MORLAIX. 15S
qu'au seizième siècle , et plus fard encore, les artistes fussent des êtres privilégiés, pour se permettre impunément tant de choses. Ils pouvaient, ainsi que Rabelais, se moquer de Dieu et. des rois, tout en ^possédant des bénéfices et recevant des cadeaux de la cour. De tout temps en France , ce me semble, on n'a aimé la débauche que pour son côté risible, non pour le plaisir physique. De là peut-être l'immense quantité de livres obacènes dont notre littérature abonde. Ne peuton paB attribuer à cette disposition les sujets fort sales qu'on trouve souvent dans les édifices religieux du moyen «âge? A une époque où la religion n'avait pas encore d'ennemis bien dangereux, on pouvait tolérer tous les caprices indécens des artistes ; il frisaient rire, et c'était tout.
S^-GILDAS f S^-HERBOT , ETC.
Je quittai Morlaix pour visiter les mines de Poullaouen et du Huelgoat , surtout pour explorer les environs où se trouvent quelques monumens remarquables. M. Junker, ingénieur en chef xles mines, et directeur de la fonderie de Poullaouen , voulut bien me sacrifier quelques jours d'un temps bien précieux , et grâce aux excellens renseignemens qu'il eut l'obligeçmce de
156 SAINT^IU)AS, SAINTHERBOT, etc.
me donner, je parcourus en peu de temps les points les plus intéressans de la contrée qu'il habite.
En allant au village de Saint-Gildas , non loin de Carhaixy nous suivîmes, pendant près d*une demi«lieue , une voie romaine , très reconnaissable à la profondeur de son empierrement, au pavage, summa crusta , qui le recouvre , enfin , à son médiocre diamètre y et à sa direction presque constamment en ligne droite. Cette voie est de Tespèce de celles qu'on nomme communément chemins haussa , parce que leur niveau dépasse presque toujours celui des champs qu'elles traversent. Qui* conque a voyagé en Bretagne aura remarqué le système vicieux de la plupart des routes modernes, qui, tracées en ligne droite, arrêtent à chaque instant les voitures par des montées ou des descentes rapides. On ne songe pas que la distance que Ton gagne en suivant la ligne droite, se compense par le temps perdu à ces montées et ces descentes, qui en otttre ont l'immense inconvénient de fatiguer extrêmement les chevaux. Les voies antiques n'ont point ce dé&ut. Suivant toujours les plateaux élevés , les ingénieurs romains ont eu l'art de ne dévier que rarement de la ligne droite, tout en préférant cependant un détour à une pente raide. M. Junker, qui avait reconnu la voie romaine l'espace de plusieurs lieues, m'assura qu'elle ne faisait que de rares flexions. Elle aboutit à Garhaix ( i ),
(i) On y A trouYé un aqueduc et beaucoup de subslrucUont. £Ues sont aujourd'hui pour la plupart recouvertes de terre.
SAIN:T^ILDA5, SAINT-HERBOT, etc. 157 qui parait avoir été un établissement romain de quelque importance^ et s'embranche, dit-on, avec une autre voie qui allait de Lesneven à la mer.
Sur le bord de cette route , au milieu des bois, on distingue une espèce de petit fort carré, de quel* que cinquante pas de coté, entouré d*un fossé. Le parapet, aujourd'hui couvert d'ajoncs et de broussailles , s'élève encore constamment à plus de trois pieds au-dessus du niveau du sol actuel. Il m'a paru composé de pierres et de terre. La position de ce retranchement sur le bord d'une voie romaine doit indiquer une origine commune. Mais pourquoi un poste militaire dans ce lieu éloigné de tout établissement considérable?
Auprès de Saint-Gildas, au miUeu d'une vallée assez vaste, s'élève une éminence d'où l'on découvre tout le pays à plusieurs Ueues à la ronde. Son sommet , légèrement aplati et de forme irrégulière j est couronné par un retranchement en terre, qui en suit tous les contours. Le plateau n'est accessible que du côté du S.^E., encore par une pente assez raide. De tous les autres côtés, et surtout au N.-O. , l'escarpement le rend presque impossible à gravir. Je n'ai vii qu'une seule jporte à l'ouest de cette enceinte. Aucun vestige de tours ou d'ouvrages avancés , si ce n'est devant cette même porte , défendue par un rempart légèrement convexe , dont les extrémités dépassent de beaucoup son ouverture. Pour pénétrer dans le camp, il fallait d'abord monter la pente S. E. du
168 SAINT^ILDAS, SAINT-HERBOT, etc.
plateau, puis looger le retranchement à portée du trait) en suivant la crête de la hauteur; en6n passer entre le parapet de Tenceinte principale et le rempart avancé. Dans la position de la porte il me semble voir quelque finesse d'ingénieur. En effet le soldat qui se dirige vers cette entrée , présente le flanc droit au retranchement, et par con* séquent se découvre et s'expose aux traits de ses défenseurs (i). Faire le tour de Fenceinte, en prenant à droite de la montée, serait impossible, car il n'y a qu'un- étroit passage entre le parapet et l'escarpement. Le fossé, que l'oeil suit partout sans peine, est aussi profond que le rempart est haut : l'un et l'autre ont trois pieds (il est évident que ce ne sont point les dimensions primitives). Le fossé est large de quatre pieds environ, le rempart est un peu moins épais.
Au*dessus du point le plus escarpé de la hauteur, et non au milieu de l'enceinte, on trouve uii retranchement intérieur, occupant un tertre qui parait avoir été élevé artificiellement. La surface de lagrande enceinte ayant été nivelée, je mppose que les terres auront été amassées à dessein pour augmenter la force de cette seconde enceinte. Cette redoute est entDurée d'un rempart en terre et d'un fossé large et profond. Sa forme est à peu
(i) Le flanc droit éuit le plus faible dans une colonne en oiai^ che, parce qull D'éUil pas comme Paotre protégé par les bou cliers.
SAINT-6ILDAS, SAINT-HBRBOT, me. 1&9 près drculaire, et elle n'a point de porte. De ce point on domine toute l'enceiute principale. Par sa position ce petit fort pouvait encore contribuer k défendre l'entrée du retranchement. Je suppose qu'il pouvait conleBir cent cinquante ou deux cents hommes , et je ne pense pas que tout le camp en ait renfiN^mé plus de deux ou trois mille. Au moment où je m'y trouvais, il semblait presque rempli par la population de Saint Gildas et de quelques villages voisins, réunis en ce lieu pour voir une course de chevaux. Or , certaine» ment le nombre des spectateurs ne dépassait p^ quinze cents personnes (i).
On appelle ce retranchement dans le p^ ie Camp de César; niais outre que sa forme n'in* dique nullement une origine romaine , sa situation n'est pas non plus en rapport avec les pré* ceptes de la castramétation antique. Pour les g^éraïuL romains, la pire assiette d'un camp était une hauteur escarpée. Avant tout ils cherchaient le voisinage de l'eau, qui manque tout à iisiit en ce lieu. Une plaine ou bien un plateau à pente douce: sur lequel leurs cohortes pussent ma*nœuvr^ sans obstacle, tels étaient les lieux qu'ils préféraient pour camper. Se reposant sur la force de leurs ouvrages et la bravoure de leurs s<ddats, lift ne voulaient pas^ en s'enfermant dans une posi--
(i) Ce redraochement présente une grande anriogie avec celui qa« l*dtt yoit prêt de CkiwlMpt > et q^'oa nooiiot k ctmf d^Àt^-
160 SAINT^ILDAS, SAINT-HERBOT, etc.
tion inaccessible, 6ter k leurs ennemis jusqu'à la pensée de les attaquer. Dire quelle est l'origine du retranchement de Saint*Gildas , me paraît au* jourd'hui chose impossible. Tant de peuples depuis les Romains se sont rencontrés en armes dans la Gaule! £t jusqu'à l'invention de la poudre, le système de castramétation a été presque uniforme : un rempart de terre avec un fossé. On n'a fait aucune fouille, que je sache , sur le plateau de Saint- Gildas; or c'est seulement par les renseignemens de détail que ces fouilles pourraient fournir, que l'on parviendrait à former des conjectures vraisemblables sur l'origine de ce camp. On y trouverait peut-être des armes, des médailles, des fragmens de poteries. Ge seraient autant d'indications précieuses ; jusqu'à ce qu'on les ait obtenues, le plus sage parti c'est de s'abstenir de toutes suppositions hasardées.
On rencontre en Bretagne un assez grand nombre de camps semblables à celui-ci. Aucun , à ma connaissance, ne présente une enceinte carrée comme celles des camps romains .suivant Polybe et Végèce ; mais il ne s'ensuit pas qu'on doive les considérer comme un ouvrage des bar bares, parce qu'ils ont une autre forme. Toutefois, je le répète, l'origine d'une fortification en terre ne peut se déterminer que par la découverte d'objets qui caractérisent un peuple ou une époque.
Pour en finir avec les camps antiques, j'en citerai deux encore dans la même localité. Le pre-
SAINT^n^DAS, SAINT-HERBOT, btc. 161 mier, très bien conservé , de forme triangulaire^ à la droite de la route de PouUaouen au Huelgoat, occupe l'extrémité d'une hauteur terminée par deux escarpemens qui se rencontrent sous un angle assez aigu. Devant la porte pratiquée sur la base du triangle , on a élevé, de même qu'à Saint- Gildas , un ouvrage avancé. J'estime qu'un millier d'hommes pourraient se renfermer dans l'enceinte. La voie romaine dont j'ai déjà parlé passe non loin de là.
Près du Huelgoat , sur un plateau couvert de gros quartiers de rochers , on voit un camp beaucoup plus considérable que les précéden3| dont le périmètre, bien que détruit sur plusieurs points, est encore facile à déterminer. On le nomme le camp d'Arzur, corruption d'Arthur probablement (i). Ce mot est d'autant plus remarquable, que les paysans bretons d'aujourd'hui me semblent connaître beaucoup mieux César qu'Arthur, leur compatriote , et le héros de romans inventés, dit-on , dans leur pays.
Partant de Poullaouen , que j'avais choisi comme centre de mes explorations, je suis allé visiter l'église de Saint - Herbot , célèbre dans le
(x) Dans là langue bretonne, le T est une lettre mate qui, précédée d'une autre lettre , peut &e changer en Z. Ainsi Ton dit ma zad mon père au lieu de ma tad,
(63 SAINT-GÏLDAS, SAINT-HEKBOT, btcI pays par swi Pardon (i), qui, toas les aos, ^ attire une foale cooBidén^le de dévots et de curieux. Végli^e paraît avoir été réparée à plusieurs reprises, ou du moins sa construction a duré fort long - temps. Sa forme est celle d'un parallélogramme rectangle; cMe n*a pas d'apside. A Tinlérieur, des piliers cylindriques ou carres divisent la nef, les uns et les autres flanqués de colonnes engagées. A leur épaisseur, surtout au style de leurs chapiteaux , je serais tenté de les croire du treizième siècle; on m'assure que FégHse ne date que de la fin du quatorzième.
En Bretagne, il est vrai, le style gothique primitif s'est altéré phw lentement qu'ailleurs, et pour ne citer qu^un détail remarquable, le chapiteau s'est conservé dans cette province jusqu'au seizième siècle, tandis qu'au quinzième il disparaissait de presque tous les édifices de la France centrale. Dans le portail méridional de Saint- Herbot et sou» le porche qui le précède, j'observe ' des chapiteaux ornés de feuillage élég^ns que j'aurais certainement crus du seizième siècle, s'ils n'étaient accompagnés de détails bien caractéristiques du quinzième. Au-dessus de la nef, à
(y) C«A-à-dire U joar de sa fête, qui , ainsi que celle de tous les saints bretons, se célèbre par une cérémonie religieuse , suivie de danses et terminée par une orgie. Saint Herbot guérit ou préserve les animaux de tout mal. Pour se le rendre favorable , on «lépose sur son autel, le jour de son pardon , une poignée du poil de l'animal' auquel on s'intéresse. L*aftinée dernière , ces poignées ^tenies se sont vendues i ,600 fr.
SAINT-GiLDAS, SAINTHERBOT, etc. »63 louesi f s'élève une tour carrée i percée de fenêtres en ogive ^ entourées de gros .tordes. On Taperçoît de fort loin ^ et Teffet en e&t délicieux. Elle m'a paru remonter à la construction primitive , à Texception d'un couronnemellt de stjle flamboyant qu'on y a m^adroitement ajouté. Le portail oc cidental , sur lequel on lit la date de 1 5 j6 , est un placage assez riche; on y remarque l'ogive à contrecpurbe, les feuillages gras et' frisés (matives et choux), accompagnés de mouliuries prismati* tjues et très saillantes. Une galerie flamboyante surmonta ce portail.
J'ai déjà dit un ftiot du portail- méridional ^ beaucoup plus impoi^tant} ses jolies voussures parfaitement refouillées renferment des figurines ou des rinceaux y un peu maniérés, il est vrai, comme toute ornementation flamboyante. Contre les parois du porche sont rangées ks statues des douze apôtres, peintes* et dorées; elles sont mé» diocres, et leurs draperies' à plis cassés et roides manquent de grâce et de ^^îté. A tout prendre • cependant, l'effet général de ce porche est des plus satisfiEDsanSy et mainte égKse de grande ville s*en frouveraiA honorée. Mais le.chtem- de Saint- Herbot le fait bientôt oublier. C'est une merveille d'élégance et de bon goût que son cbancel ou jubé en bois, travaillé dans le style de la Renaissance. Quoique cette délicieuse boiserie ait beaucoup souffert, eHe offre encore plusieurs parties intactes, où l'on peut étudier un système d'ome-
164 SAINTGILDAS, SAINTHERBOT, etc.
mentation riche et gracieux, frappant dans son ensemble , et qu'on aime ensuite à détailler à loisir, n serait à désirer qu'on prit plus de soin de ce jubé , qu'on le fît nettoyer et passer à l'huile. Je vous prierai de vouloir bien en recommander la conservation à M. le préfet du Finistère.
Les vitraux, je devrais dire les deux seules verrières qui subsistent encore, sont assez remarquables par le dessin et la richesse des couleurs. Us portent la date de j556. Devant l'église, j'ai lu av^ quelque étonnement une date de la fin du même siècle , au pied d'une croix de granit , ornée de statuettes, bas-reliefs, etc., qu'à leur s^le tout gothique j'aurais certainement crus beaucoup plus anciens.
Adossée au portail méridional , on remarque une petite construction bien lourde , dont les chapiteaux ioniques et la forme prétentieuse annoncent un ouvrage contemporain de Louis XIV. C'est le reliquaire de l'église. Je dois expliquer ce que c'est qu'un reliquaire en Bretagne et quelle est sa destination. Une pratique fort étrange règne dans cette province. Les parens d'un mort le font exhiuner au bout de quelques années, lorsqu'ils croient qne la terre a absorbé ses chairs décomposées. Les os recueillis sont alors rejetés dans un petit bâtiment construit ad hoc auprès de l'église; c'est le reliquaire. Quelquefois on réserve la tête du mort pour la mettre dans une boite, et la placer dans un Ueu apparent de l'église, avec cette
SAINT^ILDAS, SAINT-HERBOT, etc. 165 inscription : « Ci'git le chef de N. » Il est impos* sible d'imaginer rien de plus repoussant que ce monceau d'ossemens blanchis , jetés péle«niêle au milieu des orties qui poussent toujours en abondance dans les reliquaires. Bien souvent un zèle empressé n'attend pas l'entier dépouillement du squelette, et de$ lambeaux de chairs puantes attirent les chiens que personne ne prend soin de chasser. D'ailleurs ces ossuaires n'inspirent aux paysans ni dégoût ni respect. J'en ai vu plusieurs s'y abriter de la pluie , d'autres y manger; quelques-uns attendaient que j'eusse passé pour y faire l'amour avec leurs maîtresses. Je ne sais à quelle époque remonte ce détest^le usage ; mais je n'ai pas vu un seul reliquaire de construction ancienne, un seul, par exemple, qu'on pût rapporter à la période gothique. Dans les villes un peu considérables , ces charniers sont des dépendances des cimetières, et n'offensent pas la vue des passans et des dévots comme dans les villages ; mais il y a peu d'égliseaoù l'on ne trouve des chefs (i).
 un quart de lieue de Saint-Herbot, M. Junker me fit remarquer im groupe de pierres dont l'ori-
(i) J'ai va tor les bords du Rhio des ossuaires fort aociens attenant aux églises , quelquefois établis dans des caveaux voisins de lacrypie. Au reste, en Alsace et dans les provinces Rhénanes» celte coutume se perd rapidement.
166 SAINT^tILDAS, SAINT-HËRBOT, ETC.
gine «^ inconnue* Il se trouve âam une lande, sur le penèhant de Tune des collines dont Tensemble se nomme la montagne Noire. C'est une espèce de dolmen composé de tables de schiste noir assez minces, les unes plantées verticalement, les autres horizontales posées au-dessus. On voit peu de ces dernières qui aient plus de cinq ou six pieds de long; les piliers ne s'élèvent pas à plus de deux ou trois pieds ; enfin , par sa forme et par son étendue, ce monument se rapproche beaucoup des kîstvens des environs de Saint- Biieux. ^î a environ trente-cinq pieds de long sur quatre à cinq de large } mais on s'aperçoit qu'un assez grand nombre de pierres ont été enlevées. L'extrémité O.-N.-O. est fermée par une pierre faisanlangle droit avec les autres; on ne peut aujourd'hui savoir si Textrémilé opposée était ouverte comme Test d'ordinaire la partie orientale d'un dolmen. Ce groupe de pierres s'appeBe dans le pays le Tombeau du géant, et l'on conte que cdni qu'on y enterra était si grand qu'il fellut le plier sept fois sur lui-même pour qu'il tînt dans cette enceinte (i). Je suis porté à croire cjue c'est un véritable dolmen , bien que la nature de^ matériaux le distingue notablement de tous ceux que j'aie vus ou dont je connaisse la description. Comparés aux énormes
(i) Oe^ nom de tombeau da géant doit Stre noté , parce qii*CQ général le peuple ne conaidère pas les dolmens comme des monumens fànèbres. Celui-ci est le seul auquel j'aie entendu atXriboei^. une semblable destination.
SAINT^IUJAS, SAINT^HEKBOT, etc. 1î67 hlox» de grès ou de graaiit qui composent les dolmens de la Bretagne et de J'Anjou., ces dattes de schiste paraissent tnéprisables. Malgré mon scepticisme en £ait demonumens celtiques , je me fis une hypothèse pour expliquer la construction exceptionnelle de cdui-ci. Ge dolocMn , me dis-je^ date d'une époque où la rdi^on des druides était persécutée; ses sectateurs ne pouvaient célébrer qu'en secret leurs mystères, et par conséquent pour élever des dolmens ils. choisissaient des ma* tériaux d'un transport facile.... Mais x^ela, je le «ensy ne vaut pas la peine d'^e discuté.
Repassant par Morkdx y j'aUaî visirter Yé^iise de Saint-Jean-du-Doigt, dont je voulais examiner les vases sacrés, présens, me disait-on, de la duchesse Anne. Ces vases , dont le plus remarquable est un calice en vermeîl,iflïew'0nt pwit-pim aussi anciens qu^on le prétend. Le calice, en particulier, semble composé de pièces hét érog ènes; et à mon avis, la coupe et la base ont été travaillées par un orfèvre du temps de Louis XIII, tandis que le milieu du if/ase, le pied, très richement orné, pwte le caractère des bons ouvrages de la Renaissancae.ir'examinaieivcore.a^««e plaisir un beau dhoire oriiéde médaiUons ^maillés^ représentant les douze apôtres. C'est assur rément un morceau de quelque maître italien. Qjn
168 SAINT-GILDAS, SAINT HERBOT, etc. me montra enfin une fort belle croix que j'attribue^ rais au commencement du seizième siècle.
Bien que fondée en i5o4 et consacrée en i5i3, l'église présente des chapiteaux à feuillages, ou composés de deux quarts de rond , semblables k ceux qu'on rencontre quelquefois dans le reste de la France vers le milieu du quatorzième siècle. Cest un exemple nouveau de la longue durée des premiers types gothiques en Bretagne. — Cette pe* tite église n*est couverte que par une voûte en planches y mais ornée et peinte avec beaucoup de goût. La moulure qui règne à la hauteur de sa naissance est d'une rare élégance et d'un fini merveilleux. C'est un cordon de pampres entremêlés de pommes de pin et de grappes de raisin. Je recommandai au curé, qui pensait à faire réparer la toiture , de respecter religieusement toute cette gracieuse dé* coration.
Saint-Pol-de-Léon renferme deux églises extrêmement remarquables : la cathédrale et Notre- Dame-du-Creizker.
De la route de Morlaix l'aspect de la ville est très pittoresque. La haute tour du Creizker , surmontée d'un flèche élancée, travaillée à jour, la
domine y et semble se lier à la cathédrale dont on aperçoit en même temps le toit çt les deux clochers. Plus loin , à l'orient de celleK^i, on découvre une autre tour, mince et svelte comme un minaret, qui, bien que fort moderne, se marie assez heureusement à distance avec les clochers gothiques. On dirait que toute la ville n'est qu'une immense église, et il y faut entrer pour reconnaître son erreur.
La cathédrale , consacrée à saint Pol , est un bel édifice gothique , dont le plan a malheureusement perdu sa régularité primitive par des additions et des réparations considérables. Ainsi la construction d'une chapelle sur le côté sud de la nef, et l'élargissement des chapelles du chœur ne permettent pas de saisir d'un coup d'oeil l'ensemble du monument. Ce défaut, qui frappe d'abord lorsqu'on examine l'extérieur de l'église, est moins sensible à l'intérieur. En effet ces constructions ajoutées ne s'aperçoivent que de certains points; encore faut-il qu'ime espèce de raisonnement en vienne démontrer l'irrégularité.
La nef est précédée par un vestibule divisé comme elle en trois parties , chacime ayant une porte donnant au dehors , et une autre donnant à l'intérieur de l'église. Les vestibules sont rares dans les ^lises gothiques. Souvent une l^ère dif» férence dans la largeur des arcades, quelquefois dans la disposition des colonnes, voilà tout ce qui rappelle la division réservée autrefois aux cathé-
cumènes. Ici au contraire le vestibule est lorlement caractérisé, puisque ce sont des portes qui le séparent de la iief , comme c'est le cas dans un assez grand nombre d'églises romanes.
Les arcades delà nef sont élégantes* Leur forme est l'arc en tiers<point , que dessine une archivolte composée de moulures rondes, alternativement creuses ou saillantes. Elles retombent sur des colonnes engagées latéralement dans des piliers carrés. Sur leur face principale s'élève sans inter* ruptiou, depuis le sol jusqu'à la voûte, un faisceau de trois colonnettes d'une gracieuse proportion. Une seule fenêtre, en lancette, assez étroite, s'ouvre au-dessus de la galerie. Les collatéraux n'ont éga* lement qu'une seule feoétre par travée. A la différence qu'on observe dans la disposition de leurs meneaux f on ne peut méconnaître qu'dles appartiennent à plusieurs époques distinotes. Les fenêtres ies plus anciennes (i) n'ont qu'un seul meneau formant deux ogives, dont les courbes extérieures se oonfondent quelquefois avec le chambranle intérieur de l'ogive principale; d'autres fois les deux ogives intérieures,. ayant leur «aisstnce commune avec l'ogive maîtresse, sont surmontées d'une rose assez bien découpée. Quant aux fenêtres filus modernes, à mon avis, le tympan de leur ogive est rempli d'enlrelas compliqués, figu-
(i) Elles soDt vers l'entrée de la nef; à l'extérieur on remarque leurs arohi voiles dessinées parmne dent de scie ou ou chevron.
SAINT-POL-DE-LÉON. 1 7 i
rant des oœurs^ ou bien <les courbes flamboyantes. Les uns et les autres , médiocres d'ailleurs sous le rapport de l'invention, sont d'un effet peu agréable.
C'est dans le transs^t qu'il faut chercher les parties les plus anciennes de l'église. Bien que rétréci considérablement par l'érection de nouvelles chapelles latérales au chœur , il est encore remarquaUement lai^e ; et il semble que dans le principe le mur oriental des croisillons s'alignait sur les premiers piliers du chœur, au lieu de s'aligner sur les deux piliers à l'orient du transsept, comme cela est ordinaire. Dans le transsept méridional surtout, on remarque des colonnes enga^gées, dont les chapiteaux, appartiennentincontestablement à l'époque romane. Courts et écrasés, pour la plupart, ils sont ornés de feuillages grossièrement sculptés , quelques - uns d'un large ruban replié sur lui-même entourant la corbeille, de manière à représenter une espèce de chevron.
On retrouve d'autres vestiges romans dans trois piliers parallèles aux bas-côtés du chœur, et engagés plus ou moins aujourd'hui dans une maçonnerie moderne. Malgré les réparations et les additions idu quinzième siècie , on voit que , dans l'origine , ils soutenaient une arcature ogivale. Leurs chapiteaux mesquins et médiocrement exécutés semblait, à l'exception d'un seid(i), con-
(i) Ccfaû-ci iDérke vine 4escrip«ioii délaMée. Le pUn ^^ pilier
temporains des colonnes du transsept dont je viens de parler.
Le transsept méridional se termine par une très belle rose, parEaitement travaillée, et d'une très grande dimension. Ses meneaux réguliers etd*une
représenterait un carré tangent par sa &ce orientale à un triangle îsoscèle. La partie carrée de ce pilier se termine en haut par une moulure romane ornée de rinceaux , en guise de chapiteau. £ile est surmontée d'un tailloir très saillant — £n difîféreos endroits on a abattu les angles du pilier sans qu'on puisse s'en expliquer le motif. — Le chapiteau, ou plutôt l'amortissement de la partie triangulaire du massif est inBniment plus large que celui de l'autre partie. Cest, à proprement parler, un double bas-relief, sculpté sur les faces du triangle. Il est placé obliquement, et l'angle saillant se termine en biseau. De chaque c6lé, en touchant au massif carré, le basHrelief s'arrondit. Le haut surplombe sensiblement la base • qui vient couper le plan du pilier. Je vais décrire chaque face Tune après l'autre : sous le côté méridional , paraît d'abord une tête k barbe , tournée à droite , couverte d'un casque sans aigrette , ou bien d'une chevelure épaisse et divisée en boucles cylindriques. Sa grandeur est à peu près de demi-nature. Tout auprès on voit une main gauche, fermée, le pouce étendu sur le premier doigt replié, les ongles tournés vers le spectateur. Viennent ensuite trois petites figures nues et ailées , mais les deux premières aeulenlent sont comprises sur la face méridionale. L'une, celle qui est la plus proche de la main fermée, semble poursuivre la seconde. La trobième lève la main droite et porte la gauche sur sa poitrine. Toutes les trois posent leurs pieds sur quatre objets sphériques à surface rude; mais dire ce que sont ces objets me serait impossible , car , outre la hauteur à laquelle le bas-relief est placé , il est recouvert d'une couche de badigeon d'une épaisseur peu commune. Si l'on passe maintenant du côté opposé, on voit une tête chauve avec peu de barbe , placée de trois, quarts, et tournée vers la gauche, c'est-à-dire vers la troisième figure que je viens de décrire. Une autre tête termine ce côté du bas-relief; celle-ci , posée d'ailleurs comme la seconde, se distingue par une
légèreté surprenante j bien que taillés en granit , âgurent en se croisant des ogives trilobées, des trèfles 9 des quatrefeuilles , toutes combinaisons de courbes ogivales ordinaires dans le commencement du gothique fleuri (i). Il n'est pas douteux,
barbe poiotae, et de longs cbeTeiiz frisés en rouleaux lui couvrent presque tout le front Entre ces deux dernières têtes, j'oubliais de mentionner une main droite étendue, la paume de la main tournée en dehors. Telle est la description exacte , je crois, de ce monument bizarre. Peut-être le badigeon cache^t-il quelque détail important, ou bien nne inscription qui en donnerait la signification. Malgré la grossièreté du travail, oh remarque que cette sculpture ne manque pas d'une certaine noblesse , et je ne puis croire que ce soit un ouvrage du mojen-âge. Je pencherab plutôt i le regarder comme un bas-relief romain ,'et Tun de mes amis, qui l'examinait avec moi , familiarisé avec la sculpture antique, partagea mon opinion sans que je la lui eusse communiquée. Nous pensâmes encore, l'un et l'autre, que les têtes étaient représentées coupées^ et je me rappelai sur-le-cbamp un monument analogue que j'ai eu l'honneur de vous signaler L'année dernière ; un bas-relief extrait des ruines qui couvrent la colline d'Ëntremont près d'Aix, et sur lequel on voit également des têtes coupées. On le regarde comme une espèce de trophée barbare , et un ouvrage des Salyens. Celui-ci, d'un travail un peu meilleur, parait aussi moins ancien. Quant à llnterpréter, ou bien à trouver sa destination primitive , car il me semble évident qu'il n'a pas été exécuté sur place, ce serait, dans l'état où il se trouve actuellement , une espèce de divination qui surpasse mea forces. Quel qu'il soit, il mérite qu'on l'étadie; et je vous prierai, Monsieur le Ministre, de vouloir bien le signaler à Tattention de M. le sous-préfet de Morlaix, pour en assurer la conservation. Il serait à désirer qu'on le lavât avec soin; puis il faudrait le faire dessiner aussi exactement que possible, ou mieux encore le mouler ou l'estamper. Je join» ici un croquis que j*ai fait sur les lieux, et qui rendra plus intelligible la description précédente.
(0 Elle repose sur une arcature figurée, composée d'ogives
1 74 SaINT-POL-DE-LÉON.
cependant, que cette roàe ne soit bemiootip phis moderne que la nef, et on ne saurait la croire antérieure au quinzième siècle : pour cette époque d'exagération et de bizarrerie , c'est un véritable chef-d'œuvre. Il suffit de passer dans le transsept opposé pour s'apercevoir qu'elle est nécessairement postérieure au rétrécissement de la croisée dont j'ai parlé. A l'extrémité du transsept septentrional, une grande fenêtre en ogive, opposée à la rose, surprend d'abord par sa position excen* trique. En outre , la voûte vient couper sa pointe et la défigure entièrement. Il devient évident que la voûte a été refaite et baissée après la construction de cette fenêtre. Une autre preuve se présente dans les nervures de cette voûte , mal accordées avec les amorces des anciennes nervures ^ qui touchent aux chapiteaux des colonnes engagées. Enfin, si l'on ajoute au transsept une chapelle qui n'en est séparée que par un mur de refend, on remarquera qu'alors la fenêtre se trouvera précisément au milieu du mur septentrional de la chapelle et du transsept. C'est une preuve que la chapelle a été faite aux dépens du transsept » après la con«« Btruction delà fenêtre, placée, alors « au milieu de
trilobées avec un trèfle au-deuos. Unemouhire rectatvgulaire sépare chaque arcade, tot Fajrcatnre entière est encadrée par une grande moulure semblabte. Cest on modèle assez exact d*un panml ( ou surface plane ornée ) du style que les antiquaires an^tU» nomment decorated engtish y correspondant pour Tépoque à notre gotliique fleuri.
son mur septentrional. Sans doute, l'architecte qui a restauré Saint-Pol avait Tintention de la remplacer par une rose semblable à celle du cro»sillon méridional.
Le chœur , plus long que la nef ( il devait lui être égal avant le rétrécissement du trans8ept)^est entouré par un double rang de piliers qui for* ment deux collatéraux comme dans Notre-Dame de Paris ou bien dans la cathédrale de Chartres. On s'aperçoit facilement que ce choeur appartient à une époque moins ancienne que la nef. Sa décoration est d'ailleurs élégante et riche. La galerie au-dessus de ses bas-côtés se compose d arcades à contre-courbes entourées de larges archivoltes bien fouillées^ et surmontées de roses. Au-dessous des fenêtres, règne une seconde galerie, avec une balustrade dont les meneaux tourmentés , et bien lourds pourtant y dessinent des cœurs, comme le tympan de certaines ogives de la nef. I-.es fenêtres ont une forme bizarre et inusitée. Au lieu de se terminer par un arc, elles ont leur amortissement en forme de mitre , aussi bien que les travées dont elles occupent le sommet. La décora* tion du tympan de ces fenêtres est formée de lignes droites partant des meneaux verticaux pour s^eàtrecroiser de la manière la plus malheureuse. Cest là une détestable imitation du style perpendiculaire des Anglais. Les fenêtres des bas-côtés et des chapelles du chœur sont ogivales, mais leurs meneaux ne sont pas mieux agencés. La plupart de
leurs tympans sont remplis par des cœurs , ou bien par d'autres dessins flamboyans d'une très médiocre exécution.
Il faut noter dans ce chœur la manière dont les deux galeries se trouvent encadrées par des moulures horizontales très saillantes qui coupent les colonnes engagées. Rien de plus commun dans les derniers temps du gothique que ces longues moulures horizontales -fortement accusées y qui pénètrent et interrompent les lignes verticales, dont la prédominance est l'un des caractères les plus constans du style gothique primitif. Avec le temps y l'idée-mère du système gothique s'était effacée , et le choix et l'exécution des détails occupaient uniquement l'attention des architectes.
Je ne dois pas oublier quelques jolies boiseries bien sculptées qui garnissent l'intérieur de ce chœur. Elles ont peu souffert des injures du temps y et pourtant elles datent du seizième siècle; mais on vient de les peindre à l'huile !
La chapelle de la Vierge, à l'extrémité orientale du chœur, figurerait en plan une espèce de trapèze ; on peut la considérer comme une transition entre l'apside serai-circulaire ou polygonale du gothique français, et la chapelle carrée du gothique anglais (Ladjrs chapel).
Sur la voûte de l'une des chapelles latérales, on voit une peinture singulière. Qu'on se représente trois faces humaines réunies par le front , ayant trois nez et trois bouches, mais seulement
trois yeux. A volonté, on réunit ces yeux deux à âeuxj pour chaque face prise isolément. C'est la plus horrible caricature qui se puisse voir. J'entrevois là une espèce d'allégorie de la Trinité; mais pourquoi trois yeux seulement ? Au bas est écrit en lettres gothiques, MA DOUEZ, en breton : « mon Dieu. »
Si Ton compare l'ornementation des chapiteaux de la nef à ceux du chœur , on observera une grande différence dans leur composition et dans leur exécution .La plupart des premiers portent le caractère de la première époque gothique. Terminés par des crochets saillans, ils sont, en général , d'une grande simplicité. Quelques-uns cependant peuvent se rapporter au gothique fleuri. Dans le chœur ils sont tous travaillés avec un fini merveilleux. Les uns, et c'est le plus grand nombre ^ se composent de ces larges feuilles , grasses et frisées, si communes vers la fin du quatorzième siècle; quelques-uns sont ornés de grandes fleurs , d'autres de feuilles d'eau, ou bien d'oseilles parfaitement imitées. Presque toutes les colonnes engagées présentent sur le milieu de leur surface saillante une moulure verticale et rectangulaire, large d'un pouce environ. On dirait une longue règle clouée le long du fut. Sur les colonnes romanes du transsept, et sur quelques-unes de la nef, le même ornement se reproduit. Il semble avoir pour but de tromper le spectateur sur la grosseur réelle de la colonne en la divisant ; et en
effet, je ne sache pas qu'on en trouve d'exemples avant l'époque où , pour le même motif, on commença à grouper les colonnes en faisceau. Les fïits les plus anciens, ornés de la sorte, que j'aie remarqués , sont ceux de l'ancieime église Saint- Martin à Paris. — Il n'y a que deux piliers sans cha* piteauxàSaint-Pol-de-Léon; tous les deux dans des chapelles latérales au chœur, ajoutées très postérieurement à sa constrnction.
Le portail principal , à l'occident, est flanqué de deux tours carrées à deux étages : l'inférieur sans ouverture avec une arcature ogivale figurée; l'autre percé sur chaque face de deux fenêtres étroites .en lancette, entourées d'une profusion de moulures rondes. Les contreforts assez saillans ne montent qu'à la hauteur de l'arcature figurée. Au-dessus de la plateforme qui couronne le second étajge , s'élance une flèche octogone , travaillée à jour au milieu de quatre clochetons.
La porte, masquée par un porche moderne, est surmontée de trois longues fenêtres en ogive. Audessus une terrasse avec sa balustrade couvre le vestibule : derrière parah le mur de la nef orné d'une arcature assez élégante.
La décoration du portail méridicmal est plus riche. Un porche asse» vaste le précède. Les vous- Bwres de la porte méritent d'être étudiées pour leurs feuillages courans , refouillés profondément, et sculptés avec une étonnante perfection (i). Au
(t) En féDéral ces détails sont en pierre de Kereanton. *
milieu de la variété capricieuse de rornementafioQ 9 on peut observer la prédilection de Fartiste pour les feuilles larges et ondulées, garnies de fortes côtes et de nervures , telles qu« les feuilles de vigne , ou celles de ohou et de mauve. 3ien que ciiaque dentelure semble copiée avec un soin minutieux, toutes ces feuilles poiurraient être inscrites dans un carré. C'est un des caractères ^e rornementation gothique vers sa décadence, que cette manière d'isoler chaque détail, comme pour mieux fsiire ressortir la perfection du travail. Si tel était lebut des artistes de lafin du quinzième siècle, il a été atteint sans doute; mais ils se méprenaient étrangement, car ce n'est pas avec une multitude de- miniatures que Ton décore un vaste édifice.
Voici les seuls renseignemens historiques que j'aie trouvés sur la cathédrale de Saint-Pol. Inutile de parler de sa fondation par Conan Mériadec , qui vivait au quatrième ou cinquième siècle (i). Au dixième, les Normands dévastaient l'église. Restaurée peu après > elle tombait en .ruines au commencement du quinzième siècle, épqque à laquflle elle aurait été démolie, puis rebâtie telle que nous la voyons aujourd'hui.
U n'y a aucune apparence que les piliers ropians que j'ai décrits soient des restes de l'^gUse du cinquième siècle (â). A mon sentiment, on ne peut
(i) On dit qu*n fut nommé dac ou roi des Armoricains par Maxime en 383 ; d'autres historiens le font mourir en 458.
{t) A l'exception peut-être du pilier qui porte le bat -relief dé crh plus bas.
les reporter plus loin que le milieu du douzième siècle. Quant à la nef, si l'on en excepte les voûtes, la décoration prétentieuse du tympan de quelques fenêtres, et pAit-être les chapiteaux d*un très petit nombre de piliers, ainsi que la chapelle et le porche méridional, je ne doute pas qu'die n'appartienne tout entière au treizième siècle. De cette même époque datent la façade occidentale et les tours, moins leurs flèches (i). Le chœur sera du quinzième, et la construction sans doute en aura duré assez long-temps pour que les galeries et les fenêtres n'aient été terminées qu'au seizième siècle. Je ne crois pas en effet qu'on puisse assigner une autre date à ces parties remarquables par la bizarrerie de leur ornementation.
Au treizième siècle, l'église de Saint-Pol avait sans doute un chœur et des transsepts d'architecture romane; nous en voyons encore des fi^agroens , mais il est mal aisé de s'expliquer la position primitive des trois piliers romans placés aujourd^ui sur un alignement parallèle à celui de la seconde rangée de piliers gothiques dans le chœur actuel. £n se prolongeant , la ligne de ces piliers couperait le transsept méridional aux deux tiers de sa longueur. On ne peut admettre que le chœur roman eût de chaque côté trois rangées de piliers, disposition sans exemple, et l'on ne peut supposer
(x) La plupart des antiquaires bretons croient que ces tours sont une imitation du clocher du Creizker, lequel a été construit au commencement du quinzième siècle.
SAINT-POL-DE-LÉON. 18t
non plus qu'il fût beaucoup plus lai^e que n'est le chœur aujourd'hui. Il faut donc penser que, dans l'origine, ces piliers n'appartenaient pas à régUse , mais à quelque construction voisine , telle qu'une salle capitulaire, une sacristie, etc.
Dans la nef, auprès du portail méridional, on*
voit une grande auge en granit, qui sert de
bénitier. Sa longueur, sa forme en trapèze, et
les sculptures grossières qui couvrent ses côtés ,.
ne permettent pas de douter que ce ne soit un
tombeau. On dit que c'est celui de Ck)nan Méria-
dec. Ce sont de ces traditions respectables qu'on
peut croire, mais qu'on ne peut pas discuter^.
parce qu'il n'y a pas même commencement de
pceuve. Toutefois le tombeau est fort ancien. La
• face principale présente cinq arcades en plein
cintre, et un rameau dépouillé de ses feuilles. Sur
l'un des petits côtés est sculptée une croix à huit
pointes , de l'autre un arbrisseau informe. Cela
ressemble beaucoup aux tombeaux chrétiens qu'on
trouve en si grand nombre aux environs d'Arles( i ).
L'église de Notre-Dame- du -Creizker (mot à mot : du milieu de la ville) a été bâtie à la fin du quatorzième siècle par le duc Jean IV , sur les
(x) Gambry rapporte avoir tq dans Téglise ane plaque de bronze avec cette inscription : Uicjacet Conanus rex Brifonum, Il ne dit rien da tombeau.
1 82 SAINT-POI. DE.tiX)N.
ruines dune chapelle beaucoup plus ancienne et qui portait le même nom. Restaurée maladroitement depuis peu d'années, elle n'offre plus rien d'intéressant à Tlntérieur , à Texception des quatre piliers qui servent de base à son clocher. Lorsque Ton Compare leur légèreté avec la hauteur immense de la tour qu'ils soutiennent, on a peine à concevoir que tette énorme masse repose sur des fon démens aussi frêles en apparence (i). lie clocher, haut avec sa flèche de trois cent soixante-dix pieds, est remarquable par sa légèreté et l'élégance de sa décoration. U est carré et percé sur chaque face de deux fenêtres en ogive, entourées, comme celles de la façade de la cathédrale, d'une profusion de moulures arrondies. En sortant du toit de la nef, la tour présente deux arcatures ogivales l'une au-dessus de l'autre, séparées par une moulure et comprises toutes les deux dans un encadrement rectangulaire. Dans l'arcature inférieure, qui est à joui*, chaque ogive est encadrée dIe-mêmepardes!tioulures perpendiculaires. L'arcature supérieure est seulement flgurée. Les deux fenêtres s'ouvrent au-dessus. On ne saurait disconvenir que le clocher du Creizker n'ait une grande
(i) l\ est vrai que les murs extérieurs de Téglise serveot en quelque sorte dVrcs-bouUns au clocher. On doit remarquer les chapiteaux des coloDnes en faisceaux qui composent ces piliers. Ils ressemblent aux premiers chapiteaux gothiques du treinème siècle. J'ai déjà dit combien on trouve souvent en Bretag ne^d'msomalies semblables.
apparence 4e l^èreté; mais je tnnive que dans ce cas c'est un abus. Celte base découpée, si frêle , me déplaît, surmontée qu'elle e&t d'une masse pleine et lourde. C'est un vice réel en architecture que de ne pas respecter la vraisemblai&ce ; et la solidité de la construction, bien que prouvée par sa durée , n'est pas évidente au premier coup d'œiL II faut tjue le raisonnement vienne la démontrer, et c'est un grave défaut. Les moulures perpendiculaires qui çncadrent les deux arcatures , sont une imitation évidente du style anglais, et en effet , la tradition s^ttribue à un architecte anglais la construction de cette tour. Une moulure très riche, surmontée d'une balustrade, en couronne le sommet. De la plateforme s'élève une longue flèche découpée à jour et flanquée de quatre clochetons fort l^ers. Des colounettes minces, disposées en carré, soutiennent un massif conique surmonté d'un second étage octogone et à jour. L'amortissement est formé par une pyramide aiguë. Il m'a paru que la transition entre la base carrée et le masaif conique n'était pas d'un effet agréable. Sur chaque face de la fléché, entre deux clochetons, s'ouvre une fenêtre surmontée d'un fronton aigu. Cet entourage, trop important peut-être, nuit un peu à la flèche elle-même et lui ôte de sa légèreté.— On dit que les tours de la cathédrale ont été imitées de celles du Creizker. A ce compte elles seraient du quinzième siècle. Mais il suffit de les comparer pourvoir combien elles diffèrent en réalité, et
dans les premières tous les antiquaires reconnaîtront le style du treizième siècle. Il se peut , et je suis porté à le croire, que les flèches de Saint- Pol soient copiées de celles du Creizker. Elles ont en effet une grande ressemblance de style avec celles-ci; elles n'en diffèrent même que par leur moindre proportion ^ et par la forme de leurs clochetons beaucoup plus simples et qui me semblent plus élégans.
Le portail septentrional de Notre-Dame est orné avec un goût exquis. Malgré les mutilations dont il porte partout les traces , c'est encore un des types les plus élégans du dernier gothique fleuri. Quelques petites statuettes , échappées par miracle, m'ont frappé par la naïveté de leur pose et la finesse de leur exécution. On retrouve là d'ailleurs le même style d'ornementation, je pourrais dite les mêmes végétaux , qu'au portail méridional de la cathédrale. Toutefois, le reproche que je faisais aux omemens de ce dernier , d'être comme isolés et de manquer d'ensemble, n'est pas applicable ici : à un admirable fini dans tous les détails se joint un bel effet de décoration générale. L'ensemble plaît de loin, et de près on étudie avec plaisir les charmantes minuties qui le composent.
Au-delà de Saint-Pol-de-Léon,je fis une excursion rapide jusqu'à Roscoff, petite ville peuplée de
marmsy où Ton ne remarque qu'une église assez curieuse par son architecture , contemporaine assurément de Louis XIV, mais encore fortement empreinte de souvenirs gothiques. A vrai dire, elle n'a que l'apparence du gothique, la physionomie, pour ainsi dire ; car tous les détails appartiennent au style classique le plus lourd et le plus médiocre. Beaucoup d'églises de villages , en Bretagne , semblent exécutées d'après le même type. Comme fabriques dans un paysage, l'effet n'en est point mauvais ; mais examinées de près , elles n'ont pas le moindre mérite.
En revenant de Roscoff , près du hameau de Keresta, je me suis arrêté pour examiner un monument celtique assez grand et dont la forme me semble inusitée. Â proprement parler, ce sont quatre dolmens réunis et groupés symétriquement. Les deux premiers , ouverts à l'est et sur deux lignes parallèles , touchent presque au troisième, le plus grand de tous , placé un peu en arrière et au centre de ceux-ci. Une espèce de corridor bas et à moitié obstrué de terre et de ronces mène de ce dolmen dans l'intérieur du quatrième, disposé sur le même axe que le précédent. Il semble avoir été fermé à l'ouest. Comme ce monument se trouve au milieu d'un champ cultivé , on Ta en partie enterré sous les pierres qu'on retire des sillons voisins. Peut-être en a-t-ou enlevé quelque portion , en sorte qu'on ne voit pas nettement aujourd'hui si les dolmens, à l'est, communiquaient
avec les deux autres. La pierre qui recouvre le dolmen du milieu a qudque quinze pieds de long. Les autres sont moins grandes. Le groupe entier est long de soixante pieds environ. On ne peut entrer qu'en rampant dans Tintérieur; mais le terrain , comme je l'ai dit, est haussé k l'entour. Je ne dois pas oublier de mentionner que des fouilles j pratiquées sous ce monument il y a quelques années , ont fait découvris trois instrumens de bronze : une lame très fortement oxidée, qu'on brisa en l'enlevant, et que l'on crut une épée; une hache longue de six pouces; en6n, un de ces instrumens en forme de coin, creux et pourvus d'un anneau , si communs par toute la France et d'un usage jusqu'à présent inconnu.
LESNETEN*
On s'est beaucoup occupé, en Bretagne, et surtout depuis quelques années, de rechercher l'emplacement de l'ancien oppidum des Ossi^miens , une ville d'Occismor. Les uns la placent à Quimper, d'autres à Brest, d'autres à Saint-Pol-de-f^on. Cette dernière opinion semblait l'emporter, lorsque la découverte récente de ^ubstructions consi-
LESNEVEN. 187
dérables , dans les environs de Lesneven , ont donné lieu à une dernière hypothèse , développée avec talent par M. Miorcec de Kerdanet^ qui le pre^ mier avait constaté l'existence dé ces vestiges antiques. M'étant adressé à ce savant pour obtenir de lui quelques renseignemens sur sa découverte, il voulut bien me montrer un assez grand nombre de fragmens qu'il a recueiUis. Ce sont des débris de poteries rouges , couvertes d'ornemens en relief, des morceaux de verre, et même des urnes complètes de cette matière ; d'autres poteries grossières, quelques instrumens de bronze; enfin, plusieurs médailles, la plupart du Bas-Empire.
D'après les indications de M. de Kerdanet , je me dirigeai vers un plateau à une lieue et demie de Lesneven, au centre duquel se trouve une ferme nommée Rerilien. Mon ami, M. le comte W. de Tromelin , avait bien voulu m'accompagner , et me servait d'interprète. Une voie romaine, encore parfaitement reconnaissable , traverse le plateau et se prolonge fort loin , presque dans la direction de Lesneven. Interrompue quelquefois par des champs cultivés, elle reparaît bientôt avec les mêmes dimensions, le même appareil. Le pavé est formé de petits cubes , en général de quatre à six pouces de diamètre. Dans les endroits où la route est déchaussée, on observe l'épaisseur de l'empierrement. Le long de cette voie, et particulièremep't aux alentours de la ferme , nous remarquâmes que les clôtures des champs, très multipliées en Bre-
188 LESNEVEN.
tagne , au lieu de pierres brutes comme on en voit partout ailleurs 9 présentaient de petites pierres taillées régulièrement , absolument semblables à celles qui forment le parement des murailles romaines à petit appareil. Pour confirmer leur origine, qui d'ailleurs ne semblait pas douteuse, nous distinguions çà et là, dans ces clôtures et sur la route, de larges fragmensde tuiles, quelques-unes encore pourvues du crochet qui distingue les tuiles romaines {tegalœ hamatœ). Sur le bord de la voie antique et tout près de la ferme, nous reconnûmes à fleur de terre les substructions parfaitement caractérisées de plusieurs salles ou même de plusieurs maisons. Le hasard nous ayant fait rencontrer un cultivateur, que M. de Kerdanet avait employé dans ses fouilles, il nous conduisit, à cent pas de la route, dans un champ, auprès d'une espèce de puits, presque entièrement comblé, mais dont une portion d'appareil, qui restait à découvert, dénotait suffisamment l'origine antique. Au dire de notre guide, on en avait retiré plusieurs vases de verre et des morceaux de poteries. S'il ne nous a pas trompés, il semblerait que c'ait été un lieu de sépulture. Près de ce puits, 1^^ terre est parsemée de fragmens de briques et de poterie rouge. Nous ramassâmes même plusieurs morceaux de verre , remarquables par leur épaisseur , leur couleur bleuâtre, leur surface irisée et écaillée par suite de leur long séjour dans la terre. Non loin de U s'élevait un monceau considérable de pierres et de
LESNEVEN. 189
briques cassées, provenant de substructions qu'on avait détruites pour faire passer la charrue. Je ne remarquai nulle part des fragmens de moulures ni de grosses pierres taillées. Le paysan^que M. de Tromelin questionna long-temps à ce sujet, nous assura toujours qu'il n'avait jamais rien vu de semblable.
Voilà tout ce que nous pûmes voir de l'établissement romain qui a existé eu ce lieu. Qu'il ait eu une certaine importance , c'est ce dont on ne peut douter, lorsque l'on observe la grande quantité xie pierres taillées et de tuiles répandues autour de la ferme de Rerilien. Pourtant rien encore ne me semble indiquer une ville. Point de ces grandes substructions composées de larges pierres; nul débris de colonnes, de statues, de placages de marbre; point de remparts, de temple (i), ni de théâtre , édifices si communs autrefois. Il est vrai de dire que jusqu'à présent les fouilles n'ont été opérées que sur une petite échelle; continuées, elles feraient peut-être retrouver des témoignages ensevelis de l'existence d'une cité. Mais , je le répète, je ne pense pas que, dans l'état actuel, on puisse conclure autre chose qu'une mansion , ou tout au plus un village. Quelque peu importantes
(i) Notre guide nous mootra dans une vallée étroite, auprès du plateau , les substmctions d*un édifice carré terminé par une apside. Je crois que c'est une chapelle relatioement moderne. En effet, ces substructions, bien que composées en partie de matériaux antiques» ne ressemblent nullement à celles du plateau, et ne peuvent appartenir qu'au moyen-âge.
190 LESNEVEN.
que paraissent ces ruines^ elles mériteraient pourtant une enquête, et je vous prierai, M. le Ministre, de vouloir bien encourager par une subvention la continuation des recherches commencées.
Tout en admettant l'existence d'une ville d'Occismor , sur le plateau de Kerilien , quelques antiquaires bretons , aveuglés par un patriotisme , respectable d'ailleurs, mais outré, nient que ces ruines soient romaines. Suivant eux, c'est une ville armoricaine, et les médailles, ainsi que les poteries , seraient des dépouilles rapportées par leurs ancêtres au retour de quelque expédition dans une province romaine. En vérité une semblable opinion est difficile à réfuter, parce qu'elle n'est professée que par des personnes déterminées à ne voir dans l'histoire et dans la nature que les faits qui leur conviennent. Ceux qui font de l'archéologie sentimentale voudront-ils reconnaître l'appareil romain si évident dans toutes les substructions de Kerilien ? Pourra-t-on les convaincre que ce chemin étroit , si profondément empierré , si réguhèrement pavé, est une voie romaine, s'ils répondent que leurs ancêtres étaient en état d'en faire d'aussi solides, d'aussi parfaits? Que dire k cette assertion que les poteries, dont les fragmens jonchent la terre , sont des dépouilles enlevées aux Romains. A ce compte, les Armoricains eussent été bien misérables , s'ils étaient obligés de conquérir par les armes des objets d'un usage si commun ,
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ou bien pillards ^ si dans leurs excursions ils enlevaient jusqu'à des ustensiles d'une si mince valeur et d'un transport si embarrassant.
L'église de Notre-Dame-du-Folcoat, à un quart de lieue de Lesneven , passe avec raison pour l'un des monumens gothiques les plus remarquables du Finistère. Son histoire est intéressante , parce qu'elle peint les mœurs du vieux temps. Vers le milieu du quatorzième siècle, un pauvre idiot vivait dans les bois aux environs de Lesneven. Les seuls mots qu'on lui entendit prononcer étaient une invocation à la vierge ; O Itron verc'fies Varil « O Madame , vierge Marie ! » Avec cette phrase , il demandait l'aumône. On ne le connaissait dans le pays que sous le nom du Fou du bois , ar fol coat. Il mourut, et fut enterré dans le cimetière du village où il était né. Quelques jours après, un beau lis poussa sur sa fosse , et la racine , dit la légende, sortait de la bouche même du cadavre. Chacun de crier au miracle. On accourt , on examine la fleur. Les dévots lisent dans son calice le nom de Marie. On décide que la Vierge , sa patrone chérie, en faisant croître sur sa tombe la fleur qui lui est consacrée , avait voulu montrer qu'elle avait récompensé la foi du pauvre mendiant. A cette époque, la Bretagne était déchirée par la guerre civile des deux prétendans à la couronne ducale , Jean
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de Montfort et Oiarles de Blois. Montfort ayant appris le miracle du lis , touché de dévotion, ou peut-être voulant gagner à son parti les gens de Lesneven, fit vœu de bâtir une chapelle à la Vierge du Fou du bois, s'il triomphait de son rival. Après la bataille d'Auray , devenu seul possesseur de son duché , il posa la première pierre de l'église, au lieu même où le lis avait poussé. Mais les soins de son duché , la guerre qu'il soutenait contre la France et quelques-uns de ses vassaux, l'obligèrent à abandonner l'ouvrage à peine commencé. Son fils, Jean V , le reprit au commencement du quinzième siècle , et si l'on en croyait l'inscription sculptée sur la façade , il en aurait même jeté les fondemens : Jehan Vy Ulusùrissùnus dux Bntonumfundavii hœc {œdificia?) anno M. ccccxxiij. Toutefois il se peut que cette inscription ne s'applique qu'au portail, car quelques auteurs rapportent que l'église était terminée en 1 4 1 5 , d'autres disent en 1 4 1 9- U est certain qu'on y travailla jusque dans le siècle suivant; car, dans le portail du midi, on voit l'écusson de France réuni à celui de Bretagne. Par conséquent cette partie du monument daterait des premières années du seizième siècle , après le mariage d'Anne de Bretagne.
L'église du Folcoat n'a pas une architecture imposante; mais elle se recommande parla richesse et l'élégance de son ornementation. I^ tour, surmontée d'une flèche , à côté du portail occidental.
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ireprodttity en les exagérant , les défauts de celle du Creizker ; et la décoration intérieure de l'église rappelle le choeur de Saint-Pol*de-Léon. On y retrouve en effet les mêmes colonnes , portant sur le fôt une moulure verticale , les mêmes chapiteaux composés de végétaux gras et frisés, les mêmes fenêtres à meneaux verticaux, à tympans Jourds et mal dessinés.
Mais ce qui distingue Notre^Dame-du-Folcoat , c'est la décoration de$ autels et de quelques retables. La pierre employée à cet effet est éminemment propre à la sculpture d'ornemens par sa dureté et la finesse de son grain. Elle ne se polit jamais paifaitement et reste âpre au toucher. Sa couleur est verdâtre, et lorsque l'on voit pour la première fois ces clochetons délicats , ces colônuettes en miniature, véritable travail de byouterie, on est tenté de les prendre pour des bronzes incrustés. On nomme cette pierre d'après le lieu d'où on la tire, Kersanton, et l'on en fait encore un assez grand usage. Son seul défaut c'est sa couleur sombre ^ qui ne fait pas valoir les oppositions d'ombre et de lumière , comme le tuffeau d'Angers^ par exemple. Pourtant on en a su tirer un admirable parti , et le Folcoat présente quantité de petits chefs-d'œuvre exécutés avec cette pierre, attestant le goût et la patience des sculpteurs de l'époque. Le portail , que je suppose bâti par la reyie Anne , offre les détails les plus gra deux. La sculpture n'a reculé devant aucune dif-
Digitizecf by V3OOQ le
1^4 LESNEVEN.
ficuké, et les feutUages délicats qu'elle « copiés peuvent presque soutenir la comparaison avec la nature. Autrefois douze statues des apôtres ornaient ce portail. Détruites dans la révolution avec un grand nombre de jolis détails de Téglise, on les a remplacées par des saints de fabrique moderne, les plus vilaines figures et les plus rniicules qui se puissent voir.
Le Foleoat est aujourd'hui dans un état de dégradation alarmant. Ses voûtes déjetées ec crevassées menacent ruine; Thumidité rongeses murs, et on peut dire avec vérité qu'il n'y a aucune partie du monument qui ne réclame de promptes réparations. Vous savez 9 Monsieur le Ministre, quelles sont les ressources d'une église isolée, quelle est la pauvreté et l'insouciance des conseik municipaux de petites villes. Si le Foleoat n'est pas compris dans le nombre des bâtimens entretenus aux frais de l'État, on peut le regarder comme perdu. Jamais les offraudc^s des dévots ou des amis des arts ne suffiront à le préserver, et les mêmes personnes qui s'indignent qu'on ne proclame pas cette église la plus belle de France , la verront s'écrouler sans chercher à retarder sa ruine. Je n*accuse pas ici les Bretons seulement , et malheureusement je puis dire que, si j'ai reMcontx^é partout le patriotisme provincial , je ne lai vu que rarement se raanife^er par le soin et l'intérêt portés aux ouvrages qui font honneur au pays.
Excepté le$ fertificatk»» dn château^ toot est moderne à Brest; Louk XIY et Ysobcui y ont tout Élit, il me semble que les esTirons de Brest peuTent donner une idée de la France sous le grand roi. Des chaumières miséraUes et des églises bâties avec soin , maïs d'un goût détestable; çà el \k quelques grands manoirs mal tenus, rarement visités par leurs propriétaires ; en un mot, 1*2^^rence du luxe vmsine de celle de la misère. Le costume des paysans n'a pas changé, je crois , depuis que Yauban le leur apporta. Ils ont un habit noir à grandes basques , avec de larges culottes plissées, et un chapeau à grands bord^ En tout point ils nqppellait les costumes des bourgeois de Vander- Meulen.
Dans le château, modifié comme tous lesédi* fices militaires par des constructions successives ^ je n'ai pas vu un seul pan de nmraille qui m*ait paru antérieur au douzième siècle. La tour, à laquelle on a donné le nom de César , appartient incontestablement au treizième. Ses murs sont remarquablement épais. Bien que cylindrique à l'extérieur , son plan à l'intérieur représente un pdygone. Des mâchicoulis couronnent la plate*
forme; mais, à la différence de leur appareil, je présume qu'ils ont été ajoutés postérieurement. Il faut noter la disposition de l'escalier contenu dans une tourelle tangente à la tour. Dans le nord et dans l'ouest de la France, les cages d'escalier se trouvent presque toujours en dehors. Les tours carrées du midi, au contraire, ont, en général, leurs escaliers à l'intérieur.
Le d<!mjon, fort délabré, a souffert non seule^ ment du temps , mais des dispositions adoptées par Yauban pour le mettre en état de défense^ Son couronnement a été rasé et l'intérieur plus ou moins altéré. Contrairement à une règle presque générale de la fortification du moyen-âge, ce donjon est complètement isolé de l'enceinte extérieure du château. Quoique presque toutes les parties ornées de détails caractéristiques , les fenêtres et les portes particulièrement , m'aient paru du quatorzième et quinzième siècle, je ne doute pas que long-temps auparavant une forteresse n'existât au même lieu. Je ne puis m'expliquer autrement des portions de muraille d'un appareil très grossier, des arcatures en plein cintre et plusieurs autres restes d'une époque plus reculée. Les édifices constamment habités changent d'aspect à mesure que leurs possesseurs se conforment aux goûts et aux progrès de leur époque. U y a des souterrains profonds dans l'intérieur du donjon et un labyrinthe de passages et de corridors étroits, dont on a peine à comprendre la destination. On assure
que dans les caveaux on a trouvé des ossemens humains. L'existence des oubliettes n'est malheureusement pas contestable , et il se^peut que plus d'une victime ait trouvé la mort dans celles de Brest. Le génie militaire qui occupe le château n'en possède pas de plan ; il est même , on peut le dire, imparfaitement connu : les souterrains surtout , et plusieurs salles basses obstruées de gravois, sont presque inaccessibles. Il serait à désirer qu'on les décrivit exactement, et ce travail, si M. le ministre de la guerre voulait bien le ùan exécuter sur votre demande, serait d'une grande utilité pour l'étude de l'architecture militaire et civile du moyen-âge , sur laquelle règne encore {beaucoup d'obscurité.
Je me suis rendu de Brest à Quimper sans m'arréter. Cette dernière ville a quelques églises intéressantés, soit par leur antiquité, soit par leur architecture. Celle de Locmaria est la plus ancienne. On ne connaît pas exactement la date de sa fondation, mais il est certain qu elle existait au milieu du douàème siècle. Alors elle portait le nom de Sainte < Croix. Sa forme primitive esl.difficil^ à reconnaîtra
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au milieu des traBBformatkins^'oii luia fait subir. En tfifel le choeur Mt devenu gothique , ^ (dus récemment le transsept m^idional a été suppiiuiéw Les piliers de la nef ^ qui supportent des arcades en plein cintre, ne sont que des massifs cannés^ ayant une espèce de pilastre sur chaque hce. Ait Ueu de chapiteau un simple tailloir les termine. Dans le transsept s^tentrional^ de hautes colonnes engagées dans les murailles offrent comme une ébauche du galbe corinthien. Sur une coupole, à Finitersection de la nef et des transs^ts^ s'élève une tour carrée, avec des fenêtres géminées «n plein cintre. Le dernier piUer de la nef qui touche au transsept et qui, avec trois autres piliers , sert de base à cette tour, se distingue par sa forme «t sa grosseur énorme. U est cylindrique, et je Taurais pris pour une cage d'escalier s'il avait quelque ouverture ; mais il semble plein^ Peut-être quelr que mouvement alanamt dins la tour a-t-il obligé de lui donner un diamètre beaucoup plus considérable qu'il n'avait dans le principe. A l'extérieur de l'égÛse, rien de remarquable, si ce n'est l'appureil des ouirs , qm en quelques endroits ressemble beaucoup au petit appareil romain. U ae^ compose de pierres de quatre àstx pouces de long sur trois d'épaisseur, rangées par assises bien parallèles, et séparées par une couche de mortier un peu plus épusse que dans les constructkms antiques. D'autres parties de la même muiaîUje présentent un appareil tout difiGéreut, irrégulter,
absokiilieQt semblable à celui qu'on troinre le plus ordioaîremenl dans les constructioBs du moyen*» âge. Ce qu'il y a de plus probable , c'est que l'égiîse de LfOcmaria a été bâtie, vers le onzième siècle^ sur les ruines d'une église beaucoup plus ancienne. U est possible que les pilieis de la nef apptrtienjient à cette preimère construction. -^
L'église des Gordeliers, ruinée aujourd'hui, ofifre encore quelques détails intéressans. On voit qu'elle a été ornée avec beaucoup de goût Elle fut fondée en iià'J^j et Ton d<Mt noter la suppression de l'apside orientale cotnme l'un dès anciens exemples de cettednnovation. Lesmeneaux que quelques fenêtres ont encore conservés, m'ont paru fort postérieurs au treizième siècle; ils ne diffèrent en rien de ceux de plusieurs églises du quinzième que j'ai déjà décrites, et se rapprochent paiement du style anglais. Le doitre attenant à l'église, bien que très mutilé, est d'une rare éIégaBce« U est impossible de ne pas admirer ses arcades trilobées, sveltes, légères et d'un effet magnifique. Je le crois contemporain de l'église, c'est-è-dire du commencement du treizième Siècle.
Pour entrer dans l'église de ^Saint-Matthieu, il faut passer sous un porche très élevé, assez bien
orné, mais à moitié détruit. L'église^ qui parait avoir été construite à la fin du quinzième siècle, n'oifre rien d'intéressant que quelques verrières plus ou moins mutilées , d'une riche couleur et d'une heureuse harmonie.
J'arrive à la cathédrale, l'édifice le plus re-^ marquable de Quimper ,et la plus grande église^ dit-on, de toute la Bretagne. Si par sa grandeur elle l'emporte sur Dol et Saint-Pol-de-Léon , elle leur est inférieure en élégance de proportions. Elle appartient ^ ce gothique bâtard qui précéda la Renaissance, et dont les défauts se dissimulent quelquefois par la richesse de l'ornementation. La première pierre fut posée en i424- A cette époque il n'y avait phis d'architectes, mais des ornemanistes. La cathédrale de Quimper n'a pourtant que des détails assez médiocres, si Ton excepte son portail méridional, dont les voussures sont remplies de figurines bien sculptées, qui se distinguent surtout par le gracieux ajustement des draperies. Quant à la décoration intérieure de l'église , elle est un peu mesquine, il faut le dire. Les chapiteaux, composés de larges feuilles contournées, ne supporteraient pas la comparaison avec ceux du Folcoat , auxquels ils ressemblent pourtant par le style. Le portail occidental, flanqué de deux tours assez élevées, a perdu les statues qui le décoraient, et sesvousbures vides montrent les traces de cruelles muti-. l^tions^ Je dois dire quelques mots d'une disposi-
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tion très bizarre dans le couronnement de ces tours. La balustrade, qui borde leur plateforme, ne s'appuie pas sur un mur plein comme on le voit dans la plupart des tours gothiques. Au contraire, eUe est supportée par une longue arcature à jour, extrêmement découpée ; à peine en est-elle séparée par une corniche peu saillante, si bien qu elle semble n'être que le couronnement de l'arcature, qu'on prendrait elle-même pour une balustrade énorme, hors de toute proportion avec la hauteur de la tour. Au-dessus des plateformes devaient s'âever des flèches en p\erre , mais l'argent manquant pour les exécuter, on les a remplacées par une espèce de toit en bois, recouvert d'ardoises, s'évasant à sa base comme le pavillon d'une trompette. Cela serait digne de couvrir un kiosque chinois. L'effet en est on ne peut plus désagréable. Taurais dû noter d'abord la grande singularité de cette cathédrale. Son chœur n'a point le même axe que celui de la nef, mais s'incline fortement au nord-est à partir du transsept. Vers son extrémité il se redresse un peu, en sorte que son axe serait une ligne légèrement courbe. On donne plusieurs explications de cette bizarrerie. M. le comte de Blois , de Morlaix , l'un des antiquaires les plus distingués de la Bretagne, me citaim manuscrit en sa possession, où il était relaté que le terrain destiné à l'emplacement du chœur s'étant trouvé fengeiUL, on avait dû, pour en rencontrer vn plus soHde, s'écarter de l'axe de la nef. Cepen-
dant en exammant Téglise avec attealicm, il m'a semblé que le diœur devait en être la partie la plii5 aîicienne (i)t et par conséquent, lorsqu'on Fa bâti, rien n empêchait de prendre un terrain où un alignement réguliei* fut possible. U faut encore ajouter que ce changement d'axe est si commun dans les églises gothiques , qu'on ne saurait l'attribuer toujours à des causes accidentelles. Notre- Dame de Paris, les églises de Saint-Denis, de Saint'^^yr à Nevers, et tant d'autres, présentent la même irrégularité. L'opinion la plus générale aujourd'hui , c'est que la forme des églises étant une représentation de la Croix , d'allusion en allusion, on en vint à vouloir exprimer la flexion de la tête du Sauveur expirant. Cette explication s'accorde avec les goûts mystiques du moyen^àge. C^endant le choeur de Quimper ne ressemble pas tout4-fait à ceux que j'ai cités; car il y a un repentir bien évident dans sa double flexion. Peutêtre se rapprochera-t-on de la vérité e^ admettant concurremment les deux explications : l'allusion mystique et la nature du teirain.
La bibUothèque de Quimper, que je m'attendais à trouver fort riche, car je la croyais héritière de l'abbaye de Landevenec, ne possède, en réalité,
(i) reojage par quelques déuiU , qd*oo ne poarnût dUsouler qu'en présence du monument. Une autre considération qui me confirme dans mon opinion, c*est la pratique presque générale dans la période gothique de eommencer les églises par le chœur. Dans un rapport précédent j'en ai cité de nombreux exemples.
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qu'un très petit nombre de manuscrits , dont le plus ancien^ du onzième siècle , je crois ^ est une vie de saint Guénolé, en latin. Parmi plusieiws imprimés du commencement du seiEÎème siède^ j'ai remarqué un dictionnaire breton-français, imprimé à Tr^uier. Cette ville^ ainsi que Morlaix et Liannion f ont eu des imprimeries de très bonne heure.
Les journaux ont annoncé, il y a plus d'un an, la découverte fuite par M. Dumarhallac'h , dans sa propriété du Pérennou (à deux lieues et demie de Quimper) , de substruclions romaines bien caractérisées. U voulut bien me permettre de les examiner. Jusqu'à, présent on a reconnu deux édifices, dont le premier, fort petit, est situé sur le bord de la rivière , non loin de son embouduire. Les murs, élevés encore à près de deux pieds du sol antique, sont k petit appareil, et un Hiortier très fin unit les pierres du parement, taillées d'ailljsurs sans beaucoup <k précision. Sur la con- €he de mortier recouvrant les jointures du parement, on voit des traits formés sans doute avec l'angle de la truelle, ou un instrument à pointe mousse, comme pour dessiner et encadrer les pierres. Cq>e]Klaat il paraît ispx'k l'intérieur elles étai^it revêtues d'une autre couche de ciment peint k fresque. Le plan <fe l'édifice est un carré bng^ dont un des grands côtés fait face à la
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rivière. Il est divisé par plusieqrs murs de refend, Cbrmant quatre ou cinq chambres qui donneot sur une galerie ou un long vestibule. A Tune des extrémités du carr^, un escalier conduit à une espèce de cave ou de chambre basse, dans laquelle on reçiarque deux grandes pierres évidemment noircies par l'action du feu; c'était sans doute l'ouverture d'uh hypocauste. Le sol de toutes les chambres est revêtu de mortier , et quelques-unes ont conservé des vestiges d'un carrelage en marbre A quelque trois cents pas de là , en remontant la rivière, on trouve d'autres substructions bien plus considérables et dont on ne connaît pas encore toute l'étendue. Elles indiquent une longue galerie en communication avec des chambres, en général très petites, placées sur les petits côtés d'un carré long dont la galerie occupe le grand diamètre. La plupart de ces chambres sont remplies jusqu'à une certaine hauteur de pierres tassées, recouvertes d'une couche épaisse de mortier. Probablement un dallage en marbre y était appliqué. Quel a été le but de cette disposition? Est-ce pour éviter Vhumidité qu'on a élevé ainsi le sol artificiellement? Mais ce but aurait été mieux rempli en établissant ces chambres sur des voûtes, ou sur un plancher en solives.
La médiocre épaisseur des murs ne convient qu'à un bâtiment d'un usage civil. On distingue plusieurs espèces dé mortiers, dont le plus gros* sier, contenant d'assez gros morceaux de pierres
ou de briques, a été employé pour Taire des chambres. Quelquefois il est recouvert d'une couche de ciment plus fin ; une troisième espèce de mortier, d'une pâte bien broyée, composé de chaux et de brique pulvérisée , a servi au revêtement des murailles. Sur cet enduit, on voit des badigeons de différentes couleurs ; ils formaient des panneaux séparés par de légères bordures qui les divisent en compartimens. Il est à remarquer que jusqu'à présent on n'a découvert dans les fouilles aucuns fragmens de mosaïques , et le pavé de cet établissement, aussi bien que celui dont j'ai déjà parlé , parait avoir été composé de dalles de marbre. On en trouve des morceaux en grand nombre, la plupart de forme triangulaire. Outre une grande quantité de tuiles et de briques, M. Dumarhallac'h a recueilli beaucoup de fragmens de poteries rouges, ornées de dessins en relief. Quelques-uns, réunis, donnent exactement la forme des vases dont ils proviennent. Les fragmens de poteries noires sont plus rares. Il y en a enfin qui appartiennent à ces grandes jarres grossières, d'une terre rougeâtre, mal cuite, et très fragile, qui servaient à une foule d'usages domestiques. L'époque à laquelle ces édifices ont été construits parait assez exactement indiquée par des médailles dé** couvertes dans les fouilles. Cinq, trouvées ensemble sous une grosse pierre, n'ont pu être ainsi placées qu'à dessein , pour rappeler l'époque de la fondation. Elles appartiennent aux Antonins. Parmi les
autres , la plus ancienne est de Tibère , U plus récente de Victorin (i).
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A ne voir que Pextérieur de régHse de Sainte- Croix ^ à Quiroperléy on ne se douterait jamais de son antiquité. Des maisons cachent ses muraiDes y et des réparations modèles ont complètement défiguré le haut de Fédifice. Il est impossible de Toir métamorphose plus complète, et si Ton n'est pas prévenU|On n'entrera pas dans cette église, qu^on prendra pour quelque mauvaise bâtisse du dixseptième ou dix-huitième siècle.
Sa forme, très rare en France , offre comme la réunion de la Rotonde et de la Croix. Qu'on se représente un chœur circulaire, dont la coupole s'appuie sur d'énormes massife. Autour du chœur régnent les bas-côtés , qui lui sont concentriques. A l'est est l'apside, se terminant par un hémicycle
(i) Voir dans la Revue des Deux Mondes uoe DOtice intéresMBle 4e IL L. d« Carné sur oct découYertea..M. de Camé s'écrit de Quimper que les fouilles se continuent , qu'elles ont amené la décottterte de nontelles snbstructions , et de quelques antres médailles à Teffigie des Antonins.
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et sortant de la cirronféreoce; au sud, une chapelle semi-circulaire, ou pour mieux dire un croisillon. Au nord et à Fouest , les deux autres branches de la croix se terminent carrément ; mais ces parties ont été re£aites. Entre chaque massif, un escalier conduit des bas-côtés dans le chœur, élevé d'environ quatre pieds au-dessus de leur niveau. L'apside orientale est encore plus haute. On y arrive des bas-côtés par deux escaliers; un troisième donne dans le chœur.
Les quatre massi£s qui soutiennent la voûte centrale donneraient en plan un triangle dont la base serait décrite par une couH)e convexe, et le scmimet tronqué parune courbe concave. Si l'on divise le rayon, tiré du centre de l'église à sa circonférence , en trois parties égales par deux cercles concentriquesjl'intervalle entre les deux cercles égalera à peu près le diamètre de ces massifs (i), que je n'ose nommer des piliers. Ils sont fort élevés, et, sur toutes leurs faces , garnis de colonnes engagées. A l'intérieur du chœur, sur le côté concave, il y en a deux, sept du côté opposé et trois sur chaque face latérale. J'ai rarement vu dans un édifice aussi ancien en apparence des colonnes aussi longues. Leurs chapiteaux, grossièrement travaillés, représentent, pour la plupart, des feuillages fantastiques, quelques-uns des animaux monstrueux ; un seul est orné de figures humaines. Ainsi qu'on l'observe en géné-
(t) Le cercle central sera le chœur, et par conséquent son dia* mètre est double de la largeur des bas-côtés.
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rai dans les premiers types de Tart roman , les sciilp^ titres sont fouillées dans la masse , au lieu d'être taillées en relief, et une règle appliquée sur une des faces de la corbeille porterait sur toutes les parties saillantes. Quelques colonnes, entre autres cdles du massif nord-ouest) diminuent brusquement de diamètre vers les deux tiers de leur hauteur, sans qu'une moulure ou un anneau cache ce change* ment. Je ne sais si Ton doit attribuer cette singularité à des réparations anciennes, ou bien si elle provient d'un caprice d'architecte , comme la période romane en fournit tant d'exemples.
Voûtes et arcades sont en plein cintre, les premières, renforcées de larges arcs doubleaux, se croisant sous la coupole du chœur, et dans les bas-côtés retombant sur des colonnes engagées dans le mur d enceinte. L'apside orientale est absolument dépourvue d^omemens : ses murs sont nus ; mais je soupçonne qu'elle a subi des réparations considérables , qui ont fait disparaître la décoration primitive. Elle devait ressembler à celle de la chapelle du sud, percée de trois fenêtres étroites, qui présentent, dans la partie inférieure de son hémicycle, une arcature en plein cintre , reposant sur des colonnettes de même style que les colonnes engagées dans les massifs. Quant au croisillon du nord, c'est une restauration du quinzième ou seizième siècle. Une porte est pratiquée à son extrémité , précédée d'un pelit vestibule, et au point où le croisillon touche à l'enceinte
circulaire, deux piliers cylindriques , d'une gros^ seur énorme, sans chapiteaux , rétrécissent le passage des bas-côtés et semblent destinés à' porter une tour ou quelque construction semblable qu'on se proposait d'ajouter au-dessus de l'église. J'ai déjà dit que la branche occidendale de la croix , la nef, à proprement parler , est également une restauration moderne ; je la crois de même date que le transsept du nord. On y a construit un re* table assez riche, mais de mauvais goût , dans le style de la Renaissance* Ce n'est que du côté de la mairie, dont les batimens paraissent avoir été une dépendance de l'abbaye de Sainte-Croix, que l'on peut observer l'appareil des murs extérieurs. Quelques différences notables dans le parement indiquent des réparations anciennes : vers le haut de la muraille, il est beaucoup moins légulier que dans sa partie moyenne. Des jardins qui bordent Téglise à l'orient , on peut examiner l'extérieur de l'apside ; l'appareil en est remarquable par sa précision , mais d'ailleurs toute sa décoration se réduit à une petite arcature en plein cintre, entourant l'hémicycle comme un bandeau, et à un cordon de modillons fantastiques. Malgré (les fenêtres modernes, percées dans plusieurs par* ties de Tenceinte, l'église de Sainte*Croix est trè» sombre. Cette obscurité et les différences de niveau de ses parties , lui donnent un caractère étrange, qui ne laisse pas de faire impression. Je ne sais si
je me trompe, mais ce temple, où l'officiant est caché à la plus grande partie des fidèles, a quelque chose de mystérieux qui frappe Fimagination, et Ton a peine à croire qu'on y célèbre les mêmes cérémonies que dans les autres églises.
Sous l'apside est une chapelle souterraine , di* visée par deux rangs de colonnes à chapiteaux de feuillages bysantins. Elle s'étend jusqu'à l'entrée du chœur circulaire qui repose sur une masse solide. A l'extrémité occidentale de celte crypte, on remarque un enfoncement très bas , semblable à un four, et qui paraît avoir été destiné à recevoir des reliques. Sous les bas-côtés le souterrain se prolonge et répète la contre-allée circulaire de l'égÛse supérieure. On descend dans la crypte par un escalier pratiqué en dehors et s'ouvrant dans le mur de l'apside. Aujourd'hui la chapelle souterraine ne reçoit le jour que par cette porte et quelques fenêtres basses et étroites. Je pense qu'il en existait d'autres qu'on a murées. On voit dans ce lieu deux tombeaux gothiques, avec desstatues fortmutilées; je suppose qu'elles représentent des abbés de Sainte-Croix.
Ogée , dans son Dictionnaire de Bretagne, place en loag la fondation de Sainte-Croix. Les traces de réparations dans le haut de l'enceinte extérieure, et la singulière différence de diamètre des colonnes engagées, m'engagent à penser qu'une restauration assez considérable aurait eu lieu depuis
1029, tnaia avant la période gothique. Peut-être le choeur, dans le principe couvert d'un toit en charpente f aura*t-il été voûté dans le douzième siècle. On voit dans la partie \à plus élevée de la ville une autre église en forme de basilique , sans apside , qui offre quelques détails intéressans. Cest, je crois, l'ancienne ^lise des Jacobins, bâtie vers le milieu du douzième siècle L'intérieur parait avoir été restauré à la fin du quinzième ; mais ses deux portails m'ont paru appartenir à la construction primitive, ou du moins je ne les crois pas postérieurs au commencement du quatorzième siècle. Celui du nord, fort mutilé dans la révolu tion, se recommande encore par une foule de jolis détails du meilleur goût, exécutés avec une admirable finesse.