LOCMARIAKER
mens celtiques , que le terrain se soit beaucoup exhaussé. Un théâtre , on le sait y n'était pas un monument à Fusage exclusif des grandes villes; car il ne servait pas seulement aux jeux de la scène, c'était encore un lieu d'assemblée pour les habitans; en un mot, pour les anciens, un théâtre tenait lieu de maison de ville. Les auteurs grecs et romains fournissent mille preuves de cette destination.
GAVR^ vsmsé
Près de l'entrée du Morbihan , en face de Loc* roariaker , on aperçoit deux éminences artiâcieltes ou deux galgals, allongés, l'un sur la pointe S. de nie Longue, qui n'est séparée du continent que par un étroit canal ; l'autre qui semble s'élever du milieu de la même île, appartient en efifetà celle de Gâvr' Innis (i), beaucoup moins grande que la première, et s'étendant comme celle-ci du N. au S. De même que la plupart des îles du Morbihan , Gâvr' Innis
(x) M. Beauterops-Beaupré l'appelle Gaçemé daos sa belle carte du Morbihao. Les gens de Locmarîaker proDOocent Gâffi' né. On me dît que Gâvr' lonb est la meilleure orthographe. Ce nom se compose de deux mots bretons : ^aV/ , chèvre, et inms^ tie.
est un rocher de granit recouvert d'une couche mince de terre végétale. L'île est cultivée ^ et un fermier y réside avec sa famille^ l'exploitant pour le compte de AL le maire de Crac'h , qui en est propriétaire* Il y a quelques années un éboulement des pierres dont le monticule est composé ât apercevoii*, vers la moitié de sa hauteur au S.-O. , quelques pierres très grandes i et symétriquement disposées comme celles des dolmens. Entre le toit et les parois , une ouverture triangulaire laissait à peine passage à un homme pour pénétrer dans une cavité à moitié obstruée de terre et de pierres. Celte découverte resta longtemps sans résultats, lorsque M. Lorois, préfet du Morbihan y eut l'heureuse idée de faire faire des fouilles en ce lieu. Les matelots d'une goélette en station dans le golfe y employèrent leurs loisirs , et bientôt ils eurent déblayé une grande portion d'un souterrain caché dans l'intérieur du galgal.
Après avoir examiné tous les monumens répandus sur la presqu'île de Locmariaker, je me procurai un bateau, et, pourvu d'un briquet et d'une bougie , je me rendis à Gâvr' Innis. Montant rapidement la pente assez raide du galgal , je me trouvai bientôt en face de l'ouverture triangulaire dont j'ai parlé; c'était alors la seule qui donnât accès dans le souterrain. Elle me parut élevée de vingt-cinq à trente pieds au-dessus de la surface de l'île. Là je me mis à plat ventre , m'aidant des mains, et, tiré par les pieds par le patron du ba-
teau, je me trouvai en un instant au fond de la caverne, sans autre accident que quelques écorchures aux mains, car, en ce lieu, le sol était parsemé de morceaux de verre. Ce n'étaiept pas des débris de lacrymatoires ; c'étaieqt {xmt^bannement des tessons de bouteilles Sues quelques jours auparavant par un touriste anglais. La bougie allumée , je me mis à parcourir le souterrain.
Qu'on se représente un grand dolmen fort régulier , enseveli sous mi amas de terre et de pierres. Sa plus grande longueur est de FO. à TE. En entrant, par Touverture au S.-O. on se trouve d^abord dans une chambre longue de 3,io",largedea,3a'' à a ". A ro. elle est fermée par deux pierres verticales. Deux autres forment chacune des parois N. et S. Une très grande pierre horizontalement posée recouvre toute la chambre, et parait déborder beaucoup ses parois. A TE. cette chambre <x>mmunique à une galerie plus étroite (1,39*), mais fort longue, construite comme celle-ci de pierres verticales et horizontales.
Lorsque je visitai Gâvr' Innis, les fouilles n'étaient pas terminées, et Ton ne pouvait parcourir que neuf ou dix mètres de la galme; encore fallait-il se traîner sur les genoux la moitié de cette distance. Aujourd'hui, par les soins de M. le maire de Crac'h, le souterrain est entièrement déblayé. M. le préfet du Morbihan a bien voulu m'envoyer des renseignemens sur les résultats de ces fouilles pour compléter mes propres observations. C'est
à son obligeance que je dois le plan ci-joint , et quelques-uns des dessins qui raccompagnent, la brièYeté de ma visite à Gâvr' Innis , et Tétat où se trouvait alors le moniunent ne m'ajrant pas permis d*en CQpier tous les principaux détails.
La longueur de la galerie est de la^SS *, ce qui donne pour tout le souterrain une étendue de iSjôS*". de FO. à l^E. Sa hauteur, ainsi que celle de la chambre où elle conduit, est de 1,80* à a "*. IjC soi, comme le toit, est couvert de grandes pierres plates , s*étendant d'une paroi à l'autre. Vers TE. de la galerie on remarque une pente sensible , ce qui produit dans le pavé du souterrain des espèces de marches, ou plutôt de paliers. On eu compte quatre inégalement espacés.
Les pierres du toit diffèrent beaucoup dans leurs dimensions. La plus grande, celle qui couvre la chambre occidentale, a plus de vingt pieds de long et quinze ou seize de large ; les autres sont moins considérables; la plupart cependant dépassent dix et douze pieds de long. La largeur moyenne des pierres composant les parois est de plus d'un mètre ; je ne sais à quelle profondeur elles sont enterrées. Au N. on en compte quatorze verticales dans la chambre et la galerie, treize seulement au S. J'ai déjà dit que l'extrémité O. du souterrain était fermée par deux pierres ; l'autre extrémité est ouverte , ou pour parler plus exacteipent , elle n'est bouchée que par les petites
pierres amoncelées qui constituent le galgal. Quant à l'épaisseur des parois et du toit, on sent qu'il est difficile d'en juger. D'après ce qu'on peut observer par les interstices et les portions de pierres qui ne sont pas complètement enterrées, on conjecture qu'il y en a peu qui n'aient deux ou trois pieds d'épaisseur. Quelques-unes sont jointes avec une assez grande précision , en sorte qu'elles paraissent taillées , mais c'est le plus petit nombre , et les vides qu'elles laissent entre elles sont assez grands pour avoir donné passage aux pierres qui obstruaient la galerie.
Outre sa situation souterraine , ce qui distingue le monument de Gâvr' Innis de tous le^ dolmens que j'ai vus, c'est que presque toutes les pierres composant ses parois sont sculptées et couvertes de dessins bizarres. Ce sont dçs courbes, des lignes droites, brisées, tracées et combinées de cent manières différentes. Je ne saurais mieux les comparer qu'au tatouage des insulaires de la Nouvelle-Zélande , dont on voit des têtes ainsi ornées dans les cabinets d'Histoire naturelle. Souvent, sur la même pierre, il y a des divisions , des espèces de compartimens , qui séparent du fond et encadrent une portion des dessins. Pour graver tous ces traits bizarres on n'a pas pris le soin de polir préalablement la surface de la pierre , car sur presque toutes on voit ces grandes ondulations que présente la cassure d'un bloc de granit ; pourtant aucune n'offre d'aspérités trop marquées. Le
trait des dessins gravés en creux à un demi-pouce de profondeur à peu près, forme comme un canal plus étroit au fond qu'à la surface. Çà et là quelques dessins se détadient en relief sur le fond comme ceux de la Table des Marchands à Locmariaker.
Parmi une multitude de traits bizarres qu'on ne peut regarder que comme des ornemens^ on en distingue un petit nombre que leur régularité et leur disposition singulière pourrait faire ressembler à des caractères d'écriture. Ce sont des triangles très allongés, fort semblables à des coins ^ ou bien à ces instrumens étranges de silex ou de jade, qu'on appelle vulgairement Celts ou kacfies ceU tiques. Dans un espace réservé vers le haut de la cinquième pierre de la paroi méridionale (je commence à numéroter du côté de TO. ) , on voit dix-huit de ces coins disposés sur trois lignes horizontales , les uns la pointe en haut» les autres en sens inverse. La cinquième pierre de la paroi opposée en présente quatre sur une seule ligne. On en trouve d'autres encore sur la quatrième et la huitième pierre de la paroi S. et la huitième de la paroi N. , mais au nombre d'un ou deux seulement. Les coins de la quatrième pierre (paroi S. ) sont remarquables entre tous les autres , parce que ce sont les seuls placés horizontalement; leurs pointes sont opposées. Souvent la base de ces coins est arrondie, quelquefois fermée par deux lignes qui se rencontrent sous un angle très obtus.
Une imagination un peu vive n'hésitera pas à voir là une inscription en caractère cunéiforme; cependant en les examinant avec attention j on n'y découvrira qu un si petit nombre de combinmsons distinctes , d'ailleurs si souvent répétées , qu'on devra bientôt renoncer à les considérer comme des lettres d'une écriture inconnue. Ces combinaisons sont au nombre de quatre , suivant la position horizontale ou verticale du coin et celle de sa pointe. Mais il est évident que sur plusieurs pierres deux coins ont été rapprochés à dessein y de manière à former un groupe distinct. Admettant cette réunion des signes deux par deux , le nombre des combinaisons sera porté à six ; car on peut distinguer deux groupes , les uns ia pointe en haut , les autres en sens inverse. Peut-être faut-il considérer comme une septième combinaison la réunion de deux coins placés verticalement , l'un élevé, l'autre renversé. Enfin on arrivera à reconnaître un huitième caractère , si l'on veut prendre pour un signe particulier un coin j la pointe en bas y au-dessus duquel est tracé une espèce d'ovale, comme un point sur un I ( septième pierre de la paroi S. ). On observera qu'une même combinaison se représente jusqu'à cinq fois sur la même pierre (deux coins la pointe en bas ). Ce petit nombre de signes et leur répétition me semble prouver qu'ils ne sont pas des caractères d'une écriture quelconque. Que les hommes qui les ont sculptés y aient attaché une
idée y un sens, que ce soit autre chose qu'un simple ornement, cela ne me paraît pas douteux; mais la signification , qui peut espérer aujourd'hui la découvrir ?
Je ne dois point oublier quelques autres dessins remarquables. J'en citerai d'abord dont les partisans du système de l'Ophiolatrie ne manqueront pas de s'emparer Ce sont trois serpens gravés à la base de la septième pierre de la paroi S. Celui de gauche y dont la tête est tournée du côté opposé , est séparé des deux autres par une ligne verticale. Il touche presque à un groupe de deux coins, dont l'un est surmonté d'un petit ovale. Cet ovale sera, si l'on veut, l'œuf des druides, qui produisait un serpent. Les deux autres serpens ont la tête tournée à gauche.
Enfin, au haut de la neuvième pierre de la paroi S., on observe comme une serpe ou un crochet avec un manche arrondi. Je ne demande pas mieux que ce soit la serpe d'or destinée à cueillir le gui sacré.
Il faut noter que ces figures, serpens, coins, serpe ou crochet , ont une saillie sensiblement plus forte que celle des autres dessins. Parmi ces derniers il en est un qui se reproduit assez fréquemment, une fois même avec une sorte de régularité (dixième pierre de la paroi S.); c'est une suite de demi -cercles ou de demiellipses concentriques. Des cercles complets et concentriques sont plus rares. Il y a encore des chevrons, des zigzags et bien d'autres traits im-
possibles à décrire ^ et dont les croquis ci-joints pourront donner une idée.
Il semble que quelques pierres n'aient jamais été gravées : par exemple, sur la paroi N.^la deuxième , la treizième et la quatorzième ; sur la paroi S.j la onzième , la douzième et la treizième. Plusieurs en outre sont devenues par le temps presque complètem^t frustes. M. le préfet du Morbihan m'écrit qu'il a vu quelques dessins du même genre que ceux dont je viens de parler sur des marches de la galerie.
Vers le centre de la deuxième pierre de la paroi S., on remarque une gorge profonde , creusée dans le bloc, au-dessus de laquelle on a réservé en deux endroits une espèce d'anneau , pris dans la masse, mais nullement saillant. Entre ces anneaux et le fond de la pierre on pourrait aisément passer le bras. Cette gorge est couverte de noir de fumée; mais cette apparence, sur laquelle on pourrait peut-être fonder un système, provient de l'habitude qu'ont les curieux de poser leurs lampes dans cette cavité. L'usage de ces deux anneaux est un mystère^ Il parait évident qu'ils ont servi à attacher quelque chose, car ils sont polis par un frottement prolongé. Je ne puis croire qu'ils aient été taillés pour transporter la pierre plus facilement^ puisque aucune autre, même plus lourde , n'en offre de semblables. G>mme on est assez porté à attribuer aux druides et à leurs adhérens toutes les inventions possibles de cruauté,
permis aux âmes sensibles de se représenter attaché là quelque misérable qu'on égorge sans défense ^ ou bien que l'on abandonne vivant , enseveli dans ce lugubre souterrain.
Malheureusement, le témoignage unanime de tous les habitans de llle et de toutes les personnes présentes aux fouilles, contredit cette supposition poétique. Dans l'intérieur de la caverne, on n'a trouvé rien absolument que de la terre et des pierres semblables à celles qui la couvrent. Vainement j'ai interrogé des paysans qui n'avaient aucun int^ét à me tromper. Je leur ai demandé si Ton n'avait pas trouvé des cendres , des ossemens , des instrumens de métal ou de pierre , des poteries. Toujours leur réponse a été négative. On n'a pas même découvert dans les fouilles une seule hache celtique, dont on trouve quantité dans quelques autres îles du Morbihan.
Le toit, aussi bien que les parois et le pavé du souterrain, sont de granit; une seule pierre, la huitième de la paroi N. , est un bloc de quartz presque pur. Je doute qu'il provienne de llle. Les pierres, amoncelées au-de»ms et autour de la caverne, sont également des fragmens de roches granitiques, en général, de la grosseur de nos moellons; et leurs angles brisés prouvent qu'ils ont été transportés d'assez loin. Quelques caiHoux ronds semblent avoir été pris sur la grève. Enfin, on trouve encore mêlée aux pierres une quantité notable de sable et de terre végétale.
En présence d'un monument d'une civilisation inconnue 9 et privé de tout renseignement histori* lue, on a peine à résister à la tentation si naturelle de chercher quelque hypothèse sur son origine. Malgré l'absence complète de débris humains ou d'ustensiles funéraires , sa destination la plus probable, c^est une sépulture (i). On ne peut guère supposer^ en effet, que ce soit un monument religieux; car^ en ce cas, pourquoi l'enterrer sous un amas de pierres ? En Suède , en Norwége et en Islande , on a trouvé dans l'intérieur de certains tuniulus des cavernes analogues à celle de Gâvr' Innis. Elles renfermaient des ossemens^ quelquefois des squelettes entiers. li semble que l'intention de ceux qui bâtissaient ainsi un édifice au milieu d'un tumulus , ait été d'isoler le cadavre en lui faisant comme un vaste cercueil. Il est possible que l'absence d'indices funéraires provienne de quelque fouille antérieure dont la tradition se sera perdue. Dès le treizième siècle , des moines résidaient dans l'ile Berder, voisine de Gâvr' Innis (a), et la curiosité pu l'espoir de découvrir des trésors a pu leur faire explorer l'intérieur du monument. Enfin^ il existe peut-être une cavité inférieure que l'on n'a
(t) On m'assure que dans Tintérieur do mont Héleu on avait trouvé, il y a quelques années, des cendres, des débris de poteries et des objets d*or travaillés en filigrane , enfouis sous Tespèce de dolmen dont j'ai parlé.
(s) Gàvr' Innis même aurait, dit-on, été habité par des moines. On a découvert près de la ferme une ^prande quantité d'osseroens humains , et un crucifix de cuivre éroaiUé de style bysantin.
point encore découverte. J'ai remarqué, en effet , que dans les intei*stices xle pierres qui pavent la chambre occidentale, on pouvait enfoncer un bâton à une assez grande profondeur. Il serait intéressant de vérifier ce fait.
Il me semble que pour apprécier les usages d'un peuple qui n'est plus, on doit chercher, parmi ceux qui existent , un degré de civilisation correspondant au degré probable de celle que possédait le peuple détruit. En examinant les dessins tracés sur les pierres de G&vr' Innis, je me souvins aussitôt des ornemens bizarres et compliqués que les naturels de la Nouvelle-Zélande s'impriment sur le visage et plusieurs parties du corps. Le tatouage était anciennement pratiqué chez les peuples du Nord, et les noms de quelques nations en rappellent l'usage (i). Chez les Zélandais, récritiu*e est inconnue ; mais il n'y a pas un chef qui ne sache dessiner un yâc* simile du tatouage de sa face. Ce dessin , qu'ils nomment amoco , est pour chacun une marque , une signature , en quelque sorte. Je me demande si ces pierres couvertes de traits variés, combinés de tant de manières différentes, qu'on en chercherait en vain deux semblables, ne seraient pas des amocos antiques. Si c'étaient des ornemens inventés par le caprice , et seulement destinés à la décoration , on y trouverait à coup sûr quelques répétitions symétriques ; comme on
(i) Les Pietés, par exemple , et les Bretons.
on observe dans les ouvrages les plus grossiers des peuplades américaines. Ne peut-on pas supposer que ces tatouages (car je ne puis employer un mot qui convienne mieux aux dessins de Gâvr' Innis ) ont désigné ou des chefs ou des tribus? peut-être des héros morts dans quelque bataille, ou ayant pris part à celle où leurs simis ont perdu la vie ? dans cette hypothèse, les coins désigneraient encore quelque circonstance particulière à ceux dont la pierre où ils sont tracés devait conserver le souvenir. Dans les hiéroglyphes, en usage aujourd'hui chez quelques nations indiennes pour commémorer des combats, certains traits' gravés sur des arbres ou des pierres indiquent le nombre des morts, d'autres traits , dans un sens différent , font connaître celui des blessés. H y en a de distincts pour les prisonniers , pour les enfans , les femmes. Je soupçonne ici quelque intention analogue.
Le rapport que présente ce souterrain avec quelques monumens de la Suède et de la Norwége, et ses sculptures, qui le distinguent delà plupartdes monumens celtiques, composés de pierres brutes, tendraient à faire croire qu'il aurait été élevé par des étrangers , par des héros ou des pirates Scandinaves par exemple; et si cette opinion était fortifiée par de nouveaux renseignemens, il serait possible que ce galgal ne fût pas très ancien, je veux dire, qu'il pourrait être postérieur à la domination romaine dans les Gaules. Mais, d'un autre côté, comment supposer qu'un peuple conquérant, que
272 GAVR' INNÏS.
des pillards ( car les conquêtes des Scandinaves n'étaient que des pillages), comment supposer , dis^je, qu'ib aient pu réunir, tailler à grand'peine, ces énormes pierres au milieu de leur rapides incursions? Une semblable opération eût exigé un grand nombre de bras, et en tout cas un temps fort long. On ne doit donc, ce me semble, attribuer Férection de ce monument qu'à un peuple établi dans le pays d'une manière durable.
L'importance des monumens de Locmariaker et leur célébrité , Monsieur le Ministre, en font vivement désirer la conservation. Les autorités locales et tous les habilans du pays sont d'ailleurs fort disposés à seconder les vœux des archéologues. Mais le respect qu'inspirent ces ruines gigantesques empêche seulement qu'elles ne soient brisées. Aujourd'hui la Tahk des Marchands et la Pierre longue sont teUement encombrées de terre et de pierres, qu'on ne saurait les examiner convenablement. Quelques journées de travail suffiraient pour les déblayer, et la dépense serait très modique. Cependant il ne faut pas s'attendre que le pauvre village de Locmariaker la prenne à sa chaîne. Je vous demanderai donc de vouloir bien mettre à la disposition de M. le préfet du Morbihan les fonds nécessaires à cette opération. Je vous prierai également d'ordonner que des fouilles soient faites dans
GAVR' INNIS, LOCMARIAKHL 273 les galgak de Loctnarfaker et dans cdui de l*Ue Longue. La ressemblance qu'ik caiX avec celui de Gâvr' Inais donne lieu de croire qu'ils renferment également des chambres souterraines* Les renseigoemens que fournira lacomparaisoB des uns avec les autres peuvent être du plus haut intérêt pour Thistoirede nos antiquités, etsidles ne révèlent pas des mystères, peut-être indéchirables, ces feuÂles jetteront du nroina une vive lumîèi^ sur une éukle qui , jusqu'à présent , n'a eu pour base qu'un trop petit nombre de âdts» EL\es auront encore un ré* sultat infaxlfible et que doivent désirer tous les amift des arts. En voyant l'intérêt que montre i'ad* ministration pour des mpnumens trop négligés, on en appréciera mieux l^portanœ ; on les tmî^ tera avec pins de respect, loin de les détruire comme pierres inutiles. Si , comme je l'espère, les travaux que je rédame font découvrir des objels intéressans^ les propriétaires qui possèdent sur leurs terres de semjblables monutnens voudront aussi les connaître et les fouiller. Le goût de ces recherches se répandra, et la Bretagne ne sera plus signalée parles étrangers comme une des provinces les plus indifférentes aux richesses monumentales éparses sur son territoire.
Je joins à ce rapport une courte instruction sur la manière dont les fouilles devraient être dirigées. I^s faits déjà connus par l'ouverture du galgal de Gâvr' Innis seront le point de départ d'après lequel on devra se régler. Vous savez, au reste, Monsieur le
974 GAVR* nfHIS, LOGMARUKER.
Ministre 9 que les lumières de M. le pr^et du Morbihan lui suggéreront les mesures les plus comretiables à prendre pour les recherches confiées il sa direction.
En revenant de Locmariaker k Auray , parmi un grand nombre de monumens celtiques debout ou détruits qui se trouvent çà et là dans la campagne, je remarquai, à une demi-lieue de Grac^h, au S. de ce village y deux grands dolmens assez régulièrement construits, parallèleset fort rapprochés l'un de l'autre. Tous les deux sont hauts de six pieds i peu près , et longs de quinze ou dix4iuit. Comme presque tous ces monumens, ils sont ouverts à TE., et fermés du côté opposé. Le dolmen au N. du groupe est pavé de grandes dalles, circonstance qui ne se reproduit pas fréquemment, rignore si le dolmen voisin lui ressemble sous ce rapport; car l'intérieur est tellement obstrué de ronces et de pierres, que je n'ai pu examiner le soL Ils occupent le point culminant d'un assez large plateau.
VANNES, ELVEN, ktc. 27;
VÀNFIES, ELYEN^ LA presqu'île de RHUYS«
La cathédrale de Vannes , reconstruite en i443t a été réparée presque entièrement à l'intérieur vers le milieu du xvii® siècle, et, à l'exception des tours et du portail, elle n'offre presque aucun intérêt. Celui-ci se distingue par de très jolis dé* tails finement sculptés en pierre de Kersantoii ; du même style à peu près que l'ornementation du Folcoat.
Très près de la cathédrale , on voit une petite église de l'époque de transition, qui sert aujourd'hui de magasin pour remiser les pompes à incendie. Les murs latéraux^ sont renforcés par une grande arcature figurée de forme ogivale. L'ogive parait dans le portail entourée d'une archivolte à chevrons, et flanquée de colonnettes à chapiteaux historiés. Au lieu de fenêtre ou de rose audessus de cette porte, il n'y a qu'une baie étroite comme une meurtrière , arrondie en plein cintre à son sommet
Parmi quelques restes d'une fortification du quatorzième siècle , qui subsistent encore au centre
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de la ville , on doit noter la tour où Ton dit que le connétable de Clisson fut enfermé par la trahison du duc Jean de Bretagne, en 1 387. D'après son apparence j'aurais assigné une date plus moderne àceUe totr; on sait qu'elle venait d'être achevée au moment où le connétable fut arrêté. Elle est fort épaisse, sans voûtes, avec de larges fenêtres , dont l'amortissement , terminé k Tintérieur par un arc surbaisse, appartient évidemment à la construction primitive. Il en est de même de cintres qu'on remarque dans quelques parties de la bâtisse, surtout au*dessus des portes. Je présume qu'ils ont été construits pour donner plus de solidité à la muraille. En aucune partie de la tour , je n'ai observé de traces de réparations, et sans la tradition qui en fixe la date, je n'aurais pas hésité à la regarder comme un ouvrage de la fin du quinsième siècle.
M. Lorois, préfet du Morbihan , qui m'avait accueilli avec la plus grande bienveillance, m'ayant proposé de m'accompagner dans quelques excursions aux environs de Vannes, nous nous rendîmes d'abord à Elven, pour visiter les ruines d'un ch&teau célèbre, dont la daten^èst qu'imparfaitement connue; on sait seulement qu'en 1496, il fut démantelé par ordre de la duchesse Anne.
Contrairement à un usage assez constant au moyen-
VANNES, ELVEN, btc 277
êkgef il est situé non sur une colline , mais dans un enfoncement. Sans doute le motif qui a feit choisir cette position , c'est la facilité de remplir d'eau les larges fossés qui Tentourent et qui devaient beaucoup ajoutera sa force. DTaillèurs des hauteurs voisines les machines de guerre d'autrefois ne pouvaient guère incommoder la garnison, que notre artillerie moderne aurait promptement fowdroyée et réduite à capituler. L'enceinte du ch&«teau extrêmement ruinée , flanquée de distance en distance de tours rondes, me parait asses an<cienne , mais dans l'état de dégradation où elle se trouve, c'est en vain qu'on y chercherait quelques indices précis. D'après l'appareil et la forme des tours , on peut conjecturer qu'elles remontent au commencement du quinzième siècle, peut-être à la fin du quatorzième. Le donjon , qui s'élève à une grande hauteur au milieu de la première enceinte, m'a semblé beaucoup plus moderne. Sa forme est octogone et son appareil d'une régularité remarquable. A l'intériemr, il est divisé par un mur de lefeud en deux parties inégales , l'une et l'autre k plusieurs étages. Il n'y a jamais eu de voûtes, et les planchers sont détruits aujourd'hui. Chacune des deux divisions a son escaber séparé, mais les salies eomlBuniqxuiient entre elles et étaient de plain^ied. Le plan des àppartemens paraît avoir été le même à peu près pour tous les étages : dans la principale division , une grande salle octogone, entourée d'un corridor conduisant k des cabinets ,
278 VANNES, ELVEN, etc.
et aux embrasures des fenêtres, tellement pro* fondes , qu'on en pourrait feire de petites chambres. L'autre diviskm est teUement hrégolière , et d'ailleurs si mal éclairée, qu'on ne conçoit guère qu'elle fôt habitable. NuUe part je n'ai trouvé de vestiges d'ornementation, et ce n'est que dans la cage d'un petit escdier que l'on voit les restes de nervures prismatiques, telles qu'ellesétaient usitées dans les derniers édifices gothiques. Si quelques portes , surtout celles des corridors , sont en ogive , le plus grand nombre des ouvertures intérieures est en (dein cintre. Les fenêtres, lai^ et rectangulaires, sont divisées par deux meneaux qui se coupent à angle droit , minces et taillés en biseau. Enfin dans la plupart des appartemens , on voit des cheminées de grandeur moyenne sans manteau conique et sans omemens (i). Tek sont les faibles renseignemens qui nous restent pour déterminer la date à laqudle ce donjon a été bàtL Ils me semblent néanmoins suffîsans pour caractériser une des époques de transition les plus remarquables. L'arc en plein cintre, définitivement remplacé par l'ogive à la fin du treizième siècle , se montre de nouveau concurremment avec èHe au seinème. Du même siècle datent et le perfectionnonent de l'art de bfttir, qui se manifeste par la régularité de l'appareil et l'emploi fréquent des plates-bandes^ et le goût du confortable, qui feit renoncer aux
(i) Une seule exceptée, qui porte on écusson avec six besaoii <IUposé» iiir trois Kgnes.
VANNES, ELVEN, etc. Î7a
salles sombres et humides, édairées par des meurtrières et solidement yoûtées. Aux baies étrmte» succèdent des fenêtres earrées et sofifisamment; larges; des planchers remplacent les Toutes. Le maître et ses serviteurs ne doivent déjà plus s'asseoir au même foyer ; aussi les cheminée» se mul^ iiplient, et, par contre, diminuent de grandeur.* On commence à ressentir les e£fets du progrès de la civilisation , et les diàteaux perdent un peu de leur caractère militaire, parce qu'un nouveau moyen de destruction, devenu- vulgaire, met la force du côté du plus grand nombre. Désormais le chef de vingt coquins bardés de fer, possesseur d'une tour à mâchicoulis , plantée sur un rocher inaccessible, ne sera plus un despote indépendant. L'autorité royale va se fortifiant de toutes les pertes que fait l'aristocratie ; et bientôt l'habitation d'un seigneur ne se fera plus reconnaître que par lehixe, la commodité et le bon goût de sa construction. Toutefois il faudra du temps pour que l'on renonce tout-à-fait à l'apparence militaire des bâtisses. Les tours et les murailles élevées , si elles ne sont plus un moyen de puissance ,.en sont encore l'indice et le souvenir. Ce sont comme des espèces d'armoiries intelligibles pour tous , que Ton affiche encore avec plaisir ; et pour les faire disparaître,, il faudra qu'un ministre vienne et fasse tomber les têtes de ceux qui voudront rappeler même le souvenir de leur ancienne indépen-^ dance.
MO VARNES, ELVEN, etc.
Le donjon i ou, comme on l'appeHe aujourd'hui, k tour d'Elven » me retrace le commeDC€^ ment de cette révolution politique qu'accompagnait une révolution dans les arts* L^ premières années du seinème siècle, que je lui assignerai pour date pndMUe, conviennent non*seulemeiit aux caractères de son architecture, mais s'aocordeot encore avec la vraisemblance historique. Si ce donjon existait avant l'année 1496, nul doute qu'il n'eût été détruit avec les fortifications qui fentourent, car il eût été la principale défense du château qui avait excité l'inquiétude des souverains de la Bretagne (i).
Ma d^nière e^tcursion me conduisit dana U presqu'île de Rhuys, opposée ^ celte de Locna* riaker, et formant comme une digue naturelle qui ne laisse au Morbihan qu'un étniit canal pour communiquer avec l'Atlantique.
(i) Adz personne^ qnî «^étonneraient de voir des châteanx flanqnés àê tours an seûi^e siècle et métne an dix-septième , je «itérai eeox de Kerjan et de Kéromtevé* tous Us Jbiml dana le Léonais, bâtis sons Henri IV. Je suis enlrédanf quel^^ea détails au sujet du donjon d'Elven , parce que dans le paya on lui attribue généralement une date beaucoup plus ancienne, et que mon opînioii a été vivement conteatée. Dmi» chaque prevince on lient beaucoup à ranlSquité des monuoiaaa qui %*j tfonveni » et j'ai appris par espérience qu'on pardonne difficilement rincrédii> lité aux ruines romaines, aux abbayes de Cbarlemagne, aux manuscrits du sixième siècle , etc.
VANNES, ELVEN, etc. 28!
J'ezantiiuii d'abord le château de Sucinio, dont le nom ainsi décomposé : « Souci ny otm^ semble* rait annoncer une habitation de plaisance. C'est pourtant une noble forteresse arec tours , fossés , hautes courtines. Ses pierres jaunies par le temps et Taspect général de son enceinte m'ont rappelé Aigues-Mortes, située comme Sucinio au milieu des sables et non loin de la mer. On dit quHl fut bâti en ia!^9; mais il a été sans doute réparé , agrandi même dans les siècles suivans ; cependant la plu-> part des tours et des courtines appartiennent probablement au treizième siècle; l'appareil en est fort régulier et semble d'une grande solidité. Le couronnement des murs surmontés de mâchicoulis en ogive, m'a paru une addition plus ou moins postérieure à la construction primitive. Les bâtiment d'habitation, à l'intérieur du château , ont le caractère de l'architecture bâtarde duquinztème au seizième siècle. Ils tombent en ruines, mais ils n'ont jamais été décorés avec élégance. La chapelle même ne se distingue pas par son ornementation, jy ai remarqué deux petits cabinets pratiqués dans l'épaisseur des murs, et dont l'un a pu servir de sacristie, l'autre de tribune particulière an seigneur de Sucinio qui pouvait y entendre la messe an coin de son feu , car il y a une petite cheminée. Parmi les changemens plus ou moins modernes apportés à la construction primitive, je ne dois pas oublier des embrasures pour le canon, s'ouvrant au rez-de-chaussée dans les tours, de ma«
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mère à pouvoir balayer le fosse. L'artilleur , pcHir mettre le feu à la pièce , se retirait alors dans un. enfoncement de la muraille , une espèce de nidie où il était parfaitement à Tabri des coups de Tas* siégeant. A l'extérieur , l'embrasure a l'apparence d'une meurtrière dont le bas forme une ouverture ronde du diamètre d'un pied à peu près« Elle se trouve si près du sol , qu'on se demande si le canon y dont la bouche sortait par ce trou , était porté sur un afiût. S'il en avait un, suivant toute apparence, il devait être dépourvu de roues.
De Sucinio , je me rendis à Saint-GiMas-de- Rhuys. Long-terops avant l§i Révolution « le mo* nastère de ce nom, qu'Abélard habita quelque temps , n'existait plus ; les bâtimens qui l'avaient remplacé, ruinés eux-mêmes aujourd'hui, n'of* frent aucun intérêt L'église a subi de grandes ré-^ paraiions; sa nef tout entière est moderne; mais, le chœur et les transsepts sont anciens et semblent n'avoir jamais été altérés. Trois chapelles semi*^ circulaires terminent l'église à Forient, et le transsept nord a encore une autre chapelle de même forme et parallèle à l'axe du choeur. Des piliers cylindriques , massifs, médiocrement élevés, entourent le chœur et portent une arcature en plein
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cintre. Leurs chapiteaux, d'une exécution très médiocre, représentent en général de larges feuillages Êmtastiques , ébauchés et sans finesse, de dé« tails. Les voûtes d'arêtes et cintrées, renforcées d'arcs doubleaux , auraient besoin de grandes et promptes réparations. U en est de même des murs du transsept, fort remarquables parleur appareil en arête de poisson, appareil très rare en Bretagne; c'est, à vrai dire, le seul exemple que j'en aie rencontré. Au sommet de ces murs r^ne un cordon de modillons à têtes grimaçantes, et çà et là, quelques pierres sculptées encastrées dans la maçonnerie. Au-dessus d'une fenêtre, j'ai remarqué, entre autres, un bas-relief représentant deux guerriers à cheval, s'attaquant la lance à la main. Pour toutes armes défensives^ ils semblent n'avoir qu'un casque conique et un bouclier oblong , terminé en pointe. Peut-être la hauteur à laquelle ce basrelief est placé m'a-t-elle empêché de distinguer une armure de mailles , collant sur le corps des cavaliers. Leurs lances, fort longues, n'ont pas de renflement vers la poignée; ces armes, et le travail de cette sculpture , m'engagent à la considérer comme très ancienne , probablement comme antérieure à l'église, qui, suivant Ogée, aurait été bâtie de 1008 à io38. Cette date n'est pas démentie par le style de l'éi^ce. Bien que le choeur soit élevé de quelques marches , on n'y connaît pas de crypte; seulement , à son extrémité orientale, on voit un enfoncement recouvert par une longue
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pierre» Cest^ dil-on, le tombeau de saint Gildas. D'autres pierfes tumulaires pavent le chomr et le iranssept J'en ai vu plusieurs du trei»ènie siècle et du quatorûème siècle; si j*en juge parla forme des lettres à moitié effacées, quelques*unes même seraient enopre plus anciennes. En guise de bàii* tier, on a placé auprès des portes de Téglise deun énormes chapiteaux creusés^ ornés de queues têtes fantastiques et de rinceaux capricieusement agencés, en apparence d'un style très ancien* U est naturel de supposer qu'ils proviennent de la nef ancienne. Le curé de Saint^ildaa est la complai* sance de me montrarquelques reliquaires d'un tra* vail curieux ; mais aucun ne me parait antéri^ir à la fin du quatorzième siècle.
A l'est de l'église , dans le cimetière , on trouve les ruines d'une chapelle , que qudques fragmens de son ornementation , existant encote , ne font regarder comme un édifice du douzième siède. Si près de l'égUse de l'abbaye , je ne comprends pas sa destination.
Le nom d'Abélard et la rareté des raonumens romans en Bretagne , vous engageront, je l'espère, Monsieurle Ministre, à accorder quelques secours à Véglise de Saint-Gildas. Des réparations faciles à exécuter suffiraient pour préserver ces restes vénérables ; mais il serait bienu^ désirer qu'elles ne se fissent pas attendre, car l'état des murs du transseptet des voûtesdu chœur est véritablement alarmant. M. le préfist du Morbihan se joint à naoi
VANNES, ELVEN, etc. ^5
pour tous prier de conserver au département un de ses monumais les plus précieux.
Vers Fextrémité de la presqu'île de Rhuys, s'élève un grand galgal semblable à ceux de Locmariaker. Le hameau le plus proche s'appelle Tumiac I et Ton a voulu faire dériver ce nom de ces mots latins : Tumulus lacchL II y a toute apparence qu'il n'est pas plus romain que le galgal de Locmariaker , qu'on uomme pourtant la butte de César.
Je voulais, en retournant à Vannes, m'arréter dans 111e aux Moines , pour visiter un monument celtique d'une espèce rare en ce pays. C'est un grand demi-cercle composé de vingt^sept peulv^is* Je comptais encore examiner , cheis te maire de File , quelques figurines en terre cuite et des ha« ches de Jade ascien trouvées dans un tumuhis. Mais le bateau s'échoud, la nuit vint, et mes amis et moi nous nous égarâmes dans le labyrinthe d'iles dont le Morbihan est semé. Après plusieurs heures de manccutres inutiles , nous nous trouvâmes, sans trop savoir comment, à l'embouchure delà rivière de Vannes. H semblait qu'une fatalité m'interdit l'accès de Tîle aux Moines. Parti de Vannes deux jours après, je vins jusqu'à la pointe d'Aradon, qui n'est séparée de l'île que par un canal étroit; mais la mer était si mauvaise, que le
286 VANNES, ELVEN, etc.
batelier, qui fait le service du passage, ne jugea pas possible de traverser. Le lendemain, je dus partir pour Nantes.
Saint-Pierre, la cathédrale de Nantes , est Fédi* fice le plus remarquable de la ville. On en attribue la fondation à saint Félix; mais je n'ai pas trouvé de vestiges qui m'aient paru appartenir à cette construction. Pourtant I j'ai observé dans quelques substructions, mises à découvert par des fouiller que l'on fait depuis quelque temps dans le transsept septentrional I des firagmens de marbre, des briques, et une quantité notable de mortier, dont la surface est recouverte d'un enduit rougeàtre* Ce sont assurément des débris romains , et le mur dont ils font partie dépendait d'un très ancien édifice , peut-être du cinquième ou du sixième siècle. L'appareil, d'ailleurs, ne diffère pas matériellement de celui qu'on observe le plus communément dans les premières constructions du moyen-âge.
S'il en faut croire ime tradition qui s'est conservée, l'église chrétienne de Nantes se serait élevée sur les ruines du temple d'une divinité topique,
le Dieu Volianus (i). Le &it est possible; mais assurément , si l'on en excepte une petite chapelle , doBt je parlerai bientôt, je n'ai rien vu dans les parties les plus anciennes de la cathédrale que Ton puisse croire de beaucoup antérieur au onzième siècle. Ces parties anciennes sont la crypte , le chœur et le transsept septentrional. La cr]rpte se compose d'une suite' de caveaux , d'appareil irrégulier, voûtés en blocage, et communiquant les uns avec les autres. Aujourd'hui ils sont en partie comblés de terre; mais on travaille à les déblayer. Dans ces souterrains, dont la plupart ne reçoivent pas la lumière du jour, on ne remarque aucime décoration, excepté quelques colonnes engagées, portant des chapiteaux en cône renversé, sans ornemens, ou seulement avec quelques chevrons gravés sur leurs tailloirs.
Dés le quinzième siècle, le chœur parait avoir été altéré; mais au dix-huitième siècle, une décoration toute nouvelle l'a dénaturé au point qu'au
(i) Oq voit k rh6te1«de-Tilk pliMMiirs ioseriptiona qal portent le nom de ce Dieu :
i« — DEO VOL — PRO SALVTE VIC POR ET NAV — UG.—
a» NVMINIB AVGVSTOR — DEO VOUANO — M. 6EMEL SECVNDVS ET C. SEDATVS FLORVS — ACTOR VICANO- RVM PORTENS TRIBVNAL CM — LOOS EX STIPE CON- LATA POSVERVNT.—
3» . . . . AVG DE. VO. . . — ORTICVI IC
CAMI — VSACR LMART. . . . . — VC
GENIALIS — VICA. IS PORTEN. . B. . CONGES
premier abord on ne peut le croire auâti aaoieD qu'il Test eu réalité. Ses arcades sont âigagées dans des murs nouveaux ^ et des lambris, aux formes tourmentées y cachent partout Fappareil primitif; les colonnes sont plâtrées et badigeonnées. La voûte, refaite sans doute, passait pour avoir été peinte par Errard. Sous le ràgne de la Terreur, Carrier, scandalisé du sujet rdigieux représenté dans cette coupole, ordonna qu'elle £(it détruite, et voulut bien se contenter de la voir couverte d'une couche de peinture à l'huile, d'une teinte uniforme. Dernièrement on a essay éd'enlever ce barbouillage, et des échafauds sont encore dressés à cet effet. Je n'ai pu juger par moi-même de ce travail; mais il m'a semblé qu'on n'en attendait pas de grands résultats. Les colonnes engagées dans le choeur sont du même style que celles engagées dans la crypte ; probablement les unes et les autres n'avaient leurs chapiteaux ornés que de peintures. Les fenêtres sont en plein cintre, avec quelques moulures à l'extérieur. Le toit repose siu* un cordon de modillons fantastiques. Tout cela est très simple, et, sous le rapport de l'art, n'offre qu'un médiocre intérêt.
Autrefois, suivant toute apparence, le chœur avait des basH)ôtés et des chapelles latérales» On en voit encore une, au N.-E. , qui sert aujourd'hui de magasin. De ce même côté, le transsept avait au moins une cliapelle pratiquée dans son mur oriental. Ces constructions n'appartiennent pas
toutes à la même époque. On en voit qui semblent plus anciennes y d'autres plus modernes que le chœur. Derrière celui-ci^par exemple, une arcade bouchée, de style bysantin, retombant sur un pilastre d'un côté et une colonne de l'autre , morceau assez remarquable par ses détails fort bien travaillés, porte tous les catactères de la sculpture bysantine à la fin du douzième siècle. Tout auprès , au contraire, on trouve une suite d'arcades partant de la muraille septentrionale du choeur et s'étendant jusqu'à l'archeiéché , qu'à l'appareil général et à la forme très gossière des chapiteaux ^ on ne peut s'empêcher de regarder comme un ou-* vrage de la première époque romane (i). C'est sous ces arcades que l'on vo^|||||^ petite chapelle dont j'ai parlé , remarquable par son parement de petites pierres cubiques bien taillées , assemblées absolument commedans une construction romaine. Cette chapelle , si elle dépendait de l'église primitive, en est assurément la partie la plus ancienne; mais il n'est pas impossible qu'elle ne doive son apparence à l'emploi de matériaux antiques, dont on trouve de ce côté une masse considérable. Il
(i) Nul doute qae ces trctdes De fissent partie d'oD transsept qui (à en joger par des arrachemens do côté de rarchevéché) se liait au nord à d'autres bâtimens. Au^essus des arcades est une galerie avec une fenêtre intérieure géminée pour chaque travée. Une fenêtre en plein cintre en occupe le sommet. De très longues colonnes engagées séparent les travées. Ainsi il parait que ce transsept avait un collatéraL D'après le peu d'omeroens qui ont ' sobsbté , on est fondé à le croire du onzième siècle.
est probable que le cImsuf et le transsept ^ qtie je viens de décrire , furent commencés ôb dixième au onzième siècle. L'histoire vient en aide aiix faibles renseignemeHS arckiteotoniqnes qui ont subsislé. Depuis Tan 843 jusqu'en 908-, les Normands ayant porté à Nantes le pHlagiç et Fincendîe , il n'est pas vraîaemUable que l'ancienne cathé(fa*ale de Saint- Félix se 'fut conservée même en partie. L'évéque Fttlcherios, en 8969 av«kit commencé une reconstruction; mais l'invasion de 908 l'avait rendue sans doute inutile ; car on voit que, vers 980, Guerec'h ^ d«c de Bretagne , jeta dans le même lien les l'ondemeiK d^une cathédrale nouvelle. On ne peut préciser le temps que durèrent les travanx ; on rapporte seulement qu|ki iao8, la tour qui surmonte le choeur fiit achevée. La partie inférieure existe encore aujourd'hui. Ruinée par un incendie, die fot récd[>lie, meds dans un style bien dii férent; car cetle restauration eut lieu de i4o5
Bientôt après commença une nouvelle ère pour la cathédrale de Nantes. La nef romane menaçait ruine, elle fut démolie , et, vers i434> remplacée par une nef gothique de proportions grandioses. Toute l'église devait être rebâtie, mais les travaux s'arrêtèrent vers la fin du quinzième siècle , au moment où le choeur se trouvait déjà enveloppé tlans les bâtisses nouvelles qui avaient dépassé l'emplacement de l'ancien transsept méridional. Comme la partie gothicfue de i'égiise est in&ni-
meut plus élevée que la partie romane , il s'ensuit ,qf}fi Ja tour qui surmpnte le chœur, avec son .étage ^outé au quinzièine siècle, se trouve comprise en pairie à l'inférieur du transsept^ ce qui produit l'effet le plus bizarre.
Je .crois voir dans la nef l'indice 4'un changement de systèo^e qui aurait eu lieu peu après le commencement des travaux; du moins je ne puis m'e^xpliquer autrement la différence qu'on ob- .serye (Jans la décoration des collatéraux. Au nord les ogives s'appuient sur des colonnettes dont les chapiteaux offrent les feuillages tourmentés et frisés de laxiemière période du gothiq/ue fleuri. Au sud , au. contraire , les nervures de la voûte et les moulures des arichivoltes se prolongent sans interruption jusqu'au sol le long des piliers. Dans le nord et dans le centre de la France, la suppression des chapiteaux devient à peu près générale dès le commencement du quinzième siècle. J'ai déjà ren^arqué qu'en Bretagi^e ce changement ne. fiit adopté , que fort tard , et qu'il fut même complètement rejeté en quelques localités. N'est-il pas vraisemblable que cette mode nouvelle, si l'on peut s'exprimer ainsi , surprenant l'architecte de la i'^thédrade au milieu de «es travaux, l'aura obligé k modifier son plan primitif?
Presque parjtQut les derniers ouvrages de l'architecture gothiqpe sont mesquins et manquent de caractère. Les plans sont d'ordinaire timidement conçus , et toutes les proportions des édifices sem-
blent accuser le besoin de Féconomie. Ce n'est que dans les détails que les artistes osent donner carrière à leur imagination; encore se montre-t-elle plutôt par des tours de force que par des inventions gracieuses. A Nantes, il n*en est point ainsi. Rien de plus noble, de plus imposant, que cette nef immense. Sa hauteur, sa largeiur , dépassent les proportions auxquelles nos yeux sont accoutumés. Ses arcades peuvent passer à juste titre pour un modèle d'élégance (i), et le jeu de lumière et d'ombre dans les longues nervures qui les entourent depuis le haut jusqu'en bas, produit l'effet le plus agréable. Si dans quelques parties on peut reprendre des fautes de goût qui ne se rencontrent pas dans les cathédrales du treizième, il faut convenir que l'impression que feit éprouver l'ensemble de cette église est presque aussi puissante. Il n'y manque que des vitraux pour qu'^e ait le caractère à la fois sévère et splendide de nos anciennes basiliques. La galerie qui fait le tour de la nef me paraît digne d'être citée comme un des meilleurs modèles. Elle se dessine par une suite
(i) Je De crois pas être trompé par'ane illusion d*optiqtie» en renirquant que la ligne qui s'élève du pavé à la naissance de» ogives, n'est pas droite , mais légèrement convexe. Cette courbe , qui d'ailleurs n'existe que dans la nervure maùresn (la plus saillante) , n'a pu être adoptée qu'à dessein et par suite de l'observation ftite de son bon effet. Je ne connais pas d'autre exemple de cette irrégularité pittoresquC|àmoins qu'on ne la regarde comme une imitation du renflement que les Grecs ont donné aux f6ts de lears colonnes.
NANTES. 29a
d'arcades surbaissées j entourées d'archivoltes en ogives à contre-courbe , ornées avec la plus grande, richesse; ses larges et profondes moulures, ses feuillages toujours gracieux dans leur variété , refbuillés avec lûi art merveilleux , sont d'un effet admirable par leur ensemble lorsqu'on les regarde d'en bas y et ils méritent encore qu'on monte dans la galerie pour examiner de près la finesse, la perfection du travail, l'heureux choix des motifs de l'ornementation.
La voûte de la nef principale est toute moderne; refaite depuis un siècle au plus ; il n'en est pas de même de celle du transsept méridional , aussi haute que la première. A leur intersection les nervures sont peintes, et quelques pieds audelà. Comme l'édifice est resté inachevé , on pourrait supposer que cette peinture n'est qu'un essai tenté comme pour juger de l'effet des couleurs , si d'autres églises terminées n'offraient de nouveaux exemples de cette coloration partielle, dont l'effet me parait très médiocre. Dans la révolution. Ton a détruit tous les meneaux des fenêtres des bas-côtés. Ceux de la nef subsistent : ils sont flamboyans et d'assez bon goût. La fenêtre de la tour qui surmonte le chœur, et qu'on voit, comme je l'ai déjà dit, à l'intérieur du transsept méridional^ appartient au style perpendiculaire anglais. Un seul meneau la divise et produit deux ogives en se bifurquant à son sommet. Vers le tiers de sa hauteur il est coupé par un second meneau perpendi-
culaire; c*e^t le transom des Anglais, assez rarement employé par nos architectes.
Le dessous de la tribune occupée par Forgue , ouvragé du seizième siècle, je crois, est décoré avec plus de richesse que d'élégance. Il faut citer cependant avec de justes éloges plusieurs de se» détails, les clefs pendantes surtout travaillées avec une délicatesse inouïe. Entre' la nef et le choeur s'élève un jubé du dix*septième siè<^ , ort pour mieux dire un grand mur couvert de sculptures , occupant tout Fespace compris entre les pihers du transsept. Bien que sa décoration contraste bizarrement avec celle du reste de l'église, et qu'elle ne soit pas exempte des défauts de son époque , elle ne laisse pas de produire un effet imposant. Si le fronton coti tourné, lès pilastres barbares, les grosses guirlandes thaniérées de cette façade intérieure , rappellent le mauvais goût du style de Louis XIV, la richesse des ornemens, et surtout leur exécution grande et facile, méritent d'être louées sans réserve. H ne faut pas examiner de près ces sculptures; mais, à leUr point de vue, elles paraissent fortes et grandioses. Si la composition générale était plus correcte , on croirait voir un ouvrage de nos grands architecte^ du seizième siècle. Ce jubé reproduit d'ailleurs ce caractère presque constant de la bonne ornemeiitation du moyen-âge, les saillies et les creux fol-tement accuses, de manière à présenter des masses de lumière et d'ombre qui flattent l'oèil , et où l'ima-
gifiatico sii|)iplée bien souvent aux détails que la vue ne saisirait pa6.
Je n'aime pas la £açade occidentale de la cathédrale de Nantes. La partie inférieure seolemeut étant terminée, les grands murs lisses qui la surmontent semblent récraser par le contraste de leur masse solide avec ks ft^rmes découpées qui leur servent de base^ et auxquelles une ornementation précieuse donne l'apparence de la légèreté. Un nombre prodigieux de petits bas-reliefs remplissait les voussures des portes. Considérés isolément y on ne peut qu'admirer la délicatesse du travail et la variété d^s compositions ; l'effet de l'ensemble est médiocre, parce qu'ils ^ont trop petits pour la grandeur des portes, surtout trvp espacés. Us conviendraient mieux à un jubé ou à des retables d'autels. Il j a loin d^ cette feç^e aux belles portes gothiques de Chartres par exemple, ou de Notre-Dame-de-la-Coùture du Mans. La même observation s'applique aux portails latéraux (i).
C'est dans le transsept méridional que l'on voit aujourd'hui le tombeau de François II, dernier duc de Breta^e, et d'Anne , sa fille , l'un de nos
(i) Les portes de la cathédrale étaient eo bronze, d'uQ travail admirable. Biles ont disparu ; mais on espère qu'elles ne sont pas perdues , et que peut-être elles auront été enfooias, pendast la révolution, dans l'un des souterrains de Téglise.
Tai trouvé dans les archives de la mairie , qu'en i48<« l'on travaillait au grand portail. On peut donc le considérer comme Tun éM damiers ouvrages du qninaièna siècle.
plus beaux monumens de la Renaissance. II a été exécuté, en i5o7 , par Michel Colomb, dont on ne connut ni la vie ni les autres ouvrages; on sait seulement qu'il naquit à Saint-Pol-de-Léon. A en juger par ce morceau, il méritait d'être placé sur la même ligne que nos grands sculpteurs du seizième siècle , et je connais peu de tombeaux qui puissent être comparés à celui-ci.
Outre les statues du prince et de sa fille, en marbre blanc , couchées sur une table de marbre noir , le mausolée est entouré de quatre grandes figures allégoriques. La Force est représentée étranglant un dragon qu'elle tire d'une tour; la Justice tenant une épée et une balance ; un mors et une lanterne caractérisent la Prudence; enfin, pour attributs, la Sagesse a un miroir et un compas : à ses pieds est un serpent. Par un assez mauvais raffinement d'allégorie , le derrière de la tête de la Sagesse représente le visage d'un vieillard, probablement pour indiquer que la sagesse se fonde sur l'expérience. Ce bel axiome ne valait pas la peine qu'on l'exprimât par une monstruosité. Au surplus les quatre statues sont admirables de grâce et de simplicité. Les draperies sont rendues avec une rare perfection , et dans chaque figure on observe une individualité très frappante y. bien que toutes les quatre soient également et nobles et belles. On assure que la Justice reproduit les traits de la reine Anne , et que les autres statues sont de même des portraits ressemblans. Je serais tenté de
le croire ; mais il est permis de penser que ce sont des portraits un peu flattés. Je suis frappé de la forme des yeux relevés vers Faugle externe, la paupière inférieure légèrement convexe. Sans doute les idées reçues sur la beauté au seizième siècle le voulaient ainsi ; mais ils donnent à la physionomie une expression de moquerie assez piquante , peu convenable d'ailleiu^ à leur attitude grave et à leur.caractère allégorique.
Dans de petites niches , autour du soubassement, sont des pleureuses, la tête en partie couverte d'un capuchon. Les mains et les têtes sont en marbre blanc, les draperies en marbre grisâtre. D'autres statuettes en marbre blanc d^us des niches revêtues de marbre rouge, paraissent audessus des pleureuses : elles représentent les douze apôtres, saint François, sainte Marguerite, Charlemagne et saint Louis. Toutes ces figures, admirables par la nsuveté des poses et la vérité de l'exécution , me paraissent au moins égales en mérite aux quatre grandes statues.
On s'occupe avec activité aujourd'hui de Fachè^ vement de la cathédrale de Nantes. Dans le plan adopté , le chœur aura la même architecture que la nef, et par conséquent le chœur actuel doit être démoli. Malgré mon respect pour les vieux monumens, je verrai sans peine la destruction de celui-ci, qui d'ailleurs n'a d'autre mérite que ses huit siècles d'existence , si , comme on se le propose, on copie exactement l'architecture de la
nef. Les dessins qxioA a bieu voulu me ooBHimm* quer sur cette restauration projetée, m'ont semblé, sous ce rapport, d'un^ etactitude sans reprocha
Les autres églises de Nantes sont toutes modernes ^ ou n'offrent aucun intérêt sous le rapport de Tart. Les plus anciennes , qui ne me paraissent pas remonter plus baut que le quinzième siècle , présentent plusieurs des caractères que j'» si souvent remarqués dans les élises bretonnes, meneaux verticaux et suppression de l'apside.
On voit auprès de la cathédrale un petit monument dont la façade , dans le goût de b Renaissance, ornée autrefois avec beaucoup de richesse, est aujourd'hui mutilée de la fiaçon la plus barbare. Il est juste de dire que la main desYandales n'a pas tout fait , et que le tufleau employé dans cet édifice , tendre et s'effleurissant à l'air , n'a pu conserver la délicatesse des ciselures dont û éûit chai^. Jadis c'était la façade de l'église de Notre- Dame, appartenant à un couvent de femmes.
BSaintenant c'est le magasin des bières de la ville. L'église est détruite , et outre ce portail , il ne reste plus qu'une espace de vestibule dans lequel il donnait accès. J'y suis entré; mais l'intérieur, à mes yeux, ne tient pas ce que promet la £içade. Ce n'est pas que l'ornementation ne soit d'une extrême richesse , que les détails ne se distinguent par leur
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élégttnce^ et leur correction ; mais je ne trouve pas là éette variété ^ ce caprtce charmant qu*ôflfrent tant de DfKAhimens de la Renaissance. La voûté surbaissée est divisée en caissons carrés ornés de i^osaces et de moulures, tous semblables, t^oint de corniche qui marque où finit la voûte , où commence la paroi, divisée également en comptirtimens et ornée de méiùe. On pourrait se croire «ous une archef de pont j ni le vestibule , tiî FégBse ne sont caractérisés. Toutefois c'est pitié de vwr une ruine encore si intéressante négligée de la sorte. Ne pouri^ait-on pas trouver un autre magasin pour les cercueils? et une destination phis convenable à ce vestibule? Il est vraisemblable qtie les mutilations , dont il garde de si cruelles traces^ ne datent pas toutes de la révolu- Itttion , et peut-être, si l'on s'en était occupé phis tôtj serait-il maintenant plus facile de le réparer. Je vous prierai, Monsieur le ministre, d*appelersur la sitùatiôt^ de ce monument l'attention de M. le préfet de la Loire-Inlérièure et du conseil municipal de k Ville de Nantes..
Il ne reste des anciennes fortifications de la vtUe qu'une poi'lién de muraille et uiie tour ronde daïis la rue qui mène de la préfecture k là cathédrale. L'appareil semble romain , mais il est entremêlé de portions considérables ancietmement réparées. Le château a une enceinte encore complète, mais de différentes époques. C'est le duc de Mercœur qui, pour le mettre en état de défense , lui a fait subir
les changemens les plus considérables. En faoe de la Loire un bastion et une courtine, bâtis par lui, montrent partout des croix de Lorraine , et rappellent le souvenir des guerres civiles. La courtine n'est, à proprement parler, qu'un parement moderne appliqué sur une muraille beaucoup phis ancienne vraisemblablement, composée de fragmens irréguliers de schiste, assemblés avec beaucoup de mortier. Du coté opposé, les remparts offrent l'apparence d'un travail de marqueterie par leurs assises de tuffeau ou de granit alternant avec d'autres assises de schiste noir beaucoup moins épaisses. Il sont flanqués de tours rondes, dans lesquelles on voit des embrasures percées sans doute assez long-temps après la construction de cette partie du château qui date, je crois, du quatorzième siècle. Les logemens intérieurs se rapportent à plusieurs époques depuis le quinzième siècle jusqu'à nos joui^, l'ornementation diminuant toujours à mesure que les bâtisses sont plus modernes. Les bâtimens, à la droite de l'entrée principale, ont une façade richement ornée, mais très irrégulière. Ses fenêtres , toutes inégales, n'observent aucun alignement et n'ont d'autre rapport que l'ornementation de leurs chambranles sculptés et décorés avec beaucoup de goût. Au style des ornemens, je crois cette fiaçade de la fin du quinzième siècle. Du côté de la Loire , on a £sdt un magasin à poudre d'une grande salle gothique ornée de clés pendantes et de nervures
assez bien travaillées. On la regarde, sans aucun fondement y comme la chapelle où Ait célébré le mariage de la reine Anne. Rien n'est moins vraisemblable 9 et l'on chercherait en vain dans la disposition de cette salle ou dans son ornementation, quelque caractère qui indiquât une destination religieuse. Elle communique à une assez grande chambre de plain-pied , et au-dessuâ sont des appartemens qui étaient habités de tout temps. Il est donc impossible qu'elle ait jamais servi de chapelle. La façade, malheureusement fort mutilée , est du même style que l'autre bâtiment, mais plus régulière.
Les archives de la préfecture passent avec raison pour les plus riches de la Bretagne. C*est là que sont déposés tous les documens relatif aux guerres de la Vendée et de l'Ouest. On y conserve en outre beaucoup de chartes anciennes, un grand nombre de registres terriers d'abbaye, des cartulaires, enfin quelques manuscrits curieux. De ce nombre est le procès de Gilles de Rais , célèbre encore dans le pays sous le nom de Barbe-Bleue. Cette relation est en latin et ne pourrait se traduire. Tous les crimes qu'une imagination en délire a pu concevoir , ont été exécutés par cet homme, qui, puissant, riche et libertin jusqu'à la folie , exerça pendant longtemps contre ses vassaux les violences les plus
abominables.Outre ces horreurs impossiblesà^liBei il était encore accusé de mggie , et c'est peut-être ce dernier grief qui le fit condamner.
Un grand travail serait nécessaiie pour oobipléter le classement de toutes les pièces contenues dans les archives de la préfectiu*e ; car le seul ordre que Ton y ait pu introduire jusqu'à présent, se borne à la réunion d^ns les mêmes. Armoires et les mêmes cartons des dossiers qu;î se rapportent aux mêmes localités. D'ailleurs ik ue sont que très imparfaitement connus et il n'en existe pas de catalogue raisonné. Bieià qu'il y ait peu de pièces originales remontant au delà du quatorziàmesiède, il est hors de doute qu'on pourrait extraire de cette vaste collection une foule de documens précieux pour l'histoire de la province. M. le prtfet de la Loire-Inférieure se proposait deprier M. le ministre de l'instruction publique de nommer un élève de l'école des chartes pour aider Farcbiviste de la ville dans l'exploitation et le dépouillement de tant de matériaux intéressans.
La bibliothèque est aussi fort riche, tant en manuscrits qu'en livres du^quinsîème et seizième siècle. Parmi les manuscrits 9 j'ai remarqué l'histoire delà ville de Nantes, par l'abbé Travers, que Fou v^, dit-on, publier incessamment J'ai examiné avec beaucoup d'attention un fdrt beau manuscrit de la CUé de Dieu , par Saint-Augustin, traduite pi^r Raoul de Praesles, en 1 37 5. U est dépareillé; n^a^ le premier volume existe, m'assure-
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tHin, dans la bibliothèque royale de Paris. Parmi tes miniatures 9 très nombreuses et fort bien exé^ cutées, on m'en a fait remarquer une qui repré^ sente deux dames'etun chevalier jouant aux cartes. Ce serait «ne nouvelle prewre, s'il était nécessaire» de la fausseté de la tradition reçue, qui ne fait re> monter l'introduction des cartes en France qu'à l'époque de ki démence de Cbarles VI.
Au centre de la ville , on voit beaucoup de ma^ sons du moyen -âge, reoonnaissables à leurs Caçades, sculptées en bois pour la plupart et bâties en encorbellement. Quelques-unes sont tellement rapprochées, que les étages supérieurs se tou* chent; mais entre la 'base des deux nuisons il y a un passage pour deux personnes de front. La plupart de ces bâtisses vont disparaître, et la salu* brité de la ville y gagnera , sans que les arts aient à regretter la perte du petit nombre de sculptures qui décorent les façades. Je n'en ai pas vu qui offrissent un véritable intérêt.
Je ne parierai pas deplusieurs statues modernes, assez médiocres pour la plupart, élevées en diffé* rens endroits de la ville. Deux caViatides, sur la place de k Cathédrale, sont attribij^esau Puget. Elles offrent certainement quelques-uns des caractères du talent de ce grand artiste, la force et l'énergie; au reste, grattées et peintes aujourd'hui , il est malaisé de les juger. Une restauration si brutale gâterait les plus beaux ouvrages.
Ce n'est que depuis quelques années seul^aent
que Nantes possède un musée. Aujourd'hui il ae compose d'une assez grande quantité de tableaux provenant, pour la plupart, de la collection que M. de Cacault avait formée pendant un long séjour en Italie et qu'il a léguée à la ville. Dans le même local sont réunis plusieurs tableaux modernes, des plâtres et des omemens moulés sur l'antique, et donnés par le gouvernement. Cette galerie a un peu le défaut de toutes les collections d'amateurs , elle est trop nombreuse et contient une proportion trop forte de médiocrités. Les dénominations de plusieurs tableaux pourraient aussi être contestées , car il n'y a pas un grand maître dont on ne montre ici quelque ouvrage phis ou moins coa^ sidérable« Les Raphaels et les Titiens sont toujours suspects ailleurs que dans un petit nombre de galeries bien connues. Pourtant si quelques-uns de ces tableaux, décorés de noms illustres, ne sont pas des originaux, ce sont du moins de bonnes copies qu'il peut être intéressant de consulter. Je citerai , parmi les ouvrages qui m'ont fait le plus de plaisir, laissant à de plus habiles que moi le soin de discuter leur authenticité, d'abord, une grande composition attribuée à Léonard de Vinci, représentant le Portement de la Croix. Les figures à mi-corps sont d une vérité d'expression remarquable. Je ne connais rien de plus noble, de plus grand , que la tête du Christ. C'est à mon avis le morceau capital de cette galerie. Il n'est pas terminé , et la teinte générale en est fott sombre;
ilseiable que le peintre réservât pour le dernier «otoient lés tons brillans àe &A pidene. Le ^ire est eurieuK à étudier. A ^foir la transparence et k fluidité des couleurs, on dirait qu'im n'a&it usage que de lavis. Rien n'est empâté et les chairs mêmes paraissent exécutées par de légersglacis. — ^Un autre Christ portant la oroiXj de Sébastien del Piombo , * smvant le livret, s'il n'est pas de ce maitre, n'est pas moins un admirable ouvrage. H est impossible de rendre plus énergiquement la douleur dirine. Hus on regarde cette tête et plus on y découvre de beautés. Je ne crois pas que l'expression puisse être portée plus loin. J'aime moins un portrait de jeune homme , attribué au même maître, d'un dessin correct, mais^d'une mauvaise couleur. Il manque de saillie, et les contours en sontdurementaccusés. — On s'arrête avec plaisir devant fEducoHon de la Vierge , par Rrayer. C'est certainement un des bons ouvrages de ce maître. — l.e livret attribue & Murillo un uéveugle chantant et jouxint de la vielle^ d'une ignoble et effroyable vérité. Sans contredit cette figure est d'un artiste espagnol et de l'école de Séville ; mais Murillo , • drâssa première manière, a un coloris plus sombre, et ses derniers ouvrages sont exempts de la sécheresse qu'on remarque dans ce tableau. U conviendrait mieux, ce me semble, à Yelasquez, qui, à son début , s^essaya dans les sujets vulgaires , et qui alors était loin d'annoncer ce pinceau gracieux et suave qu'il acquit à la fin de sa carrière. — Je ne
dois point oublier de citer un portrait qui a produit sur moi une vive impression. L'auteur est inconnu, et on le range dans Técole itatienne. Je serais plutôt tenté de le croire espagnol. C'est une Jeune fille vêtue de bleu ; elle a quatorze ans y eHe est maladive, languissante, exaltée; elle va se iaire religieuse. Le peintre a écrit son caractère et son histoire dans ses yeux, et il s'est défié à tort de son talent , en plaçant dans un coin de la toile un Saint-Esprit inspirant la jeune fille. C'est ainsi que je me représente ssônte Thérèse , cette ame si tendre et si fière qu'elle ne voulut avoir d'autre amant que Dieu.
J'aurais prolongé mon séjour dans le département de la Loire-Inférieure , si l'automne , qui s'avançait, ne m'eût obligé de me diriger sans délai vers le Poitou pour profiter des derniers jours de beau temps. D'ailleurs, je pouvais considérer le but de ma tournée comme atteint. J'avais vu les principaux monumens de la Bretagne , et j'avais pu me faire une idée des caractères généraux de ses antiquités.
Avant de passer à la troisième partie de ce rapport, je vous demanderai la permission. Monsieur le Ministre, de jeter un coup d'œil en arrière, et de vous présenter en quelque sorte le résumé des
observations que je viens d'avoir l'honneur de TOUS transmettre.
Lesmonumens qu'on appelle celtiques ou druidiques , sont en Bretagne plus nombreux qu ailleurs, pour plusieurs motifs, qui sans doute ont exercé concurremment leur influence. Premièrement, il semble que cette province^fût en quelque sorte une terre sacrée, un grand centre religieux, comme il y en avait plusieurs dans les Gaules; c'est aussi la contrée où la religion et probable^ ment la langue des druides se sont conservées le plus long- temps. Enfin l'agriculture y a fait des progrès moins rapides qu'ailleurs. On voit encore beaucoup déterres en friche, et ce n'est que depuis peu d'années que l'on s'occupe de multiplier les voies de communication. Or le défrichement des landes et le pavage des routes sont les causes les plus efficaces de la destraction de ces pierres énormes.
Une chose a toujours fait le 'désespoir de ceux qui ont étudié les raonumens celtiques, c'est non seulement la difficulté de deviner les causes qui les ont élevés, mais encore la presque impossibilité de les classer nettement, de leur trouver une destination spéciale. Par exemple , les peulvens , les plus simples et les plus communs de tous ces monumens, on ne peut leuF assigner une destination unique et constante.' Ici , on peut les considérer comme un symbole de la divinité , comme une idole grossière; — là ils ont évidemment servi
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à désigner une sépulture ; — souveiit ils accompagnent un dolmen ;— d'autres fois ils sont réunis en groupes réguliers ou irréguliers. De ces différences de positions, d'usages, faut-il conclure des différences de mosurs et de religioq? & des allées de pierres alignées c<Mistituatent un temf^ chez les Gaulois, pourquoin'i^ trouve- t-on qu'à Erdeven et àCarnac? Pourquoi çps peqlvensque nousTencAs de voir alignés s<Hit-ils ailleurs rangés en cercle ou bien en croissant? Toujours même iqcertkude dans les. formes, dans la disposition *, on diercherait en vain à tirer de tant de faits isolés des conclusions générales. U en est de même des dolmens. Sous qudques-uns on a trouvé des ossemens humains j sous le plus grand nombre rien du tout. Quelquefois ils sont isolés , souvent réunis deux ou même plus dans k même Ueu. On en voit au somr met ou dans l'intérieur des tumulus. En fera-t-on des monumens funèbres ou bien des autels (i) ?
(f ) Puiaqiie j'ai parié d'aoUb » je ^ àïtt à caUt oocaaioQ q«e dans aucuD des dolpens à oui Ton peut supposer cette desttoatioo , •t que j'ai examioés, je n'ai vu ces rigoles dont un a Uni parlé , pratiquées de ma» d'iKNome et destinées à l*éeoBlenent du sang des victiwea égorgées. Tous, sam esctptiom , m'oo^ paru recouvert d'une pierre brute en dessus, ayant ^ il est vrai, quelquefois cer* laines cavités ou des espèces de canaux , mais naturels et tels qu'en présenteraient toutes les pierres extraites d'une carrièoe. Je M dierche pas a juaUfifr nos ancêtres dfis sacrifices hnnaim qui semblent trep bien consUtés , mais seulement de la maladreaae dont ils auraient fait preuve dans l'exécution du dessein qu'on leur suppose. Et par exemple , les gens qui scuIpUient des reliefs sor un piKer de la Table des MaKchwids à Locwa ri alter » ne
Plusieurs par feur grandeur , comme la grotte âTEssé j et le dolmen de Saumur, dont je parlerai bientôt , potaraient même passer pour des temples. De ce qui précède et des descriptions que j'ai dominées des montimens qui se sont présentés à taes observations, on voit combien ils offrent peu de faits semblables y et par conséquent combieA est vaste, illimité, le champ des conjectures. t^as un système qui ne puisse s'appnryer sur un fait. Je n'en connais pas un qui puiâ^ les expliquer tous. En vérité je ne vois que deux circonstances qui se reproduisent presque toujours. Je veux dire rorientatiOn de ces monumens, dirigés en générât de ro. à TE. , et leur réunion dans les mêmes lieiix en groupes pltfô ou moins nombreux. Au surfyltis je serais bien embarrassé s^il fallsfit en tirer quelque conséquence. Je remarque e^ïcore que les architectes de ces grossières constructions se sont attac*hés avec un soin pai^ticulier à bien mettre en évidence Tcffort puissant, le tour de force, si Ton me passe cette expression , au moyen duquel elles ont été exécutées (i). Et il y aurait lien de croire que c'était pout eux le point le pius impoN tant , beaucoup plus important que le plan ou la
quaieDt pas d*inf tramens ni d'babilelé pour creoter dM rigoles efficaces,
(i) AÎDst les grands menhirs sont souvent plantés de manière que leur plus grand diamètre ne repose pas sur le sol. — La pierre horizontale des dolmens est toujours la plus grosse.— Les groupes de peulvens ont des formes régulières ; ils représentent des allées» des cercles , des carrés , des croissans.
forme de la construclicHi; cet effort une fois manifesté, quel que fut le plan du monument , il pouvait peut-être recevoir une destination ou une autre, religieuse ou civile indifféremment. Si Ton n'admet point cette hypothèse, ou sera forcé de supposer qu'il yav^ûtdans la Gaule autant de religions ou d'usages difierens que de formes de monumens , et l'on a vu que leur variété était immense.
Les ruines romaines, découvertes enfiretagne, sont de pçu d'importance. Nulle part, que je sache, on n'a trouvé les substructions d'édifices considérables , tels que des arènes, des temples , dont on voit tant de vestiges daus le midi de la France. Un seul théâtre est cité. Plusieurs voies romaines très étendues sont encore reconnaissables. — En général les fouilles n'ont fait découvrir qu'un très petit nombre d'objets d'art, quelques statuettes médiocres, des vases, des médailles , point de grandes statues, point de grands ornemens d'architecture. On a donc lieu de croire que l'étaUissement des Romains dans l'Armorique a été purement militaire; qu'ils ont gardé le pays , peu soucieux de le civiliser, d'y importer leurs coutumes et leurs arts.
Les monumens du moyen -âge sont moins iniportans en Bretagne que dans aucune autre de nos provinces ; ils sont aussi moins variés. Dans chaque pays , l'architecture a eu son époque de gloire ^ soit qu'un prince ait imprimé à ses contemporains un mouvement artistique , en confiant de grands travaux à des hommes de génie, soit que pendant
NANTES. ail-
un certasii laps de temps, la contrée ait été riche et tranquiOe ; car ricfiesse et repos sont deux conditions nécessaires au dérdoppementdes arts. Malhaireusement pour la Bretagne , l'époque dfô ses grandes constructions a été tine époque de décadence pour Farcfadtecture. Cest dèia fin du quatorzième au commencement dû seizième siècle que datent la plupart des grandes églises de œtte province. I/architecture romane, qui a couvert le midi et le centre de la France de lïionuroens admirables, n'a laissé que peu de traces en Bretagne. A peine pourrait-cm y citer quelques édifices remarquables de ce style: Le gothique primitif y est aussi fort rare , et les^ises de Dol et de Beauport en sont le^ seuls exemples complets que f aie observés. En revanche , lorsqu'au quinzième siècle on perdait dans le reste de la France les belles traditions gothiques , elles se conservaient jusqu'à un certain point dans la Bretagne. Et il fout remarquer, qu'à proprement par- 1er, la dernière période du gothique breton correspond à la fin de celle du gothique fleuri dans nfos autres provinces. Ainsi, le chapiteau s'est conservé long- temps en Bretagne , et les églises n'y ont perdu qUe fort tard le caractère le plus'essentiel du style gothique , l'élancement et la prédominance des lignes verticales.
L'oro^nentation n'y a jamais été très remarquable, parce que les matériaux propres à la recevoir sont rares et coûteux, et, par la même raison j.
les dét^U^ reprodiût& le |>luft fréqiLieaimmi soiif ceux dont rexécuti<>^ ^t b phis facile ^ te&feuiUe» larges el gisadses ^ fêt esimifdeL
Le plan des églises ^ dépoutmes d'apBÎd» orie»taie, ou termîaée^ par une cbapeUe carrée, le système d^fr meneaux et des^ncadredieM rectan* gulaires , plusieurs détaUs «^vacténstiques du style anglais» qu on trouve &6queaHMnt imités dansles principaux monuoieiMi de la; Bretagne, dcoiBent lieu de croire que fais preiners architectes s#nt venu* d'An§^terre« Je dis les proHÔecSy car dans les édifices du quinzième siècle en voit coeame une £usiou entre le stylaanglaîs et le style français, et dans les emprunts faits à Ywt et à l'autre on observe souvent un discernement très louable.
La sculpture sur boia.p^rait avcâr atteint un de* gré dn perfection qui prouve que c'étaient surtout des matériaux conven^ih^ qpi manquaient aux artistes bretpns y pour exçelkr dans l'art de tra* vailler la pierre : mais les oraewens éb bois bodè, fragiles et durent peu : aussi n'en rencontre«f>oi» g^ère que des fragsEiens qui font vivement n^^ret* ter les dévastations commises pendant noaguerrea civiles.
Je n'ai vu qu'à Nantes des statues remarquaUesy ouvrages d'un Breton. Quand on pense qne Mi* chei Colomb décorait le tombeau d'Anne de Bre» tagne^ à une époque où Jean Goujim n'était pas encore né^ on admirera d'autant plus le g^ûe naturel de ce grand artiste !