‹ Notes d'un voyage dans l'ouest de la FranceChapitre 19 sur 22 · JOSSELIN · texte numérisé non relu

JOSSELIN

Entre deux chambranles, on voit une galerie k ki^ quelle le toit vient aboutir. Sa balustrade , tra-^ vaillée k jour , est un chef-d'œuvre de patience et de légèreté. A proprement parler, le bâtiment n'a qu'un étage, car les chambres, dont les fi^étres sont encadrées par les chambranles, se trouvent sous les toits. Au premier étage, les fenêtres sont distribuées deux par deux au-dessus de chaque fronton; sous la galerie, il n'y en a point. De cette disposition et du manque d'alignement, résulte un effet«ingulier* On croirait voir un coté d'une rue un peu tortueuse, dont toutes les maisons, uniformément bâties , présenteraient leurs pignons. On voit que le mot de façade ne convient guère ici, et que l'architecte semble s'être étudié à diviser les parties de son édifice au lieu d'en composer un ensemble. Je n'essaierai point de décrire l'immense variété d'omemens qui couvrent les archivoltes , les chambranles , surtout la balustrade de la galerie dont }'ai parlé. La devise A PLVS s'y trouve répétée de vingt manières différentes, découpée en lettres fantastiques, avec une étonnante variété. Malgré la diversité des détails , on ne peut s'empêcher de remarquer la répétition constante et monotone d'un motif aussi médiocre que les entrelacemens et les formes bizarres des mêmes lettres. Dans l'architecture arabe, les sentences du Coran sculptées en relief ou en creux , et artistement alignées ou contournées comme nos rinceaux , sont un des motifs d'ornementation les plus fréquens , et sou-

JOSSEUN. 23 r

Tent l'effet en est très agréable. Mais nos caractères ne se prêtent pas aussi facilement à ces caprices, et je regrette ici les jolis meneaux flamboyans du gothique du quinzième siècle. Je ne vois sur cette façade aucun détail de la Renaissance , cependant je ne puis la croire antérieure au seizième siècle. Même goût pour les fantaisies bizarres et les tours de force , que dans Téglise de Brou. Il n'y a de différence que dans l'exécution , qui à Brou est inimitable. Les A entrelacés avec un Y» et surmontés d'une couronne de vicomte que Ton voit au sommet des frontons , ont fait penser que ce bâtiment avait été élevé par Alain VIII , vieomte de Josselin. A l'exception des tours à double enceinte, Tintérieur du château n'offre nul intérêt , si ce n'est une grande cheminée dans une salle basse , avec l'étemelle devise A PI-iVS , ornée d'ailleurs comme celles de la façade. Tous les appartemens sont restaurés, c'est dire qu'ils ressemblent â des chambres d'hôtel garni , et pour que la ressemblance soit plus complète , on y voit pour toutes tentures les papiers peints à paysages et à batailles, qui tapissent toutes les aubei^es de l'Europe et font une des richesses de la ville de Mulhouse.

La ville ou plutôt le bourg de Josselin n'a pas d'autre monument qui mérite que l'on s'y arrête. L'église de Notre-Dame, bâtie en i4oo, est des plus médiocres. Depuis la visite de madame la duchesse de Berry en Bretagne, on y a élevé ua.

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mausolée aa connétable de Clîsson et à sa femme. 11 était impossible de le faire de plus mauvais goût , et pour la barbarie, oda peut sa comparer avec les tombeaui; les plus ridicules du Père^Laduôae.

I^RDBTEFI, GARNAG^

j^evenant rapidement sur mes pas, je me diri* geai vers Auray pour me rendre de là à Camac et à Locm^riaker* Auray n'a aucune importance, et ses é^^ises ne n^éritent pas d'être décrites} maia cette petite ville est la meilleure station que Ton puisse cbc^r lorsqu'on veut visiter les grands monumens celtiques du Morlûhan.

Les inBombral)les pierres levées, qu'on désigne furdinairement sous le nom ^avenues ou aligne^ mens de Camac, sont répandues sur une étendue de plus de deux lieues et draoie. La côte du Morbihan se dirige au S.-E. , à partir de Port-Louis , jusqu'à la presqu'île de Quiberon, qui s'en détache pour s'avancer à plus de trois lieues dans le & Vers la base de la presqu'Ue, un peu à l'E., se trouve Iç village de Caruac. En ce point, la côte regarde le S. , jusqu'à ce qu'elle rencontre la rivière de Crac'h qui la coupe perpendicalai-

ERDEVEN, ÇARNAa 233

rtment et sépare le territoire de Camacr de celui de LoemariaLker. Da câté opposé de l'entrée de la presqu'île, au N.-O. , est le village d'Ërderen que son clocher fait reçoimaitre de loin. Si Ton réunit Carnac et Erdeven par une ligue droite , elle passera par le village de Plouharnel à l'entrée de la presqu'île de Quiberon, et par le hameau de Saintefiarbe. Ejtkven, Carnac et Sainte-Barbe sont les points aidprès desquels Ton observe les réunions les pins considérables de pierres levées, ainsi que des dolmens et des tuinulus. D'ailleurs toute cette côte en est comme parsemée , et l'on ne peut s'empêcher de la considérer tout entière OMnme une terre sacrée. Son aspect général est cehii d'une plaine légèrement accidentée , dont toutes les parties en culture sont entourées d'une multitude de petits murs b&tis de pierres sèches. Çà et lii , des monticules coniques élevés de main d'homme se distinguent parÊiitetnent des mouvemens de terrain naturels.

Un peu au S.-0. d'Erdeven, à quelque trois cents pas du village, près de la métairie de Kerzerho, on aperçoit de fort loin de grands blocs de granit, dominant les haies et les murs de clôture , rangée sur plusieurs lignes parallèles qui se prolongent vers TE. Bien que beaucoup de pierres aient été abattues, que d'autres aient été enlevées et brisées | que les lignes soient en outre coupées par de^ haies et des murs, on reconnaît sans peine uï\ ordre régulier et des alignemens suivis. Près dç

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Rerzerho, une ligne courbe, dont la convexité est tournée vers i'O. , parait être sur ce point la limite de ces avenues immenses (i). On en compte dix formées par onze lignes de peulvens. En quelques endroits Ton peut varier sur le nombre des lignes ; car les pierres des rangées latérales ayant été déplacées en plus grand nombre que celles des rangées du centre, on n'aperçoit d'abord que ces dernières; mais partout où il n'y a pas eu de déplacement, on retrouve toujours les onze lignes, et il est plus que probable qu'autrefois elles se continuaient sans interruption.

J'ai parlé du parallélisme des lignes de peulvens ; mais c'est uti mot qu'on ne doit pas entendre dans un sens trop rigoureux. Il s'en feiut que ces rangées soient tirées au cordeau, et l'observateur, au milieu d'elles, a souvent quelque peine à reconnaître et à distinguer leur direction. De loin, surtout d'un endroit élevé, l'oeil, découvrant l'en^ semble du monument, juge avec plus d'exactitude de sa forme générale. La largeur de chaque avenue est très variable. En quelques points elles dijQFèrent de onze à trente-cinq pieds; mais on peut dire cependant que partout les avenues du centre sont les plus larges et les avenues latérales les (^us étroites. Réunies, leur largeur moyenne est de a6o à 3oo pieds. Si Ton considère chaque ligne

(i) A trois cenU pas à I'O. de la métairie, on voit un menhir asseï élevé. De là jusqu'à la mer, ou ne trouve plus un stul de ces. monumens.

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isolément y les pierres en paraîtront très inégale» ment espacées, et comme on en a enlevé un grand nombre , soit pour faire des murs , soit pour réparer les chemins , ces différences sont beaucoup plus fortes qu'elles ne devaient Tétre autrefois. En examinant les portions les plus intactes, j'ai trouvé , après im grand nombre de mesures , une moyenne de 24 pieds à peu près. D'une ligne à l'autre , les peulvens ne se correspondent pas, et il n'y a presque aucun point où les avenues , considérées dans le sens de leur laideur, présentent une allée en ligne droite comme celles d'un quinconce. La hauteur des pierres est de plus fort inégale.

A Kerzerho, surtout au commencement des avenues, la plupart sont élevées de quinze pieds; quelques-unes même dépassent cette hauteur. A mesure qu'on s'avance vers TE. elles diminuent ; cependant elles augmentent tout d'un coup à l'extrémité orientale de la ligne qu'elles suivent. Vers le centre, il est rare d'en voir de plus de cinq pieds ; le plus grand nombre ne dépasse pas trois pieds, mais çà et là, au milieu de ces chétiis peulvens s'en élève un , trois ou quatre fois plus haut que ses voisins. Aucun n'a été travaillé* Quelques-uns reposent sur le sol, d'autres y sont enterrés à quelques pouces seulement. J'ai vu certains blocs qui peut-être n'ont jamais été remués, et qu'on a laissés perçant la terre, là 011 la nature les avait jetés ; car le terrain d'Erdeven , aussi bien que celui de Carnac, est une couche

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éuorme de granit, recouverte à peine en quelques

endroits d'un peu de terre végétale.

Depuis Rerzerho, les avenues se prolongent à i*E. sans déviation bien sensible et sans interruption notable , environ cinq cents toises , jusqu'à un monticule à peu prés circulaire , haut de vingt* cinq à trente pieds, aplati à son sommet. Il m'i semblé fait de main d'homme, ou du moins exhaussé et arrondi artificiellement. Sur fespècd de plate-forme qui le termine , on voit deux dolmens à demi détruits. Les avenues touchent à sa base, la laissant à gauche, et même plusieurs peulvens sont plantés sur sa pente (i). Elles se continuent en ligne droite quelques ceiitaines de pieds encore. Alors, rencontrant un étang à leur droite, elles se contoiu^nent légèrement vers leN.-E., puis reprennent jusqu'à cent tmses audelà de leur direction première vers l'E. Cest en ce lieu que la hauteur des pierres augmente sensiblement; là aussi finissent les avenues; un granc} tumulus à peu de distance de l'étang semble en être la limite. Sur le bord de l'étang, près de sa rive méridionale, s'élève un autre tumulus, assez voisin de celui-là, avec deux dolmens à son sommet. De Kerzerho au tumulus qui borne les avenues , la longueur totale de la ligne est d'un peu moins de neuf cents toises. Du haut des dolmens

(i) Ati-delt de ce mootîcule, à la gtucbe des avenues, quelques peulveos isolés, mais sensiblement alignés, semblent se détacher vers le nord. Je ne sois jusqu'où leur ligne se prolonge.

ER0EVÊN, CARNAC. 237

les plus rapprochés d*£rdeyen , la vue de ces immenses allées offre un spectacle imposant et solennel. Lorsque je montai sur le toit d'un de ces dolmens , le soleil était sur son déclin , et le ciel et la mer à l'O. se coloraient d'une Tive lumière empourprée. Sur ce fond éclatant les peulvens de Kerzerho se détachaient vigoureusement en noir, tandis que^ du côté de l'étang , le reste des avenues, fortement éclairé, montrait les pierres blanches et brillantes , tranchant fortement sur un sol couvert d'ajoncs et d'herbes sombres. Le contraste était magnifique, et aurait mérité le pinceau d'un Martin. L'idée d'une immense procession,d'une armée en bataille, est la première qui se présente à l'esprit, et sans doute ee besoin na^ tureî de chercher des comparaisons a produit la plupart des hypothèses proposées pour expliquer ce prodigieux monument.

A l'E. du tumulus qui termine les avenues , on n'aperçoit plus de pierres levées; mais vers le & de l'étang, près de la ferme de Kmkenbo, reparait un groupe assez nombreux; puis* il y a une lacune considérable, et l'on marche long-temps vers le S. sans rien découvrir de remarquaUe, excepté quelques monticules artifi* ciels, dont deux ont des dolmens à leur sommet. Au S.-E. et à l'E. on voit encore d'autres tumulus épars dans la plaine.

Continuant à se diriger vers le S., en arrivant auprès du hameau de Sainte-Barbe, au S.-E. d'Er-

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deveiii et au N.-O. de Carnac , d'autres peulvens se montrent en assez grand nombre répandus sans ordre apparent sur la surface de quelques champs. Pris dans leur ^isemble ils formeraient un groupe I dont la plus grande longueur, de quelque trois cents pas, s'étendrait du N.-O. au S.-S.-E.

En approchant de Carnac on trouve d'autres alignemens réguliers et absolument semblables à ceux d'Erdeven. Us paraissent d'abord près de la métairie du Mœnac , et vont de l'O. à l'E. La route d'Auray à Carnac traverse cette partie des avenues , dont la longueur est d'environ trois cent cinquante toises. Survient alors une lacune de cent toises à peu près, jusqu'à la ferme de Kermario , où elles reparaissent avec la même direction de ro. à TE. En ce lieu on reconnaît les débris d'un assez grand dolmen renversé. Malgré les fermes, les haies de clôture, les champs cultivés, qui ont singulièrement diminué le nombre des peulvens , on trouve toujours des indices suffîsans de la direction des avenues. Un instant elles se perdent dans un bois de pins , mais bientôt elles se font voir à la gauche du hameau de Kerlescant (i). Là on observe une disposition particulière; c'est un grand espace vide de forme carrée. On nomme ce lieu le Bnl. A l'O. et au S. il est

(i) Ao^delà de Kerlescanf , les allées s'inclinent quelque peu à TE.-S.-E.

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fermé par une ligne de pierres; au N. par un grand tumulus allongé, et à TE. les alignemens se reproduisent. Ils deviennent bientôt plus claisemés, et cessent enfin tout-à-fait près d'un bâtiment qu'on appelle le Château du lac. Quelques personnes âgées/ de Camac etd'Auray, m'ont assuré qu'elles avaient vu autrefois des alignemens distincts et bien fournis s'étendre à l'E. du Château du lac jusqu'à la rivière de Crac'h. On m'a dit également qu'à Sainte-Barbelé nombre des pierres était jadis plus considérable, et que , dans le voisinage de Camac seulement , on en avait détruit depuis quelques années plus de deux mille. La grande quantité de clôtures en pierres sèches, et le défrichement progressif des landes dans les environs, expliquent, jusqu'à un certain point, la disparition de tant de peulvens. On remarque en efiFet que du côté d'Erdeven , où la population est plus pauvre qu'à Camac , ils sont plus rapprochés, et que les interruptions des lignes sont moins considérables. A Carnac, de même qu'à Erdeven, la hauteur des pierres varie beaucoup. Au Mœnac, elles sont généralement élevées et d'une masse prodigieuse (i). Beaucoup ont douze pieds de haut

(i) En dehors des aligoemens et au N., on voit un grand mienbir isolé ; on dirait un chef en avant de son armée. Un autre menhir s'élève encore à la droite de Kermario. Du côté d'Erdeven au S; deKerzerho, il y en a un semblable. Plusieurs enfin sont répandus çà et là dans la plaine, trop éloignés des avenues pour qu'on puisse croire qu'ils s'y rattachent.

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et plus, sur sept à huit de diamètre. Elles dimimieni eusuite. Vers Kermario et à Kerlescant, on eu voit encore de très élevées, mais le plus grand nombre ne dépasse pas trois ou quatre pieds. J'ai cru remarquer qu'un grand nombre étaient placées sur le côté Je plus mince et le plus pointu , comoie pour montrer que c'était bien un ouvrage de la main des hommes. D'ailleurs , aucune ne partit avoir été taillée ni même dégrossie.

Sur le bord de la mer, au S.-E. de Gariiac^ s'élève une éminence allongée , haute de près de soixante pieds et quatre fois plus longue, dans une direction presque parallèle aux avenues. Elle se^ compose en grande partie de pierres amoncelées , mais sa base e^t peutetre naturelle. Au sommet on voit une diapelle consacrée à saint Michel , qui a donné son nom à ce monticule.

La tradition que racontent les habitai» de Gai« nac, que j'ai trouvés beaucoup plus esprits forts que je ne m'y attendais , c'est que saint Corneille) qu'ils appellent Cornely, poursuivi par une armée de paycns, courut , se sauvant devant eUx^ jus^ qu'au bord de la mer. T^à y ne trouvant pas de bateau , sur le point d'être pris , il usa de son pouvoir de saint , et métamorphosa en pierres les soldats qui croyaient le saisir.

A tout prendre, cette histoire, qui me plaît par son côté poétique , ne donne guère une explication plus mauvaise que bien d'autres présentées avec plus d'assurance. Par exemple, n'a- t-on

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pas fsât àe ces allées un camp de César ? Ces pierres étaient desitinées à caler ses tentes c6ntre les vents furieux qui régnent souvent sur cette plage^ Sans m'arréter à des suppositions aussi ridicules , je vais exposer lés deux hypothèses le plus généralement adoptées sur la destination des monuinens de Carnac et d'Ërdeven.

i^\Les uns les considérant comme de vastes cimetières , voient à chaque peulven un tombeau. Les plus grands désignent les chefs : le menu peuple se contente d'une pierre de trois ou quatre pieds de haut.

L'usage de planter des stèles sur les tombeaux est de la plus haute antiquité , et semble avoir appartenu à tous les peuples et à tous les temps. Mais comment su|;^ser que Ton ait donné à un cimetière une aussi immense étendue? Si ces pierres indiquent des tombeaux , que fera*t-on des tumulus coniques répandus çà et là autour des avenues? Faudra-4;-il reconnaître concurremment deux modes d'inhumation également remarquables, également coûteux (i)? Pourquoi, d'ailleurs, l'arrangement symétrique de tous ces peûlvens? D'où vient qu'ils forment des lignes orientées ? Sup-

(i) On Toit à droite de k route d'Anray, eo alUot à Carnac , k une demi-lieue du village, un menhir de six pieds, très mince , planté au sommet et à reztrémité d'un tumulns allongé. Cest assurément un stèle funéraire. — M. BatlMirst Deane( voir A^vhmolihgMif vol. a5.), suppose que les dolmens qu'on observe sur des roootioules factices , étaient autrefois enterrés. \\ les croit des tombeaux. — Voir plus bas la description du Galgal de Gâvr' Innis.

343 ERDEVEN^ CARNAC

po6era-#^m que vingt miUe hoinines(et sans doute H j anât autrefois plus de vingt mille pierres ditois ces plaines), se soicHt fait successivement enterrer dans le même lieu , tandis qu'ailleurs on ne trouve rien de semblable? Mais^ dira-t-on^ tes morts de Camac et d'Erdeven ont été inhumés aprea une bataille. Fort \Àen ; mais a-t-on réfléchi au nombre des survivans nécessaire pour remuer tant de lourde» masses, pour célébrer eufin des (uHérailles par une opération qui retiendrait dea miUier» d^homme» pendant des année»? Il faut en convenir, malgré le respect que tous les peuples barbares ont pour les morts y il est impossible d'adhnettre qu'un travail aussi prodigieux n'ait été entrepris que dans le but d'honorer leur mémoire (f ).

a* La seconde hypothèse, fort en iFog«e aujourd'hui, en Angleterre surtout, fiait de ces avenues un temple immense, monument gigantesque d'une religion qui aut*âit régné stir toute b terre, et qu'on appelle ôpfnolùirie , cVst-^à*^fe cuHe du

(i) C«tt ao aiîoiM <|u« Miai qui «lUffM an dît doîl U firo«?ar. Mais conmeDt prouver quoi que ce toit à propos <)• moouroenf oeltiques? Fauté de faits, fa discussion^ la ûégation même do système devient diAeile. ^ Le» poésies atttikméet à Omiàn sast d'ordi* Daire iovoquées comme témoi^ages historiques. Eo eflet , jamais H n'enterra un guerrier Mas élever sur ta tombe ■ mie pierre grise. * Sans m'erréter à (aire reoMwqiier eomWcn est mp e e ie l'autorité d'OMiân< je diimi que le qoeêtk» n'est pas li» et qne pei^ sonne ne nie qu'mt ait élevé dès pierres enr des tambeasoL il faudrait proof^r qu'on n'en a plaeé fn« ià tm ti tm tnt . Or » Q esîen luî^méme ne parle4-il peasana cesse de« la pierre àm posivoir», • do Cercle de Loda?» ete«

ERBBVEN, CARNAC. Î43

serpent. Pareillement on a nommé dracontium le temple consacré an serpent.

Cest le docteur Stnckeley qui , le premier^ Ters le milieu du siècle passé, produi^t ce système et le init en honneur à grands frais d'érudition. Dernièrement , M. de Penhonet , et le Révérend M. Bathurst Deane, ont repris la théorie déjà pres«que oubliée de Stuckeley , et Font fait servir à Fex* plication des monumens druidiques, et surtout de ceux de Camac. Outre les non^reuses citations d'auteurs anciens, qu'ils allèguent, citations que je trouve quelquefois trop librement interprétées, les partisans du système de Tophiolatrie se fondent sur ce fait très remarquable, que, dans tontes les cosmogonies se retrouve Fintervenfion dn serpent, et qu'il joue un rôle considérable dans l'histoire fabuleuse de tous les peuples. Mais, sans qu'il soit besoin d'admettre une transmission des mêmes idées, on pourrait encore expliquer pourquoi, parmi tous les animaux, le serpent a été choisi de préférence par les pVemiers mythologues • L'étrangeté de sa forme, sa beauté, son pouvoir de fascination, le poison qu'il porte, ses mœurs qui échappent à l'observation, et dont on ^^e connaît guère que son apparition et sa disparition , suivant le cours périodique des saisons, ont du être de tout temps un sujet d'étonnement pour le vulgaire. Ses propriétés réeVes ou imaginaires l'ont rendu propre à devenir le symbole de plusieurs idées, dont la diversité même dément, ce me

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semble y l'origiue commune. En un mot , il est très facile de démontrer que partout, dans les mythes religieux, on s'est servi du serpent comme emblème; mais en revanche, je doute qu'on puisse présenter autre chose que des conjectures plus ou moins hasardées sur le fait d'un culte général du serpent , de la religion ophique , comme on l'appelle.

Mais ce n'est point ici le lieu de discuter une question aussi vaste, et à laquelle se rattache celle de toutes les origines. J'admettrai , pour un moment, l'existence de l'ophiolatrie, et je me bornerai à examiner s'il y a lieu de penser que les allées deCamac et d'Erdeven nous ofirait un dracontium, un temple de cette religion. Or, la considération principale sur laquelle se fonde cette opinion, c'est que les sinuosités des lignes de pealvens représentent les ondulations du corps d'un serpent qui r?mpe. Ainsi, le temple serait en même temps la représeintation du Dieu. Que si un logicien s'étonnait que de ce seul rapport on tirât une aussi large conclusion, on lui répondrait qu'en fait de monumens celtiques on doit se contenter de probabilités, bien loin d'exiger des preuves matérielles. En outrer un chrétien , dont les égUses représentent l'instrument mystique de la Rédemption, concevra, sans trop d'efforts, que les ophites aient donné à leurs temples la forme de leur divinité. Mais y a-t-il véritablement des sinuosités tracées à dessein dans les avenues de Camac ? Je

ERDEVEN, CARNAC. 245

trouve cpie M. de Penhouet et M. Deane ont uh peu trop légèrement admis ce fait. On peut , ii est vrai , si Ton s'avance, la boussole à la main, depuis Kerzerho jusqu'au tumuhis qui tennine les allées d'Erdeven , on peut observer de temps en temps des différences dans la direction del'aiguiUe. U en sera de^méme en allant du Mcenac à Keriescanl. Si , ensuite , Ton tient compte sur une carte de ces déviations, on obtiendra de la sorte une ligne un peu ondulée. Mais , j'en appelle à tout observateur impartial , sans système ; doitH>n donner quelque importance à ces déviations ?

A irrai dire, il n'y a qu'un seul point où un changement de direction soit bien évident. C'est , lorsque le spectateur, placé sur le monticule à gauche des avenues d'Erdeven, et tourné vers TE., les voit s'incliner sensiblement au N.-E. et contourner l'étang voisin. La présence seule d'un obstacle semblable explique suffisamment la déviation. Mais, ailleurs, à la vue simple, les alignemens semblent toujours prolongés en ligne droite , toujours de PO. à TE. Qu'on se rappelle que les allées sont composées de peulvens inégalement espacés , inégaux en dimensions; qu'elles traversent quelquefois des plateaux peu élevés , il est vrai , mais suffisans pour cacher la plaine au-delà; qu'on se demande ensuite, avec candeur, si, dans de pareilles circonstances, dans un monument aussi primitif, aussi grossier, l'on n'est pas surpris de trouver tant de régularité , et s'il n'est pas plus

246 EHDEVEN, GARNAC

^aisemblaUe d'attribut mx hasard ou à la oégUgepoe les déviations que k bouasole , plutàt que la vviei nous £iit connaître. Parmi cette multitude de pierres » il y a une foule de points ou les lignes méoies se oon£Dudent , tant dies sont tiréguUères. Bien n'est plus fréquent, par exemple, que de rencontrer, au milieu d'une allée, un grand peulven, bors de tout alignement , sans que ses toîsins s'écartent parddlement pour conserver la roulante des intervalles. On ne peut certainement voir là qu'un accident, un hasard , ou (dutô4 une inattention des constmcteursJ ajouterai que les lignes les plus importantes, pour manquw les ondulations, sont les lignes latérales; or, je l'ai déjà dit, ce sont précisément cdies-là, qui, en raison de leur position même , ont été le plus altérées. U faut donc, je le répète, ne considérer que h direction générale , et cette direction est constante de ro. à l'E.

Il est vrai que, dans une carte très belle des monumens de Carnac et d'Erdeven , dressée par M. Deane, il indique une ligne qui, selon lui, aurait réuni les deux dracontium* De la sorte , il obtient une ondulation bi^i prononcée. La forme du dracontium représenterait ainsi à peu près la figure d'un Z , la ligne horizontale supérieure partant à ro. de Kerzerho et continuant jusqu'aux étangs à TE.; la ligne oblique moyenne, depuis les étangs jusqu'à Ploubarnel (passant par Krukenho, ViHeneuve et le Vieux-Moulin, se dirigeant au S.);

ERDEYEN, GAHNJWa 847

enfin , la lî^^e inférieure irait de Plonbaitiel A &erl0scanttide ro. à !*£. Aîmi , les a^seutteft ^Bt^ devan foraieraiait le sommet du Z^ eelles de G»* nac H bm^i sa figne.knc^ettM ^t «Dppo^-ilé^ truite^ j

Je l'avoue 9 cetle suppontion tne ^araM t^nH

gratuite. Quallêft prcures, <piek âdis ^bneiK r^ip^-

p\xyw? Au sud de r<étâiig, jfrè^ 4é Kt^ketlio ^ <m

V4>it qMC<|ue6 pierres épanses tiatis itt cbattip ^ san^

ordre «ppareol, puis des montioule^ coiik}^lés avéé

46S fiblin?ns s'élài/^snt dans la direction dëTétiihg k

Ploubaniel. Utnaont disposée à pen^ priés e» Kgne

cLroîie. Voilà tout. Bemarquoto^ d^bôKl que, danft

tK>ii hypothèse. M; Deati^ i^l^^ le grotipe de

^unte^ Barbe ^ beaucoup plus cofîsidérable que

€^i de ILnikenho ; mais s'il était réuni "à son graild

draconhum, Soroésef^de donner dëut têtes ou

deux, queues.au aorpent, puisque cm giroupepro^

longé oonp«rait les avennêB souA un angle aigu^i).

Quttotaux luandua etaaiK dolamns, de ee qcie le^

avenues exiatantas pa0sktit.aoppé8 dei iq^ etqms ia&-

jWV&ens de oetle espeee., on eonblut|:rèi Jégièrc^

ment, à mon avis, que Im tumohis doivent être

iSQnç^d^és comm^ ya/(Mi5, et que learipttés^nce

^ê^\ pi>M pnMver la direcdmiandiehiie ^dudra^

£(mtiuip*JtfiU9 oAAe dit pas. que toute ^la plaine

e^.çff^verl^ de tumulus et dâ dokttens, ou dé-

(i) Des peuKéos de Sainle-Barbe àPlouharoel^ il y a 5oo tojçes; «t'pliiAde i,5«yifttl Mœbac, ta pôrtbtldéÀ avenues exista» (es h plus

248 £iW£VËN, CAHNÀC.

triûtftfi ou.debotit ;et que si les ovenuje» avaient dà auttefois passer auprès de tous y elles auraient fermé un inextricable Jabyrinthe. Observons encore» qu'admettant Thypoibèsed^un temple, il est impossible de ne pas croire que son érection a précédé oelle des dolmens et.des tmnulus, qui n'en sox&t que les accessoires , pour ainsi dire. En efiet» $m temple» il a ôillu des autels» et la sainteté du lieu l'aura faix choisir pour des funérailes illus* tr^Ë^^ Ënfiu » une dernière <xmsidératk>Q se pré- «lente » qui . mt paraît avoir quelque poids. De Plouharnel à Kxukenbo^ oii ne rencontre aucun vestige apparent! d'avenues : comment ex[dîqner . leur destruction complète dans l'étendue d'une ligne longue d'une Ueue à peu près ? Il n'y a pas de village auprès comme ceux de Camac et d'£rdeven , pour exploiter le& peulveM. De ce côté» le& clôtures sont peu nombreuses», il y a plus de laïuies » deui: ou trois fermes sMlemeni; » et dans leurs murs » on ne. voit point ces gros blocs» d^ris de massas fhj» considérables » que l'on rencontre à chaque pas dans les constructions en piares ^hes de Camac et d'Erdevati.

U m9 parait hors de doiite. que lesf alignemens i\e Carnac et d'Erdeveti ont eu le même b«it»et sont le résultat d'une qause semblable. Même orientation» même nombr&de lignes composées des mêmes élémens. Que ce soient des temples » je le crois ; car je né connais que la religion qui, dans un temps de barbarie » ait pu produire un effet aussi prodi-

ERDEVEN, CARNAC. 249

gieux. Mais que sans preuves , et sur de simples suppositions, xiîdées par un système arrêté à Fa-^ vance, ou veuille établir une liiuson tnatérieUe entre les deux monumens, voilà ce qui me parait complètement inadmissible. Erdeveo , Camac, tels que nous lés voyons ^ ne sonUik point assez mer* veilleùx pour que l'imagination cherche encore à les agrandir?

LOClUARIARER.

Après Camac, la presqu'île de Locmari^ker est le canton de la Bretagne où se trouve le plu^ grand nombre de monumèns celtiques. Depuis le village de Cratfh, jusqu'à la nlter, il n'y a presque pas une hauteur d'où Ton ne découvre des tumùlùs, des dolu^ens y des menhirs , ou bien les débris dç ces momimens. J'ai d'ailleurs vainement cherché à découvrir un ordre général flans Jeur dîsposi*tion(i)- . .-. .^ .......'...,.,

(1) n «91 veiMrqaabla qu« tes moDbmenîrcelliqbc^ se trouveat |ire«}iM totfjoovsi^éciiiitf etf^gyâiKl iioaittf«,>iiMliS'tiit«p dttiferaies variées, sur les mêmes points. Caroac noas en fodr«ltdtiitz«niple •|ir«id}||ie«iT.> lié «ÉbÉmMCflC de 9toae4Ieii^e est' entôiiré de ti»us >e6tésde'tuAitilds eidtf A4mi^^; T^\ déjà pefléidespitrves de Seinl- Brieuz et des environs de Bonneval. Je vais aborder'Ott Uitre ter»

250 IXXMABIAKEa.

Le hoimg de Locmariaker est situé sor le rivage du Morbihan , tcm te milieu d'uoe presqu'île forloée par l'Ooéan au &, k IMorbihaa à TE. ^ et k rivière de Saint^Piiilibert à l'ÛL Deux grands non*ticuleS) élevés de main d'homme, et de ferme allongée , dans le sens de l'E. k l'O , en feat de loin reeomiaître le territoire. L'un se trouve au NXX , l'autre au S.-E. du village; tous les deuxoonpoaés en majeure partie de pierres amoncelées au-dessus d'une butte de terre. Quelques antiquaires nomment les monticules de cette espèce geUgals^ pour les distinguer da& tumulus ou «toes de terre seulement. Ces deux galgals, donc, ont quelque deux cents pieds de long, et leur hauteur, qui parait avoir été diminuée par le tempsct l'effort des hommes, est d'environ trente ou quarante pieds. On nomme celui du S.-E. la butte ou la. tombe de César , l'autre le mont Hèleu (i). Par leur composition et

fiaûre au' loo» \m mo^Qm90^ idiii cektqtut s^ prespepl, po«Mr «laiî dire, dans un fspace resserré. Dans la troisième partie de ce rapport, je décrirai les deux dolmens' de Saumu^, reste d'une motlî»> tude de ménutÉens «émëUble^ gredfié* lit «oa «oprds ies^aè* 4rés« «Q «i gff^d •owhrv mMH»% «tue 9^\^ fw^H» qn'f t • ihi paver de leurs débris |es fues et les routes. Doit-on penser qn'il existait chez les Celtes des terres ocrées ei des tribus eûdèl^s revêtues de fonctions sacerdotales, coosme les lévites ckiei kb'fiébreux? Ou bien faut-il croire à des différences de religion parmi lia peuples deJfi, Gauie « à Ja tnisnAfon d« <0n^aÎM»4^eii^lHde« qui auraient Importé Imir ««lt0#aa«Jiflpi; j«ale«i^Bi.<«iii4ill«l f» mr raîeni établit» i\, ,, i '..->.>..., ^ ..>

(i) On dit qtè'à son j»onitte|i otf a dénMNVfft^iMP 4pl>9M»^^fMrr»> de idtigt9sepl<pMa«le*ioiig«« qii9.toK^d«l«9«..Dmiii#î«t«WM

IWmMBDl k-t«U« . oti". •-.'• 1" y. •>.

LOGMAmA&ER. 251

leur foanoit aUongéep iU ont le plu» grwàA rapport avec le mont Saiot^Michd, près de Garoac.

£b sortant da Locmiuriaker et te dirigeant au n. , on rencontre , près des dernières maisons^ un gnmd menhir i^nveraé. Les habitans du pays lui ont donné ie nom bizarre de la Tranche de Bewre. Il a une vingtaine de pieds de long , cinq de dia^ mètre , et se termine en pointe. Suivant toute ap* parence, sa longueur était phis considérable, et les arêtes vives qu'on observe à sa base , qui n'esâ point encore couverte de liebens , prouvent qu'elle a été brisée depuis peu de temps. Plus krin , se présente un grand dolmen à moitié détruit* U s^imidie que son t<nt était formé par plusieurs pierres horizontales. On n'en voit plus aujourd'hui qa'une seule eu place soutenue par des piliers , et remarquable par sa masse. Elle a la ou i5 pieds de long ,. autant de lai^^ et en quelques endroits. Une épaisseur de trois pieds. En comparaison , les piliers sont médiocres, n'ayant que troisou quatre pieds au-dessus du sol, d'ailleurs , irrégulièrement disposés, et laissant entre eux des espaces vides par les(|itel8 on pourrait passer. Il m'a semblé que ce dolmen éûit assis sur un ama»<jfe terre arCifideUefaient élevé de quatre ou cinq pieds.

ie ne m'arrêterai point à un autre dolmen k écÊsà détruit , moins grand que le premier et situé à quelque cent pas au N. de celuinu. Suivant toujoiffs la même <ïrectiou y on arrive bienlôi devant plusieurs Uocs énorines renversés sur le bord

252 LOCMARLiKER.

d'un chemin y et Ton reconnaît , en les examinant^ qu'ils ont fait partie d'une nteme pierre. C'était un immense menhir , dont les quatre fragmens réunis donnentune longueur de soixante-six pieds six pouces. La base, le morceau le plus considérable, est encore inclinée sur le bord du trou dans lequel elle était implantée ii une profondeur de de trois à quatre pieds seulement, comme il m'a paru. Son diamètre est de plus de treize pieds. I^ chute de cette pyramide est ' inexplicable pour moi. En tombant , la base s'est tournée presque du c6té opposé aux trois autres fra^nens, qui sont gisans à terre sur une même ligne. Les cassures , qui d'ailleurs se rapportent parfaitement , sont aussi nettes que possible , et dans le choc qui a brisé le menhir/il semble qu'aucun petit édat ne s'en soit détaché. On dit que c'est la fbudre qui l'a renversé; mais personne k Locmariaker ne se rappelle' l'avoir vu debout. La puissance de la foudre est incalculable, et il n'y a pas de prodige qu'on ne lui puisse attribuer. On estime à plus de cinq- cent mille livres le poids du menhir , et c'est un sujet de méditation et d'éfoanement perpétuel, que le procédé dont on s'est servi pour dresser cette énorme masse. Le sol de Ui presqu'île entièrement granitique permet de. croire que le bloc a été trouvé au-tieuméme où il a été élevé , mais cette tipération seule présente d'immenses difficultés, et le défaut de machines devait les centupler pour un peupk barbare.

LOCMARIAKËR. 253

Sur le versant oriental du plateau peu élevé sur lequel se trouve le menhir dont je viens de parler, et à quelques pas plus loin au S.-E., on voit un dolmen dont les proportions colossales sont bien en harmonie avec celles du monument voisin. Il paraît avoir été fouillé, car il est encombré de pierres usées par le frottement, et plusieurs de ses piliers sont détruits. Aujourd'hui on ne peut y pénétrer qu'en se courbant. Le toit ou la table se compose de deux pierres horizontales, Tune longue de plus de seize pieds et large de douze, portée sur trois autres verticales et beaucoup plus petites- L'autre, Ipngue de sept pieds environ, est beaucoup moins élevée. Pour se glisser dessous, il faudrait enlever les pierres amoncelées à l'entour. La direction du dolmen, ou du moins sa plus grande longueur, est du N. au S. Le pilier qui soutient Textémité N. de la grande table parait avoir été grossièrement taillé ; du moins sa forme est régulière et rappelle celle d'une ogive fort aiguë. Sur sa face intérieure ( tournée vers le S. ) on observe quatre rangées parallèles et horizontales de dessins sculptés en relief sur le fond. Depuis la pointe de l'ogive j usqu'à sa base , on voit un espace lisse large d'un pied et demi à peu près, et entre chaque rangée d'ornemens un intervalle de trois ou quatre pouces. Je ne puis comparer ces dessins qu'à des roseaux courbés vers leur pointe , la tige restant verticale. De chaque coté les courbes s'éloignent du centre de la pierre. J'ai

S54 LOGMARIÂHER.

oottiptédantlet quatre rtngéesun nombre detrails dififéneos, mais elles sembleiit se correspondre à droite et à gamche sur la même Kgoe korizoD»

taie (i)« A gauche cependant, vers le bord du pilier I on Toit une ligne droite inclinée , qui , partant du sol) s'élève jusqu'à la troisième rangée. Plusieurs lignes courbes s'y rattachent comme des ieuilles k leur tige ; ces dessins ont-ils un sens hiéroglyphique^ou doit-on les considérer comme de simples ornemens? C'est une question qu'il m'est inipos6U>le de résoudre et que je n'ose pas même aborder.

Le dessous de la table présente d'autres dessins , mais non en reKef comme les premiers. Ils ne se détadient du fond que parce que eelui-d a été entaillé pour marquer leurs contours^ Je ne sais comment donner nne idée de leurs formes bizarres, que le temps a d'aiUeurs rendues incertaines» aussi bien que les curieux, qui, pour les mieux distinguer, les ont cernées avec leurs couteaux ou de la pierre noire. L'objet le plus considérable, long de pkis de trois pieds, a paru à plusieurs antiquaires un phalus» U me semble plutôt y voir une espèce de hache arrondie et évasée à son trandbant , et du

(i) PramièreraDgée à partir du sol : 7 courbes de chaque côté. Deuxième, 8

Troîtièiiie, 5 à gaocbe, & à êrokt

Quatrième, 4 5

Il faut observer que les bords de la pierre étant pkis usés par le frottemeot que le centre , quelques courbes peuvent avoir été effacées.

LOCMARIAKEB. 3^

eoté opposé gnmie dfiin anneau (i)« I^e miehe s'y împkAte perpendiculairement , et à son extré-* mifé^ on voit comme un antre anneau ^ ou bien «ne espèce, de garde comme ceUe d'un sdbre. A côté paraissent quelques traits mmns distincts que Ton pourrait comparer à deux crosses appliquées Tune sur l'autre.

Autour du dolmen y on distingue une espèce d'enceinte circulaire , assez régulièrement tracée « de pierres entassées, s'élevanl à un ou deux pieds du soL Ont-elles été pcntées là seulement pour débarrasser les cbâmpa voisins? ou bien sont^ce les aiibstruetions d'un mur , éleiré à dessein j pour enclore le doiawn? U m'a été impossible de vérifier ce points le terrain étant tout couvert de Mnces et d ajoties. U aérait intéressant de s'assurer de la vérité.

Ce dolmen qu'on appelle, je ne sais poutx}uOi c la Table des Marchands », dol ar marchant ^ est âoigné d'environ deum cents pas du mont Hëieu. Etttffe ces deux monumonS^ se trouve un immense amas de cendres recouvert à peine d'un, peu de terre et d'herbe (9). C'est réceimnent qu'on l'a dé* eouvert^ et les conjectures sur son origine sont aussi nombreuses que variées* Ces cendres pro-

(f) CôHiiBé l^ffMtrumeot sîogtilla commonéitiefit appelé .haebe «ici^oey e»qa*«fi tnmw ea grasde qiuntilé daMune fodk de lieux. Quelqaes-nDt oot pensé qn'il servait aox sacrifices , et cette hypothèse serait coafinnée par sa représeotatioo sor oo dolmen » s*il était ^nicii»^qo*on dolmen Ha unantei.

(1) On les exploite à Locmariaker poar en faire de la lessive.

256 LOCMARIAKEII.

'viennenl'^lles des colosses dans lesquels les Gaulois brûlaient des hommes ? ou simplement indiquent-elles la ruine de quelque vaste bâtiment? Cette dernière opinion est peu probable, car la masse de cendres est si considérable, qu'on en doit conclure une habitude d*allumer des bûchers au même lieu. On m'a dit aussi que sous la Table des Marchands, on avait trouvé des cendres et un couteau de silex.

Si 9 revenant sur ses pas, on se dirige vers le S.-O. de la presqu'île, vers le bord de l'Océan , on trouve auprès de la grève, non loin de la métairie de Kerperai, un vaste dolmen nommé la Pierre longue^ ou plutôt une suite de dolmens contigus, formant une ligne longue de soixante pieds dans la direction du N. au S. Us sont tous fermés à l'O. et ouverts à TE. Us ressemblent à autant de petites chambres, couvertes par une seule pierre horizontale en guise de toit. Aujourd'hui l'on n'en compte que trois, mais si j'en juge par quelques gros blocs gissant à l'entour , on a Heu de penser que le nombre en était plus considérable. Us sont encombrés de pierres et de terre. J'ai vainement cherché sur leurs parois des dessins du même genre que ceux de la Td^le des Marchands, dont pn m'avait parlé. Ont-ils disparu avec le temps , ou bien n'ont-ils jamais existé? Cest ce que je ne saurais dire.

LOCMARUKER. 257

J'ai terminé la liste des monuroens celticpies de Locmariaker; il me reste à parler maintenant d'autres ruines, souvenirs d'une autre civilisation.

Lorsqu'en sortant du bourg de Locmariaker , on se dirige vers ia métairie de Kerperai , on passe devant quelques jardins attenant aux dernières maisons ; un mur ruiné , qui traverse ces jardins , attire d'abord Tattention par la régularité de son appareil. £n l'examinant, on y reconnaît les assises parallèles, le parement de petites pierres bien taillées , qui caractérisent les constructions romaines. Ce mur , d'une épaisseur considérable, se prolonge assez loin, et touche à d'autres substructions semblables. La partie inférieure de la façade d'une maison de pauvre apparence présente le même appareil; enfin, à quelque distance de là, on a découvert dernièrement une immense quantité de tuiles à crochets, et un épais massif de pierres et de ciment {opus incertum). De ce côté, tous les champs sont parsemés de débris de briques et de poteries. Ete ces dernières , je n'ai observé que des fragmens d'une qualité commune, les uns, provenant de vases aussi grossiers que nos pots à fleurs, mais plus épais, les autres, de vases en terre rouge bien vernis, mais sans omemens en relief. Il est évident, d'après tous ces indices , qu'un établissement romain a existé dans la presqu^ile, et l'on ne peut méconnaître une ville de quelque importance , lorsqu'à une portée

258 LOCMAMAKER.

dj^ fîisil du Morbihan, au N.*(). de Locmariaker , 09 ^KTÇoit des substructions en demi-cercle, assises sur ^ une pente douce qui s'abaisse vers le riyage* Cette position , la forme des murs et leur épaisseur, indiquent un théâtre. Sans doute les fouilles feraient retrouver le mur qui fermait Thémicycle, de même que les gradins intérieurs. Je sais que quelques archéologues ont contesté l'existence d'un théâtre à Locmariaker, ne pouvant croire qu'à une aussi grande distance de Rome, au fond de la péninsule armorique, on ait pu jamais sentir les besoins d'une civilisation raffinée. A leur sentiment , l'hémicycle , dont on voit le développement, serait l'enceinte d'un port ou plutôt d un camp naval, un lieu où, suivant l'usage des anciens, on aurait tiré les vaisseaux à terre pour les remiser pendant la mauvaise saison (1). Mais pour justifier cette explication , il faudrait l'appuyer de quelques exemples et dter des ouvrages antiques ayant une destination et une forme semblables. On remarquera que le lieu aurait été mal choisi pour un bassin de carénage , étant assez éloigné de la mer, et sensiblement élevé. Les Romains ne faisaient rien d'inutile, et leur pratique constante d'adosser leurs théâtres à des pentes naturelles en est bien la preuve. On ne peut admettre non plus, si l'on examine les substructions romaines et les monu-

(i) Témoio ce vers si cooou :

« TVahumi f tte siccat machînœ carinas, »

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