion en faisait une église de templiers. Lanleff ou LlanlefF, car on prononce des deux manières, se trouve sur la Kmite de la Bretagne bretonfiante (i). Je m'étais de mon mieux préparé à cette excursion en apprenant ces mots de breton indispensable à un étranger : « Où trouverai-je quelqu'un qui parle français ? » Mais par surcroît de précaution j'avais demandé un guide sachant le breton. A une demi-lieue de Saint-Brieux, |e découvris, à ma grande mortification , que mon interprète , s'il savait le breton , entendait à peine quelques mots de français. Pourtant, aidé de ma carte et d*un fermier très obligeant que je rencontrai (a), f arrivai à LanlefiP sans m'être égaré.
( i)La piftie de k prinrinf^oà l'^n pft^ bM^oa. Froititrt épfwife la BreUgoe doucê celle où de 90o temps Ton parlait fran^is. Il n*aimaiC guère les Bretons, car très souvent il fait de ce mot un synonyme à nmtkir , ttlàtàtadrin , pilhiiHi.
(a) Il parait qu*il existe beaucoup de dilTérenoe dans lesdialecies bretons. T^ fermier» natif de la partie ouest du Finiitère» accusait mon guide de baragouiner , et avait quelque difficulté aie comprendre. Celui-ci était de Mmpol.
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A la première vue de l'appareil irrégulier du monument, il me fut bien démontré que je ne voyais pas un temple romain , mais un édifice du moyenâge. Il se compose de deux enceintes circulaires , concentriques, dont Textérieure, beaucoup plus basse, est détruite en partie. L'autre est percée de douze arcades en plein cintre reposant sur des piliers carrés avec une colonne engagée sur chaque &ce. Probablement autrefois l'arcade à l'ouest se trouvait vis-à-vis d'une porte pratiquée dans l'enceinte extérieure; mais aujourd'hui elle est détruite ou du moins complètement défigurée. Les onze autres arcades répondaient chacune à deux arcades en plein cintre, figurées sur la muraille de l'enceinte extérieure, surmontées d'un oeil«de-bœuf , et encadré.es dans une grande arcade. Celle-ci était flanquée de deux colonnes engagées; une colonne semblable recevait les retombées des deux moindres arcades comprises dans la première. Dans l'intérieur de chacune de ces arcades s'ouvrait une fenêtre en plein cintre 9 s'élai^issant en dedans, mais étroite comme une meurtrière au dehors. Une voûte unissait les deux enceintes. Telle devait être autrefois la disposition du monument, et il est encore facile de la retrouver, malgré son état de dégradation et les nombreuses altérations qu'on lui a fait subir.
Aujourd'hui toute la partie septentrionale du mur extérieur est détruite; et a l'est de l'édifice on
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a construit une petite chapelle gothique. Dans le même temps sans doute qu'on Ta bâtie ^ on faisait une espèce de transsept avec une portion de Tintervalle entre la première enceinte et la seconde. Là seulement s'est conservée une partie de la voûte qui liait autrefois les deux enceintes. Elle est en plein cintre, d^'arétes, renforcée d'arcs doubleauxy d'ailleurs très grossièrement exécutée^ tandis que les arcades intérieures se font remarquer par l'assemblage soigné de leurs claveaux très régulièrement taillés.
Maintenant, l'enceinte intérieure est à ciel ouvert et l'on ne voit pas même les amorces des voûtes. La muraille, haute encore d'une trentaine de pieds, bien que son couronnement n'existe plus , n'a pas une seule fenêtre, mais seulement quelques trous commeceux qu'on pratique pour lesécba£Eiudages. Impossible aujourd'hui par conséquent de dire comment le jour pénétrait dans cette espèce de tour. Au centre, un if abrité du vent a cru et pris un développement extraordinaire. S'élevant avec fierté au-dessus de cette ruine, il la couvre presque en entier de son feuillage sombre. Depuis nombre d'années cette enceinte sert à la fois de vestibule à la chapelle gothique, et de cimetière pour les hnbitans du village, du moins pour quelques-uns particulièrement favorisés (i); car je n'y ai vu que
(i) n est asses reioarquable qu'à Lanleff, où personne , excepté peut-^tre le curé, n'entend lefiran^ab, toutes les inscriptions sont en eette langue. Dans les villes, ce n'est guère que sur Icsbou-