‹ Notes d'un voyage dans l'ouest de la FranceChapitre 15 sur 22 · HENNEBON · texte numérisé non relu

HENNEBON

ogive élégante ) entourée de riches moulures , et surmonta d'un clocher svelte et gracieux. Il est flanqué de deux petites tours avec lesquelles il communique par des galeries, ou plutôt des ponts légers j jetés bien au-dessus du toit de la nef. Un de ces ponts est abattu, et sa destruction afiEaiblit un peu re£Fet général de la façade. On peut la mettre au nombre des meilleurs types du gothique de la dernière époque. Si elle n'a pas la sévérité imposante et la masse grandiose des églises du treizième siècle, elle mérite des â(^es sans réserve pour le bon goût et le précieux de ses détails. Je ne connais pas exactement la date de sa fondation; mais je suis convaincu qu'elle a eu lieu vers la fin du quinzième siècle.

On voit à Heonebon quelques vestiges des anciennes fortifications; et ce qui reste de son château, célèbre autrefois comme place de guerre, sert aujourd'hui de prison. Je n'y ai remarqué que la solidité, l'épaisseur des murs, et leur appareil d'une grande régularité.

Je croyais trouver encore quelques ruines de la fameuse abbaye de la Joie, mais je n'ai vu qu'une usine délabrée , qui s'est élevée à la place des anciennes constructions, et abandonnée maintenant. De l'abbaye il ne reste aujourd'hui que le parloir décore dans le goût de Louis XV. On y conserve un portrait assez bon de l'une des dernières abbesses.

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QUINIPILI9 LOGMINÉ.

Quittant à Hennebon la route d'Auray et de Vannes, je pris celle de Josselin : des monumens très curieux devaient se présenter à moi sur cette route. Je veux parler des trois statues désignées ordinairement sous les noms de la Vénus de Quinipili, et des Hercules de Locminé. Â leur occasion une polémique assez violente s'est engagée entre deux archéologues Bretons, et la question de leur origine, vivement contestée , divise encore les meilleurs esprits. Sans prétendre me porter comme juge de cette discussion, je décrirai ces monumens que j'ai examinés avec la plus scrupuleuse attention; je résumerai les différentes opinions ; j'exposerai les motifs qui militent en leur faveur, ou qui tendent à les faire rejeter. Mais avant de décrire ces statues, il convient de rapporter les faits qui s'y rattachent , et d'abord je commence par la Vénus de Quinipili.

La première fois qu'elle se trouve désignée dans un titre historique, c'est à la fin du seizième siècle. L'évéque de Vannes fut informé qu'il existait au village de Bieuzy une statue de femme, qui était

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pour les habitans du lieu l'objet d'un culte parti* Gulier. Us lui attribuaient le pouvoir de marier les garçons et les filles, et voici de quelle manière it fallait s'y prendre pour mériter la bienveillance de cette étrange divinité. Après une prière, je ne s£âs laquelle, chacun pratiquait isolément , aux pieds de la statue , ime cérémonie quelque peu leste, réputée agréable à une déesse à laquelle on n'attribuait point les fonctions de Venus geni- Êrix , puis on se baguait dans une grande cove en pierre placée devant l'idole. On rapporte vaguement qu'elle se trouvait alors parmi les ruines d'un édifice antique , mais je n'en ai trouvé nulle part de description satisfaisante. A bon droit scandalisé, l'évéque de Vannes requit le seigneur de Lannion de faire cesser ce désordre. Celui-ci , ac^ compagne de ses vassaux , se présenta pour enlever Fidole ; mais les gens de Bieuzy prétendaient la garder , d'où s'ensuivit un combat. La victoire demeura auxassaillans, qui enlevèrent la statue et la portèrent en triomphe au château de Quini* pili, appartenant au seigneur de Lannion. Dans cette bataille, sans doute, ki Vénus perdit son nez; c'est la seule mutilation qu'elle ait subie. Bien plus, le seigneur de Lannion lui donna un asile, ce qui semble fort extraordinaire, car, proscrite par l'autorité ecclésiastique , die semblait condamnée à la destruction. Au contraire, un de ses successeurs la plaça honor£d[>lement sur un piédestal , en 1696, offrant ainsi, en quelque sorte,.

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une tentation à la superstition des paysans. On ajoute qu'en effet on lui rendit de nouveaux hommages, et l'on m'a même assuré qu'elle en recevait encore quelquefois aujourd'hui ( i )• Le château avait été détruit dans la révolution; au commencement du siècle on découvrit au milieu de ses ruines, sous un hangar envahi par les ronces , deux autres statues représentant des hommes armés de massues. Elles restèrent long* temps oubliées, jusqu'à ce qu'un fermier de Locminé, les ayant achetées , les plaça dans deux niches devant sa loaison, sur le bord de la route qui traverse le faubourg de Locminé.

J'arrive à la description des statues. La Vénus est taillée dans un seul bloc de granit, et d'un travail excessivement grossier. Sa hauteur est de SÎK pieds et demi , à peu près. A qui la verrait sans être prévenu , elle paraîtrait au premier abord contemporaine des christs et des madones difformes qu'on rencontre partout en Bretagne à l'intersection des chemins. Même rudesse d'exécution, même oubli de toutes proportions. Le granit est noirâtre, taillé assez finement, sans être poli. C'est probablement à cause de sa couleur qu'on donne à cette statue le nom de grouec^h houam^ femme de fer. Elle est debout, les bras croisés sur la poitrine, les coudes en arrière. Les bras sont évidemment trop courts. On dit

(i) L'annéf derDÎèrt on cierge fut trouvé sur son piédcslaL

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que, brisés d'abord , ik ont été retaillés dans la masse , mais cela me parait impossible à admettre, car, dans cette hypothèse, il faudrait supposer que le diamètre de la statue a été diminué, et, malgré ce que j'ai dit du manque de proportions, on n'a pas lieu de croire qu'on ait exagéré aussi énormément l'épaisseur du corps. Les cheveux, divisés sur le front, retombent sur les épaules en deux touffes égales. Un bandeau couvre le haut du front , un autre plus large passe par-dessus le col , enveloppant les bouts du premier bandeau et les deux touffes de cheveux. Ses deux extrémités tombent parallèlement en avant le long du corps jusqu'à la moitié des cuisses, à peu près. Les mains de la statue semblent le serrer au-dessous du sein. Â partir du bas- ventre, les deux bouts du bandeau s'élargissant, lui donnent toutà-fait l'apparence d'une étole. D'ailleurs la statue est complètement nue. Le sein est peu proéminent , et le corps n'est, à proprement parler, qu'une masse informe, carrée, toute d'une venue. On observe plus de sentiment de la nature dans les membres inférieurs. Ainsi les cuisses, les genoux^ les hanches, sont assez bien rendus. Vue de profil, la statue a les genoux légèrement fléchis en avant, et une ligne à plomb , tirée du sommet du front, tomberait au-delà des talons. L'équilibre est rétabli par un pilier pris dans le bloc même, et sur lequel la statue s'appuie. C'est une masse carrée à laquelle touchent les cuisses et les jambes, lé-

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gèrement écartées. Par derrière, le pilier se trouve exactement dans l'alignement du dos, et, de ce côté, c'est une seule ligne droite qui termine la statue interrompue seulement par la saillie des fesses. Quant au visage, il est aussi informe que possible. Je ne veux pourtant rien omettre. Les yeux sont grands et inclinés vers Tangle externe. J'ai déjà dit que le nez était cassé. La bouche est taillée d'un seul coup de ciseau. Tous les traits sont plats , et la rondeur des joues n'est qu'à peine indiquée. Sur le bandeau du front on voit ces trois lettres, d'environ un pouce et demi de long, et parfaitement formées : 1 1 T, sculptées en relief, de la saillie d'une ligne à peu près. Cette inscription a fait et fera encore long-temps les désespoir des antiquaires. lit y en breton veut dire : Va; mais quel sens donner à ce mot? — Quelques-uns ont prétendu qu'au lieu de HT, il y avait LIT, et alors on a cité une déesse Alitha, Litha, Lith , déesse arabe, phénicienne, etc. Bien certainement il y a HT. Je m'en suis assuré en montant sur le piédestal. Un de mes amis y est monté après moi; tous les deux nous avons lu de même , et , je le répète , les lettres sont si distinctement tracées , qu'il est impossible de s'y méprendre (i).

TiC piédestal a , dit-on, été érigé en 1696. Sur ses différentes faces il porte les inscriptions suivantes :

(0 Ogée, qui paraît n'avoir jamais vu la statue» prétend qu*on lit sur le landeau groa houarn , qu'il traduit par : la bonne femme.

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Face anlérieare : CAESAR GALLIA TOTA — SVBACTA DICTATORIS NOBONE INDE C APTO

— BRITAISNIAM TRANSGRESSYS — NON SE- IPSVM TANTVM — SED PAXRIAM VICTOR

coRONAvrr.

A droite : VENERI VICTRia— VOTACLC.

A gauche: YENYS ARMORIGORYM— ORA- CVLVM— DVCE miO C C. GLAVDK) MAR- CELLO— ET L. CORIŒUO— LENTVLOCOSS.

— ABV. C.DCCV.

A douze ou quinze pieds au-dessous du piédestal, qui est |Jaoé sur uue espèce de tarasse, on voit une fontaine k moitié détruite, avec une grande auge de granit, oblongue, et qui peutêtre est la même qui servait à Bieuzy aux ablutions superstitieuses dont j'ai parlé.

Avant d'entrer dans la discussion des systèmes auxquels la statue a donné naissance, je dois parler des Hercules de Locminé , parce que leurs rapports non seulement de voisinage, mais de style et d'exécution , ont été signalés , reconnus par les uns, niés par les autres, et qu'il importe surtout d'exposer les pièces du procès.

Ce que j'ai dit de la rudesse, du travail et des fautes de proportion, qui choquent au premier abord dans la Vénus de QuinipiÛ , peut également s'appliquer aux Hercules . Le granit est le même , et la hauteur de ces figures égale celle de la Véiuis. Même système d'exécution, mêmes procédés. Ainsi,

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ces deux dtatues sont adossées, comme la précédente y à un pilier qui soutient la partie inférieure du corps ; on remarque de même leurs genoux sensiblanent flédiis , les pieds sculptés dans le sodé même; enfin, les trois statues ont leurs cheveux rendus par un procédé semblable , une suite de lignes creuses,parallèles,légèrementondoyantes. Quant aux traits du visage, très grossièrement ébauchés , il serait inutile d'y chercher une ressemblance avec un type connu , avec un modèle v ou réel ou idéal. Aussi , ceux qui prétendent y découvrir le portrait, la caricature d'une race celti* que ou d'une race orientale , me paraissent complètement dans Terreur , et cette sculpture est trop mauvaise pour qu'on puisse accorder à son auteur la possibilité d'imiter. Les deux statues *

sont nues, à l'exception d'une timique, ou d'une large ceinture de feuillage, ou de plumes, qui leur couvre le bas-ventre. Leurs cheveux pendent sur leurs épaules; leur barbe est longue; leurs moustaches se relèvent en croissant. D'une main , chaque figure tient devant sa poitrine une tablette csarée; de l'autre, ramenée derrière la cuisse, une massue ou un gros [bâton légèrement recourbé. Il faut observer que l'une des statues tient sa tablette de la main droite , tandis que l'autre la porte de la main gauche. Par conséquent, chacune tient sa massue d'une main différente. I-^ur tête est couverte par un objet , que quelques-uns ont regardé comme un bonnet, une

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espèce de toque plate, évasée d'en haut. Gela est carré) et ressemble absolument à un tailloir de chapiteau, ou si l'on veut , à Tabaque qui surmonte une cariatide. Sur la face antérieure est sculpté, en creux, un objet que Ton a comparé à un cœur, mais , qu'avec plus de raison, on décrirait : un cer de légèrement déprimé au haut de sa circonférence. La tranche d'une pomme coupée par le mi* lieu en donnerait une idée assez exacte. On Ut sur chaque tablette l'inscription suivante , gravée en creuK et très fruste ; les lettres ont un pouce et demi de haut à peu près et ressemblent à nos grandes capitales :

VIM PATITVR

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