SI VIS VINCERE . DISCE PATI
Voici maintenant deux explications proposées;
1^ M. de Penhouet, dans un Mémoire qu'il a publié en 1 835, admet d'abord qu'autrefois les trois statues étaient réunies; que la figure de femme est une idole orientale , et les deux statues , ses gardiens , ses acolytes , peut-être ses prêtres. Mais comment une déesse orientale se trouve-t-elle transportée en Bretagne ? La Notilia Imperuyénnmérant les différens corps de troupes dispersés
QUINIPILI, LOCMINÉ. 221
dans l'empire d'Occident, cite les Maures ossismiens {Mauri ossismiaci) comme tenant garnison dans l'Armorique. Or,M.dePenhouetsupposeque ces soldats , levés en Afrique , avaient conservé leur religion malgré les persécutions du christianisme; qu'ils adoraient Alitha, ou Lith, ou Lit, et sur le bandeau de la statue c'est ce nom qu'il a lu. A cette occasion, il recherche et trouve dans la langue armoricaine l'étymologie de LIT ; mais il est inutile j à mon sujet, de rapporter cette partie de sa dissertation. Dans &on système y Tinscription des statues, armées de massues, s'expliquerait ainsi : a Elle (notre déesse) souffre une violence (c. à d. notre culte est persécuté); si tu veux vaincre, apprends à souffrir. »
On ne peut nier que cette interprétation ne soit ingénieuse, et je regrette de ne pouvoir présenter ici toutes les inductions, toutes les citations savantes rapportées par M. de Penbouet à l'appui de son hypothèse. Malheureusement, elle pèche par la base , car, comme je l'ai dit , c'est ITT , et noh LIT, que porte le bandeau. En outre, il ne peut se prouver que les soldats nommés Mauri ossis* miaci fussent réellement des Africains. Peut-être avaient-ils reçu le surnom de Mauri , pour quelque campagne en Afrique. Peut-être s'appelaient-ils Maures , comme on appelait suisses les gens d'Amiens qu'on prenait pour portiers. Enfin, leur origine africaine fût-elle prouvée, resterait encore à démontrer qu'ils n'étaient pas chrétiens;
222 QUINIPIU, LOCMINÉ.
et certes I à Tépoque où fut rédigée la Noiiiia im^ periij le christianisme avait fait plus de progrès en Afrique qu'en aucune autre province. Que si Ton admet et leur origine africaine et leur religion nationale persécutée , comment supposer qu'on leur eût permis de se façonner une idole de six pieds de haut. Assurément les dévots païens et surtout les militaires, devaient avoir des dieux plus portatifs 9 çt je n'en veux d'autre preuve que l'Apollon que Sylla tira de son sein, pour lui faire sa prière au milieu d'une bataille. Il faut en con^ venir , toutes les probabilités sont contre le système de M. de Penhouet.
a* Vient ensuite celui de M. de Fréminville, auteur de plusieurs ouvrages estimés sur les antiquités du Finistère et du Morbihan. Observant le rapport qui existe entre les statues égyptiennes et ceUe de Quinipili , il en conclut qu'elle représente une Isis, divinité dont les simulacres et les autels étaient répandus dans toute la Gaule. La coiffure même delà déesse et son écharpe lui paraissent confirmer son opinion. Mais comme son patriotisme se révolte à l'idée que les Armoricains ^ ses ancêtres , aient pu porter un joug étranger, il rejette avec indignation la supposition d'un ouvrage romain , et en fait une idole de fabrique gauloise. En effet, le travail est si grossier, que c'est, je crois, faire tort aux Romains que le leur attribuer. Quant aux deux statues de Locminé , M. de Fréminville les sépare complètement de llsis. A son sentiment.
QUmiPIU, LOCMINÉ. 223
ce sont des supports d'armoiries , et la devise qu'ils portent serait celle de la maison de Languéouez, qui a possédé la terre de Quinipili.
A cda j l'on peut répondre en faisant remarquer les singuliers rapports de matière , de travail , de hauteur y entre les trois statues , qui, en outre, se trouvaient naguère réunies dans le même lieu. On objectera encore que les Isis gauloises ne sont jamais représentées nues ; qu'en général, elles sont accompagnées de Sérapis ou de Horus; enfin, qu'aucune ne porte d'inscription où les lettres IIT se trouvent. On doit encore rectifier son assertion relative à la devise des Languéouez, bien différente de celle que j'ai transcrite. Celle-là se compose de ces mots : Fimpatitur qui vincere discit. J'ajouterai qu'on n'a retrouvé nulle part les armoiries soutenues par ces statues. Pour des supports de six pieds, l'écusson devait être considérable; pourtant personne ne l'a vu , personne n'en a entendu parler. Si je ne me trompe , cette seconde explica*tion paraîtra encore moins plausible que la première.
Qu'il me soit permis maintenant de hasarder quelques conjectures sur ces étranges statues ; et d'abord constatons Timmense difficulté de recon* naître à quelle époque appartiennent des monumens excessivement grossiers. Qu'une statue soit faite par un Égyptien , dans l'enfance de l'art , ou par un barbare du Nord, au quatrième siècle, ou enfin par un tailleur de pierre , en i83â , s'ils ont