‹ Notes d'un voyage dans l'ouest de la FranceChapitre 17 sur 22 · QUINIPILI, LOCMINÉ · texte numérisé non relu

QUINIPILI, LOCMINÉ

voulu représenter une figure humaine nue , il y aura en vérité bien peu de dififércnce dans Fexécution; et pour ne citer qu'un fait, qui ne peut échapper à l'observation la plus superficielle, on ne verra jamais dans ces rudes ébauches les bras détachés du corps , parce que c'est là une difficidté matérielle qu on ne peut surmonter qu'avec de la pratique et des instrumens convenables. Je commence donc par reconnaître combien sont vagues et incertains les renseignemens que peut fournir l'exécution matérielle des trois statues. Pourtant, il est impossible de ne pas remarquer les rapports frappans qu'elles ont entre elles, et sur lesquekje crois inutile d'insister de nouveau. A vrai dire , une seule différence existe dans le travail, c'est que l'inscription sur le front de la Vénus est en lettres saillantes, tandis que celle des statues de Ix)cminé est sculptée en creux. Je crois cependant qu'il est facile de s'en rendre compte. Le bandeau de la Vénus n'a que trois lettres, et pour les ménager en relief, il fallait peu de travail Au contraire, la devise de I-.ocminé forme cinq lignes. De là, sans doute, le parti pris de tracer les lettres en creux pour la promptitude et la facilité de l'opération.

Je conviens, avec M. de Fréminville, que la ceinture de plumes ou de feuillages des figures deLocminé , n'a rien d'antique , el qu'elle siérait mieux à des sawages^ supports d'armoiries; j'ajouterai que leurs devises ne sont pas plus antiques, et que

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leur latin seflttflOQ ccdlége. Mais ea même temps, je soutiens que si Ton attriboè ces deux statues à une ^)o<{oe moddrne , il fisiut, par une conséquence rigouHeoise^ donner une origine semblable à la tro4« sième.Etveoeffety pourquoi ces trois statues n'ao^ raient ««Ues paOi été fabriquées ensemble au corn*mencement du seizième siècle ou à la fin du siècle précédent? Condiieo de faux antiques ont pris naissance à cette ^>oque où le |[oùt de l'antique s'était répandu arant que la critique se fut perfectionnée ? Ne peut^n supposer que quelque sei»gneur breton ^ au retoiiir d'une expédition en Itdie , aura voulu avoir ses antiques aussi ? c Faîs^ moi UD Raphaël »^ disait Catherine à un barbouil^ leur russe. Le gentilhomme breton a pu dire à son maçon : « Fais-mm utee Vénus antique. « Remar* quons ce toom de Vénus comervé traditionnelle'ment, et la pratique lasdve des payisans qui ado^ mient ki statue^ N'estH)epas une présomption que tcette grossière figure avait tiéjà un nom lorsqu'fls l'ont connue; que la signification de ce nom , cpie les attributions de Ja déesse leut avaient été ex<pliquées? Enfin , l'inscription du piédestal, je ne puis supposer que le seigneur de Lannion, où î^ecclésiastique^ précepteur de ses enfans> l'ait inventée de toutes pièces. Ne serait^lte pas plut6t la reproduction d*une inscription un peu plus ancienne ? Celle-ci a bien le cachet de toutes les ins^ criptions apocryphes, style prétentieux, indication exacte de la date et de l'origine. Elle m'a tout Faii*

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d'avoir été fabriquée en même temps que la statue. Quant à ces trois terribles lettres lÎT J'avoue bonnement que je n'en sais que fiadre. Sont-ce des sigles? Mais comment les expliquer? Aujourd'hui 4e iproblème me parait insoluble , et pour ma part, plutôt que de croire qu'elles expriment le nom de la déesse dans une langue perdue, j'aimerais mieux supposer qu'elles désignent le nom du sculpteur : Jean-Jacques Thibault, par exemple.

Restent les deux statues barbues et leur tablette avec sa devise. Si, comme je le suppose, elles étaient des cariatides, elles ont pu fort bien figurer à côté de la Vénus. Observons, en passant, que leurs massues, tenues chacune par une main différente, tendent à faire croire que ces figures encadraient , flanquaient quelque chose. Le tailloir, au-dessus de leur tête, ou si l'on veut, leur coiffure, plate et carrée, semble faiite pour soutenir* une architrave ou une archivolte. Qu'on' se représente la Yénus dans une niche, et les Hercules supportant les retombées de l'arc qui en formait l'amortissement.On pourrait Qter plus d'un exemple de semblables dispositions. Maintenant la devise, à mon sens, s'appliquerait aux cariatides. Fim patitur , <c cette figure est violentée v; et en effet, l'idée des cariatides, c'est une soufirance, une punition ,' un travail pénible imposé par la force. Ces hommes nus , ces sauvages, si l'on veut, sont asservis , obligés de porter un entablement. De leur position, on tire cette morale, qui a son

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mérite : « Si tu veux vaincre , apprends à soufifrir. » De semblables sentences ne sont pas rares sur les monumens de la fin du quinzième siècle et du seizième. Les jolies maisons de la Renaissance, à Toulouse , en fournissent de nombreux exemples, et il est impossible de s'être arrêté dans cette ville, sans se rappeler la devise : Sustine abstine^ sur la façade de l'hôtel Catelan , Tune des plus gracieuses constructions attribuées à Bachelier.

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