SECONDE PARTIE
L'aftpect des raes de Vitré, comme celui des rues de Laval , donne Tidée d'une ville du moyen-âge. Ty observe un grand nombre de maisons bâties en encorbellement, très anciennes en apparence; mais bien peu se distinguent par quelque tentative de décoration. Les fortifications subsistent encore en grande partie; ce sont d'épaisses et hautes murailles, précédées d'un large fossé, couronnées de mâchicoulis et flanquées de tours, rondes pour la plupart. A l'exception de deux bastions aux côtés de la porte qui mène à Laval , addition évidente et moderne, toute l'enceinte me parait appartenir au quinzième siècle. Toutefois, l'appareil grossier de la partie inférieure des murailles, qui tranche fortement avec la régularité des assises de leur couronnement , peut faire supposer que Vitro a été fortifié à une époque plus reculée. Le château
VITRÉ 8ik
(il sert de caserne et de prison maintenant ) formait autrefois une enceinte séparée, mais tangente à celle de la ville. C'était Fune des résidences des seigneurs de la Trémouille. Aujoul^d'hui il tombe en ruines. Ses défenses ne diffèrent en rien de celles de la ville ; mais on doit noter l'élégance de ses mâchicoulis, dont l'ouvert i ire dessine une ogive trilobée. U parait avoir été considérablement réparé au seizième siècle. De cette époque date une charmante construction , dont la destinatiou n'est pas bien connue, isolée maintenant entre des ruines du moyen-âge et une prison moderne qui n'est pas terminée. C'est une espèce de tourelle ou de tribune ronde , finissant en console avec un petit dôme au-dessus, et percée de fenêtres dont les chambranles sont malheureusement très.dété^ riorés. On ne peut sans l'avoir vue se faire une idée de la richesse de son ornementation. L'élégance des motifs, l'habileté de l'exécution ne laissent rien à désirer. Bien que ce joli monument porte le caractère de la Renaissance, on y reconnaît, comme à Solesmes , l'influence des souvenirs gothiques. Si les formes^ les ornemens particuliers à ce style ont disparu, la fantaisie, la division des parties, la variété et le goût des petits détails, ses caractères à l'époque de sa décadence, se trouvent ici, traduits pour ainsi dire dans une langue nouvelle , qui ne sait point encore inventer de tournures qui lui soient propres. Autour de la ccMisole on lit^^Kes mots : PosT tbnebras spero lvcem. A l'époque de cette construction t la famille de la Trémouille
appartoaait sans doute à la religion réformée , et cette devise a pu faire croire que la tribune a servi de chaire à prêcher.
Non loin de là, et dans l'enceinte du même châteauyun pan de muraille tombant en ruines a particulièrement attiré mon attention. On y remarque une grande arcade en plein cintre, bouchée aujourd'hui, flanquée de deux autres plus petites. Il y a apparence que c'était la façade d'une ^lise ou d'une chapelle, probablement antérieure à la construction du château. Deux archivoltes en retraite l'une sur l'autre entourent l'arcade principale, n'ayant pour tout ornement que des claveaux alternativement de granit gris et de schiste noir, qui forment une opposition de couleur bien tranchée. Ce mélange de matériaux de teintes différentes combinées à dessein , et la forme cintrée des arcades, peut les faire considérer comme les restes de quelque iiponument du douzième siècle , ou peut-être même plus ancien. J'observe cependant sous l'arcade principale une plate-bande composée elle-même de claveaux de granit et de schiste. N'ayant jamais vu de plates-bandes évidemment bysantines que d'une seule pièce, j'avoue que la présence de celle-ci me surprend un peu, et je serais tenté de la prendre pour une restauration du quinzième ou seizième siècle. Aucune tradition locale ne se rapporte à cette rinne intéressante, encombrée aujourd'hui de gravois et d'immondices.
L'église de Notre-Dame, dans la ville haute, in-
dique par son architecture la décadence complète de Fart gothique. Pauvre et mesquine d'ornementation , on y chercherait en vain quelque détail gracieux. Sa façade latérale se compose de quatre frontons garnis de crochets; on dirait quatre maisons accolées Tune à Fautre. Ce système me parait peu rationnel ; au Keu de donner Tidëe d'un grand bâtiment, il le rapetisse en le divisant en plusieurs parties indépendantes. — Il faut citer comme une singularité très rare une chaire à prêcher en pierre; pratiquée extérieurement sur le côté méridional de l'église. Les sermons en plein air ayant été défendus de bonne heure , parce que dans la rue on ne pouvait exiger de l'auditoire un maintien aussi décent que dans Tintérieur d'une église, je ne me serais pas attendu à trouver un vestige de cet usage dans un édifice aussi moderne que Notre- Dame-de-Vitré (i).
Dans le faubourg, l'église de l'hôpital, du quinzième siècle, n'offre rien de remarquable que le tombeau d'un chanoine, Robert de Grandmesnil. Sa statue coloriée est 4'une bonne exécution. Audessus de la tête on voit un dais très artistement travaillé. On lit siu* le monument la date de i&oo.
(i) Dans Tuoe des chapelles est suspendu un eadre renfermaot trente-deux émaux d'une grande beauté. Je les crois de la fabrique de Limoges et du seizième siècle.
Il n'existe pas , je crois , une seule ville en France qui ne soit plus riche en antiquités.
En 1720 Rennes a été détruite en grande partie par un incendie , d'où est résultée la i*econstruction presque totale de la ville , et aujourd'hui il n'y a guère de bâtiment considérable qui ne soit postérieur à cette catastrophe. La manière , le mauvais goût du dix-huitième siècle déparent presque tous les édifices publics, qui d'ailleurs , construits en granit, offrent une teinte grise, uniforme, à laquelle mes yeux ont de la peine à s'habituer. Il faut cependant reconnaître dans quelques-uns un caractère de grandeur. L'intérieur de la cathédrale moderne , par exemple, mérite des éloges. Je citerai ensuite le palais de justice y l'ancien palais du parlement de Bretagne, décoré avec beaucoup de richesse. Sans. doute, dans ces vastes salles, on peut critiquer les formes tourmentées , l'ornementation lourde , l'abus des dorures; mais il faut convenir que l'effet général est satisfaisant. En y entrant on se sent dans un palais, et c'est un mérite assez rare, ce me semble, que d'approprier un édifice à sa destination.
Quelques pans de murailles très anciennes (i), tombant en ruines y une porte de ville en ogive , sans omemens y construite en partie de matériaui antiques 9 comme le prouve une des pierres portant une inscription romaine, une portion du château qui sert de prison , enfin quelques parties d'églises, voilà, je crois, tout ce que Ton peut découvrir à Rennes , qui soit antérieur au quinzième siècle.
A Sainte-Melaine, l'ancienne cathédrale, on voit un porche orné de colonnes engagées qui m'ont paru du douzième siècle. Leurs chapiteaux ont été couverts de plâtre, pour ménager, m'a-t-on dit , la pudeur des fidèles. Ce porche offre , je crois, le seul exemple du style roman que Ton puisse trouver à Rennes. Quant au reste de l'église, c'est une restauration du seizième et surtout du dix-septième siècle, absolument sans intérêt. Pour terminer la liste des églises de Rennes qui ont conservé quelques souvenirs de l'architecture du moyen-âge, je citerai Saint-Yves, aujourd'hui l'église de l'hôpital, de la fin du quinzième ou des premières années du seizième siècle. A l'extérieur on remarque d'assez jolis clochetons et des dais , qu'on ne pourrait cependant comparer pour le goût et la finesse de l'exécution avec les mêmes détails du même temps, tels qu'on les voit en Normandie ou dans le
(i) RomAÎnes, peul-élre , en partie. On y observe beaucoup de tniks antiques.
centre de la France. La nef de Saint -Yves n'a qu'un plafond de bois, reposant sur deux longues poutres assez grossièrement sculptées. Parmi des monstres, des caricatures, cent fantaisies bizarres, on distingue un marmouset tournant le dos, pour ne pas dire plus, à Tau tel. Quelles gens étaient donc les sculpteurs pour qu'on leur permît de semblables impertinences ?
Saint-Germain , commencé, je le présume, au seizième siècle et achevé au dix-septième, doit être mentionné pour ses deux énormes fenêtres percées dans ses parois orientale et occidentale ( i ). La première a des-meneaux flamboyans; ceux de l'autre sont verticaux, absolument semblables k ceux qui caractérisent la dernière époque gothique en Angleterre {perpendicular sùjrie).
La bibliothèque publique renferme un assez grand nombre de livres rares , et quelques manuscrits intéressans, soit par leur sujet, soit par leur antiquité (a). Au nombre des premiers on doit citer une histoire de la Ligue en Ck)mouailles , qui contient, dit-on, beaucoup de faits nouveaux et curieux. Tai examiné avec intérêt un recueil de traités scientifiques du quinzième siècle, parmi lesquels l'astrologie occupe une place distinguée. Le plus ancien manuscrit, remarquable par sa conservation, contient les épitres de saint Paul, avec un commentaire. On montre
(i) Cette église n'a pas d'aptîde.
(2) Il y en a qui proviennent de la bibliothèque de la Gruthuyse.
RENNES. 9f
encore dans cette bibliothèque une charte du roi D. Henri , octroyant je ne me souviens plus quelles seigneuries à Bertrand du Guesclin , dont Tépée contribua si puissamment à lui donner la couronne d'Espagne. On devait réunir à la bibliothèque une collection de médailles et quelques antiques, légués à la ville par le président de Robien. Maintenant ces objets sont confondus péle-méle dans les greniers de l'hôtel-de-ville avec une quantité de curiosités sans valeur, coquilles, insectes, échantillons minéralogiques. Parmi les médailles, j'en ai remarqué quelques-unes en argent , d'un grand module et à fleur de coin , de plusieurs des successeurs d'Alexandre , admirables par leur travail et leur conservation. Peutêtre vaudrait-il mieux pour la ville les échanger pour des livres, avec la Bibliothèque royale de Paris. Elles y seraient du moins jnieux appréciées (i).
DINANT 5 LEHON9 CORSEUL.
Je retrouve ici un grand nombre de maisons bà-
(i) On a généralement peu de goût à Rennes pour les objets d'art et les antiquités. H y a quelques années , on y apporta un
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des eo encorbellement. Plusieurs sont précédées d'un portique très bas, soutenu par des colonnes, enlevées sans doute à de grands édifices du moyenâge, car leurs chapiteaux ornés contrastent trop fortement avec l'apparence de pauvreté de ces maisons, qui d'ailleurs ne datent que de deux ou trois siècles au plus. Quelquefois je remarque pbisieurs colonnes réunies dans le même lieu, qui appartiennent à des époques différentes.
L'espèce de granit employée dans toutes les constructions est, par sa nature, impropre à recevoir une ornementation soignée. C'est une pâte peu compacte, renfermant un sable très dur; le ciseau l'égrène au lieu de la couper.
Malgré la mauvaise qualité des matériaux, la façade de lancienne cathédrale deDinant, Saint- Sauveur, couverte de bas-reliefs, produit, à distance, un effet assez imposant, mais qui diminue à mesure que l'on s'approche. Cette façade est romane, et je la crois de la fin du douzième siècle. Il faut en excepter un fi*onton , maladroitement
grand nombre de colliers et de braceleU d*or de fabrique gauloise, découverts dans le département des Côtes- du -Nord. Ils ne trou- Tèrent pas d'acquéreurs et furent fondus à la fio par un orfèvre. Les dessins qu'on m*en a montrés indiquent le travail le plus grossier. Colliers et bracelets avaient une forme elliptique et s'ouvraient dans le sens du petit axe de l'ellipse. On remarquait un renflement du côté opposé à l'ouverture; d'ailleurs tout le travail d'ornementation se réduisait à quelques traits croisés en losange, assez peu réguliers. Le métal était sensiblement moins pur que celui des bijou 1 romains.
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ajouté au-dessus du portail, et percé d'une grande fenêtre flamboyante.
Le portail et le mur méridional de la nef, voilà tout ce qui reste de la construction primitive. Le reste de l'église est du quinzième siècle , d'un style mesquin et sans grâce.
Des deux cotés de la porte principale , laquelle est en plein cintre, dans une arcature cintrée également, et qui repose alternativement sur des consoles et des colonnes à chapiteaux historiés, on voit les statues des quatre évangélistes , portés sur des lions comme les apôtres de Saint-Gilles. Chaque figure est surmontée d'un dais. Les voussures , je devrais dire les archivoltes de la porte , ont beaucoup souffert : on reconnaît cependant qu'elles ont été couvertes de statuettes et de rinceaux. Au-dessus se détachent en relief le lion et le bœuf ailés, attributs de saint Marc et de saint Luc. Beaucoup moins ornées relativement, les deux portes latérales ont cependant des archivoltes assez riches. A la première vue de ces sculptures, qui n'ont jamais été qu'ébauchées, mutilées aujourd'hui par le temps et la «main des hommes, on est tenté de les regarder comme très anciennes. Puis , si l'on considère de plus près ces colonnes torses, ces chapiteaux historiés, ces figurines répandues avec profusion , il est impossible de ne pas reconnaître le style roman fleuri dans son entier développement. Si l'architecte eût eu d'autres matériaux à sa disposition , sans doute
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fleuri. C'est là tout ce qui reste d'une riche abbaye. Comme difficulté vaincue, l'ornementation de ce portail est remarquable, et l'on ne peut trop s'étonner de la patience du sculpteur à fouiller précieusement le granit dont il est construit. On m'a dit que cette porte doit être démolie. J'ai demandé grâce pour elle. Si elle doit absolument faire place à quelque construction nouvelle, ne pourrait -on pas la rétablir ailleurs; par exemple, devant la porte latérale de la cathédrale?
Les fortifications de Dinant ont été si souvent réparées, qu'il est bien difficile aujourd'hui de leur assigner une date. Autrefois, la ville avait une double enceinte, mais une belle promenade a remplacé le rempart extérieur. D'après les indications assez vagues que peuvent donner quelques rares ouvertures et l'appareil de certaines portions de murailles, je ne pense pas que Dinant ait été fortifié avant le quatorzième siècle , du moins par une enceinte continue dont le tracé ressemblât à celle dont on peut suivre les ruines. Le château ou plutôt le donjon, isolé des remparts de la ville par un fossé profond et destiné à servir au besoin contre les assaiUans du dedans aussi bien que contre ceux du dehors, occupe la position la plus pittoresque sur le bord d'une espèce de ravin. On dit que la duchesse Anne l'a habité; on montre même son oratoire, car la Bretagne est encore pleine des souvenirs de cette princesse. I^ couronnement du
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doDJon se fait remarquer par la longueur extraordinaire des consoles qui soutiennent les mâchicoulis; peut*étre servaient-elles à donner une direction aux projectiles lancés par la garnison.
Âun quartde lieue deDinant, au village de Lehon, on trouve les ruines d'une abbaye célèbre; Téglise et une partie du cloître sont encore fort reconnaissables. A en juger par ce qui reste de la première, on peut la croire bâtie vers Iç commencement du treizième siècle. La porte surtout présente tous les caractères de cette époque de transition : un arc en plein cintre retombant sur des colonnes à chapiteaux ornés de crochets, et de ces grandes feuilles dentelées encore si communes dans les premières constructions gothiques. Bien que détruite en grande partie, la voûte, fort élevée, semble d'une légèreté extraordinaire. L'élise n'a point d'apside, et je ne pense pas que sa suppression tienne à quelque réparation moderne.
EUe n'a qu'une nef bordée de chaque côté par des niches qui renfermaient des tombeaux. Dans la Révolution ils ont été ouverts, leurs statues brisées : on en retrouve les fragmens dispersés dans les ronces et les mauvaises herbes qui couvrent le sol.. Au nord, les murs latéraux très élevés s'appuient à des arcs-boutans dont les pUiers servent en même temps de contreforts aux arcades du ckntre ; le promenoir passe ainsi entre les murs de la nef et les piliers butans.
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Au sud de l'église est une chupelle célèbre dans le pays, comme renfermant les tombeaux des seigneurs de Beaumanoir, de celui^ entre autres» qui commanda les Bretons au combat des Trente. On n'y trouve aujourd'hui que cinq pierres sépulcrales fort mutilées, qui portent chacune une figure couchée sur le dos, d'un fort relief, ayant un lion ou un aigle à ses pieds. Une seule est accompagnée d'une inscription en caractères gothiques, et c'est précisément celle*là que l'on me désigna comme représentant le chef des trente Bretons. Malheureusement l'inscription contredit la tradition, car on MtiaC/ gist Raoulin pauo de Redon (je ne sais si je Us bien les noms propres ) père du prieur de céans y qui trespassa le xiii* iorde Fan mil in cens et XVI. Dieu lui pardont. Amen. »
Quatre des statues représentent certainement des chevaliers : la cinquième peut être un prieur de l^ehon. Par-dessus leur armure, les cbevaUers portent une soubreveste boutonnée par-devant, qui tombe un peu au*dessus du genou. Leur ceinture, large et fort ornée , s'attache au**dessous des hanches. Un seul a de la barbe, et tous ont une coiffure luiiforme, les cheveux divisés en deux grosses touffes tombant de chaque côté du visage jusque sur les épaules. Le jardinier qui me servait de guide me dit que ces statues avaient été retirées de dessous les décombres par un Anglais qui avait Ëiit réparer la chapelle à ses dépens. Ne devraitoQ pas conserver avec plus de soin des monumens
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aussi glorieux pour le pajrs? Je sais que la tradi* tion , qui place le fameux Beaumanoir dans cette chapelle, est très suspecte : le combat des Trente lui-même a été contesté. Cq>endaBt un grand souvenir historique s'attache à ces statues : elles rappellent un fait glorieux pour la Bretagne. Tandis qu'on élève près de Josselin une pyramide au lieu où les Trente ont combattu, on laisse la statue de leur chef à l'abandon. Quand bien même ces chevaliers de pierre n'auraient pas de nom , ils mériteraient cependant plus d'égards. Vous pourriez , Monsieur le ministre , inviter M. le préfet d'Ille-et- Vilaine à les faire transporter dans la cathédrale de Dinant. Pi-ès du cœur de Du Guesciin ils seraient convenablement placés.
A une portée de fusil de l'église, s'élève le château de Lehon au sommet d'une éminenœ dont l'escarpement natuiel paraît avoir été rendu à dessein plus difficile. Le couronnement des murs est détruit, et dans Tenceinte on cultive aujourd'hui du sarrasin. Cette enceinte est à peu près carrée, flanquée à chaque angle de tours rondes : en outre deux autres tours défendent chaque face du carré. D une tour à l'autre il n'y a que la distance d'un jet de pierre tout au plus. J'ai déjà observé que des tours très rapprochées indiquaient des fortifications fort anciennes. L'épaisseur des murs et leur appareil , la longueur des meurtrières évidemment percées pour le tir de l'arc, et non pour des aii>alètes, enfin une porte et une fenêtre en
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plein cintre dans celle des tours qui a le moins soufTert , sont autant de présomptions qui fortifient mes conjectures sur la date du château de Lehon que je crois du onzième ou du douzième siècle^ On sait qu'il fut pris par Henri II, roi d'Angleterre, en 1 168, et démantelé en 1 169. Toutefois il paraîtrait qu'il fut réparé dans la suite , car en i4ooil passait encore pour une place de quelque importance. ( Voir Qgée, dict. de Bretagne. )
On m'avait parlé avec éloge d'une croix de granit, très ornée, au village de Saint-Esprit, dans les environs de Dinant. Je suis allé la voir. La hauteur de la croix, la légèreté de sa tige, surtout la multitude de ses omemens sculptés à jour, en font véritablement un monument très curieux.
Les deux faces représentent le même sujet, comme il m'a semblé; c'est l'agonie du Christ. Au-dessus de la tête de Jésus, parait le Père qui reçoit son ame; à ses pieds sont groupées un assez grand nombre de petites figures; tout cela est médiocre de style, mais le fini du travail est admirable. I^ tige en granit repose sur un petit piédestal orné sur ses faces de frontons à crochets. Je n'y ai vu aucune inscription, mais je présume
DINANT, LEHON, CORSEUL. 101 que c'est un ouvrage du commenceipent du quinzième siècle, peut-être même plus ancien.
Les ruines romaines sont rares en Bretagne. Il y a quelques années que M. de la Conelaye, propriétaire à Ck)rseul, village à deux lieues de Dinant, trouva dans un champ qu'il faisait défon* cer une assez grande quantité de débris antiques,, de larges tuiles à crochets, des fragmens de po* terie, des médailles, et même, me dit^on, des substructions considérables. Aujourd'hui ces fouilles sont presque toutes comblées et je n'ai pu guère voir qu'un grand nombre de tuiles brisées répandues çà et là dans un verger. Quant aux substruclions que l'on m'a montrées, il était impossible de les croire romaines. Aucune régularité dans Fappareil, rieu qui les distinguât de la maçonnerie moderne, si ce n'est le grand nombre de fragmens de briques romaines et de petites pierres taillées, confondus péle-méle avec des moellons ordinaires. Probablement un mur aura été bâti là des débris d'un édifice antique. U est d*ailleurs certain qu'un établissement romain a existé dans ce lieu ; mais son imi>ortance n'est pas encore assez démontrée pour que, même en s'aidant de l'analogie du nom de Corseul^ on place ici sans de plus amples renseignemens la capitale des Curiosolites.
t02 DINANT, LEHON, COR8EUL
On Ut rinscriptioii suivante encastrée dans un des piliers de FégUse :
SILICIANA
MGID DE DO
MO I... AFRIKA
EXIMIA PIETATE
FILIVM SECVTA
HIC SITAEST