‹ Notes d'un voyage dans le Midi de la FranceChapitre 14 sur 18 · SM · texte numérisé non relu

SM

retraite prétendue de la mer devant cette Tillé.

De rqpbarqueinent de saint Louis dans le port de cette ville, et de rimpossibilité qui existe actuel* lement même pour un petit navire, d'arriver sous ses remparts, on a conclu à la légère que la Méditerrannce avait abandonné ses anciens rivages et s'était retirée à une distance considé-' rable.

L'examen des lieux réfute facilement cette opi* nion. Entre la ville et la mer il y a de grands étangs salés que des coupures peuveut iaciiement mettre' en communication entre eux et aveo la Méditerranée. Ces coupures existaient autrefcns , et un document authentique porte que vers le commencement du xiv^ siècle , la grande Raubine, l'un de ces canaux , pouvait porter les vaisseaux du plus fort tonnage. L'étang de la ville y dont le fond s'est notablement exhaussé, et dont une partie même a été convertie en prairies , lonnait comme un port au pied des remparts» On voit encore à la base des murs du S.-O., qui lui font face , de gros anneaux de fer qui n'ont pu avoir d'autre objet que d*amarrer les navires mouillés dans cet étang. Jusques à aujourd'hui , une partie de la plage a conservé le nom de Grau Louis ' \ c'est là sans doute qu'aboutissait le canal qui, de Fétang de la ville , se rendait à la mer en traversant un autre étang nommé la AlareUe. Une partie

* GfaUf Grao eu kugue romaue biguiiiii; embouchure.

de oe oanal , on l'appelle h Canal vieil ■ , est en*

core reconnaissable , ainsi qae les raines d*nn Làtinient nommé les l ombes ^ lequel , suivant -L^ tradition , aurait servi d'hôpital ou de lasaret pour les pèlerins malades , à une époque voisine de l'expédition de saint Louis.

A cette masse de faits, cités par M. di Pietro,

il faut iijoulcr un nouveau document que M. de Vigne- Malbois 9 maire d'Aiguës -Mortes, a bien voulu me communiquer. C'est le texte d*un bail ' passé en ISOO pour des prairies situées au Lord de la mer, le long de la grande Roubine , entre le rivage et la ville* Ce lieu était donc à cette ëpo* que ee qu'il est aujourd'hui, et dans Thypothèse de la retraite de la mer , il faudrait admettre que Fespaee de trente ans ( saint Louis s*embarqua en 1:270), aurait suffi pour mettre à sec un lieu ou des vaiaséaux pouvaient naviguer, sans qu'on eut eonservë le souvenir d'un événement aussi mémorable. De Maillet, qui probablement n'avait jamais été a Aigues-Mortes , accrédita le premier une faLlc qui convenait à son système. Pour ne pas supposer qu'il Tait inventée à plaisir, on peut croire que sachant qu'Aigues-Mortes avait cessé d'être un port de mer, il en a conclu que la mer s'en était éloignée. Cette conclusion est mauvaise, puisqu'il n'est pas nécessaire , pour qu'une ville reçoive des vaisseaux , qu'elle soit située sur le

Cest à gauche de ce canal tiifou a découvert cette année une oarcaBse de galère ensablée.

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rivage de la mer, on fieuTe im im canal pouvait servir à la communication. L'c^fnmon de De Maîllel a été adoptée sans dii&culté, car un fait extraor* dinaire trouve dans son étranf^té même, un titre

à la confiance.

L'église de Tarasoon a été construite exk 1167 , mais restaurée ou plutôt rebâtie à la fin du XIV® siècle. L'intérieur de l'église , ses voûtes, son oloeher et sa flèche , ne remontent pas plus baut. Une crypte même placée dans la partie antérieure de la nef principale est de la même époque. On y voit une asses bonne statue de sainte Marthe , remarquable par la iiaïvetc de Fimitation. — Do la construction primitive il ne. reste aiyourd'hui que le portail du midi. La porte est cintrée , avec une archivolte fort riche décorée de rosettes et d'un ornement que je vois pour la première fm dans un édifice du xti** siècle , et qui ressemble à une léuille de lierre arrondie. Les colonnes qui flanquent cette porte sont de marbre, surmontées d'clégans chapiteaux historiés. — A l'entrée du chœur, dans les massifs du cul de ibur, j'ai re* marqué de chaque côté deux colonnes , l'une audessus» de rauLj e , rintérieurc ayant un chapiteau

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ionique. Toutes les deux sont couvertes d'une couche de badigeon si épaisse^ que je n'ai pu vérifier si^es ftont de marbre ou de pierre. A coup sûr il n'est pas probable qu'à l'époque de la BcnaiKsauce , où le chapiteau ionique a reparu, on se aoii avisé de placer ainsi éefOLX colonnes l'une au bout de l'autre , et dans un lieu où elles ne servent en rien à la décoration. Je suppose donc que les deux colornies inférieures sont anti* ques , et que rarchiteote ignorant qui a restauré régtise de Tarascon au xiv* siècle , n'en a pas su faire un meilleur usage.

Le château bâti par le roi Rénë renferme une chapelle très élégante, et çà et là quelques joli» détails d'ornementation gothique. La maçonnerie est d*une solidité extraordinaire , et appareillée avec une rare perfection.

En fcce de Tarascon , sur un roc élevé qui domine le cours du Rhène , s'élève le château de Beaucaire , ouvrage de plusieurs siècles. Dans Ift partie la plus ancienne , on voit une petite chapelle romane, qpii sert aujourd'hui d'étahie à bœufs pendant la foire ; elle est surmontée par un petit clocher carré , couronné par une arcature bouchée assez élégante, et une corniche d'une forte saillie, qui , de loin , fait croire que le haut de la tour est évasé. Cet effet, que Ton a évidemment cherché à produire dans plusieurs constructions du xii^ siècle , est très agréable.

C'est dans la portion de renceinte attenant a

cette chapelle , que le jeune coiutc de Toulouse , Raymond VII, assiégea les croisés, pendant qa*il était assiégé lai««iéme dans son camp, par Simon de Montfort.

Au xm® et au xiv° siède, les fortifications du chàtean se sont étendues en prenant un caractère tout difierent. Une tour triangulaire garnie de mâchicoulis , est le reste le plus curieux de cette nouvelle forteresse. La grande salle du premier étage est remarquable par ses voûtes en ogive surbaissée ^ dont la courbe suit la .diqiosition bicarré du plan de la tour.

Beaucaire, autrefois Ugernum, était une station romsiine* Je Tai déjà dit plusieurs fois, les lœux fortifiés dans le moyen-âge avaient été Ircqueni'" ment choisis par les Romains pour le même usage. Dans renceinte du cliàteau , sur le penchant du rocher, on observe des substmctions dont Torigine. antique ne peut être méconnue ; elles ont appartenu à une muraille formant un angle droit dont Touverture regarde le haut de la colline. Son parement est composé de petites pierres carrées , assemblées et taillées avec une précision parfaite. Plusieurs , constructions de même appareil , présentant en plan un demi-cercle de quatre à cinq pieds de diamètre , sont accolées à ce mur. On serait tenté de les prendre pour des tours , si elles n'étaient pas aussi rapprochées Tune de l'autre ; dans l'angle antérieur du mur, il y en a deux qui sont presque tangentes. Je ne puis en comprendre

Fusage ; peut-être sont-cc des espèces de contreforts destinés à soutenir les terres ' ; peut-être des citernes ou bien des silos. Des fouilles c lUroprises dans ce lieu en feiront sans doute connai* tic la destination. L*hivec on occupe leA pauvres à Beaucaire à des travaux de terrassement , qui n*ont , en général , d'autre but que de fournir aux malheureux le moyen d'exister par leur travail. J'ai demandé qu'on les employât à déblayer ces substrucfions.

On conserve à la mairie quelques fragmens antiques, des pierres tumulaires et deux bornes mOliaires dont l'inscription annonce qu'elles ont été rétablies par Tcmpereur Claude. M. Blaud, de Beaucaire les a publiées. Une autre inscription , asses curieuse par le style , est scellée dans l'escalier de la mairie , et provient de l'ancien cloehet de l'église de Notre - Dame , sur lequel , pendant les guerres civiles, le gouverneur du château, Parabere, avait fait lancer quelques boulets. La voici :

Bu mois neufviesme Lejour dixiâflme Parabëristes

Plus qu'atliéistes I)u chasteau ceste.

Bresche ont iete

1 Toutefois ces contreforts seraient placés en avant de la

muraille du côté de la pente des terres , position id>8olum6nt op|M)sée à celle qu^on leur donne ordinairement.

De Dieu la gloyre.

Au &oy Ticloyre*

Une fort belle Vierge bysantine en bas-relief,

provenant de la même église , a été acquise par M. Goiibiec , maire delà ville* La tete de la Vierge est d'nne rare beantë , et les draperies sont plus souples et plus moelleuses qu'on est accoutumé de les Toir dans la sculpture du xn® siècle JL'en£mt Jésus , que la Yier^i^e tient sur ses genoux , est un petit homme bien proportionné, et non un enfant, N*est-co point là encore un souyenir de l'antique ? Au bas du bas-relief on lit ce vers léonin :

« In gremio matris residet tapientia j^tris. «

Il ne reste plus rien aigourd'hui de cette égliM

de Notre-Dame , que cette figure et un fragment de frise timëe de rinceauiL de la plus grande élé^ gance ^ qui sert maintenant de banc dans la rue qui mène au château.

On m'a montré , dans une maison partieulière, un magnifique tombeau en marbre blanc , du Bas-£mpire, dont les ornemens parfaitement, exécutés, indiquent le passage du style romain i celui des premiers siècles du moyen-âge.

Les églises de Beaucaire n*offirent presque rien de remarquable : celle des Cordeliers porte le caractère de la première période gothique , des formai élancées et une grande sobriété d'omcK mens.

mime»*

Novembre.

Les arènes , dâiarrassëes de toutes les masures qui les encombraient, occupent maintenant le centre d*une vaste place, où dWseul coup d'œil, on peut en embrasser l'ensemble , tandis qu'à Ar* les , le voisinage des maisons et la pente du ter» rain ne permettent de saisir que des échappées de Tue de Tamphithéàtre antique.

Si les arèni s cFArles sont mieux conservées à l'intérieur , i enceinte extérieure de celles de Ni^ mes est presque intacte, et leur couronnement n'a souffert que médiocrement ; il coa.serve encore la plupart des corbeaux où s'implantaient 1^ mâts destinés a soutenir les Toiles qui abri* taient les spectateurs. Réunis , ces deux amphithéâtres fournissent des détails à peu près com* plete sur la construction de ces monumens , dont la destination et les proportions gigantesques annoncent un état de civilisation si différent du nôtre.

Bien que les portiques extérieurs de Mimes ressemblent beaucoup a ceux d'Arles , on y observe quelques différences qui ne sont pas à 1 avantage des premiers. Par exemple , le centre des archivoltes intérieures du second étage , et celui des

archÎToltes extérieures, n'est pas le même, irrégularité qui choque Vœi\ le moins exercé , et que rien ne justifie. A Niiues, aussi bien qu'à Ai'les, les galeries du premier étage sont formées par une suite de voûtes encadrées entre deux bandeaux d'une seule pierre posant sur des piédroits. Aux arènes d'Arles, la bizarrerie de cette constraction* est moins apparente, parce que le bandeau couvre ]a retombée de la voûte , tandis qu'à J\imes la retombée de la voûte , et la corniche sur laquelle elle s'appuie , descendent beaucoup plus bas que la plate-bande. L'effet qui en résulte est des plus disg;racieux.

Une partie de l'amplnLiiéàtre de Nîmes , celle qui regarde le couchant , présente seule des moulures terminées. Ailleurs elles ne sont que grossièrement épannelées. Ou connaît l'usage desKomoins de tailler sur place les détails d'architecture. Il parait que, pressé de faire jouir le public , on lui a ouvert les arènes dès qu elles ont pu contenir des spectateurs. Puis, la dépense nécessaire poiyr compléter l'ornementation aura paru trop considérable et aura été ajournée indétiniment.

Outre un assez grand nombre de phallus sculptés

* Cet appareil vicieux a sans doute été adopté pour faciliter rélablisseraent des paliers nécessaires à la communica* iion avec lea étages supérieurs. Malgré leur épaisseur éaorme, tous ces bandeaux, un seul excepté, ont été fendus ou brisés par suite du poids énorme qa^ils «Taieat ienp« porter.

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ftur des cle& de Toàte , dont je ne m'explîqiu |)as liien la présence , ou observe quelques fragmens de sculptum moins inconvenanteA pour un lieu public. Une des porles est surmontée de deux taureaux à mi-corps , d*une forte saillié. On peut présumer, d'après un grand nombre de fragmens, plus ou moins frustes, que toutes lesportes étaient décorées de la sorte» On a donné plusieurs explications de cet ornement. Les uns ont pensé q[ue les combats de taureaux étant en usage de temps immémorial à Mimes, on ne pouvait choisir un ornement plus approprié aux arènes. D'autres, remarquant que ces taureaux se retrouvaient sur d'autres monumens , comme l'ancien tenq)lc sur remplacement duquel la cathédrale est bâtie, et

sur la belle porte d'Au^ubte , ont cru que c'était une manière d'armoiries donnée par les empereurs aux colonies romaines. Une autre opinion l'explique par umi flatterie pour Auguste; ce prince, suivant Suétone naquit dans une maison dont ^ façade était ornée de tètes de taureaux, et qui de* puis fut convertie en temple. Il n*est pas improbable que le même symbole ait été appliqué à Jtousles édifices dédiés à cet empereur.

Sur les gradins supérieurs des arènes, les grandes pierres qui servaient de siège sont divisées par des raies indiquant Tespace attribué à chaque spectateur. Ces gradins étant assignés à la basse classe , et par conséquent a la portion de rassemblée la plus querelleuse , il était nécessaire de prendre

des mesures pour éviter les empîètemens des uns et le froissement des autres. On voyait ^oore, il y a quelques années , dans les premièm précino*» tiens, des divisions assez semblables à nos loges.

On a poussé trop loin les restaurations dans les nonomens de Nimes, snrtoat dans les arènes. Axt Keu de se borner , comme on Taurait tlù , à consolider les parties qui menaçaient raine , et dont la destmetiofi aurait eomprœnis Fédifiee , on les a refe^ites entièrement; c'est une recons traction et non fine réparation qw Ton a essayée* I^r eKemple , une galerie intérieure tout entière a été bâtie sur le plan de celle qui s'est conservée à Arles. L'ozistenoe de cette galerie, dans la construction primitive , n'est pas douteuse , mais quel besoin de substituer un travail ttodeme à celui des Romains? Ne eomprend-on pas ce que ces additions doivent inspirer de la défiance aux contemporain s , encore plus à la postérité ? Au lieu de pouvoir étudier avec sécurité lliistmre de Fart, il fieiut cominencer par discuter l'origine de chaque morceau qu'on examine , et s'assurer qu'il est anticpe par une reelierclied'aatant pins difficile que plnsiei»» de ces réparations ont été faites avec des iragmens réellement antiques que Ton a seulement eiMmgé de place. Il est juste de dire que cette restauration a été exécutée avec soin , et que sous ce rapport elle fait honneur aux architectes qui en ont été

charpfés. En général , on n'a rien inventé, on a copié

religieusement , car il existe encore assez de ves-

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tiges (le kl disposition antique pour fournir tous les ttodèles nécessaires* Touteibis, il faut observer que cet {liliustres modernes, ces corniches, ces moulures ciselées à vives arêtes, Ibnt un contraste choquant avec les parties antiques , que le temps ft niitilées d'autant plus ftwIeRient que la pierre de Mimes, par sa nature, s'éclate facilement en grandes cassures coniàioides. En rendant justice à Texaeti- Inde dePimitaUon dans les réparations modernes^ il faut pourtant ajouter que faute d'avoir cberclië des renseigneniens saffisans , on est tombé dans de graves erreurs ; par exemple , en refaisant les paliers inclinés de la galerie d'entresol et de celle du premier étage. La pente qu'on avait mal caU culée est d'une raideur extraordinaire. Des fouilles récentes, en mettant à découvert quelques-uns des paliers antiques , ont prouvé qulls étaient in« finiment moins inclinés et plus longs. D'autres erreurs , moins faciles à réparer, pourraimt encoffeétresignalées. Aindi, les vasques qui servaient à recevoir les immondices entraînées ensuite par des oanaux dans un égout, ces vasques , dis-je, ont été refaites et taillées avec soin , mais non sur le modèle antique* Aujourd'hu i le renouvellement de ces fiintes n'est plus possible. La commission archéologique , chargée de la surveillance des travaux , s'occupe avec zèie de sa tache , et ne né* glige rien pour s'en acquitter avec conscience. Maintenant aucune réparation ne s'exécute que lorsque la nécessité en est démontrée j et si quel*

ques ohangemens sont fiiits au mode de eonatmc-

tion antique , ils sont justitiés ou par une impos> sibilité complète, oubien parles frais énormesqu'il faudrait faire pour y parvenir.

La maison Carrée ne mérite pas sa réputation* Il eat yrai que son portique est magnifique ; mais les colonnes engagées dans le mur de la cellafont un triste eûét. Leurs chapiteaux sont courts et écrasés; enfin, je trouve la coraiefae lourde et

surchargée d'ornemciis.

' Le toit du portique est une restauration mo* dmie. Les caissons qui en forment le plafond août en carton-pâte , Dieu me pai*donne , et d'un goût très médiocre*

On sait par quels procédés M. le président Séguier a retrouvé ou cru retrouver l'inscription de ce monument , d'après laquelle il aurait été construit du temps d'Auguste ; mais , sans parler de la profusion d'orneraens et des détails peu classiques de son architecture, bien d'autres pré* somptions se réunissent contre cette hypothèse. Ainsi , les travaux de déblaiement ont fait retrou- Ter des mosidques et des substructions , au-desbous du sol antique de Ja maison Ciurcc , qui proviennent évidemment d'édifices romaiWf sur l^mplacement desquels elle a été bâtie* 11 est donc avéré quelle n a été construite qu'assez, long^temps après rétablissement à Nimes d'une colonie romaine. M. Pelet, membre de la conmiission archéologique , profita des travaux de res-

tauraUon, pour examiner de près les trous qui ont servi à fiser les lettres, et d'après lesqueb M. Sëgaier a fonfdë son explication. La ligne in* férieure lui parut incontestable ; on y lit , même sans Y mettre de la bonne volonië, ces mots : PRINCIPIBUS JUVENTUTIS. Quant à la ligne supérieure , les trous très multipliés et rapprochés les uns des antres ne peuvent s'expliquer que par des cliaiigeniens successifs laits à Fiuscription , suivant les diverses destinations que le monument aurait reçues. A Tépoque où M. Ségpier Fexamina , les trous correspondant à la première lettre étaient en partieoouvertsde mortier, et n'en voyant que deux , il lut un C* M. Pelet , au con* traire , constata Texistence de cinq trous , et en les comparant avec Talphabet qu'il avait fait exé* enter pour vérifier chaque lettre , il reconnut qu'au C il fallait substituer un 31. C'est la seule correction qu'il convient de&ire à l'inscription' ; mais cette seule lettre déplace à l'instant la date de la maison Carrée j car, excepté les iils d'A** ^ gr^pa , l'histoire ne nous a transmis les noms d'autres persoiniaores, revêtus ensemble du titre de princes de la jeunesse, que Marc-Aurèie et Licius-Teros. Ce serait donc aux fi)s adoptifr d'Antonin que la maison Carrée aurait été dédiée.

» Ori doit la lire ainsi :

M CAESARIAVGV&TIF. COS. L* CAKSARIAVGYSTIF. COS. OESIQNATO.

PBIMCIPtBVS iVVKNTrriS.

Cette inlerprëtation acquiert une nouyelle ptoba-

bilité de cette circomtance , qu'Antonin était né à Nioies, et que «es compatriotes ne pouvaient nueus chereher a Ini plaire , qa*en honorant ses fils adoptifs. L'époque d'Antonin, commencement de décadence , on la ridiesse et la multiplicité des détails rem]^çaient la simjrficité majestneuse de rarckitecture du premier siècle, explique très Uen le mauvais goût de certaines parties de la iiiaisoii Cai rce , ci les fautes nombreuses contre les règles ; comme ^ par exemple , les proportions ridicules des chapiteaux, les crasoles retournées, l'imparité du nombre des luodiUons dans les deux corniches rampsuo^tes du même fronton, etc.

On a fait un musée de la maison Carrée, et je ne sais pas si cette idée mérite des éloges. La colla, de très petite dimension ^ ne peut contenir, outre les tableaux qui couvrent les murailles, tous les fra^ens antiques que les fouilles ont produits* Ou en a rangé le surplus tout autour de l'ettoeiate du temple ; exposés à la pluie , ces débris pré* çieux se détériorent rapidement. La pudeur d*nn évéque ayant été dioquée par un phalfau monstrueux sculpté sur une des voussures des arènes, on Ta hii enlever et <m Ta placé dans ce masëe en plmn vmt. Les ouvrim , par maliee , ont imagine de le déposer à côté d'un autel à Cybèle , autel étrange , s'il en fut , très convenable à une religion qui parlait aux yeux (on a rappelé très clairement que Cybèle était la personnifica«

tion (te îa fécondité); à coup sûr, il valait mieux laisser chaque chose à sa place» Au nombre decea fragmens , il faut citer une portion de frise , des aigles soutenant une guirlande , chef-d'œuvre de ficolptare monumentale.

Ce qui parait le plus probable, quant à la àestination du monument qu*on appelle le temple de Diane « c*est qu'il a été un nymphceum lié à un en-< semble de thermes , dont il reste encore beauooivp de vestiges* Les niches de l'intérieur ont fait penser i plusieurs, entre autres à Ménard , que cet édi«* ficc avait été un Panthéon ; mais les niches , autrefois revêtues de marbre, ce qui les diminuait d'autant, n'auraient pu contenir des statues* qùeduc qui aLoutit an fond, le voisinaf^c de la fontaine, et bien d'autres indices, ne s'expliquent raisonnablenient que par un nymphcenm« Ce lieu n'a pas encore été exploré comme il devrait l'être ; sans doute de nouvelles fouilles, surtout sur la htmteur à laquelle le temple est adossé, seraient très productives»

La porte de France et la porte d'Auguste , ainsi que les portes romaines d'Autun , sont flanquées de petites tours qui doivent avoir eu la double destination de servir de postes d'observation et d'escaliers au chemiu de ronde qui régnait le long du rempart.

L'existence de la tonr Magne , qui parait avoir été un de ces mausolées noraniés septizonium , est un problème inexplicable. D'après toutes les rè-

Dig,

glesdela statistique^ elledevraitètre tombéedepuis

long-temps. L'étage supérieur, i>uv la plate Ibrine duquel ou a établi depuis peu uu télégraphe , est perché au sommet d'une espèce de cône tronqué , lequel n'est point voûté; il se termine par une couche confuse et assez peu épaisse de petites pierres noyées dans du ciment. Quand on réfléchit d'en bas au poids que cela supporte , et qu'un ardiitecte vous explique ce que c'est qu'un porte à &UX, on se sent l'enTie de s'éloigner, mais on reste en pensant à la solidité de ce ciment romain qui , devient plus dur et plus compact que la pime , et qui a résisté à tant de siècles.

Autreibis l'intérieur de ce cône était rempli de terre et de gravois* Un jardinier, du temps de Henri IV, s'imagina qu'un Ircsor dev ait être cacbé en ce lieu. Ayantobteuu la permission de fouiller, il le déblaya complètement, il entama même profondément les gros murs pour y chercher le pré** tendu trésor qu'il ne trouva pas. Depuis, aucune réparation n^a été &ite, et pourtant la tour Magne est encore debout.

Cet édifice semble avoir été retouché a plusimirjS reprises, car on reconnut deux paremens appliqués l'un sur l'autre , notamment sur la face contre laquelle venait s'appuyer la pente douce qui autrefois servait d'escalier. L'étage supérieur , qui est octogone comme le soubassement, renferme sur sept de ses faces (la huitième est occupée par l'escalier qui menait à la plate-forme) des vides

senii-circulalres assez semblables à des puits. Au oeatre de la oonstractioit on trouve deux autres puits de même forme et de même diamètre. Pour en expliquer Tusage , ou a proposé dii£érentes hypothèses dont la plus vraiseniblable est qu'ils n*ont servi qu'à décharger la masse du Laliiuent d'ua poids iautîle. Les substructions semi-oireulaires attenant au fragment de mur romain que j*ai observé à Beaucaire, ont beaucoup d'analogie pour la forme avec les pui(s de la tour Magne ; mais à Beauoaire on ne peut admettre qu'ils aient eu la même destination.

La cathédrale est la seule église ancienne de Ni- * mes , encore Fintérieur a-Uil été refait en grande partie au xvn^ siècle. La façade seule et la tour présentent des détails intéressans à étudier. Une partie du soubassement de cette façade et de la tour qui en fait partie, parait avoir appartenu à un édifice antique que de fortes présomptions se réunissent à faire considérer connue un temple dédié à Auguste* La porte actuelle est toute modmie; elle est surmontée d*un fragment de frise antique en marbre, aujourd'hui très fruste, représentant des griffons. Une autre frise beaucoup plus élevée offre des sujets tirés de la Genèse. On reconnaît à la différence du travail que ses basrelieftsontde deux époques bien distinctes. Depuis la création du monde jusqu'à la mort d'Abel inclusivement, c'est un ouvrage du xi° siècle. Le reste est une restauration du xvn^ , exécutée cependant

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aTec i intention évidente d imiter le ëtyle roman des premiers bas-relieis. Les corniches rampantes

du fronton ou du ffalbe qui surmonte la façade , ^nt ornés de modiiions ; le^ uns , romans , présentent des tètes d'animaux on des masques gri« maçaus * ; les autres, du xvii" siècle, sont des muâles de lions. La note suivante , que je dois à la complaisance de M. Pelet, fait parfaitement connaitre les circonstances qui ont donné à cette façade des détails aussi hétérogènes*

«t Dans le principe , la cathédrale de Nîmes était dédiée à sainte Baudile et à la Vierge. L*an 808/ Charlemagne la prit sons sa protection* On ignore quelle forme elle avait alors.

»c Elle lut reconstniito en 1030 , et aûectée aux chanoines réguliers de l'ordre de saint Augustin. L'an 1 Or)(). elle fui (onsacrée par le pape Urbain 11 ; elle avait alors trois nefs. Le clocher , qui existe encore aujourd'hui , était entouré d'une halustrade en pierre taillées à jour. On orna le dessous du fronton de diverses réprésentations sculptées en demi-relief, dans le goût du temps , dont les sujets furent pris dans i'£criture sainte. '

(( Pendant les guerres de religion , les protes*

^ l.u maison de M. Bonnaud , droguiste, rue de la Fruiterie, est ornée de fragmeus de frise, modillons, têtes plates, etc., de style roman, provenant, suivant toute apparence, de la cathédrale. Ces fragmens auront été recueiilis et mis en œuvre A Tépoque où les protestans tentèrent de la démolir.

tans ayant eu le deasas, projetèrent en lil67 de

faire démolir cette é^çlise, et l'adjudicatiuu en fut fiiite au rabais par mandement. On conunença même la démolition par le clocher en le sapant par le pied, et déjà on avait écorné les pierres en saillie , lorsque celui qui prjésidait à cette opéra* tien 8*aperçut que la chute de la tour entraînerait celle des maisons voisines. On reconnut , .d'ailleurs , que le clocher pourrait être utile , comme point d'observation. On se borna donc à détruire la nef et la partie droite de la façade, de sorte qu'il n'existe aujourd'hui de Téglise du xo* siècle que le clocher et la portion de façade qui lui est contiguë.

« Les troubles apaisés, l'église fut reconstruite en 1610-12; mais les protestons, vainqueurs de nouveau, détruisirent encore en grande partie l'édifice nouveau , ne laissant subsister que ce qu'ils avaient d'abord épargné.

u Par arrêt du conseil, du 14 novembre 1626, réédification de Téglise fut ordonnée aux frais des habitans du diocèse , tant catholiques que protestans. £llefut terminée en IQAQ. Le fronton dont l'angle fut conservé, fut alors achevé ainsi que le reste de la façade. »

Aucun ami des arts ne doit quitter Nimes sans avoir visité le cabinet de M. Pelet, dont j'ai déjà eu roccasiou de citer le nom , les connaissances archéologiques et l'obligeance infatigable. Après plusieurs années consacrées à l'étude des monu-

mens romains da midi de la France, il a eu Tlieii*

reusc idée d'en faire des modèles en liège et de les exécuter sur la même échelle, d*un centimètre pour mètre. Il est impossible de toit une imitation plus habile et en même temps plus exacte» Tenant de visiter en détail tous les monumens dont jè trouvais la copie dans son cabinet, je ne me lassais pas de chercher et de trouver jusqu'aux plus petits détails que j'avais observés sur nature» Je reconnaissais jusqu'à une dalle cassée dans ramphithéâtre d'Arles , dont j'avais conservé le souvenir parce que j'avais manqué de m'y rompre le cou. — La réunion de ces uliarmaus modèles cause une surprise extrême par la comparaison que Ton fiiit de leurs dimensioils. On a beau * savoir les proportions de chaque monument, rimagination ne peut se représenter nettement leurs rapports. Dans le cabinet de M. Pelet on voit avec ëtonneraent que Taro de triomphe d'Orange, cetouvrape gigantesque, passeraitfacilementsoua la grande arche du pont du Gard. L'arc de Caiv pentras est une miniature auprès du premier , et quant à la porte de France sous laquelte roule tons les jours mainte charrette chargée de paille, son diamètre est moindre que celui des arcades les plus élevées du pont du Gard, qui, comparées avec les arches inférieures , paraissent autant de petites niches. 11 serait bien à désirer que cette prédeuse collection fût acquise par le gouver* uement, et s il était possible de décider M. Pelet

a quitter soa beau pays, je voudrais qu*on le chargeât de donner à la France des copies des mena* mens les plus remarquables de la Grèce et de ritaUe.

5 novembre.

Les églises, modernes pour la plupart, ou restaurées complètement, offrent peu d'intcTct. La cathédrale , détruite en partie par les protestans dorant les gaerres ciyiles, ne mérite d'être citée que par la grandeur du vaisseau , et par le porche très extraordinaire qui cache sa façade platôt qu'il fie la décore* Deux énormes piliers , on plutôt deux tours massives, ex.trémemcnt élevées, soutiennent d'nn côté nne Toute ogivale surbaissée, qui s'appnie de Tautre sur le haut du mur de la iiaçade. 11 est impossible de rien voir de plus lourd et de moins gracieux. Cependant la grandeur des

proportions produit toujours , en architecture , un certain eÛet* L*usage d'un porche doit être de mettre à l'abri du soleil et de la pluie ; la hauteur des arcades de celui-ci le rend tout-à-fait inutile sous ces deux rapports. On dit qu'on Ta fait pour masquer la perte d'nn clocher démdi par les ré-

formés. Je crois qu il eût mieux valu et qu'il eût été plus simple de le rétablir en totalité , que de le cacher par cette gigantesque et ridicule construction.

L'appareil des murs d'enceinte de Montpellier doit être noté , parce que , bien que les remparts aient subi de nombreuses restaurations , il parait que l'appareil primitif a été conservé ; du moins c^est celui qu'on retrouve dans tous les édifices les plus anciens des environs. 11 se distingue par ses asrises régulièrement alignées , mais d'épaisseur différente entre elles. Une rangée de pierres à peu près cubiques, est surmontée d'un autre, de pierres beaucoup plus longues qu'épaisses. Cette disposition est constante , et je ne Fai observée que dans une certaine circonscription dont Montpellier est le centre*

La belle galerie de tableaux donnée à la ville par M. le baron Fabre est la principale curiosité de Montpellier. Elle renferme des ouvrages de la plupart des grands iitailL-es des écoles dltalie , et un assez grand nombre de tableaux modernes. On y remarque deux Raphaël delà plus grande beauté. Un portrait de jeune homme surtout me parait admirable* 11 est à comparer avec les meilleurs • que possède le musée de Paris. M. Fabre a donné encore à sa ville natale sa bibliothèque qu'Alfieri lui avait léguée , et qu'il a lui-même considérablement cnricliic. A une collection rare de tous les classiques français et italiens ^ M. Fabre à réuni

• une grande quantité de livres relatifr aux arta du

dessin. C'est. une collection toute spéciale, qui doit tendre i se compléter, et qui deviendra un jour Fune de plus importantes de France*

iliaque bniu.

6 novembre.

M. £. Thomas, delà société archéologique de Montpellier, a prouvé dans un mémoire intéressant que nie de Maguelonne est la même que Mesua, décrite par Pomponius Mêla. Après la chute de Tempire romain , les Visigoths s'en emparèrent : puis au vni^ siècle les Sarrasins s*y fortifièrent, et en firent comme le port d*on portaient leurs corsaires pour ravager les côtes de la Narbonnaise. Charles-Martel les en chassa en 787 , détruiiiiitde iouden comble leurs ouvrages, et dans sa vengeance aveugle il n'épargna pas Téglise chrétienne quoles musuhiiaiis a\ MlriU respectée. Pendant près de trois cents ans , Maguelonne de* meura déserte. En 1048 , l'évéque Armand commença à y construire une église , qui fut restaurée, ou plus probablement rebâtie en 1 1 1 0 par son

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