TROISIÈME PARTIE
Parmi le très petit nembre d'églises , dites ctitlotHHgiennes ^ c[tte la France possède encore , Saint* Martin est une des plus remarquables. Réparée à' difSérentes époques, depuis 1791 enlevée au eulle^ aujourd'hui conrertie en* im magasin de fa^gMa^ elle a coDsenré pourtant une grande partie de sa OMMtructioD prinitiTe , et Toa y peut troof er en-* core d'utiles renseigneœiis sur rarchitectore du neuvièiBe siècle.
On sait que Hermeagarde, épouse de Louis-le- Débonnaire , fit bâtir .Saint-Martin sur les ruines d'une antiqve chapelle ^espérant , par cette pievse fondation^ guérir d'une fièvre qui F ea i p wrte néaan moins y en ^19 9 avant l'achèvement de son église. Sa forme actuelle, modifiée par dea réparations oa additions plus ou moins andemies y représente une croix latine.^ Dans l'ensemble des conatruc--' tioos, on peut facileaient distinguer deux époques : au neuvième siècle , on doit assigner inccoitestafale-
ment les quatre piliers du transsept, ses arcades et, je pense, la tour au-dessus ; au douzième, le chœur, ajouté ou agrandi En outre , les transsepts ont été réparés probablement pendant la période gothique. Quant à la nef, bien que restaurée à plusieurs reprises, elle offre certainement des parties fort anciennes, que je n'hésite point à regarder comme contemporaines de la fondation d'Hermengarde.
Le centre de l'église, ou le milieu du transsept, forme un carré , ouvert de chaque côté par une grande arcade en plein cintre, et fortifié à chaque angle rentrant par une très grosse colonne engagée, n'ayant pour chapiteau qu'un tore, orné de carrés aitemativement saillans ou creux. Du tailloir, s'élève une autre colonne courte et mince, surmontée d'un chapiteau, grossière ébauche du type corinihi^i. Ce second chqnteau reçoit les nervures qui se croisent sous une voûte senii<* sphérique , en blocage , comme il m'a semblé. Audessus est une tour de forme carrée, basse, percée, sur diaque face, de quatre fenêtres en plein cintre. On n*y observe aucun ornement , si ce n'est ime corniche saillante au sommet , qui sert d'appui à un toit pyramidal très obtus. Les arcades attirent particulièrement l'attention par leur appareil composé d'assises, de gros moellons bien taillés, alternant avec des lits formés chacun de trois larges briques. Cda me semble un souvenir romain y une tradition classique, observée sans motif apparent. Dans leurs dernières construc-
tions, les Romains ont fait un grand usage de briques , qu'ils entreotiélaient aux petites pierres carrées de leur parement et à Xopus incertum , ou noyau de leurs maçonneries. Ik voulaient ain^i conserver le parallélisme des assises; avec des matériaux unis à leur surface et d'utie épaisseur constante, il était plus facile de l'obtenir qu'avec les pierres brutes de Vopus incertum^ ou les petits cubes du parement. Mais, ici, l'on ne comprend pas Tutilité des briques. Elles interrompent des assises régulières de pierres bien tailtées, et l'épaisse couche de mortier qui sépare ces briques d^* vait nuire plutôt qu'ajouter à lasolidité.Gependant le mortier s'étant trouvé excellent, a acquis aujourd'hui la dureté de la pierre* Ce mélange de moellons et de briques se reproduit dans toute N l'étendue des arcades. On le retrouve anooi^e dans l'ancienne porte occidentale, à Veatrée de la nef; mais la tour et les massifs du tvanssept sont en pierres de taille seulement.
Les piliers de la nef, qui n'existent plusi qu'au midi (i)', et leurs arcades en plein cintre n'ont point de briques, et cette circonstai>ce pourrait les faire, regarder comme postérieurs à la coupole que je viens de décrire. Quant au collatéral attenant , il était tellement encombré , qu'il m'a été impossible de l'examiner. A l'O. de la nef, un mur,
(x) Les murs de la nef;sant abattus à deax pieds au-dessus des arcades. Je ne crois pas d'ailleurs qu'elle ait élé voûtée. Du moins sur le mur occidental de ki tour ou ne roî^ pas d'Umofces de voûtes.
qui probâUemenl la séparait d'un rts^bde^ pré^ sente quelques-uns des caraelèrM de Ts^ipardl romain; seulement Tépaisseur de la couche de mortier est plus grande que dans les constructions antiques. Çà et là ^ sur Tenduit qui le recouTre , on aperçoit quelqûeé restes de fresqucis dent k style m^a para se rapporter anonsièuieoudoimène siède;
A grand'peine^ je parrins k pénétrer dans le chœur en escaladant les piles de fagots qui le rem* plissaient. Il est aussi large que la nef principale et n^a pomt de basK:6tés« Ses voûles et ses fenêtres sont toutes en pieis cintre , eiécutées arec une précision remarquable. La décoration est riche et de bon goàt. Les chapiteaui qui soutiennent les nervures rondes de la iK>ûte^ aussi bien que cenu des colonnes qui flanquent les fenêtres j sculptés avec la plus grande déftcatesse, se composent tous de feuiUages fiintnstiques. L'absence de monstres ou de figures de bas-relief sdr leurs corbeilles , cette omemtenlatîo» toute végétale, me fait supposer qu'ils datent de k fin du douzième siède. A l'orient 9 ce choeur ne se termine point, suivant l'usage , par une apside semi-drcuiaire. Seulement, comme diiiis qod(|ues églises anglaises , la dernière travée a la ferme d'uâf trapèze. Je crois que l'on peut citer ce choeur comme un amiien exemple de labandon de l'hémicycle, ou de l'hexagone, qui forme presque constamment Fapsîde orientale des églises romanes. Dans l'Anjou, au surplus, cette
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forme se représente ^ssez fréquemmeot dès La fin du douzî|ème siècle.
Les br^s des transsepts éteat murés , je n'ai pu voir que leurs fenêtres en ogive , dépourvues d'ail* leurs de tout ornement. Ils. n'ont point de voûtes. Je suppose que leurs murs au I<. , au S. et à VE.^ sont (hi neuvième siècle; car, suivant toute appsu*enee, l'église dliermengarde avait la forme d'une basilique. Maintenant elle a celle d'une croi^i, par suite de l'addition du choeur et de la suppression des bas^coliés de la nef ( i).
On voit avec peine un monument aus^i ren^arquable abandonné de la sorte ^ et presque inaccessible aux curieux. Ne pourrait-Km pas obtenir du département qu'il fut racheté^ et que Ton conservât 0Tec soin ces débris d'une époque dont il ne nous reste que si peu de souvenirs autbenti* ques?
Sur h rive droite de la Maine, on voit deux églises q^î se touchent » et dont on a peine à comprendre l'existence sinmltanée* L'une, la plus ancienne, aans contredit, est l'église du Ronceray^ quifieût partie aujourd'hui de l'École d'arts et métiers. L'autre, nommée la Trinité, est paroissiale. L'entrée de celle-ci s'ouvre à peu près à la hauteur
(i) Let mars de ces b«0«cdcéi s'ali^penl sur ceux qui feraenl les iranwepto au nord el au sud.
du trans6q>t de la première ^ et une partie de son mur occidental y ainsi que celui de la première travée du côté du nord , semble avoir été autrefois commun aux deux églises.
De l'église de Ronceraj, il ne reste aujourd'hui que la nef, dont on a fait une chapelle pour l'école (i) ^ et une portion du transsept septentrional tombant en ruines. L'appareil des murailles extérieures est des plus remarquables, composé presque partout de petites pierres carrées bien assem* blées f ressemblant beaucoup à un parement de mur romain. Une tour ronde ( la partie supérieure en est détruite) s'élève dans l'angle rentrant , formé par l'intersection de la nef et du transsept. Je suppose qu'elle contenait un escalier pour monter aux galeries supérieures du transsept, et, probablement, à une tour carrée qui le surmontait. £n ce point particulièrement, la précision delà taille des pierres et leur arrangement rappelle tout-àfait les constnictions antiques. L'intérieur de l'église n'offre point la même apparence , et les caractères de son ornementation, fort simple du reste, se rapporteraient difficilement à une époque antérieure au onzième siècle. Sur les corbeilles des chapiteaux, on ne voit guère que des feuillages ou des rinceaux fantastiques ; sur un petit nombre seulement, des oiseaux ou des monstres sculptés
(x) Les ba8H*6tés, convertis en sille d*étude, sont toat-à>fait dénatarés-
en relief, tous ces omemens d'une eiécution médiocre. Les arcades sont en plein cintre , mais la voûte est en ogive; je crois qu'elle a été refaite, et dans tout le reste de l'égKse , on peut découvrir les traces d'une grande réparation, ou, pour parler plus exactement, d'une reconstruction qui, je pense, a eu lieu du onzième au douzième siècle. Quant 4 déterminer la date de ces murailles , dont le parement présente une apparence antique, les renseignemens architectoniques sont insuffisans, et je manque d'ailleurs de documens historiques pour y suppléer. Je pense toutefois qu'il faut se garder de leur attribuer une origine trop ancienne ; car l'emploi des petites pierres carrées en parement parait avoir duré long-temps dans l'Anjou.
L'église de la Trinité est assurément l'une des plus élégantes d'Angers. Dans son excellent ouvrage sur l'Anjou, M. fiodin assure, sans citer ses autorités , qu'elle a été bâtie en io6a (i). Cette date surprend d'abord, car elle ne convient nulle* ment au style d'architecture de la Trinité, qui porte d'une manière frappante le caractère de l'époque de transition. Peut-être a-t-elle été effectivement fondée au onzième siècle ; mais il est plus que probable qu'elle n'a été achevée que vers la fin du siècle suivant. Elle n'^ qu'une nef, bien que son extrémité orientale soit terminée par trois chapelles semi-circulaires* Le chœur, qui n'occupe qu'une très petite partie du plan général, est se*
(i) Recherches historiques sur rAnjon, 1. 1> p. x68.
pajé àQ la n^ par un mur qui le jcHut aux pilien sur Içsqu^ porte la ooupole* Trois portes y sont percées, correspondant à chacune des chapelies ( i). Mais ce qui donne un caractère particulier à cette église , c'est une suite d'arcades, ou de niches peu profondes dans les murs latéraux de k nef, séparées par des cdonnes engagées qui reçoi'^ent les retombées des nervures de la voûte. Au fond de la plupart de ces niches » surtout du côté N. , s'ouvre une fenêtre étrcHte cintrée, entourée d'une riche moulure. L'arc décrit par l'amortissement de ces niches est une ogive à pointe émoussée, entourée, comme te cintre des fenêtres, d'une archivolte saillante, arrondie, couverte de rosaces et d'autres omemens , acuités avec une admirable perfec* tion. Dans la paroi méridionale il y a sept nidies, et huit du c6té opposé; mais, de ces dernières, les deux à l'entrée de la nef ne ressemblent pas aux autres. En cet endroit, comme je l'ai déjà dit , la muraitta est pkis ancienne. On y voit des colonnes engagées semblables à celles du Ronceray, et quelques portions d'appareil réticulé. Une partie du mur occidental prend ui^ direction obKque , en aorte qu'elle rencontre te mur septentrional sous un angle obtus, et que ce dernier se trouve ainsi un peu moins long que celui qui lui £ût fiice. On
(i) Lm deux part'e* Itiénil^ toft u>èfl étroite H moémnm. Probablement «e mur aara été ajouté k Tépoque où Too a ezhaosié la tour qui surmonte le chœur, afin d'augmenter la force des matsifs destinés d*abord à ne $oole«ir qu' un seui étage.
isxplique cette bizarrerie par la position de ces constructîous , mitoyennes entre les églises du Ronceray et de la Trinité. Les voûtes sont ogivales ; trois tores parallèles en garnissent les arêtes et viennent retomber sur les colonnes engagées dans les parois latérales. En général ^ les omemens de leurs chapiteaux sont empruntés au règne végétal ; mais leurs feuillages élégans et bien découpés n'ont point d'analogues dans la nature. Dans le chœur seule* ment, plusieurs chapiteaux présentent toute cette variété de monstres fantastiques, dont Tépoque romane a créé tant de types bizarres. — Toutes les fenêtres de la Trinité sont en plein cintre et entou* rées d'un gros tore. A l'extérieur, plusieurs archi* voltes en retraite en dessinent le contour. Le toit s'appuie sur un cordon de jolis modillons. Au centre du chœur s'élève une tour carrée à sa base et percée de fenêtres en plein cintre. Un second étage octogone, surmonté d'une flèche, m'a paru une addition au plan primitif; ses fenêtres , cependant , sont en plein cintre comme celles de l'étage inférieur.
On le voit , la décoration de cette église dément la date reculée qu'on lui donne , et sa richesse et son élégance conviennent plutôt à lafin du douzième siècle qu'au milieu du siècle précédent. Cependant, comme cette décoration peut avoir été ajoutée après coup, la date rapportée par M. Bodin est peut-être exacte, mais elle ne convient assurément qu'au plan général , au chœur , aux gros murs, et peut-être à l'étage inférieur de la tour. Les voûtes , les niches,
et probablement les chapiteaux de la nef, appartiennent évidemment à la fin du douzième siècle, ou peut-être au commencement du ti*eizième.
En Toyant ces niches disposées le long des parois latérales de la nef , on pourrait être tenté de les regarder;commeunexemple très ancien dediapelles latérales; mais si Ton examine leur peu de profondeur, on reconnaîtra qu'elles ne devaient servir qu'à la décoration. Cest comme un perfectionnement des arcatures latérales que l'on trouve dans plusieurs églises ( i) » et qui , dans le principe , n'ont eu peut-être d'autre but que d'augmenter la sc^dité des murs. Il se peut encore que dans les niches de la Trinité, on ait placé autrdPois des statues de saints, et cela expliquerait mieux leur destination. En tout cas, elles me semblent trop peu profondes pour avoir jamais pu contenir des autels.
A l'extrémité de la ville et sur la même rive , on voit une autre église romane plus ancienne que celle-ci f c'est Saint- Jacques. La façade seule a conservé son caractère primitif, fort simple d'ailleurs. Le fronton est percé de fenêtres en plein cintre décroissant de hauteur à mesure qu'elles se rapprochent des angles latéraux. On remarque qu^ques colonnes dont le chapiteau se compose d'un cône r^iversé , dépourvu de tout ornement.
(i) A Notre-Dame-de-la-Coèlare du Mans ; à Vannes, dans ane aneicnne église; à Sainl-Mauricc , cathédrale d'Angers.
Sur la rive opposée, au sommet d'un coteau , is'élcYe SaîntpMaurice , la cathédrale. On l'aperçoit de pre^iue tous les points de la ville, et de la rive droite l'aspect de sa façade est admirable. Vue de près, on ne lajuge passifavorabtement, parce qu« l'oeil le moîas eteroé est choqué tout d'abord par le manque d'harmonie entreles parties inférieures, qui af^mrtienBent au plan primitif, et les constructions relativemeftt modernes qui les surmcxitent Svûr la porte , en ogive à pointe émoussée , s'étale toute la richesse d'ornementation que c<mi* portait le i^le roman à l'épocpie qui précéda sa décadence. Deux rangs de statues couvrent les parois latérales du porche, et, bien que mutilées , la plupart se font encore remarquer par le fini de leur exécution. Je ne me lassais pas surtout de con sidérer leurs draperies gracieusement ajustées ^ couvertes de longs pKs serrés et arrondis , chargées de pierreries , de broderies de toute espèce, détails qu'excellait à rendre la sculpture bysantine et qui la caractérisent jusqu'à un certain point. Les vous* sures et les tympans sont ornés de même , et Ton ne sait ce que l'on doit le plus admirer, ou de la perfection du travail, quand on l'examine de près, ou du bon effet produit par l'ensemble de la décoration. Au-dessus delà porte est une grande fenêtre ogivaleentouréed'ardiivoltessaillantes.Deuxtours flanquent le portail. Dans l'origine , c'est-à-dire à la fin du douzième siècle, elles ne s'élevaient probablement que d'un étage au-dessus de la fenêtre,
surmontée peut-être d'un fronton triangulaire. Telle était, je crois, la disposition primitive par* faitement convenable à la largeur de relise qui n'a qu'une nef, et Ton sait que les architectes de la période romane ne cherchaient point , comme îont fait leurs successeurs, à surprendre Fadmirationpar la hauteur et l'élancement de leurs constructions.
Dans les siècles suivans, les tours s'exhaussèrent d'un étage (i); puis on les surmonta de longues flèches octogones flanquées de clochetons. Après avoir élevé les tours, on sentit qu il devenait nécessaire d'élever aussi la partie centrale de la façade. On y ajouta d'abord un étage , présentant huit longues niches qui contiennent les statues des anciens ducs d'Anjou , chacun avec un dais fort orné au-dessus de sa tête. Ces statues sont médiocres et de tous points inférieures à celles du portail. C'est , je présume, vers la fin du quinzième siècle que cet étage a été ajouté. Enfin , en i54o , Jean dcLépine, élève de Philibert Delormey construisit
(i) La toar du Nord snnble avoir été exhaussée avant rautre; elle est décorée de quatre arcades dont les deux du miliea sont en plein cintre, les autres ogivales. Les premières contiennent chacune deux fenêtres en plein cintre Tune au-dessus de Tantre. La tour du Sud présente des arcades ogivales, avec de longues fenêtre» en ogive au milieu. Je crois celle-ci de la fin du treizième siècle. Il faut observer que les balustrades de l'une et de l'autre sont modernes. Les flèdies ont été construites en i533. Celle du Mord est plus haute de quelques pieds, elle est aussi plus ornée; mais un renflement et des ornemens en saillie qu'on observe à peu près aux deux tiers de sa hauteur, altèrent sa forme pyramidale et produisent un effet peu agréable.
entre les deux tours et au-dessus de ces niches une tour nouvelle, ou plu tôt un pavillon surmonté d'une coupole octogone terminée par une lanterne. Toute cette ordonnance , d'une composition lourde et surchargée, produit l'effet le plus malheureux par son désaccord complet avec lea tours voisines, surtout avec la base sur laquelle- elle repose. La balustrade de la plate-forme du pavillon central touche presque à celle des tours, et la bande étroite de jour qui les sépare ressemble plutôt à une lézarde qu'à un intervalle laissé à dessein.
On observe avec surprise dans les tours latérales , que les colonnes engagées sur leurs faces ne sont pas à l'aplomb les unes des autres, et qu'elles n'ont pas même une relation régulière avec celles des étages inférieurs ou supérieurs. Comme elles n'ont aucune utilité réelle , cette £aute est ici sans conséquence; mais on voit souvent dans les constructions gothiques des porte-àfaux qui ont entraîné de notables dégradations.
Si l'on veut se convaincre que l'ogive n'est en réaUté qu'un accessoire secondaire , qu'elle ne caractérise pas à elle seule un style d'architecture , on n'a qu'à étudier l'intérieur de Saint-Maurice, où l'arc en tiers-point se présente presque partout, et qui pourtant offre un type bien complet du style bysantin. Sa forme représente une croix latine. Le chœur, beaucoup moins long que la nef, se ter* mine à l'orient par un trapèze absolument comme le choeur de Saint-Martin. Bien que la nef, qui est
unique ) soit fort lai^e, ses murs ne sont point soutenus par des arcs-boutans, ^ ses contreforts n'ont qu'une médiocre saillie. Elle est divisée en trois trarées que séparent des fttsceaux de co* kmnes engagées, à chapiteaux de feuUlages, Ums yariés et tous d'un trarail mer veilleiix. Dans chaque trarée une ogive très lai^fe, prenant sa naissance au pavé de l'église , occupe tout l'intervalle d'un Coiisceau de colonnes à l'autre, et forme ainsi sur le mur de la nef une espèce de niche, dont le fond est en retraite de deux pieds à peu près. Au-^les* SI» de la pointe de l'ogive, règne une corniche saillante soutenue par des modillons bizarres, caprices amusans de l'ornementation bysantine. L'épaisseur de l'ogive plaquée contre la paroi laté* raie de la nef, et la largeur de la corniche qui déborde celle-ci, servent d'appui à une galerie étroite, qui, traversant les massifs épais des colonnes engagée3, se continue autour de Véglise.
Le haut de la travée est encadré par deux ogives en retraite Tune sur l'autre, prenant leur naissance à la hauteur des chapiteaux des colonnes engagées. Leur tympan contient deux fenérres étroites en plein cintre, flanquées de colonnettes du même style que les précédentes. La voûte est ogivale, renforcée d'épaisses nervure^ et de larges arcs doubleanx. Partout les arcs, soit en ogive, soit en plein cintre, paraissent accompagnés du même ornement, deux tores avec une moulure chevronnée au milieu. Les arcs doubleaux seu|e-
ment présentent sur leurs intrados une suite de riches rosaces à la place des moulures chevronnées. La simplicité ,' la régularité et le bon goût de la décoration frappent à la première vue, et les personnes les plus déÊivorablement prévenues contre l'architecture du moyen4ge , ne pourront s'empêcher d'excepter Saint-Maurice de l'anathème général.
Le choeur et les transsepts reproduisent la même disposition que la nef , si ce n'est que leurs fenê-' très sont toutes ogivales (géminées et surmontées d'une rose), et que l'ogive inférieure de chaque travée est remplacée , dans le transsept et le fond du choeur, par une arcature ogivale figurée. (Dans la première travée du choeur, cette arcature est eiï plein cintre. ) On remarquera encore que, suivant une pratique presque générale, les chapiteaux du choeur sont encore plus riches et plus ornés que ceux de la nef. Aux feuillages fantastiques se mêlent des têtes d'anges et des figurines d'un mou« vement gracieux , souvent très correctes de proportions. Cest, à ce qu'il paraît, la dernière phase du chapiteau historié; il n'ose déjà plus mon trer ses figurines qu'à demi enveloppées dansle feuillage ( i y
On ne peut rien voir de plus beau , de plus hâr^ monieux que les vitraux qui garnissent encore toutes les fenêtres de Saint-Maurice. Les plus anciens, ceux de la nef, l'emportent peut-être sur
( i) On peut faire la même obser? ation daos la catkédrale du Mans .
les autres par la suarité des couleurs et leur heureuse combinaison , qui d'abord attire l'œil et loi £ait éprouver un plaisir d'une nature particulière. TcMites les verrières , exécutées dans le même système y se composent de morceaux de verre coloré d'une grandeur médiocre, rehaussés par une teinte, rarement deux , appliquées par-dessus. Elles sont certainement au nombre des plus anciennes qu'il y ait en France , et on peut les comparer à ce qu'on trouve de plus parfait en ce genre. Je ne dois pas oublier de noter l'art avec lequel les plombs sont arrangés de manière à dessiner les contours qu'il convient d'accuser fortement.
La rose du transept méridional est extrêmement curieuse par sa forme en roue , comme les premières roses bysantines; c'est en outre une des plus grandes, de ce style qui se puissent Yoir. Les rais ou les meneaux sont autant de colonnettes à chapiteaux ornés de crochets tels que ceux du gothique primitif.
On sent qu'un édifice aussi considérable , aussi soigné dans tous ses détails, n'a pu s'élever que lentement; sa construction a dure plus de deux siècles. La nef^ dit-on, Ait bâtie en io3o ; mais alors elle n'était pas voûtée et n'avait qu'un toit en charpente. Sans doute aussi, sa décoration intérieure n'existait pas encore; car ses colonnes engagées et les ogives latérales formant des niches, sont évidemment contemporaines de la voûte, qui fut achevée, ainsi que le chœur, à la fin du douzième siècle.
Les transsepts ne furent commencés qu'en 1 2ii5, et Féglise entière y à l'exception des tours , était achevée en 1^40. U est à remarquer que, bien qu'ail milieu de ces travaux un nouveau style d'architecture prit naissance, on ne laissa pas de se conformer au plan original , sauf de légers changemens de détail , qui prouvent de la part des ar* chitectes un louable dësir d'innover mêlé au sentiment de l'harmonie qui doit exister dans toutes les parties d'un vaste monument (i).
Le palais de l'archevêché touche au transsept du nord; c'est un très ancien bâtiment, restauré successivement pendant des siècles. En quelques parties, l'appareil de ses murailles, absolument semblable à l'appareil romain, a fait croire à quelques-uns qu'il était bâti sur les ruines d'un édifice antique considérable (a).Une longue galerie éclairée par des fenêtres en plein cintre , flanquée de colonnes romanes assez élégantes, communique du palais à la cathédrale (3). Elle m'a semblé du onzième ou douzième siècle. Le reste de l'évêché est moderne , ou du moins tout-à-fait défiguré.
(t) J'oubliais de citer one très belle cave de vert antique , soutenue par des lions. Cest un des bénitiers de Téglise. D'après le travail, je crois que c'est un ouvrage du Bas-Empire. Le roi René en a ùâi présent a la cathédrale.
(9) Voir ci-dessus la description de l'église du Ronceray.
(3) L'évéque Guillaume de Beaumont, qui fit construire le transsept septentrional , céda une partie du terrain occupé par son palais , à la condition qu'un passage serait établi de ses appartemens à l'église. Il existe encore aujourd'hui.
Pour compléter la liste desmoaumens antérieurs à la période gothique , il me reste à parler de deux églises dont on ne voit plus que quelques parties échappées à la destructioiu De la première , Saint- Laurent sur la rive droite de la Maine , on ne trouve plus que les murailles sans aucune trace de la décoration intérieure , si ce n^est un diapitean à f<^iillages fantastiques. La forme de cette ^lise était celle d'une croix latine avec une apside semi* circulaire à Test. Une autre apside était ajoutée à chaque bras du transsept ÏJts voùles de ces apsides sont en blocage , bien exécutées et d^une légèreté remarquable.
La préfecture occupe les bâlimeDs dépendant de Féglise de Saint- Aubin , autrefois l'une des plus considérables d'Angers. Il ne reste plus des con» structions anciennes qu'une tour très élevée, dont la base carrée me parait du douzième siècle. Les étages supérieurs, de forme octogone, ont été re^ faits au quatorzième siècle. Dans cette restauration, on a imité jusqu'à un certain point le style des parties inférieures; car les ogives des fenêtres à pointe obtuse , sont entourées de gros tores comme l'arcature figurée de la base , et les colonnes qui les flanquent ont leurs chapiteaux dans le style de l'époque de transition. U est possible qu'on se soit servi de matériaux anciens pour rebâtir cette tour. Aujourd'hui elle appartient à un fabricant de plomb de chasse.
J'arrive à l'un des monumens les plus intéressans d'Angers y FégKse de Saint-Serge , dont la date, telle que Font admise plusieurs archéologues dis* tingucs 9 semble en contradiction évidente avec le caractère de son architecture.
Les moines de Saint-Serge avaient reçu en dépôt le corps de saint Brieux, au moment où une invasion des Normands en Bretagne faisait craindre la profanation de ces précieuses reliques. La tempête passée, les Bretons redemandèrent leur saint ; mais il faisait des miracles à Saint-Serge, Fabbaye gagnait |>eaucoup à le posséder. Il fallut plaider long-temps pour l'obtenir (i). Enrichis par la présence des reliques de saint Brieux, les moines de Saint-Serge se virent bientôt en état de construire une nouvelle église, assez grande pour contenir la foule des dévots qui se pressaient autour de la châsse miraculeuse. Vulgrin, abbé de Saint- Serge, depuis évêque du Mans , grand architecte, entreprit cette construction ; mais il est certain qu'il la laissa imparfaite. Aujourd'hui l'église de Saint-Serge présente deux partie^ de styles bien diflérens; le chœur, qu'on attribue à Vulgrin et qui aurait été dëdié en 1069, et la nef, qu'on s'accorde à regarder comme une restauration du quinzième ou seizième siècle. Telle est l'opinion de M. Bodin , se fondant sur la tradition du pays. Mais à qui ne la connaîtrait point , ce chœur semblerait incouj^
(t) Le procès ne se termina qu'au treizièiqe siècl^.
testablement un ouvrage du commenoement du treizième siècle , et Ton ne pourrait mieux caractériser son architecture qu'en la rapportant au gothique anglais primitif ( Earljr english de Rickmari). En effet y par sa forme générale et par ses détails, ce chœur n'a presque pas d'analogues parmi les monumens bâtis en France à la même époque.
Il se termine carrément à l'E., et l'apside semicirculaire est remplacée par une chapelle rectangulaire. Six colonnes très minces , portées sur des bases assez élevées et octogones , la divisent en trois galeries; d'autres colonnes engagées leur correspondent dans les murs latéraux. Ceux-ci se trouvent en retraite sur l'alignement des murs de la nef; mais ces derniers , ou plutôt les murs des transseptS', qui n'en sont que la continuation, se prolongeant jusqu'à la hauteur des secondes colonnes du chœur (i) > il résulte de là des bas-cotés doubles au chœur , ou, si l'on veut y deux longues chapelles latérales qui communiquent avec celuici et avec les transsepts. Du chœur , on entre dans chacune de ces chapelles par deux arcades inégales en diamètre , s'appuyant sur un large pilier rectangulaire 9 lequel ne se trouve point aligné avec les colonnes du chœur; en outre , les arcades, et par conséquent les piliers d'une chapelle , ne correspondent pas avec ceux de la chapelle qui leur fait face.
(i) En cornmençant à roccident.
Examinons maintenant la disposition des transseptSy qu'il importe de bien étudier. Du côté du chœur y quatre larges piliers , alignés perpendiculairement à Taxe de Téglise , soutiennent cinq arcades par lesquelles on entre dans le chœur et dans ses chapelles latérales. Du côté de la nef , il n'y a que deux piliers, mais encore plus larges que les précédens ; car ils se prolongent au N. et au S. , atbdelà de l'alignement des murs du chœur. Leur extrémité opposée fait retour dans une direction parallèle à l'axe de la nef.
Ce qui frappe d'abord en entrant dans le cbœur, c'est la légèreté, l'apparence de fragilité de ses colonnes, au-dessous desquelles la voûte semble comme suspendue. On ne conçoit pas comment de si frêles appuis peuvent porter une masse aussi considérable. Mais il y a là un artifice de construc* tion fréquemment usité au treizième siècle. Dans le fait, les murs latéraux qui sont très épais, et de plus contrebutés, soutiennent tout le poids de la voûte , et les colonnes n'ont à supporter , en réalité , que- le poids de l'extrémité des nervures tombant sur leurs chapiteaux (i). La voûte en moellons, et parfaitement exécutée, est, malgré son antiquité , d'une conservation admirable. Des nervures rondes la renforcent et se croisent d'une
(i) On peut Toii* k Paris uo exemple d'une voûle analogue a celle-ci , mais sur une beaucoup plus grande écbelle. Cest la voûte du réfectoire de Tancienne abbaye de Saint^Martin , aujourd'hui le CoDserTatoire d'arts et métiers.
manière assez compliquée , mais agréable à Tœil. Les fenêtres sans meneaux , et dntrées pour la plu* part y comprises d'ailleurs dai» des travées agi* vales^ n'ont pour tout ornement qu'un tore épais servant d'archivolte , qui retombe sur de niaces colonnettes engagées latéralement. La courbe dé-^ crite par la voûte et les arcades y est une ogive à pointe un peu obtuse; elle est surélevée , dans les arcades , à la manière orientale. • -
Pour parrenir à découvrir me date par l'ap« préciation des caractères architectoniqnes y c'est l'ornementation qu'il convient surtout d'^udier avec un soin particulier. Et d'abord on remarcpiera une différence très prononcée entre les taîlknrs des colonnes isolées et ceux des colonnes engagées dans les parois latérales. Les premiers, octogones^ sont encadrés par deux moulures arrondies, séparées par une goi^e profonde ; les seconds carrés p évasés à leur sommet, et pour la plupart ornés sur leurs faces de palmettes sculptées. Parmi les co> lonnes isolées, quatre ont leur corbeiHe entourée de deux rangs de crochets, les autres de feuilles dentdées. Quant aux piliers entre le cbœur et les chapelles latérales, ils sont flanqués sur chaque angle de colonnettes à feuillages et surmontés d'un large tailloir couvert de rinceaux en relief, au-des* sous duquel est une bordure, ou, si l'on veut, un chapiteau orné de larges feuilles. Le choix des vé* gétaux et le travail de l'ornementation se rapportent parfaitement à l'époque dé transition; et^
pour préciser davantage, je dirai quecesomemens indiquent le commencement du goût pour l'imitation des végétaux réels et l'abandon des formes ^urevcient fantcistiques (i).
Mais ce qu'il importe surtout de bien observer, c'est la manière dont sont placées les colonnettes engagées sur la face de ces piliers. J'ai dit qu'elles s'alignaient sur les secondes colonnes isolées du chœur; mais comme les piliers ne sont pas alignés l'un sur l'autre, ni sur les colonnes isolées, il s'ensuit que ces colonnettes engagées se trouvent appliquées soit à droite, soit à gauche du centre du pilier.
De cette disposition bizarre , on doit nécessairement tirer cette Conséquence que les piliers existaient avant le chœur; car s'ils en étaient contemporains , comment ne leur eùt«on pas donné un
(i) En comparant les tailloirs des colonnes engagées et des cotonnes isolées, on pourrait être tenté de leor assigner des dates différentes. En effet , les premiers , par leur forme octogone , appartiennent au ireiaième siècle • tandis que les seconds sont encore tout bysantins. Mais je répugne à penser quHs aient pu être exécutés à des époques difféi^entes; car s'il en était ainsi , il faudrait admettre que la voi^te a été refaite dans le même temps que les colonnes isolées ont été introduites dans la oonatmction. Or, il y a une telle harmonie entre les nermres de cette voûte et les colonnes engagées qui les reçoivent , qu'on ne peut concevoir la possibilité d'une restauration. Tout ce que Ton peut conclure, ce me semble, de la légère différence de style entre ces tailloirs , c'est q«e les uns et les autres ont été fiiitsdans une époque d'hésitation entre les formes nouvelles et les formes anciennes , et c'est, je crois, un argument assez fort pour la date que j*ai d'abord présentée.
alignement régulier , des dimensions qui eussent permis de placer les colonnes engagées au centre de leur massif?
Vraisemblablement 9 c'est une équivoque qui a fait attribuer à Yulgrin le chœur de Saint-Serge. II est certain que la construction de l'église futincom-» plète; je suppose que c'est la nef, non le chœur, qu'il ^ bâtie. En effet, on dit qu'il éleva une église nowellej et ce n'est point une grande restauration qu'il dirigea. Par conséquent, l'édifice dont iJ est l'auteur doit être tout d'une pièce et ne doit pas présenter des parties plus anciennes que celles que Ton dit faites par lui. Or, le chœur est flanqué de piliers, qui, évidemment, n'ont pas été bâtis pour le plan qu'on a donné à celui-ci : les transsepts auxquels il touche sont évidemment très antérieurs. Bien que réparés, c'est-à-dire altérés comme tout le reste de l'église, ces transsepts ont conservé des caractères bien reconnaissables de l'époque romane , et les roses percées à leurs extrémités 19 • et S. , quoique peut-être sensiblement plus modernes que les murailles , ne peuvent être guère postérieures au milieu du douzième siècle. Découpées en forme de roues , elles ont pour meneaux des colonnettes à chapiteaux bysantins par£dtetement caractérisés (i).
(i) Si OD les compare à la rote de Saint-Maarîce , od remarquera Que grande analogie daos la forme générale; maii lesdéuila et surtout les chapiteaux des colonnes formant les rais , sont incontestablement plus anciens à Saint-Serge.
La nef^ complètement restaurée du quinzième au seizième siède , n'ofiîre rien de remarquable , si ce n'est , à l'intérieur ^ssez près de la porte d'en^ttrée, une espèce de frise d'une exécution très fine et d'une grande richesse. Le portail j fort simple d'ailleurs, et sans intérêt, parait avoir été refait en même temps que la nef. Où voit tout auprès une vieille tour ronde ^ d'un appareil grossier, presque entièrement construite de morceaux de schiste non taillés. Peut-être est-ce un reste de Xé^ glise bâtie par Vulgrin.
Henri II , roi d'Angleterre et duc d'Anjou, fonda l'hôpital d'Angers en i i53;Bodin, dans ses recherches sur le Bas-Anjou, regarde la salle principale de cet établissement comme construite par ce prince. Quant à moi, je la crois du treizième siècle. Elle est très vaste et divisée par deux rangées de hautes colonnes à chapiteaux , garnis de crochets gothiques. Voûtes , arcades et fenêtres, sont ogivales ♦ avec des nervures et des archivoltes arrondies en boudin. D'ailleurs, la dispositioii des voûtes est la même que celle du choeur de Saint-Serge. C'est, en un mot, à mon sentiment, un type très complet du gothique primitif, et je n'y trouve pas les caractères de l'architecture, toute romane encore, du douzième siècle (i). Acôté et faisant angle
(i) Au-de»sos de la porte d'entrée , on voil un portrait d'un
droit avec cette salle, est la chapelle, qui temUe aymr été construite en même temps, ou peu de temps auparavant; car on y observe la même décoraticm, les mènes voûtes sout^iues, ou sern- £ij0n/souienues , par de minces et longues colonnes isolées. La porte est en plein cintre, avec une large archivolte de gros tores altonant avec des gorges profondes et retombant sur des cc^nnei engagées , à chapiteaux de feuillages fantastiques, caractères de la dernière époque de rarcfaitecture bisantine.
Un cloître sert de passage entre la salle des malades et la chapelle. Une portion est romane; l'autre, mieux ornée , a été commencée à Fépoque de la Renaissance. La porte principale de la salie que j*ai déjà décrite, donne sur un autre cloître, dont les arcades , en plein cintre , fort hussesj sont portées sur des groupes de quatre petites colonnes , à chapiteaux évasés, d'ailleurs sans ornement. H n'a point de voûtes; je le crois très ancien. Ces deux cloîtres romans, sur le caractère desquels il est impossible de se méprendre, me confirment dans l'opinion que j'ai exprimée sur la date de la saUe des malades. Si Henri II a effectivement fait bâtir
homme à barbe gnsonnante , avec on col rabaita eo deotelle , et un poarpoiDt de velours noir. Selon rinscripHoD qui raci^onpagne , c'est le portrait de Heori If , fondateur de l*b6pital. Mais e*esC , à n'en pa^ douter, un ouvrage du aeiziènie ou peut-être do commencement du dii-septième siècle. Tignore quel personnage il représente. Ce portrait peint sur marbre noir est d'ailleurs fort bon , et rappelle la manière de Porbus.
une salle commune pour Ifls nuUaden, je crois que c'est plutôt celle qui sert aujourd'hui de grenier à blé, en £ice des roine^ de Saint-Laurent U jest constant qu'autrefois die foiaait partsB de rhôfiital, et depuis peu d'années seulement on loi a dcmné une autre destiiiation.
Cette salle fort vasie s'étend parallèlement à la rivière. Dans le sens de sa lôngpeur, éHe est cUTJsée par deux rangs de piliers^ dont les uns^géminés, sont romans, les autres tout-j^firit itaodernesi. Du côté de la rivière y c'est*à-dire à l'K , le mur est construit en inodkms de tuffeau , et ses fenêtres sont en plein cintre, géitdnées , avec une colônnette séparant les deux ouvertures.çotnprisesdans lainéme arcade. Au lieu d'un cmtre , c'est un sire surbaissé qui forme l'ouverture intérieure de ces fenêtres. Le mtir opposé est bâti de morceaux de schiste, et n'a que des espèces de meurtrières très étroites. Il n'y a point de voûtes, et je ne pense pas qu'U y ait jamais eu d^autre couverture qu'un toit en charpente. Lé mur de ro. est vraisemblablement le plus ancien ; quant à l'autre 9 jfe le crois refait avec des matériaux anciens, et ce qui me le fait croire, c'est d'abord ce chambranle intérieur en cintre surbaissé, d'apparence toute moderne; puis, si l'on examine attentivement ces fenêtres, on reconnaîtra que les cintres ont, pour la plupart, leurs arêtes encore vives , tandis que les chapiteaux des colonnettes, entre les arcades géminées, sont ex-
â40 ANGERS.
tr^nement fjniste& , comme s'ils étaient beaucoup
pins andens.
Une tonr sur le bord de la rivière en amont de ia ville et quelques pans de muraflle, voilât outre le château, tout ce qui reste des fortîfica-> tions d'Angers. Ce château offre plus d'un rapport avec celui de Nantes. Il est bâti sur le penchant d'une colline y dont la Maine lave le pied, et dans q[uelques points ses remparts s'élèvent à une hauteur prodigieuse. Toutes les tours sont rondes, construites , comme les courtines y de gros morceaux de schiste non taillés, entremêlés d'assises de tuffeau. L'effet de ces lignes blandies tranchant fortement sur le schiste noir est assez agréable. Au reste, depuis quelques années, ce diâteau a souffert tant de mutilations , qu'il ne faut pas espérer y retrouver les dispositions d'une place de guerre au mojen-âge. Le couronnement des tours est rasé, lepont avec l'ouvrage avancé qui le défendait détruit. A l'intérieur des tours nul détail d'ornementation qui puisse aider k déterminer leur date. Si j'en juge par leur forme, feur appareil, quelques archivoltes oubliées par les démolisseurs, je la placerais au treizième siècle (i). Mais dans la suite cette forteresse a subi plus d'une réparation considérable. La chapelle, du gothique fleuri, fort dégradée, n'offre presque aucun intérêt.
(i) (Test ropinion de Mesnard; îl rapporte que Pbîlippe-AiiglMte eu commeoça et qae saint Louis en termina la coostruclioif.
Je n'ai vu dans aucune ville autant de nMd&oms du iiM^en4ge qu'à Angers. Plufiieun se ditlin^ gucnt far leurs Èiçades sculptées , OL^roB pourrak trouver tme foule de renseignemens précieux sw les costumes et les usages des quinzième etseizicme siècles* La maison qui offre. la décoration la phia riche et les sculptures les plus variées forme l'angle d!une rue derrière la cathédrale. Là, parmi im grand nomhre de figures grotesques ^ j'ai ixunar* que un homme tuant un tatu*eaU| posé si exacte* ment comme un Mithras, que je suis tenté, de fe prendre poiu* une copie de quelque monuaient antique. Il y a peu de constructions de la Bjenaissance à Angers; je dois citer pourtant là maison apf^Iée YHâtel des Marchands , rue Baudrière^ élevée vers la fin du seizième siècle. On y voit quelques d^ils élégaos, gâtés d'abord par des additions modernes , puis mutilés dans la révolu» tion.
U me reste à parler du Musée, qui venferme quelques antiques, entre autres une idct belle urne de porphyre, ornée de deiiix masques barbus,, d'un style grandiose et d'une magnifique exécation. On sait combien le porphyre est difficile à travailler, et l'on remarque avec surprise que cette urne est aussi mince qu'un vase de porcelaine. C'est le roi René qui l'a léguée à la cathédrale ; mais sou origine est inconnue. D'après la tradition, ce vase aurait servi aux noces de Cana, et ce serait le même où s'opéra le changemeiit de
Peau en vin. Le Ihnée renferaie encore qudques bons tableaux , et beanooup de plâtres moolés , soitsur f antique, aoit sur des ouvrages modernes. De œ nombre sont phisîeun statues et bustes de notre eéiibre aenlptenr Dsnrîd , qui en a fiiit don àsa Tflfe natafe. Là, j'ai retrouvé avec le ph» grand pkisk* U petite fille lisant rinseription du toaabeaa de Marcos Botzaris , chef -^d'onnrre de naïveté et de sentiment, qni prouve <}ue le talent de AL David se prête aussi bien aux sujets tendres eC graoieiix qu'aux compositions graves et sévères. J'aurais dà citer plus tôt un buste magn^ue de Napoléon , eu marbre blanc, par Canova, admkabêe par Fexpression et la peœée. Il avait été donné à la préfecture de Maine-et-Loire, et lors de la restauration , on décida qu'il serait détruit. Un employé subalterne, <±Mrgé de l'exécution de cet acte de vandalisme, eut le bon eèpnt de cacher le buste condamné dans un grenier de la Préfecture. Il y demeura long-temps oid)lié, et les couvreurs qui réparaient la toiture s'en servirent plus d'une fois comme d'un billot pour tailler leurs ardoises. Aujourd'hui , rétabli sur un socle convenable, il occupe une place d^honneur -dans la galerie.
SAV£NIÈR£S. 343
SAYENIÈRES.
Avant de me rendre à Saumur, je voulus examiner Téglise de Savenières, à quelques lieues d'Angers. On la dit bâtie dans le sixième ou le septième siècle. Aujourd'hui la façade seulemienl et une partie du mur méridional de la nef présentent un appareil très remarquable qu'on peut rapporter à cette époque. A différens intervalles, dans une maçonnerie composée de fragmens de schiste noir, grossièrement tailles, se dessinent de longues bandes de briques, dont la couleur rouge tranche fortement avec celle du schiste. Entre deux lignes formées chacune par deux lits de briques posées à plat, on voit un cordon d'autres briques rangées obliquement en iiréte de poisson j et placées de manière que les angles saillans d'mie bande soient opposés à ceux de la bande inférieure et de la bande supérieure. Aux angles du mur on s'est servi de tuffeau ainsi que pour les archivoltes des fenêtres. Ces dernières sont en outre encadrées par des briques qui en dessinent le cintre et en séparent les claveaux. De l'opposition des couleurs, rouge pour la brique, noir pour le schiste , et blanc pour le tuffeau, résulte un effet assez agréable , quoique bizarre. Les
344 SWENIERES.
briques sont très longues et larges , presque semblables aux tuiles romaines.
Je n'ai rien vu dans l'intérieur de réglise qui m'ait paru contemporain de la façade ( i ). Le chœur, ainsi que l'apside, ont été sans doute refaits du onzième au douzième siècle. Dans le quinzième on a ajouté un collatéral très mesquin à l^lise, qui , probablement , n*avait autrefois qu une seule nef. L'apside à l'extérieur est ornée avec beaucoup de goût. Les fenêtres , entourées de rosaces et de riches moulures, pourraient être citées parmi les meilleurs types d'ornementation bysantine. Je suppose que les colonnes qui entourent cette apside ont été ajoutées quelque temps après sa construction, pour faire office de contreforts , car elles sont irrégulièrement placées; Tune d'elles coupe même très désagréablement l'archivolte 4'une fenêtre. Leurs chapiteaux se rapportent à l'époque de transition.
(i) Ott recoooalt qac le frontoo a été fort exhaussé, et le toH primitif ,devait être assez obtus. La porte occidentale est du quinzième siècle. Une porte latérale, au midi , doit être cootemporaioe de l'apsidç. Elle ^t eu pleio ciotre , encadrée par des colonnes bysantines qui soutiennent une oomicbe ornée de modiU Ions fantastiques.
SAUMUft: 345
Près de Saumur , j*ai retrouvé des monumens celtiques^ deux dolmens , plus grands , surtout plus réguliers , que tous ceux que j'ai vus en Bretagne (i).
Le premier, près du village de Bagneux, siu* le penchant d'une colline , représente, en plan, un rectangle de cinquante-huit pieds de long, vingtun de large , et d'une hauteur moyenne d'environ sept pieds , mesurés sous la table. Ainsi que la plupart de ces monumens , il est fermé à TO, et ouvert à l'E. Aujourd'hui il se compose de dixsept pierres, dont quatre pour chacune des parois latérales , autant pour le toit , une en retour du côté gauche à l'entrée qu'elle rétrécit , une à l'O. , fermant le dolmen, deux , d'une petite dimension, vers l'entrée et debout dans l'alignement de la paroi N. (a), une dernière, enfin ^ à l'O,, dans le fond, isolée, comme un pilier, et soutenant avec
(i) Je ne regarde pas le monument de Gâvr* Innis comme up dohnen.
(3) Souvent de grandis dolmens sont précédés par d'antres pins petits. I^ Table des Marchands à Locmariaker en fournit un exemple. Je ne crois* pas pourtant que ces pierres vertî<*ales de rentrée aient été jamais couvertes par d'autres horizontales. Elles sont trop inégales en hauteur.
346 aUlUMUR.
léserais la masse énorme du toit On voit, eo outre, devant l'entrée , quelques pitres plates, dispersées à terre sans ordre. Peut-être ont-elles été verticales autrefois , fusant pendant à celles qui prolongent la paroi septentrionale.
Vraisemblablement une pierre manque au dolmen à droite de l'entrée ; car on voit là une maçonnerie de moellons qui n'a pu être élevée que pour la remplacer. L'épaisseur des pierres varie de dix -huit pouces à deux pieds et demi, et bien qu'aucune ne semble avoir été taillée , elles sont cependant juxfa-posées de manière à se toucher sur presque toute l'étendue de leurs côtés (i). Toutes
j sont énormes, surtout celles du toit La der-
nière, à ro. (c'est la plus considérable), présente
^ un carré de vingt-un pieds de côté. On dit que des
fouilles ont fait connaître que les parois étaient enterrées à près de neuf pieds (a) , ce qui leur donnerait une hauteur à peu près de seize pieds. Ce serait un bit remarquable; car, en général, les pierres celtiques ne sont que médiocrement enfoncées en terre* Cependant il était nécessaire de leur donner ici une solidité extraordinaire; car au lieu d'être verticales, elles sont inclinées très fortement vers le centre du dolmen,au point qu'un fil aplomb, du sommet de la pierre, tomberait, sur le sol, à
(i) U existe , n est Yrai, entre U aiysonde et la troiMème pierre de U paroî S. , une ooTerture par laquelle no bomoie pourraii passer ; mais elle est le résultat d*un accideot , d'une firactnrr.
(a) Ces fouilles n*oot d'ailleurs produit aucun résultat.
SÂUMUR. 347
plus d'un pied de sa base. En vojant ces masses prodigieuses y on se demande toujours queUe puissance les a entassées de la sorte , et Tétonneroent est d'autant plus Tif , que la difficulté de Texécution est rappelée frfus sensiblement par la rudesse et la grossièreté même de la construction.
A cent cinquante pas en avant du dolmen , au milieu des vignes, on voit un peulven isolé /haut de six à sept pieds. J'ai déjà remarqué que l'on avait cm observer quelquefois un rapport de position entré les dolmens et les peulvens ; mais cette pierre isolée me semble bien doignée du dolmen. Elle ne se trouve pas non plus idignée sur son axe.
A trois portées de fusil plus loin , yers le N.-O. , au sommet d'un coteau, près d'un chemiii creux qui conduit de la grande route au village de Riou, on trouve im autre dolmen moins considérable , mais également régulier , également orienté. On le nomme 1à Pierre couverte. Il se compose de six grandes pierres, dont une seule , longue de vingt pieds, forme la paroi du S. , trois autres la paroi opposée. Une autre, large de neuf pieds à peu près, ferme le dolm^i à l'E. ; ei^n, une dernière couvre les autres comme un toit , les débordant de tous les côtés. Elle est fendue aujourd'hui et considérablement détériorée par la gelée. Les parois latérales » hautes de sept pieds à peu près t sont, oomme ceUes du dolmen de Bagneux , fortement inclinées à l'intérieur. J'ai observé que le sol
en dedans du doknen étail recouvert de plusieurs larges daUes. Déjà j'avsds remarqué un £ût semblable dans Un dolmen , près du village de Crac'h. Tai trouvé encore ici y de même qu'autour de la Table des Marchands , à Locmariaker, une espèce de mur fort bas, wtourantle monument de très près, et je suffi aussi embarrassé pour savoir si c'est qn effet du hasard, un amoncellement fortuit de pierres enlevées aux champs voisins^ ou bien une enceinte élevée à dessein. Je pencherais pour cette dernière opinion; car Tun des plus grands monuniens celtiques connus , le Cercle de Slone- Henge^ près de Salisbury, est environné dHm fossé et d'un petit rempart en terre , bien évidemment contemporains des pierres énormes qui constituent le croralec'h.
Ce sont des blocs de grès qui composent ces dolmens. Aux environs de Saumur» cette roche n'est point rare; mais cependant on ne la trouve pas à la surfisice du sol dans les lieux où ces monumens ont été élevés , et si j'en crois ks ra][^>orts des gens du pays , il a £dlu transporta!* ces lourdes masses d'une demi-lieue- au moins, en surmontant de plus des obstacles naturels, tels que des vallées, des collines, etc.
La Pierre couvert se trouve au bord d'un escarpement, sur un terrain sablonneux, qui menace de s'ébouler au premier jour. Quelques remblais empêcheraient sa ruine, qui, autrement, paraît inévitable et très prochaine. Je vous prierai y
Monsieur le Ministre, de vouloir bien inviter M. le sous-préfet de Sautnur à faire exécuter les travaux nécessaires pour consolider le terrain. Deux journées de terrassiers suffiront.
Autrefois tous les environs de Saumur étaient parsemés de monumens celtiques ; il n'en reste plus qu'un petit nombre aujourd'hui , et leur destruction est si rapide, que plusieurs de ceux que M. Bodin a décrits, en i8i4 , ont déjà disparu. Ne pourrait-on pas prendre quelques mesures pour leur conservation; p^ exemple > défendre de les exploiter comme matériaux pour les routes? Les Ponts-et-chaùssées en ont déjà brisé beaucoup dans ce pays , entre autres , un très beau crom^ lec'h, espèce de monoment extrêmement rare en France.
* Si , pour leur importance , les églises de Saumur ne se peuvent comparer à celles d'Angers , plusieurs d'entre elles ne laissent pas d'offrir un intérêt véritable.
Notre-Dame deNantilly passe pour la plus ancienne de la ville; mais je ne puis admettre, avec M. Bodin , qu'elle date du cinquième ou sixième siècle. A mon sentiment, il a attaché trop d'importance à la nature de l'appareil ; car de tous les caractères archi tectoniques, o'est le plus vague, le plus incertain. A gauche de la façade , qui parait
avoir été restaurée à plusieurs reprises ( i) , <m remarque use portion de muraille revêtue d'un parement de petites piores taillées en losange. Que cet appareil réticulé soit une tradition antique, cda n*est pas douteux; mais on ne peut nier qu'il n'ait été en uf^age depuis l'époque gallo-romaine jusqu'au douzième et mraie jusqu'au treizième siècle Tel était le goût, pour l'ome^ientàtion , pendant la durée du style roman fleuri y qu'on en donnait même aux parties lisses en les couvrant d'un pare^ ment compliqué. On en voit d'imbriqués, de nattés, de réticulés surtout, comme cdui de ISantilly , et les églises de Poitiers vont nous en <^rir de fréquens exen^des.
En examinant l'intérieur de Notre«Dame àe Nantilly, on y reconnaît trois époques bien caractérisées, La nef, dans l'origine, était unique; au quinzième siècle, on y a joint un collatéral (au S.), presque aussi large que la nef dle-méme , et les piliers qui les séparent ne sont autres que les contreforts anciens.
Maisdéjà, vers lafin du douzième siède sans doute, on avait re£adt et peut-être augmenté le choeur. Enfin , en même temps qu'on ajoutait un collatéral , on retouchait les transsepts, si toutefois on ne les
(i) La porte Mt en fileia oiotre at«c one arclilfolte à boiidms retombaot sorties coloDiies à chapiteaux historiés. Au-dessus une arcatare cintrée. La tour qui surmonte le portail est carrée , assez basse; mais sa flèche ( en bois et moderne ) est fort élerée, TcNtt le côté sud de la façade date du quinxièpe siècle.
a pas reconstruits entièrement (i). Quanta la date de la nef, la fin du onzième siècle ou le commencement àvi siècle fiuiraDt parait la phis probable. On ne saurait, en efifet, rapporter à une époque plus ancienne ces hautes colonnes engagées , ter^ minées par des <^apiteaux historiés, d^m travail précieux, et ces grandes arcades en plein dntfe, surmontées de fenêtres de même forme et assez larges. Les ardûvoltes de ces dernières sont remarquâmes par leur bizarrerie. Elles se compo^ aent de deux rangées de elaveaux Tune an-dessus de l'autre, taillés en biseau, de manière que les angles saillans des claveaux de la rangée inférieure entrent dans les angles rentrons de la rangée d'en bas , la ligne de contact représentant ainsi un zigzag semi-ckrctdaire. J'ai observé la même disposition dans le portail de Téglise Saint-Etienne , à Nevers, fondée en io65 , et cette étrange coupe de pierres, commune aux deitx églises, pourrait, à la rigueur^ être considérée comme un indice d'une origine contemporaine.
La voûte de la nef de Nadtilly est en ogive, sans arêtes , renforcée seulement par des arcs doubleaux de travée en travée. Je présumé qu'elle a été refaite à Fépoque où le choeur a été construit , et ce qui me parait le prouver , c'est la forme de deux chapiteaux (les plus voisins des transsepts)
(i)Iie innrorieotaldestraiMt^ptoin'a semblé coDtemporaîo dv chœur.
ornés dé crochets go thiques, restauration évidente du commencement du treizième siècle , et qui fait supposer cdle des arcs doubleaux qui sj ap« puient. D'ailleurs, il faut remarquer la courbe de cette Toute, dont Tangle est à peine sensible, et qui peut très bien avoir été en plein cintre avant d'être retouchée. Dans le chœur , l'ogive est beaucoup plus prononcée, et le style de Tomementation plus moderne. Le collatéral S. et les transsq>t5 ofirent quelques jolis détails , des feuilles frisées , refouillées profondément, des nervures^ des moulures saillimtes, etc. Là, j'ai observé sur le fut de quelques colonnes Une légère saillie prolongée verticalement , et ressemblant à une règle étroite appliquée sur la colonne. J'ai déjà décrit cet ornement singulier si fréquemment employé à Saii}t-Pol-de* Léon.
Les murailles de l'église sont en partie Couvertes de grandes tapisseries , très curieuses, qui m'ont paru du seizième siècle pour la plupart, quelquesunes du quinzième. L'une des dernières , qui représente l'histoire de la Vierge, pourrait fournir des renseignemens précieux sur les costumes et l'architecture du temps. Une autre dont, le sujet est la prise de Jérusalem par Titus ^ présente une grande variété d'armures et d'accoutremens. On sait que les artistes du moyen-âge ne se piquaient pas d'observer la couleur locale. Aussi il ne faut pas s'étonner de voir sur le premier plan un soldat romain portant une arme à feu. Celle-là peut
ietre regardée comme la représentation^ des premières bombardes à main dont il est fait mention dès la 6n du quatorzième siècle. C'est un tube de cuivre, emmanché au bout d'un bâton, qui a le même axe que le canon. Le soldat qui le porte le tient à deux mains , appuyant le manche ou la crosse sur son épaule gauche^ et , baissant la tête , il ajuste son ennemi. Derrière lui un autre soldat va poser un charbon sur la lumière de l'arme. Il y a loin de là aux fusils du baron Heurteloup. — Je citerai encore une autre tapisserie que je croi^ plus moderne, et qui représente des anges portant les instrumens de la Passion. Elle parait avoir été exécutée d'après les dessins de quelque maître , car les figures et les draperies sont d'un style grandiose bien différent des autres. Elles me rappellent la manière d'Albert Durer.
Je dois encore protester contre la date que M. Bodin assigne à l'église de Saint-Jean , dont il attribue la fondation à Pépin, roi d'Aquitaine. On confond trop souvent l'époque de la première consécration religieuse d'un certain lieu, avec Qelle de l'érection de l'édifice qu'on trouve dans ce même Ueu. Sans doute Pépin fonda une église dans cette partie de la ville, mais à coup sûr relise actuelle ( elle sert d'écurie aujourd'hui ) n'est pas antérieure à la fin du douzième siècle. Sa
forme est celle d'une basilique terminée par une apside à pans. Elle a trois travées k voûtes ogivales, garnies de nervures rondes , qui, se croisant en étoile y retombent sur des chapiteaux historiés. Quelques-uns ont encore conservé des vestiges de peintures et de dorures. L'appareil est moyen, fort grossi^ment exécuté.
Saint-Pierre, au centre de la ville, paraît avoir été construit eatre le douzième et le treiûème siècle; mais aiqourd'hui cette église est dénaturée par des additions plus ou moins modernes. Sa façade, que Ton comparait à celle de Saint-Maurice d'Angers , s'étant écroulée à la fin du dixseptième siècle, on l'a remplacée par un portail composé des ordres dorique et ionique , de très mauvais goût. Des chapelles latérales, ajoutées à la nef aux quinzième et seizième siècles , achèvent de dénaturer le caractère primitif de cette ^lise, dont on parvient cependant à retrouva la forme originale ; c'était celle d'une croix latine avec une apside très longue , et deux petites chapelfes semi* circulaires à Torient des transsepts. Les voûtes sont ogivales renforcées de nervures rondes; peutêtre n'appartiennent-elles pas à la construction primitive. Dans la partie de la nef ancienne où il n'y a pas de chapelles, on voit une arcature cintrée , surmontée d'une corniche à modillons or-
né& Telk était , sans doute, dans le principe la décoi:atîon des murs latéraux. La plupart des chapiteaux présentent les feuillages fantastiques de la dernière époque romane; quelquesruns, des diables ou des animaux monstrueux. U faut noter la forme curieuse des fenêtres ayant trois ouvertures en pldn cintre , celle du milieu surhaussée , toutes les trois entourées de boudins, comprises dans une ogive. Voilà le premier exemple que j'aie vu d'une fenêtre de transition divisée en trois parties « et Ton sait que , même dans la première période gothique y il est rare de trouver une fenêtre ogivale refaidue par deux meneaux.
Il y a quelques jolis détails dans une chapelle de la Renaissance , à l'extrémité de la nef , et contigue au transs^t nord. Le pilier du transsept entaillé 9 et la coupe oi^que de la voûte, permettent de voir du fond de cette chapelle le prêtre qui ofiBcie au maître-autel. On sait que la même disposition existe dans la fameuse église de Brou. Probablement le but des fondateurs était de se se* parer de la foule, sans avoir pour cela une plus mauvaise place; mais à Brou, le raffinement est poussé plus loin. La chapelle particulière de Marguerite de Savoie est un véritable boudoir avec une bonne cheminée, près de laquelle la princesse priait Dieu sans risque de s'enrhumer.
Je terminerai le catalogue des églises de Sau-
mur , en disant quelques mots de la petite église de Saint-Nicolas , romane autrefois , mais presque entièrement refaite au quinzième siècle. De sa construction primitire , on ne voit plus que les fenêtres, quelques gros piliers cylindriques fort bas, à chapiteaux très grossiers, et deux apsides à Vextrémité occidentale des bas-côtés. Depuis long-temps on y a pratiqué des portes. Les apsides à l'occident sont très rares en France (i). Quant au chœur, il est tout moderne. Parmi les chapiteaux du quinzième siècle , il y en de remarquables par leurs grandes feuilles frisées , sculptées avec beaucoup de goût, et, si je ne me trompe , avec l'intention de ne point faire trop de disparate avec ce qui reste de la construction romane. En effet, on sera surpris, en examinant ces chapiteaux du quinzième siècle, ornés de feuilles grasses et surmontés de tailloirs épais, de leur retrouver presque le même galbe que celui des chapiteaux du douzième.
Lechâteau,sittiéausommet d'un rocher escarpé, passe pour avoir été construit sous le règne de Saint-Louis; mais, depuis cette époque, il a bien changé. On a abattu plusieurs de ses tours, des
(ij Je n'en conDais guère qa*uo seul exemple aocieo, à Ltmarche, auprès de la Chanté-sur-Loire.
àAUMUR. 357
courtines entières , et son aspect aujourd'hui est plutôt celui d'une forteresse du seizième siècle que d'un château du treizième. On distingue pourtant quelques portions de murailles en ruines qui semblent fort anciennes , et même un arceau en plein cintre , seul reste, suivant M. Bodin y de l'ancienne église de Saint-Florent, dont la fondation remontait au dixième siècle.
Dans la cour intérieure, on m'a montré, gisant à terre auprès du corps-de-garde , une statue de pierre sans tête et sans jambes , d'un homme couvert d'une cotte d'armes. Placée avec plusieurs autres dans des niches qui décoraient la façade du château, cette statue, suivant la tradition, représentait le fameux Godefroy de Bouillon . Il suffit d'examiner le costume pour reconnaître qu'elle n'est point contemporaine du prince croisé qui fut roi de Jérusalem. La cotte d'armes, qui paraît recouvrir une cuirasse très bombée devant la poitrine , serre la taille et tombe jusqu'aux genoux. Elle est boutonnée pardevant Les manches sont fort amples et pUssées. Un large baudrier soutient une épée , et une ceinture d* honneur très large et richement brodée, s'attache tout-à-fait au bas des hanches. Ce dernier ornement est caractéristique , car on ne le vit paraître que vers le milieu du quatorzième siècle. Il n'y a pas d'armoiries sur la cotte d'armes, et par conséquent il est impossible de prouver que cette statue soit celle de Godefroy ; mais il est probable que les comtes d'An-
jouy qui décorèrent lechâteau, n'auront pas oublié un des héros de leur maison. Du temps de M. Bodin, cette figure était encore entière; il est honteux de la laisser ainsi à l'abandon.
Dans le foubourg des Ponts, ilexisteune maison bâtie par le roi René, dont on peut encore retrouver les armoiries k demi efiacées dans la révolution. La façade est fort ornée de feuillages contournés et frisés à la manière du quinzième siècle, d'ailleurs rendus dans la perfection. Cette maisooy aujourd'hui dans un déplorable état de dégradation , devrait être achetée et restaurée par la ville, sinon pour ses jolis détails d'architecture, du moins pour le souvenir du roi René que tous les Angevins vénèrent encore.
Le musée, établi dans une salle de la mairie, assez jolie construction du seizième siede, renfehme une collection nombreuse de poteries, de médailles, d'instromens en bronze et en fer de fabrication romaine, la plupart trouvés dans les environs de Saumur. L'objet le plus curieux, et qui seul suffirait à faire la réputation d'une galerie plus considérable, c'est une trompette antique, en bronze, parfaitement conservée, toute droite et longue de cinq pieds. L'embouchure et une partie du tuyau sont ornées de moulures très délicates , et l'on voit que l'instrument se composait de deux tubes entrait l'un dans l'autre , et pouvant s'allonger ou se raccourcir comme nos trombones. Le pavillon m'a paru d'un diamètre médiocre pour la longueur de la trompette.
GANDES»
Dans UD rapport que j'ai eu Fhonneur de vou& adresser Tannée dernière , je voas ai rendu compte de la situation des anciennes abbayes de Fontevr^ult et de Saint-Florent. Cette année, je ne les ai point visitées de nouveau , mais je n'ai pas voulu quitter le Saumurois sans examiner l'un de ses monumens les plus remarquables , l'élise de Gandesy sur les bords de la Loire.
Ce qui la distingue, au premier aspect, c'est son apparence presque militaire , les murailles élevées de ses bas-côtés , les tours à mâchicoulis qui flanquent sa &çade. Sous ce rapport, Candes rappelle plusieurs constructions du midi de la France et surtout l'église de Maguelone. Une inscription gravée dans la nef rapporte que, bâtie en iai5, Téglise de Gaiides se trouvait presque ruinée, lorsque, sous le règne de Louis XIY , elle fut réparée par les soins de M. de Chauvelin. J'avoue que j'ai cherché inutilement des traces de cette restauration, et j'aime à croire que M. de Chauvelin s'est borné à faire recouvrir le toit , peut-être à remettre du ciment dans les interstices des pierres. Nulle part, heureusement, on n'aperçoit rornementation du grand siècle.
Si celte date de iai5 était exacte , il faudrait remarquer la persistance du style bysantin dans TAnjou, car le chœur tout eqtier appartient à ce style, et le reste de l'église en a conservé des souvenirs nombreux. Mais il est permis de supposer que, vers le commencement du treizième siècle , il existait d^à à Candes une ^lise assez importante. En effet, la différence entre le choeur et la nef est trop marquée pour que Foii puisse regarder les deux constructions comme contemporaines.
En outre, je ferai voir tout à Theure Tindication d'une altération considérable dans le plan primitif. Il ne me semble donc pas douteux que la prétendue construction de isài5 ne soit en réalité une restauration ou bien une augmentation très con&idéraUe d'un édifice plus ancien (i).
La forme de l'église est celle d'une croix latine, dont l'extrémité orientale est le chœur qui, s'arrondissant, produit mie apside. A droite et à gauche , sont deux chapelles s'ouvrant dans le transsept, chacune ayant son apside à l'orient, s'appuyant à l'apside principale, tandis que les murs qui décrivent le reste de l'enceinte de ces chapelles s'étendent, Tun au nord, l'autreau sud, presque aussi loin que les murailles des transsepte.
(i) Je k crois du douzième siècle. Il ne parait pas probabk, en effet, qu'entre Tannée iax5 et le milieu du^ treizième nède (et certainement la nef était en grande partie construite en ts5o ), il n*e8t pas probable , dis-je^ qu'on ait modifié aussi notablement le plan ori(;iiial.
Si Ton examine attentivement ces deux apsides latérales , on se convaincra que ce sont des additions relativement modernes , tandis que les chapelles, dont les fenêtres sont en plein cintre, entourées d'archivoltes à chevrons , ne peuvent avoir d'autre date que celle du chœur. Les apsides latérales supprimées, on verra que les chapelles n'ont pu être autre chose que le transsept primitif, lequel a reçu ime nouvelle destination par suite de la construction d'un nouveau transsept à la suite de la grande restauration que je viens de signaler. L'intérieur de la nef est divisé en trois parties (i), par deux rangées de longues colonnes groupées (a), d'une légèreté et d'une grâce admirables. Leurs chapiteaux , ornés pour la plupart de crochets saillans , quelques-uns de longues feuilles dentelées, indiquent le commencement du style gothique, et contrastent fortement avec ceux du choeur 9 composés en général de végétaux fantastiques (3). Dans le chœur, aussi bien que dans la nef, l'ogive a été employée pour les voûtes et pour les arcades , presque toujours à
(i) Dans tontes les églises, le chœur , étant la partie la plus importante, est aussi la plus ornée. Si la nef a des collatéraux, le chœur en a aussi. A Gandes, la nef a des colbtéranx, le chœur n'en a point; ce n*est à proprement parler qu'une apside profonde. Ces observations donnent uoe nouvelle force à l'opinion que j'ai présentée sur l'origine du chœur.
{%) Leur plan est %n losange dont chaque angle se termine par une colonne assez forte; sur chaque face deux colonnettes sont en outre engagées.
(3) Trois seulement sont historiés.
pointe obtuse; dans les collatéraux, seulement, elle affecte la forme en lancette. Toutes les Toûteâ sont d'arêtes , garnies de tores en guise de nervures, se croisant en étoile (i). Les fenêtres sont en plein cintre (j'ai remarqué déjà que Togive ne fut adoptée que fort tard pour les fenêtres)^ à l'exception de celle qui s'ouvre dans le transaept méridional , et de deux autres percées dans le mur occidental de la nef , et répondant aux coUatéraux. Ces trois-là peuvent avoir été ajoutées à une époque plus ou moins moderne.
Le mur de la &çade porte les traces d'une réparation très maladroite dont j'ignore la date, et qui peut*étre aurait eu lieu sous le règne de Louis XIV; mais je ne hasarde cette conjecture qu'avec timidité, car, détestant l'architecture de cette époque , je suis peut-être trop porté à lui attribuer tous les traits de barbarie qui ont dé* figuré tant de beaux monumens du moyen^ âge. Quel que soit l'auteur de cette réparation, il a presque entièrement détruit, en les engageant dans un massif de maçonnerie, deux petites roses en forme de roue et de style bysantin. On n'en voit plus aujourd'hui qu'une faible partie. Ces deux roses en soutenaient une plus grande dont le cercle extérieur seulement a sub.<ùsté.
Deux massifs carrés très épais forment les pi-
(i) J*appeUe ainsi les nervures qui forment une crçix grecque et une croix de Saint-André» toutes les deux ayant un centre commun.
liers des trans^epts, destinés sans doute dans le principe à porter un poids plus considérable que la fièdie l^ère qui les surmonte. A Tenti-ée de la nef principale , aussi bien qu'à Tentrée des collatéraux 9 des pilastres y sont engagés, taillés en biseau par le bas , probablement pour élargir le passage. Sur ces pans coupés s'étalent une foule de petits détails sculptés I d'une richesse et d'une délicatesse de travail si merveilleuses , qu'ils font biai vite oublier ce que cette disposition a de bizarre. Ce sont des rinceaux , des figures grotesques , vingt jolis caprices qu'on peut regarder d'aussi près qu'un ouvrage d'orfèvrerie. Dans la même partie de Téglise , d'autres colonnes engagées sont tronquées également , et des figures bizarres ou des monstres leur servent de consoles. Plus loin, des colonnes engagées dans les murs latéraux reposent sur de grandes statues; ailleurs deux colonnes superposées sont interrompues par des saints où des grotesques , qui pour l'une font office de diapiteau , pour l'autre de console. Toutes ces sculptures me semblent (kter au moins du quatorzième siècle, car je crois qu'à cette époque seulement Féglise de Candes a été , sinon achevée, elle ne l'est pas encore , du moins laissée dans l'état d'avancement où on la voit aujourd'hui.
Les fenêtres cintrées et les roses attestent suffisamment des souvenirs récens de la période romane : on en retrouve encore d'autres dans un porche au midi , vers l'entrée de la nef. En effet, la
disposition et j jusqu'à uu certain pmiit , romementation de k porte intérieure se rapprochent beaucoup de ceÛes de plusieurs monumens du douzième siècle ; mais il m'a paru que Fezécution, le faire j indiquait assez éyidemment le mili^i du treizième.
Quatorze statues, dans des niches ogivales trilobées j garnissent les parois latérales et reposent sur un soubassement orné d'oiseaux, de monstres, de toute cette variété infinie de détails qui échappent à la description. Dans ce soubassement, on voit d'autres niches plus petites, d'où sortent des têtes de rois et de reines , entremêlées de feuillages étranges et de rinceaux , dans lesquels serpentent toutes sortes d'animaux, bizarres caprices de l'inépuisable imagination des sculpteurs du moyenâge. A ne considérer que les omemens proprement dits, abstraction faite des statues et des têtes de rois, on n'hésiterait pas à r^arder ce portail comme un beau t3rpe de l'art bysantin , l qu'il florissait vers la fin du douzième siède. Mais le style des statues indique clairement une époque postérieure. On ne voit point ici ces pUs raides , étroits, ces étofifes couvertes de broderies, cette profusion de perles, de bijoux , caractères constans de la sculpture bysantine, qu'on retrouve au portail occidental de Chartres , à Saint-Gilles, au Mans, et dans tant d'autres églises. A Candes , je remarque des draperies laidement traitées , des figures pleines de mouvement, de vie. Les costumes sont élégans,
mais d'une grande simplicité. On ne peut méconnaître la belle manière du treizième siècle. Supposera-t-on que le soubassement est plus ancien que les statues? Mais ces têtes de rois font partie du même bloc où sont sculptés ces animaux monstrueux; et il est infiniment plus probable que la différence de style , entre les figures et les omemens , ne tient qu'à l'emploi simultané d'artistes travaillant dans une époque de transition , les uns conservant encore les procédés et les types d'un art qui se perdait , les autres inventeurs j et représentans de l'art qui commençait à se développer (i).
Les voussures de cette f^arte ne sont qu'ébauchées , à l'^Lception d'une seule , couverte en par« tie de petites figures d'un ajustement gracieux. Une clé saiUante au milieu de l'ogive est décorée de la même manière (a). Le tympan contient en* core d'antres figures dont la principale parait être la Vierge.^ Je les trouve de trop petite proportion pour le fond lisse sur lequel elles se détachent. Au lieu de bandeau , trois ogives , avec beaucoup de
(i) Toutes ces stataes sont horriblement mutilées. Sur les quatorze, il n'y en a que trois dont on n'ait pas brisé la tète. Les colonnes qui séparent les niches sont également cassées pour la plupart.
(s) Cest le seul exemple que je connaisse d'une clé saillante dans l'architecture gothique , à moins qu'on n'appelle ainsi une vesica piscis contenant des figures que l'on voit quelquefois au sommet 'd'une archivolte. Ici, c'est une Yéritable clé saillante^ bien caractérisée.
moulures très riches , terminent le tympan par le bas ; les retombées des ogives imitent des festons. L'effet ne me semble pas heureux. On voit de semblables festons de pierre dans les portes moresques , beaucoup plus élégans et surtout phis légers.
Ce porche, dont 1^ sol est plus bas que la nef, est voûté en ogive, avec les nervures rondes du gothique primitif. Au centre, en face de la porte, une colonne grêle , isolée , semble soutenir tout le poids de la voûte. La répétition fréquente dans FAujou de cet artifice de construction doit être notée.
Vu de la place du vi^ge , ce porche forme un avant^corps flanque de deux tours carrées, cou* ronnées de mâchicoulis. La porte ext^ieure est en ogive, entourée d'une large archivolte. Au-des« sus, on voit deux fenêtres, ou plutôt deux meurtrières étroites, la dernière dans le haut du fron» ton , lequel dépasse un peu les deux tours latérales.
Le long de la feçade régnent deux arcatures trilobées. Tune au-dessus de l'autre, se prolongeant même sur les faces extérieures des tours. La première, à la hauteur de la porte d'entrée, comprend douze arcades ; l'autre, sur l'alignement de la meurtrière inférieure, en a seize. Dans chaque arcade est une statue , ou bien un bloc de pierre non encore taillé. Immédiatement au-dessus de Tarcature supérieure , s'étend un cordon de mo-
dillons, ou plutôt une autre suite de très petites arcades trilobées, dont les retombées, au lieu de porter sur des colonnes , s'appuient sur des têtes fantastiques. Bien qu'inachevée, et de plus très détériorée, toute cette décoration frappe encore par sa richesse surprenante; mais l'opposition des parties lisses de la £açade avec les deux arcatures remplies de statues ne produit pas un effet trèâ agréable. Il y a, ce me semble, un équiUbre trop marqué entre l'importance des parties lisses et des parties ornées. De loin on dirait deux larges rubans appliqués horizontalement sur les murs.
Toutefois il serait injuste d'accuser l'architecte sur un morceau qui n'est point terminé , et peutêtre aurait-il trouvé quelque moyen de lier l'une à l'autre les deux zones ornées. Sur les tours, des colonnes grêles s'élèvent d'une arcature à l'autre qui dissimulent un peu le défaut que j'ai signalé.
Quant au portail occidental , bouché par suite de cette restauration barbare dont j'ai déjà parlé, il n'offre que fort peu d'intérêt aujourdhui. Dépourvu d'omemens, flanqué de tours à mâchicoulis, on le prendrait plutôt pour la courtine d'une forteresse.
Aucun ornement ne se voit à l'extérieur des murs de la nef Ses contreforts sont très élevés , mais peu saillans.
A quelque deux cents pas à TE. de la ville, et sur une petite éminence, on découvre d'assez loin une lai^ pierre soutenue par quelques autres verticalement placées. Cest un dolmen. La table, de forme à peu près ronde, et d'un diamètre de seize à dixhuit pieds, repose en partie sur le sol, quelquesuns de ses piliers étant détruits; ceux qui subsistent encore sont hauts de quatre pieds à peu près, espacés et plantés iiTégulièrement La surface de la table est très fruste, mais j'y ai dierché vainement des canaux creusés pour a Vécoulemeru du sang des victimes^ y> dont plusieurs personnes m'avaient parlé. Les creux qu'on y observe ont évidemment une cause fortuite , et de plus ils seraient beaucoup plus propres à retenir un liquide qu'à favoriser son écoulement. Dans le pays on donne à ce dolmen le nom de la Pierre-Levée, ou la Pierre de Gargantua ( mais ce dernier nom est impropre, car c'est à Pantagruel que Rabelais en attribue Téred^ tion «pour le dwertissement des escholUrs de VUnwersité. » La table et les piliers sont de la même roche, très commune aux environs, un calcaire fin entremêlé de lits de silex. Voilà encore un exemple à ajouter au très petit nombre de mouu-
mens celtiques construits d'autres matériaux que le granit ou le grès. De compte fait je n'en connais quedeux , le Tombeau du Géant près de Saint Herbot, et la Pierre-levée de Poitiers; encore ne m'est-il pas parfiiitement démontré que les feuilles de schiste de Saint-Herbot aient une origine celtique (i).
n y a peu de villes qui réunissent un plus grand nombre de monumens intéressans que Poitiers.
Depuis Tépoque romaine, et longtemps avant, si l'on compte la Pierre-levée, jusqu'au commencement du gothique, on y trouve une suite de grands édifices qtii présentent, pour ainsi dire un abrégé de l'histoire de l'art.
L'importance de Poitiers, sous la domination romaine , est prouvée par ses arènes et par les immenses substructions que l'on découvre tous les jours. Les recherches dirigées par la société des Antiquaires de l'Ouest (a) jetteront sans doute un grand jour sur la position et les monumens de la ville antique. Il est bien à regretter que l'indifférence qu'on a eue long-temps pour l'étude de nos antiquités ait laissé perdre à peu près sans ressource
(I) La grotte anx Fées à Saiot-AatoiiM, près de Toqr», est composée de blocs de calcaire siliceux .
(i) Publiées en partie dans le premier volume des Uimoint d» U SoàiU. Voyer le rapport intéressant de M. Hangoo-Delalande.
870 POmÉRS.
Tampliidiéâire «(Ue quelcpies soîm auraient pu conserver. Aujourdliuif son périmètre est aîsëment reoomMOSsable ; çà et là on voit encore de grands maii tfi de construction ancienne, des arcades ^ des voàteS) de hautes murailles, k petit appareil ; mais des maisons se sont âevées sur les gradins, un grand nombre s'appuient aux murs d'enceinte ^ et Von devine le cirque plutôt qu'on ne le voit. Pour le déblayer, la dép<mse serait considérable , et probablement on n'obtiendrait pas aujourd'hui des résultats équivalens. Les arènes de PcHtîers n'ont jamais été à comparer à cdles d'Arles ou de Nîmes; en outre, leur ruine est tellement avancée, qu'elles n'o£Erent plus qu'un sujet d'^ude^ un attrait de curiosité à l'antiquaire} pour l'artiste elles n'ont malheureusement presque aucun intérêt.
Après les arènes, le monument le plus ancien de Poitiers est l'édifice singulier eonnu sous le ' nom de temple Saint-Jean. Les nombreuses dissertations auxquelles il a donné lieu^ et un rapport de M. Vitet, mon prédécesseur, me dispensent d'en faire la description. Je me oonteiilerai de vous entretenir des réparations qu'cm y a feites cfepuis qu'une allocation de votre département vient d'en assurer la conservation, et d'examiner brièvement les diifférens systèmes présentés sur son origine. D'après la décision prise récemment, le temple Saint-Jean doit être un musée. Il m'a semblé que dans les travaux qu'on y a exécutés, on avait été
préoccupé plutôt de le rendre propre à cette desti* nation*, que de lui conserver son aspect et son caractère original» Le long des murs^ afio de placer des statues, on a établi un soubassement en maçonnenie, revêtu de pierres de taille^ qui, outre l'inconvénient de cacher le bas des colonnes engagéesdans les parois, a celui de rétrécir les dimehsions de la salle principale. Des sellettes. mobiles en bois eussent été préférables. Au milieu de Fapside, on a élevé également un socle en maçonnerie d'un si grand diamètre , qu'il en remplit presque tout l'intérieur. Bien que cette partie de l'édifice soit évidemment Une addition au monument primitif, je suis fâché de la voir ainsi encombrée. J'aurais voulu que dans la restauration nouvelle on n'ajoutât rien à ce que le temps nous a laissé j qu'on se bornât à nettoyer et à consolider. Dans qudques endroits on a recouvert les murs d'un enduit nouveau, et c'est un tort grave , car il importait de conserver reli* gieusement Tapparence ancienne des murailles, qui ont été réparées autrefois k différentes reprises. Gomment pourra-t-on aujourd'hui comparer les portions antiques avec celles qi4 ont été retouchées? Où trouver maintenant des renseignemens certains suir l'origine de l'édifice?
Je ne rapporterai sur cette question très con-^ troversée que les deux opinions les plus accréditées et qui partagent les antiquaires. Les uns en font une ^lise, ou plutôt un baptistère du cinquième
ou siiième siècle; les autres y voient un tombeaa romain de la fin du troisième ou du commencement du quatrième siècle. Tous s'accordent à regarder Tapside et Ta vant-corps du bâtiment comme fort postérieur à la salle carrée qui forme le milieu de la construction.
A Fappui de leur opinion, les premiers font remarquer la grossièreté de Texécution générale, les colonnes d'inégale hauteur qui paraissent enlevées à des monumens antiques, les incrustations en terre cuite , les briques mêlées aux pierres , la croix sculptée sur les frontons , le parement des murailles qui diffère à quelques égards de l'appareil romain (i). Enfin le grand trou revêtu de mortier, vers le milieu de la salle, leur semble indiquer la piscine , le lieu où se fsiisait le baptême par immersion , tel qu'on l'administrait dans la primitive Église.
D'un autre côté, ceux qui r^ardent le temple Saint Jean comme un tombeau , se fondent principalement sur la présence d'une pierre tumulaire, trouvée dans l'intérieur de l'édifice et sous le sol actuel , avec de nombreux fragmens de marbre. L'inscription semble indiquer un mausolée consi-
(i) Les pierres ont qoatorse oa qatnie ponces de long sur trois on trois et demi d'épaisseur. Celles qa*on trouve le plus oommaoémeot.dans les édifices romains, n*ont guère plus de sept à huit pouces de long et trois d'épaisseur.
POmERS. 373
dérable (i). Cette hypothèse soutenue avec beaucoup de talent par M. Bfangon-Delalande , dans un Mémoire très remarquable qu'il vient de publier, me parait préférable à la précédente. En effet , la présence des briques dans l'appareil ne conclut rien, car on en trouve dans beaucoup d'édifices antiques; on dit même que Tusage s'en introduisit sous Gallien , au troisième siècle. Et la croix , si toutefois elle n'a point été ajoutée , n'a rien d'incompatible avec un tombeau romain de la fin de ce siècle. Les incrustations de mastic rouge me semblent plus extraordinaires, car je n'en connais ' pas d'exemples bien authentiques. On ne doit pas s'étonner de voir la rudesse de la bâtisse, non plus que l'emploi des débris enlevés à d'autres monumens, car à Rome même, on dépouillait alors des édifices anciens pour en orner de modernes. La décadence de l'art était universelle , et la forme des lettres retournées , les sigles bizarres de l'inscription de Yarenilla sont bien d'accord avec cette barbarie. Quant au trou octogone ^ on ne
(0 CL- VAREraLLAE CL' VAItENl- ^. FiLiAE aVITAS PiCToNYM FVNVS I.OCVM OTATVAM MONiiraNT PVBLIC-M- G3NS0V PAVIVS LEG AUG PRFR qRO VxNC- AQViTAN COS- DESIÇ- MAHiTyS HONORE
œNxaNTUs svA qc pjibNd. curavit
ClauditeVureoills, Claadii Vareoi, coosalis »fili«,
CiTÎlas Pictoooin funus , loctan sUtuam,
Monimentum puBltcum ; censor Pavios , legatus Aognf ti Proprcsnl
ou propnetor? proTÎncise Aqaitanicse , consul desigoatus, maritiis,
honore conteniasy soi pecuniâ ponenduin caraTÎt.
peut admettre qu'il ait pu senrir au baptême par immersion. Profond de huit pieds au moins , on n'y voit aucun moyen d'écoplement pour Feau. A deux ou trois pieds du sol actuel parait tm tuyau, mais sa direction oblique de haut en bas n'aurait pu senrir qu'à remplir la piscine , non k la vider. Que serait devenu le cathécumène au fond de ce trou? Gomment l'y descendre? Comment l'en retirer? Suivant M. Mangon*Delalande , c'est là que l'urne de.Yarenilla aurait été déposée, et le tuyau aurait servi , suivant im usage dont on a des exemples, à introduire des libations dans la cavité. Un massif épai^ de maçonnerie, qui ne se trouve que d'un côté du trou, lui parait avoir servi de soubassement à la statue mentionnée dans. Tinscription.
Des fresques très curieuses ornent l'intérieur de ce monument; les unes , et c'est le plus grand nombre, représentent des saints, des apôtres, ^ésus-Chnst, etc. Leur style, de tout point le même que celui des miniatures des onzième et douzième siècles j fait présumer qu'elles datent de cette époque. A^is, vers le haut des murs, on aperçoit une frise peinte, infiniment pluç ancienne et que sa ressemblance avec les ornemens le plus fréquemment reproduits dans les mosaïques antiques , doit faire regarder comme un ouvrage romain. On y voit des méandres entremêlés d'oiseaux. Probablement cela faisait partie de la décoration du tombeau , et le caractère de ces peintures ae^
ÏOITIfiRS. 37$
r^àt 9eul un puissant argpieeut en faToitr de l'opinicm de M. Oelalande.
An nioyeii-âge, cest l'époque romane qui pa* ^^it a^oir été la plus brillante dans le Poitou, car la plupart des églises , bien que restaurées , ont conseryé Jk» tjraits caractéristiques de Tardai* tecture de ce temps. C'est au onzième et au dou* xième siècle qu'cpt été consUiiites les principales églises de Poitiers , et la ricbesse de leur ornementation peut les faû*e classer parmi les plus remarquables de cette période.
Après Saint-Gilles , Notre-Dame de Poitiers me semble le type le plus parfait et le plus gracieux du style roman fleuri. Sa façade est comme un immense bas-relief , qui commence au pavé et s'élève jusqu'au commet du fronton. Le petit nombre de parties lisses qui se voient au milieu d'une pn> fMSion de sculptures plus ou moins saillantes^ offrent des appareils élégans qui contribuent encore à la décoration. On doit remarquer, comme jim fait assez rare , les deux petites tours rondes qui flanquent le portail , la plupart des tQurs romanes étant carrées. Celles-ci sont d'une élégance^ siiigulière; mais, pap: un contresens bizarre, les imbrications de pierre qui recouvrent leur toit conique sont tournées de bas en haut, au lieu de la dispositiop ordinaire qui faciliterait l'écoulement des eaux. Rien de plus fréquent k cett^e
376 POITTERSi
époque que de voir des souvenirs antiques en évi-
dente contradiction avecleur destinationprimitive.
Les costumes des innombrables figures sculptées sur ce magnifique portail, me semblent plus modernes que ceux de Saint-Gilies. On y voit moins de broderies, moins d'étoffes plissées. Parmi un grand nombre d'ajustemens plus ou moins remarquables, j'en distingue plusieurs d'une apparence toute orientale. Je citerai, par exemple^ une femme revêtue, par-dessus sa robe , d'un odFetan dont les manchet, très serrées à l'avant-bras , s'élargissent tout d'un coup à partir du coude, au point de tomber presque jusqu'à terre. D'autres bas-relie£i que j'ai examinés en Poitou m'ont offert la reproduction du même costume (i). Ailleurs, je n'en connais pas de semblables. N'en peut-on pas inférer que ces sculptures ont été exécutées par des artistes qui avaient vu l'Orient, s'ils n'y étaient pas nés?
L'intérieur de Notre-Dame parait plus ancien que son portail , que je crois de la fin du douzième siècle. Sa forme est celle d'une basilique, et le transsept n'est indiqué que par une voûte plus large que longue, entre la nef et le chœur, resserrée en outre par des arcs doubleaux très saillans(a). La nef est longue pour sa largeur, et ses bas-côtés sont remarquablement étroits. Les pi-
(i) Voir plus bas Téglise de CbaoTigny.
(s) Il hui noter la forme assez rare de cette voûte dont ^arc est moindre qu*un demi-cercle.
liera, carrés, portent une colonne engagée sur chaque Êice, termmée par un chapiteau en cône tronqué , renversé , sans autre ornement qu'une petite volute sous les angles du tailloir (i). Dans le choeur les chs^iteaux ont, en général, leurs corbeilles chargées de rinceaux , de feuillages, quelquefois de monstres. Un seul offre une composition de bas-relief.
L'aspect de l'église a été sensiblement altéré par la construction de chapelles du quinzième siècle autour du chœur, et Vautres attenant au collatéral du nord. Leur architecture, qui a le défaut de s'accorder fort mal avec la sévérité du roman primitif, est en elle-même fort iftédiocre. — J'ai examiné avec plaisir un groupe de statues formant une espèce de retable dans une chapelle au sud du chœur. Une tête de Christ surtout m'a paru d'une fort belle expression* Je crois ce morceau de la fin du quinzième siècle.
Sainte-Radegonde , dans la partie basse de la ville , approche de Notre-Dame par son élégance; et sa tour , au-dessus de la façade, est assurément l'un des plus gracieux monumens de l'architecture bysantine. Elle se- compose de deux étages carrés, le premier flanqué de contreforts très peu saillans, le second de colonnes engagées entre
(i) Cette forme de chapiteau eat très commune en Poitou; on la yoit à Saint-Hilaire de Poitiers, à Cbarroux, Saint-Saviu, etc.
lesquetles s'ouvrent des fenêtres en pleui cinlfe
avec des archivoltes fort ornées. Au-dessus de ces
deux étages s'en élève un troisième octogone,
égalenienl; accompagné de colonnes engagées sur.
tous ses angles , et percé sur chaque £ice d'une
fenêtre géminée en plein cintre. Une comidie à
modillons soutient un toit pyramidal fort obtua.
Adossée à la tour, une tourelle ronde, à trois
étages, sert de cage d'escalier. Elle est j comme la
tour carrée , flanquée de colonnes ; mais le dermer
étage seulement est éclairé par des fenêtres. L'ap*
pareil de toute celle construction est remarquable
par sa régularité; quelquefois même il contribue
à la décoration) ainsi les pendentife des denûers
étages ont un parement réticulé. A c6té de cette
précision dans la taiUe des pierres, parait un
étrange mépris des règles les plus vulgaires. Dana
aucun des étages les colonnes ni les fenêtres ne
sont à Taplomb les unes des autres. Il ne parait
pas , d'ailleurs , que la solidité de l'édifice en ait
souffert (i). Cette tour me semble du douzième
(i) Le même début parait encore plus forlemeot marqué jdans une tour, peut-être plus aucienoe, qui fait partie de Péglise de ^aint-Porcfaairt. Bile est carrée, à tron étages doot les faces préHUteot des arcades eu plein cintre inégales en nombre et tn largeur y en sorte que les bases des cobnnes qui les flanquent reposent quelquefois sur le sommet d'une arcade inférieure.
Quoique moins élégante que la façade de Sainte-Radegonde, celle d^ Saint-Porcfaaire a cependant quelques jolis détails, des chapiteaux historiés, des moulures délicates et d'un beau tra* ▼ail Quant à la nef, qui parattune restauration du qutBsième ou seiziènie siècle , elle Q'oflire aucun intérêts
POmERS. 379
siècle. Au quinzième, on a appliqué sur sa base un portail gothique qui , considéré isolément , ne manque pas d'élégance* Son seul défaut est de contraster trop fortem^it avec les constructions qu'il accompagne.
Sainte-Radegonde a été anciennement restaurée, et l'on peut s'en convaincre en examinant Tintériear de l'édifice, où l'on trouve incontestablement trois parties diffânentes de style : d'abord le chœur qui parait dater du onzième au douzième siècle, puis les deux travées qui le précèdent, dont l'or* nem^itation accuse uiie époque de transition, probablement le commencement du treizième siècle ; enfin les deux dernières travées de la nef ont été terminées, ou plutôt refaites vers le quinzième siècle, à l'époque o^ l'on plaçait une fiiçade devant la tour romane. J'oubliais de noter une antre partie de l'égUse, vraisemMablement plus ancienne que toutes les autres. C'est la crypte , creusée dans le roc vif; le tombeau qu'elle renferme, s'il n'a pas été fait à l'époque de la mort de la sainte reine, est du moins extrêmement intéressant par les sculptures très curi^ises et certainement très anciennes dont il est décoré. Ce sdnt des rinceaux très élégans, quoique bizarres, dont il serait difiieile de trouver les analogues aiU^irs que dans les manuscrits les plus anciens. On s'aperçoit que les colonnes du chœur ont été pentes, et sur quelques fûts on voit encore dis* Uiictemefit des losûiges rouges, d'une couleur foft
épaisse et très brillante. Inutile de dire que ces précieux restes sont barbouillés de l'étemel badigeon blanc 9 qui, dans toutes nos églises , oouTre tant de riches décorations.
Le long des murs latéraux de la nef, se développe une arcature tantôt en plein cintre j tantôt ogivale, suivant qu'elle ^partient à des travées de construction primitive, ou à celles qu'on a restaurées. Au-dessus règne une corniche supportée par des modillons d'une variété infinie. Quelquesuns représentent des figures très licencieuses , surtout parmi ceux du quinzième siède. — On peut s'étonner d'abord d'en voir d'un style très ancien dans les dernières travées, mais on s'expliquera leur présence en supposant que dans la dernière restauration on s'est servi de matériaux anciens. Ce mélange de fi*agmens de différens caractères n'est pas rare, et rend souvent très difficile de déterminer la date de l'édifice auquel ils appartiennent.
Saint-Hilaire, l'une des églises les plus considérables de Poitiers, a été dédiée en 1049. Aujourd'hui elle est diminuée de près de moitié par la suppression de la plus grande partie de sa nef; de plus, des constructions ajoutées successivement ont altéré sa disposition primitive. Suivant toute apparence , le choeur est la partie la plus ancienne de l'édifice. Il est entouré de longues colonnes ,
inégalement espacées, sans qu'on puisse bien comprendre le motif de cette irr^^Iarité. En dépit d'un usage presque constant j les apsides ou les chapelles orientales qui s'y joignent sont en nombre péLtr. Il y en a quatre, adossées comme des tourelles à la partie courbe du choeur , en sorte que l'axe de l'égUse passe entre deux apsides. Au lieu de contreforts, ce sont de longues et fortes colonnes qui flanquent les angles de ces chapelles. Les co^ lonnes sont groupées trois par trois et surmontées de beaux chapiteaux variés , ayant cependant ce rapport , que leurs omemens se composent de rin* ceaux ou de feuillages fantastiques , sans monstres ni figures de bas-relief. Si on les compare aux chapiteaux du chœur , on sera frappé de la simplicité de ces derniers , qui , comme ceux de la nef de Notre-Dame, ne présentent qu'un cône renversé avec qudques volutes peu saillantes sous les angles du tailloir. L'appareil des murs du chœur diffère encore notablement de celui des apsides. Le premier , formé de petites pierres rectangidaires , parait une assez bonne imitation du petit appareil romain , tandis que le second, d'ailleurs fort régulier, est moyen, ou même composé de moellons de proportion assez forte. Les transsepts et quelques parties de la nef ont un appareil semblable à celui du chœur, tandis que celui des apsides se retrouve dans des additions évidemment postérieures au plan primitif. De ces différences d'appareil et d'ornementation , ne doit - on pas
conclure que les apsides sont plus modernes qmt
le diciur ? Et^ à tiiû dire, je ne pense pas qu'à fé-
poque de la dédicace de Saint-Hîlaire, la cou-
struction fut beaucoup plus avancée que TenodlAtse
du chœur. Peut-être les transsepts étaient-ils àt^
construits y mais bien que la forme des yoèfes et
celle des arcades de toute l'église indique la période
romane, je ne puis croire que les chapiteaux 1ms-
tories qu'on Toit dans qudques parties de la aef ,
remarquables par leur élégance et la finesse de
leur exécution , s<Hent contemporains de ceux du
chœur(i). Enfiji parmi un grand nombre d'autres
chapiteaux que j'ai observés, gisant çà et là dans
les jardins où s'étendait autrefois la nef de Saint-
Hilairé, plusieurs, par leurs proportions et leur
forme , m'ont paru convenir plutôt k l'époque de
transition qu'au commencement de la p^Mde ro*
mane. En un mot , il me semble à peu près dé*
montré que le chcéur de Saint-Hilaire appartient,
presque seul de toutes les constructions , au cobi'
mencement du onzième siècle.
Du coté de la nef, les piliers des transsepts présentent une disposition assez extraordinaire. Ils sont au nombre de quatre de chaque côté, et fort rapprochés. Deux se trouvent dans l'alignement
(x) r«i déjà £ûl obienrer U praliqAe «•btUnte de lé ^ um pour le chœur la décoration la plus riche, en particulier » les chapiteaux les plus élégans. A Saint-Uilaire , le contraire a lieu; cest une ootrelle présomption pom* croire son chœur plus ancien que sa net
«(es colonnes du chœur ; deux autres sont placée paraUèlement , mais en retraite et sur Talignenient des murs du chœur. Sur une mémeHgne, perpendiculaire à Taxe de l'église, deux arcades, Tune au-dessus de l'autre, réunissent ces piliers; la première retombant sur une colonne engagée , qui s'élève à peu près à moitié de la hauteur du pilier; la seconde s'appuyant au chapiteau du pilier tnéme. La petite portion de voûte carrée, comprisse entre les quatre piliers , est renforcée par un arc douhleau disposé diagonalement , et de chaque coté dans la direction du centre des transsepts. Je n'ai pu savoir si la même disposition se reproduisait autrefois dans le reste de la nef. Aujourd'hui ses bas-côtés sont extrêmement étroit s, èl teurs arcades (il n'y en a que deux) sont en retraite sur celles du chœur. Je soupçonne que dans le )[>riDcipe les bas-côtés étaient doubles , et de hauteur inégale.
Au nord de la nef s'éJève tme tour non achevée,^ qui se lié à plusieurs autres constructions plus ou tnoins modernes. Le premier étage de la tour appartient évidemment à Tépoqtie romane; je le erois de la fin du douzième siède. On y remarque une «rcade en pleài cintre dont les claveaux découpés et comme guillochés laissent entre evHx des interstices réguliers qui peut-être étaient rem*plis autrefois de mastic coloré.
Dans des jardins , au sud de l'élise , on voit tm assez grand nombre de tombeaux eh pierre , quel^-
queft-ons couverts d'omemens bysaniins d'un très beau &lyle; mais la plupart ne soot que de grandes auges dont b forme représente un trapèze ou bien un triangle très aigu, tronqué k son sommet. Quelques souterrains et beaucoup de pierres tumulaires , dont aucune ne m*a paru plus ancienDe que le doiizième siècle, indiquent jusqu'où s'étendaient les dépendances de l'abbaye. Il serait à désirer qu'on recueillît ces firagmens curieux , inscriptions f chapiteaux , tombeaux en pi^re , exposés à la pluie et dont on ne prend aucun soin.
Chi attribue à Henri II la fondation de l'élise cathédrale dédiée à Saint-Pierre. Commencée avant qu'il ne montât sur le trône, c'est-A-dire, vers le milieu du douzième siècle, elle ne fut terminée que plusieurs siècles après. Sa forme, très remarquable , diffère essentiellement de celle de la plupart de nos églises de la même époque , mais ofiBre quelque analogie avec celle de plusieurs ^;lises anglaises. C'est un rectangle divisé dans sa longueur par deux rangs de piliers, formant trois nefs, dont la principale est un peu plus du double aussi large que chacune des deux autres. Au lieu d'apside, la muraille orientale, entaillée quelque peu, présente une espèce de niche à peine assez profonde pour placer un autel. A l'extérieur, on ne voit aucune indication d'apside, et la muraOIe
est parfieiitement à angle droit avec les parois \a* lérales. Les transsepts, fort courts, sont placés k peu près au milieu de l'église. Dabs toutes ses parties elle présente à peu près la même déboration. Le long des murs latéraux , très élevés, règne une arcature en plein cintre (i ) , surmontée d'une corniche avec un cordon de modiUons his« tories, en général parËdtement sculptés. Une fenétre, quelquefois deux, en plein cintre dans la partie orientale du chœur et dans les transseptsv en ogive dans le resre de l'église, occupent le haut de chaque travée. Pour ne considérer que les fenêtres en ogive, je remarquerai que leur forme indique qii^elles appartiennent à différentes époques. Les unes, au nombre de deux pour chaque travée, sont refendues par im seul meneau, et ont une rose dans leur tympan. Celles-là datent , ce me semble, du milieu ou de la fin du treizième siècle. Les autres, beaucoup plus larges, se sulv divisent en plusieurs ogives géminées, chacune ayant une rose au sommet de son tympan. Je crois ces dernières du quatorzième siècle, et comme elles sont fort larges^ il n'y en a qu^une par travée. Les voûtes et les arcades de la cathédrale sont toutes en tiers-point, garnies de tores sur toutes leurs arêtes. Les piliers très élevés et fort ^égans composent un massif en forme de croix, por tant une colonne engagée sur chaque face> et
(i) pans uoe senle travée, on voit des arcades en ogive mêlées aax cintres.
une autre beaucoup plus mince dat» chaque angle rentrant. Leurs chapiteaux sont , pour la plupart , ornés de feuillages fantastiques d'une très belle exécution. Dans un petit nombre , on observe les crochets saillans du treizième siècle , et un seul je crois, historié , représente un groupe d oiseaux de style bysantin. En un mot , ces chapiteaux offrent presque toutes les formes de la transition du style roman au gothique. Malgré Télévation des murSf les contreforts n'ont partout qu'une légère saillie , et nulle part on ne voit d'arcs-bout^ns.
La façade parait plus moderne que la nef. Elle est fort large. Ses trois portes en ogive ont leur voussures et leurs tympans remplis do figures de bas-relief, qu'à leur style, qui n'est pas exempt de prétention , je crois du quatorzièipe siècle. Ijb dernier étage des tours , octogone , avec des ogives à contre-courbe , et des moulures anguleuses , me semble encore postérieur, et je le crois une addition du quinzième siècle. Malgré cette différence légère d'époques et de styles, l'effet général de cette façade est imposant, et annonce bien la vaste basilique que je viens de décrire. Sur le côté nord de la nef on trouve un autre portail, beaucoup plus petit et de style bysantin , qui n'a jamais été terminé. Commencé probablement à cette époque d'hésitation qui précéda l'apparition du gothique , il a été promptement abandonné sans doute comme vieillerie. De délicieuses
figuriues couvrent ses chapiteaux historiés. Sous le rapport de l'exécution , elles me semblent bien supérieures à celles du grand portail.
Si l'on recherche les dates des différentes parties de l'église, ou reconnaîtra d'abord que le plan général a dû être conçu dès le moment de la fondation, et que l'exécution, quelque lente qu'elle ait pu être, ne s'en est jamais notablement écartée. Suivant toute apparence, ce plan, les fondations , peut-être une partie des murs latéraux avec leur arcature, se rapportent au règne de Henri II et à la fin du douzième siècle. On doit noter comme un fait rare en France à cette époque, la suppression complète de l'apside; et peutêtre cette cathédrale en offre-t-elle un des plus anciens , si ce n'est le plus ancien exemple. On remarque également l'absence de chapelles latérales au choeur, ce qui semble un caractère particulier à la période de transition dans l'Anjou et le Poitou, puisqu'on Tobserve dans les principales églises de ces provinces, Saint-Maurice, Saint- Serge , Saint-Martin (i), Saint-Pierre, etc.
La forme des piliers et des fenêtres, l'ornementation intérieure, parait appartenir en majeure partie au treizième siècle. Vraisemblablement au quatorzième l'église aura été achevée, et les larges fenêtres, ainsi que la décoration du portail, rappellent ces derniers travaux. Quant à l'é-
(i) Je ne parle que de l'addition de U fin du douzième siècle.
3èB porriERs.
tage octégone des tours , j'ai déjà dit qu'il me semblait du quinzième ^ède. Une façade d'église sans hautes tours paraissait alors Uoe bizarrerie qu'on a Toultt corriger.
La salle des Pas-Perdus au Palais-deJustice est décorée > comme Saint-Pierre, d'une arcature qui règne le long de ses murs latéraux. D'un c6té, cette arcature est en plein cintre; de l'autre en ôgire. Cette différence provient-elle d'une restauration y ou bien doit-on la considérer comme un de ces mélanges de formes i si fréquens à l'époque de transition ? Au midi , cette salle est édairée par l^usieurs fenêtres en ogive trilobées , au-dessus desquelles s'élève une galerie intérieure décorée de pinacles à ogives flamboyantes , ornés de bouquets de feuilks frisées , et surmontés de io\ie» statues de saintes. Quant k cette partie de l'édifice, on ne peut douter qu'elle ne soit une addition du quinzième siècle. Le couronnement du palais esi orné de quelques autres statues , un peu pltis anciennes peut-être, mais qu'on ne peut examiner que difficilement et de l'intérieur , car le bâtiment est masqué par des maisons toutes modernes. Ces statues représentent, me dit-on , les anciens comtes d^ Poitou. 11 avait été question de les enlever et de les placer dans le musée ; mais on a renoncé à cette translation, qui aurait été dispendieuse , et
qui ^'aurait pas enrichi bieq potableme^t le musée.
Je quittai PoiUers avec le r^[ret de m pouvoir j faire un plus long séjour, car ses nombreux mo numens fourniraient un inépuisable sujet d'études. Je partis pour Cbarroux , arrangeant oette excursicHi de manière à pouvoir visiter en inéme temps quelques-uns des édifices les plus curiew du départerioent.
Je me rendis d*abotd à Çivray, dont T^lise, bien qu'horriblement mutilée , est encore l'un des mo» numens les plus remarquables de]l'art bysantiii. L'aspect de sa façade me parut plus grave, plus sévère , et presque aussi élégant que^celui de Notre-Dame de Poitiers. Je lui trouvai un air plus antique , et, si l'on peut s'exprimer ainsi en parlant d'un monument du moyen-âge , des formes plus pures , moins altérées par le mélange d'un autre style d'architecture. Sa disposition rappelle un peu celle du portail de Saint^Gilles. Cest un carré long, sans g&ble (i), avec trois arcades en
(i) Il eo exisuit pept^étra un aMtrefoii qut aim élé délni^
plein ciutre au rez-de-chaussée, et trois autres au-dessus , séparées des premières par une corniche saillante à modillons. Symétriques de composition , les deux membres principaux de cette façade ne diffèrent que parce que les deux arcades latérales du rez-de-chaussée en contiennent deux autres en ogive (i), tandis que les arcades supérieures n'en ont point. Je ne sais si ces arcades ogivales étaient ouvertes autrefois , et je le soupçonnerais en voyant le mur qui les bouche dépourvu de tout ornement y sans même un appareil de décoration , comme on en voit dans les autres parties lisses de la façade- Toutes les archivoltes étalent , comme à l'envi , une provision d*omemens tous variés dans leurs motifs, mais combinés adroitementpourproduire une décoration générale de Teffet le plus agréable. Aux palmettes , aux feuillages plus ou moins bizarres sculptés ordinairement sur les archivoltes bysantines , se mêlent ici une grande quantité de figures de bas-relief, les unes semées çà et là , purs caprices d'artistes ; les autres réunies et formant des compositions distinctes. Ainsi l'archivolte de l'arcade du rez-de-chaussée à la gauche du spectateur est couverte de sirènes, de poissons, d'animaux monstrueux entremêlés parfois de jolies
(i) U o*e8t pas impossible que ces deux arcades aient été ajoutées après coup. Les moulures maigres et pauvres qui les entour reut , comparées avec la richesse des autres archivoltes , aéraient peut-être un motif suffisant pour le faire supposer.
figurines bien sculptées ^ et de petits médaillons qu'on sérail tenté de prendre pour des portraits ; l'archivolte de l'arcade de droite est décorée de la même manière , mais les omeroens empruntés au règne végétal y dominent ; enfin la porte principale a quatre archivoltes, sur lesquelles quatre compositions différentes sont sculptées.
Il me semble y voir l'origine du système des voussures remplies de statuettes, qui, au treizième siècle, devinrent un motif si général pour la décoration des portes. Au lieu des gorges profondes qui forment les voussures gothiques, on ne voit à Civray que des archivoltes plates, en retraite le$ unes sur les autres , et seulement légèrement obliques. Les figures qu'elles contiennent sont aussi d'un bien moindre relief que celles des treizième ou quatorzième siècles.
La première archivolte (l'extérieure) présente un zodiaque dont les signes commencent à gauche par le Verseau , entremêlés , suivant l'usage , de petites compositions qui représentent les occupations correspondantes aux différens mois de l'année. Çà et là paraissent quelques figures de fiintaisie sans rapport sensible avec le zodiaque , et portant une multitude de menus détails exécutés aussi finement que si le sculpteur eût tra vaille un meuble Facilement transportable. J'ai remarqué que les Gémeaux sont mâle et femelle, dans une attitude fort suspecte, ainsi qu'on les peint souvent dans les anciens manuscrits. Tl
39i CIVRAY.
lu'a lamblé » mais je ne puis raffîrmer f yu Tétai de iDutilatioa de ces jolies sculptures , que le signe de U Vierge manquait. Peut-être Ta-t-ou omis parce que la Vierge était déjà représentée dans l'ar* chivolte iuférieure. On remarque la même omisùoa dans le zodiaque de Notre-Dame de Paris, et on Inexpliqué par un motif semblable.
3urla seconde archivolte, aensiblemmt inclinée sur le plan de la façade, on voit des anges vêtus de longues robes plissées, les ailes éployées, grou^ pés à droite et à gauche d'une vesica piscU , aa sommet de Tare , laquelle contient une statuette debout et la tête coiffée d'un voile; c'est, je crois » la Vierge. La troisième archivolte, toijyours en se rapprochant du tya^>an, représente dix figures , cinq de chaque càté , que je ne m'ex* clique pas bien. A droite, elles tiennent élevé un objet qui ressemble à une lampe ou bien à une coupe , tandis que celles du côté opposé le por^. tent renversé. Sont^ce les viei^es sages et les vierges folles qui » les unes , conservent la lumière de leurs lampes et les autres l'éteignent? Au sommet de l'arc est une figurine en buste , la tête entourée d'un nimbe. Sans doute c'est Jésus-Christ, ctàt IMeu le père occupe bien évidemment le haut de la quatrième archivolte. Il est représenté égale^ ment en buste dans une vesica pisdsj et des anges l'encensent de chaque coté. On doit observer qqe toutes ces figures sont disposées obliquement sur les archivoltes , gans doute afin qu'occupant
ÇIVRAY. 393
moins de place , ou pût leur donner une plus forte proportion. Les retombées de tous les arcs viennent s'appuyer à des colonnes dont les chapiteaux historiés sont de la plus grande ridi^esse. Leurs tailloirs ressemblent à des bas-reliefs , tant ils sont couverts de petites compositions » de fantaisies qu'on ne se lasse pas de considérer ^ mais qu'il serait impossible de décrire.
Une seule fenêtre en plein cintre , assez étroite s'ouvre au centre du grand arc qui occupe le milieu de l'étage supérieur. Elle est très en retraite sur la partie inférieure de la façade. De chaque côté, des statues de ronde-bosse presque grandes comme nature flanquent cette fenêtre , abritées de la pluie par la saillie de l'arc qui l'enveloppe. L'ajustement des draperies et jusqu'à un certain point le style de la sculpture, leur donnent une apparence tout antique. Aut cheveux fnsés de l'une, au front chauye de l'autre, on peut reconnaître les deux types consacrés très anciennement à saint Pierre et à saint Paul. Un cheval gigantesque remplit aujourd'hui l'intérieur de l'arc ou de la niche à gaudie de la fenêtre. Bien qu'il soit aujourd'hui horriblement mutilé , on voit encore qu'il était représenté au pas et portant un cavaHer. De ce dernier, il ne reste que le pied gauche du côté de la muraille, renfermé dans une bottine arrondie, et posant sur un élrier dans lequel il est fortement engagé, la pointe du pied étant très en arrière de l'épaule du cheval. J'insiste sur ces dé(aik , parce
qu'ils pourraient faire supposer que cette espèce de colosse a été, sinon sculpté « du moins réparé assez long-temps après la construction de l'église. En effet y la manière dont le pied pose sur Vétrier, ne se rapporte guère aux principes d'éqoitation que nous ont conservés la plupart des monumens des onzième et douzième siècles. A cette époque , on voit les cavaliers n'engageant que la pointe du pied dans l'étrier , et la portant plus basse que le talon j la jambe tendue en avant. Ici c'est le contraire (i).
Dans Farcade de droite , onze statues sont disposées sans ordre, déplacées sans doute et replacées par des mains maladroites. On les a rangées sur deux rangs comme des livres dans une bibliothèque; le second, de quatre statues seulement, occupe une niche carrée comprise dans la première , suffisamment élevée pour que les statues se puissent voir d'en bas. Ces quatres figures , qui tiennent chacune un livre à la main paraissent être les quatre évangélistes. La rangée inférieure présente sept figures d'hommes ou de femmes , les unes debout, d'autres assises, dans différentes positions, d'autant plus difficiles à expliquer, que b plupart sont très mutilées. Différentes de pantomime et de proportions, elles n'ont d'autre rapport qu'une cer-
(i) Il oe serait pas impossible que cette statue équestre , qui, autant qu'on en peut juger, est plus correcte que les autres, fût une imitation de quelque ouvrage antique. Cela expliquerait les anomalies que j*aî remarquées.
aVRAY. 395
taine uniformité dans le costume qui se corn pose de longues draperies. Cependant, à vrai dire, il est difficile de les regarder comme des ouvrages de la même époque ; car , de ces draperies , les unes , et c'est le plus grand nombre, offrent ces plis raides et serrés , ces riches broderies , cette profusion de joyaux , caractères si connus de la sculpture bysantine, tandis que les autres, traitées d'une manière plus large, ressemblent à celles du saint Pierre et du saint Paul dont je viens de parler. Plusieurs de ces statues ne manquent pas de grâce , et il y en a de très remarquables pur leur exécution. Toutes, d'ailleurs, sans exception, sont posées, dans les niches et détachées delà muraille. C'est, si cette comparaison n'est pas un blasphème, la même disposition que celle qu'adopta Phidias pour le fronton duParthenon. Outre ces statues de rondebosse, un grand nombre de figures d'un très fort relief décoraient encore autrefois plusieurs parties de la façade de l'église , surtout les pendentifs ; mais maintenant la plupart sont tellement frustes et délabrées, qu'à grand' peine peut-on se faire une idée de leurs proportions.
Les archivoltes de l'étage supérieur sont aussi élégantes que celles du rez-de-chaussée, mais trois seulement ont des figures de bas-relief; sur l'archivolte extérieure de l'arc central, on voit six guerriers, revêtus de longues robes et d'amples manteaux , coiffés de casques coniques , et s'appuyant sur de grands boucliers, arrondis à leur
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extrémité supérieure > et fioissaot en pointe aiguë. Quelques-uns portent une croix à huit pointes. Des diables fort laids, dont le corps est un composé de béte et d'homme , sont foulés aux pieds par ces guerriers. —L'archivolte intérieure de droite contient douze figures revêtues de longues robes, tenant des livres; c'est ainsi qu'on représente souvent les apôtres. Enfin l'archivolte intérieure de l'arcade de gauche est remplie par des anges sonnant de l'oliphant, d'un plus fort relief que les autres compositions. Quant aux autres archivoltes (il y en a deux pour les arcs latéraux et trois pour celui du centre), leur omementalioB consiste principalement en palmettes, rinceaux, feuillages, tous ces détails capricieux qu'excellaient à rendre les artistes du moyen^àge. L'efiet général €»t délicieux. Une seconde ligne de modifions soutient une corniche saillante qui s'étend au-dessus des arcs de l'étage supérieur et termine ûns\ cette belle façade. Si Ton compare les sujets sculptés sur les archivoltes avec ceux des chapiteaux et des parties basses de la fiçade , on trouve que ks premiers sont infiniment mieux exécutés que les seconds. Le dessin en est plus correct, sauf la tendance à aUooger les figures , dé£uut constant de la sculpture romane. Au contraire, les baft> reliefs inférieurs sont bien plus grossiers, et leurs figures présentent le manque de proportions le plus choquant. Sans doute , il ne fiuit pas dàercher dans ces dtifërences d'exécution l'indication d'^po-
ques différenten. Elles ne prouvent probablement que l'emploi de plusieurs artistes , dont les moins habiles auront été chargés des parties les moins importantes. Cette conjecture ne s'applique, au reste, qu'aux compositions de bas^relief, et j'ai déjà dit que je ne croyais pas les statues de rondebosse toutes du même temps. Peut-être y en a-t^it de fort anciennes ; les grandes niches où elles figurent aujourd'hui ont pu recevoir, comme un musée , des ouvrages anciens ou modernes.
Je ne dois pas oublier de faire remarquer une disposition assez singulière. A droite et à gauche la façade est flanquée de grosses colonnes engagées qui s'élèvent jusqu'à la seconde corniche. Suivant toute apparence , elles n'ont été destinées qu'à servir de contreforts , car on n'en a pas tiré parti pour la décoration. Un chapiteau dépassant la corniche eût été promptement dégradé par la pluie , et ces colonnes se terminent par une espèce de c6ne, dont la base, débordant le fût , fait office de larmi^.
Tai déjà dit que je considérais la façsKie de Civray comme un peu plus ancienne que celle de Notre-Dame de Poitiers. J'en juge ainsi surtout parce que, dans cette dernière > le système de la division des parties est poussé à l'excès, tandis que celle de Ci\Tay se rapproche davantage de la simj^cité antique. Cependant l'intervalle de temps qui les sépare ne peut être considérable, et si la façade de Notre-Dame date de la fin du douzième
siècle , celle de Civray l'aurait précédée , à mon
avis, d'une cinquantaine d'années au plus.
L'intérieur de l'église ne répond pas à la richesse de son ornementation extérieure. C'est une croix latine avec une apside orientale, et une autre sur chaque croisillon du transsept. De même qu'à Notre-Dame, les collatéraux sont remarquablement étroits. Leurs voûtes en plein cinti^ sont renforcées d'arcs doubleaux ; celle de la nef principale et du transsept en ogive, les unes et les autres construites en berceau. On reconnaît que les voûtes du transsept ont été refaites, et c'est une présomption pour que celles de la nef l'aient été pareillement. Dans le transsept, la naissance de la voûte ogivale part d'un mur surélevé; un peu plus bas, on voit encore une corniche saillantequi montre les amorces d'une autre voûte détruite. Les arcades de la nef sont en ogive ainsi qu'une arcature figurée dans les murs des cottatéraux. Quant a ces ogives, on ne peut guère douter qu'elles ne soient de construction primitive. Eu effet , le mur du transsept existe encore ( puisque sa corniche, inutile, prouve qu'il a été conservé dans la restauration qui a refait les voûtes); or son appareil ne diffère en rien de celui du reste de l'église. L'état actuel de la façade , qui n'a été mutilée que par la main des hommes, sert encore de forte présomption pour faire rejeter la supposition d'une restauration considérable à l'intérieur. Puisqu'elle est si bien conservée , pourquoi Ifô
murs de l'église , qu'on ne peut supposer beaucoup plus anciens , auraient-ils eu besoin d'une réparation complète? Enfin, à ces considérations il faut encore ajouter le rapport de style entre les sculptures de la façade et celles des chapiteaux intérieurs, la plupart ornés de rinceaux, de feuillages , quelques-uns de monstres ou de figures de bas - relief. Tous portent le caractère de l'art roman du onzième au douzième siècle. Comment supposer qu'ils n'aient pas été altérés , si les arcades qu'ils supportent eussent changé de forme long-temps après leur exécution?
Les fenêtres de l'église de Civray sont toutes en plein cintre (i), orhées à l'extérieur avec la plus grande élégance. Leurs archivoltes retombent sur des colonnettes dont les chapiteaux, en forme de pyramide renversée, légèrement arrondie aux angles, sont couvertes de pointes de diamant, alternativement en saillie et en creux. L'effet en est on ne peut plus agréable parle jeu varié de lumière
(i) CeUe forme qaia prévalu pour les fenêtres jusqu*au milieu du treizième siècle, confirme une observation que j'ai souvent eu Toccasion de faire : c'est qu*à Vextériew , et pour la décoration ^ on préférait encore le plein cintre , à une époque où Togive était déjà en usage à Y intérieur. Adoptée pour son utilité, et la facilité de sa construction, elle demeura longtemps sans exercer d'influence sur le style de l'architecture qui l'employait. Si, au treizième siècle, elle devint une forme constante, on ne doit pas pour cela la considérer comme un caractère dislinctif de l'architecture gothique , qui , née long-temps après elle , n'a fait pour ainsi dire, que la mettre en évidence.
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et d^omhre que présentent ces facettes régulière^
ment taillées.
GHARROUX.
Il ne reste aujourd'hui, de l'antique abbaye de Charroux, que qudques pans de murailles tombant en ruines y et une coupole surmontée d'une tour, conservée par une espèce de nliracle , en dépit des efforts de quelques habitans du bourgs qui en ré^ dament la démolition. Par an déuntéressem^it bien rare, madame de Grandmaison, pr<^rîé(aire de cette coupok, s'est toujours refusée à la vendre aux personnes qui se proposaient d'en exploiter les matériaux ; elle a même proposé d'en £EÙre don soit au gouvernement, soit au département, pourvu qu'on en assurât la conservation. Si cette office généreuse n'est point acceptée, la tour de Charroux ne peut encore subsister long^temps. D'un côté, ses belles pierres sont convoitées par les maçons du lieu ; de l'autre, les industriels demandent sa destruction pour agrandir le champ de foire; enfin la police municipale s'alarme de la chute de quelques pierres, et menace d'abattre toute la construction de peur qu'elle ne s'écroule. Bien qii^
cette inquiétude soit fort exagérée^ on ne peut voir sans étonnement la l^èreté des piliers qui soutiennent la coupole et la tour. Composés chacun de quatre colonnes rondes , groupées en faisceau^ ils sont au nombre de huit disposés «en cercle , et réunis par deux rangs d'arcades en pldn cintre l'un au-dessus de l'autre. Les arcades inférieures retombent sur les colonnes placées latéralement dans le groupe des piliers. Au second étage ^ il y a deux archivoltes , dont la plus grande s'appuie sur les chapiteaux des colonnes les plus éloignées du centre de la coupole ; l'autre, en retraite, sur des colonnes latérales qui ne sont, à proprement parier, que la prolongation de celles de la rangée inférieure. Quant aux colonnes qui regardent l'intérieur de la coupole, beaucoup plus hautes que les autres, elles dépassent encore le sommet des arcades su- - périeures et s'élèvent jusqu'à la naissance d'une voûte légèrement ovoïde. A l'extérieur, une corniche peu saillante règne au^essus des secondée arcades. On distingue là les amorces d'une voûte qui régnait autrefois autour de la coupole, laquelle était l'enceinte intérieure d'un chœur entouré de ses bas-côtés. En même temps , cette voûte servait en quelque sorte d'arc-boutant à la tour qui surmonte la coupole , et qui n'a plus aujourd'hui , pour appui , que les piliers déjà décrits. Cette tour, dont la hauteur égale à présent presque la moitié de celle de tout le monument (i), a deux étages ,
(i) Elle a trente-cinq pieds de haut à peu près. Toute la con-
octogones tous les deux; le premier, flanqué à chaque angle d'une kmgue colonne engagée , se termine par une plate^fbrme ; le second , fort en retraite, a perdu son couronnement, et il ne reste aujourd'hui aucune indication qui puisse le £aâre deviner. L'un et l'autre, sur leurs faces, présentent des arcades figurées. Pour monter k la plateforme ^ il fallait sans doute, autrefois, passer sur k toit des basâtes, et l'entrée de l'escalier intérieiu* se voit encore à la base de la tour.
L'appareil est varié ; il est de pierres de taille parfaitement ajustées dans toutes les parties inférieures ; très irrégulier et de pierres brutes à la base de la toiu*, que devait cacher autrefois le toit des bas-côtés du chœur. Enfin des moellons assez bien rangés par assises parallèles, forment 7e haut des murailles de la tour. La voûte est en blocage et semble peu épaisse.
Les chapiteaux des colonnes du re]&-de*chau8sée sont^ en général, ornés de rinceaux et de feuillages fantastiques ; quelques-uns rq>réseûtent des lions. Les autres, ceux de l'étage supérieur, beaucoup plus sim;^, ressemblent à ceux de Saint- Hilaire; ce sont des pyramides tronquées, r^iversées, arrondies à leurs angles, avec de très petites volutes sous le tailloir, lequel est carré et peu ép^. Les colonnes engagées de la tour se terminent par
atructioti est életée il€ soixante-dix à soixaore-quiDze piecU aodessus du sol.
GHARROUX. 40S
un cône renversé; au-dessus, le parapet de la {^te*fomie s'aranœ et s'arrondit, de manière k former comme la base d'une tourelle en console.
Malgré son état de mutilation, l'aspect de la tour de Charroux est encore noble et imposant, et son architecture rappelle plutôt la simplicité sévère, mais, élégante, du style antique, que la fantaisie capricieuse du moyen*âge. Je n'ai pu monter dans la tour, mais il m'a paru qu'elle était encore fort solide; et les réparations nécessaires se borneraient, je* le suppose, à refaire un toit à l'étage supérieur, et peut-être à recouvrir de ciment les crevasses de la voûte.
En examinant les pans de murs ruinés qui subsistent encore , on peut, jusqu'à un certain point, se rendre compte aujourd'hui de la disposition primitive de l'église. Outre un chœur circulaire, dont il parait que les bas-côtés étaieot doubles et séparés par un rang d'arcades concentriques à celles qui portent la tour, on voit qu'une apside existait à l'orient du chœur, et une nef assez large avec ses collatéraux à l'occident. Je suppose également, d'après quelques portions de murailles détruites, qu'un transsept ou deux chapelles N. et S., s'ouvraient dans le chœur circulaire et donnaient à l'ensemble de la construction ja forme d'une croix latine. C'était, avec beaucoup plus d'élégance, une disposition semblable à celle de l'église de Sainte«Croix à Quimperlé.
En 1 1 36, suivant les auteurs de la Gallia chriS'
tianaj le monastère àe (Uiarroux hx\ brûlé et rebâti Cette date me parait convenir parfaitement an style de la coupole. Il est vrai qu'on pourrait répondre que le mot monastère s'applique plus particulièrement aux bâtimens habités par les religieux qu'à leur église. Je trouve dans le même ouvrage qu'en 1017, Geofïroy rebâtit la basilique de Charroux sur un plan plus vaste , et que cette nouvelle église fut dédiée en loaS; d'autres textes mentionnent une seconde dédicace en 1047 ou 1048* Se décider entre ces trois dates serait d'autant plus difficile que les caractères de l'architecture du milieu du onzième siècle et du commencement du douzième sont les mêmes à peu prés. Toutefois, elles se réunissent pour réfuter l'opinion vulgaire qui attribue à Charlemagne /a construction de ce monument. Il passe , et probablement avec raison , pour le fondateur de l'abbaye ; mais les bâtimens qu'il a construits n'existent certainement plus aujourd'hui. J'ai examiné à Poitiers deux inscriptions tirées des ruines de l'abbaye-, et qui citent Charlemagne et un comte Rotger comme les auteurs de l'église ; mais la forme des lettres ne permet pas de supposer qu'elles aient été gravées avant le treizième siècle. Voici ces deux inscriptions :
H-REX : IVRISLATOIUKAROLUS: || PROBlTATISlAMATOR: HVrVS : FUNDATOR : TEMPU : || FUIT : ET : DOMINATOR:
-hROTGERlUS -COMES : ET |1 PRINCEPS \ AQVriANORVM PEBFECIT : HOC : TEMPLUM || IMPER ANTE ! REGE t FR ANCOR VM
On remarquera que dans la première de ces deux inscriptions, les mots sont séparés par deux points, tandis qu'ils le sont par trois dans la seconde, et que dans cette dernière les lignes ne sont pas terminées par des points. D'ailleurs, la forme des caractères est identique. iTaurait-on pas ménagé à dessein ces petites différences, pour pouvoir les citer comme preuves que les inscriptions auraient été tracées successivement par Charlemagne et par le comte Rotger ? On sait combien sont communes ces sortes de fraudes, et je vous en ai signalé un exemple remarquable l'année dernière dans Tégiise de Sainte-Croix à Montmajour.
Dans l'intérieur de l'enceinte octogone, il existe un puits dont l'eau puisée le jour de la Fête-Dieu, et non en tout autre temps, guérit toute espèce de maladie, pourvu qu'en s'en servant on récite quelques prières consacrées. On l'appelle la fontaine du Bon-Sauveur. Au milieu des décombres , près de ce puits , se trouve , gisant à terre y une statue ou plutôt une grande figure de haut-^relief. Au nimbe qui entoure sa tête, on ne peut méconnaître qu'elle représente le Christ. Il est assis, drapé d'un manteau qui laisse à découvert le bras droit et une partie du haut du corps, tel que les Grecs ont souvent représenté leurs grandes divinités. A ses pie(ls tfont deux dragons. Son trône repose sur quelque chose que je crois des nuages. Au-dessous et sur un plan en retraite, on voit plusieurs figures d'hommes en bas-relief dans des ât-
titudeft pMftablemeat forcées, exprimaal refifroi ou le désespoir. Du nuage part un trait... A vrai dire, c'est un morceau de pierre taillé en biseaxi , qui se projette sur ces honuoaes. J'y vois des damnés foudroyés. La tête du Christ inclinée en avant par la courbure du fond du haa-relief, et les figures ai r^raite k ses pieds, prouvent suffisamment que cette sculpture décorait un tympan ou bien le sommet des voussures d'uue porte. Le travail en est admirable et je ne connais rien d'aussi grandiose dans le moyen«âge. Point de ces plis raides et gauches du style bysantin; point de ces détails minutieux dont ta peiiection ùât trop souvent ressortir la négligence avec laquelle sont traitées les parties principales. A ne considérer que la figure du Christ isolée, on croirait voir une copie de l'antique^ L'art avec leqiid les nus sont exéca^, la poae de la figure, les draperies, ne ressemblent en rien aux types ordinaires du moyen-àge, et Von serait tenté de croire que c'est en effet une cofne de quelque Jupiter antique sculptée par un artiste du treifiièBie siècle. A Charroux on l'appelle le Bon-Sauveur. Je ne sais si ce nom lui est venu du voisinage da puits, ou si le puits a emprunté le »en à la statue. Quoi qu'il en soit , malgré hi sainteté du lien , le Bon-Sauveur est exposé à toutes les injures des polissons du pays. Je pense. Monsieur le Ministre, qu'il conviràdrait défaire enlever cette belle statue; elle serait bien placée dans le temple Saint-Jean, et ce serait pour le musée de Poitiers une acquisition très précieuse.
SAINT^AVIN. 407
L'église de Saint-Savîn, à dix lieues de Poitiers, est assurément Fune des plus curieuses qui existent en France, car c*est presque la seule qui puisse, aujourdTiui, nous donner une idée de l'effet produit par la petature pour la décoration intérieure d'un monument. Il est à présumer qu^autrefoi^ toutes ses murailles étaient couvertes de fresques^ mais aujourd'hui on n'en \oit plus que dans la crypte, sur la voûte de la nef principale et dans le vestibule de l'église, ^vant de vous présenter quelques observations sur leur exécution et leur date probable, je dois 'parler d'abord de la forme et de la disposition de l'église, qui ofFreht ellesmêmes un grand intérêt , parce qu'on y peut encore observer un souvenir peu altéré du type primitif des basiliques chrétiennes.
Plusieurs marches conduisent de la place de là ville dans un vestibule ( i ) plus bas de quatre ou cinq
(i) Ce veodbole est surmonfé par une liante tonr, de forme carrée, à trois étages dont le premier présente une arcature iiglirée; les deux autres sont percés cImcuq de deux ffnlMresdoxH lea dmres 8*«ppu|eiU «ur d«s c^Lodq^a spimpei»» Vjae flèche en pierre l^vm^ le poufxumeoieQt, add^tipo i)irid«9le du. qmloriÀmme ou qui naiiè me siècle, d'une rare élégance^ Quatre clochetoos Taçt
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pieds et de niveau avec la nef, qui y communique par une porte intérieure. On sait que dans la primitive église, la partie de la nef la plus éloignée du chœur, affectée spécialement soit aux caté> chumènes soit aux excommuniés , était marquée par une barrière réelle^ ou par une construction spéciale et distincte. Plus tard, je ne sais si cette séparation fut aussi rigoureusement observée : d'un côté , beaucoup d'églises très anciennes n'en ont conservé aucune trace, et de Tautre cependant, on en pourrait citer des exemples jusque dans le treizième siècle. A Saint-Savin, la séparation est fortement caractérisée par une disposition particulière. A partir du chœur, une voûte en berceau, cintrée, sans arcs doubleaux, couvre la nef. Celle des collatéraux est d'arêtes, mais n'a point non plus d'arcs doubleaux. De longues colonnes isolée» soutenant des arcades en plein cintre divisent la nef. Maintenant , on observe un changement remarquable dans les trois dernières travées occidentales. Au lieu de colonnes isolées ce sont des faisceaux de colonnes groupées ; elles toutiennent des arcs doubleaux. La séparation entre les travées orientales et occidentales est encore plus fortement marquée par un pilier intermédiaire très épais, carré et portant une colonne engagée sur chaque
compagoeot , qui s'étèreiit à peu près k moitié de sa haateur. Sor chaque fiioe de la flèche on voit une fenêtre en ogive avec on xhambrante bien travaillé, et terminé en pointe aigué comme les frontons de cette époque.
face. Des arcs doubleaux s y appuient et traversent même les bas-côtés^ qui n'en ont qu'en ce seul point. U est impossible de ne point voir dans toute cette disposition l'indication du narthex intérieur des premières basiliques.
L'ornementation de cette partie de l'église se distingue aussi de celle de la nef et du chœur, et confirme, en outre, la pratique ancienne que j'ai déjà remarquée, de réserver les formes les plus élégantes et les plus riches pour la partie la plus sainte de l'édifice. Dans les travées du narthex, les chapiteaux très simples ressemblent de tout point à ceux du second étage de la tour de Charroux; dans la nef ils sont ornés de rinceaux artistement entrelacés; enfin dans le chœur ils sont historiés ou décorés des feuillages les plus découpés et les mieux travaillés.
Quatre forts piliers, à l'intersection de la nef et des transsepts, soutiennent une coupole peu élevée. Les transsepts sont courts, et vers leur extrémité, dans le mur oriental, s'ouvre une petite chapelle semi-circulaire Le chœur, dont la forme décrit une demi-ellipde très alongée, est voûté comme la nef et entouré de colonnes élevées. Je viens de parler de leurs chapiteaux. Ils sont de deux espèces; les uns représentent des monstres bizarres liés par leurs langues; les autres semblent une imitation du type corinthien. Quatre rangées de feuilles ornent la corbeille, mais courtes et maigres, et, tout en louant l'adresse avec laquelle la pierre a
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été refouillée, cm ne peut s'empêcher de remarquer la barbarie du jprotil. Historiés et corinthiens alternent ensemble et se correspondent, d'un côté à l'autre du chœur, dans un ordre régulier. Quant aux colonnes engagées dans les murs du pourtour du chœur, elles sont toutes ornées de feuillages, et la même décoration se reproduit dans une arcature basse, qui fait le tour du chcTet et se con* timie dans les chapelles. U y en a cinq, dont celle du milieu, à l'orient, est beaucoup plus grande que les autres.
Sous le chœur est une crypte dont l'étendue ^ale presque celle de la demi-ellipse dont j'ai parlé. On y descend par un escalier pratiqué à l'est du chœur, et un mur de refend, perpendiculaire à Taxe de l'église, la divise en deux parties, formant ainsi deux petites salles, la première (à Vest) serai-circulaire, la seconde carrée. L'une et l'autre sont voûtées en berceau, et leur décoration ne consiste que dans les peintures qui couvrent les voûtes et les parois*
Toutes les arcades , les voûtes et les fenêtres de l'église sont en plein cintre; et je ne vois d'addi^ tions postérieures à la construction primitive que dans deux petites chapelles sans importance, ou plutôt une sacristie et une espèce de magasin, des deux côtés du chœur à l'intersection des transsepts : ces deux petites bâtisses m'ont paru du quinzième siècle.
Dans la muraille méridionale du chœur, près
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du tran^flepti on voit, dans une niche, une fontaine arec deux cuvettes percées pour Fécoulement de Teau. D'abord, je fixs tenté de la regarder comme une disposition primitive, mais en Texami* nant, je reconnus dans l'intérieur de la niche des pierres tumulaires retournées, et la forme des lettres, que l'on distingue encore, ne permet pas de les croire plus anciennes que le douzième siècle (i).
Nul doute qu'autrefois l'église n'ait été couverte de fresques , voûtes et murailles. Çà et là on en voit encore des traces évidentes qui percent sous l'ignoble badigeon dont on a barbouillé tout le choeur, les tranasepts, les bas^-cotés de la ne^ ainsi que ses arcades et leurs pendentifs. Les voûtes et les parois du vestibule présentent plusieurs compositions à demi effiicées par le temps, mais qui me semblent tirées de l'Apocalypse. Du moins, je
(i) Votci les mots qu'on peut encore déchiffrer sous une épaisse couche de badigeon :
.... OSSEA TECTVS OME.... | CM... TAMEN IL... LEPO....
CVM lAM CAELESTEM FLAM .. | IPSË BISVNDENIS