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iiiémel formés vraies ) inabtrmiées; ajostosMisi même talent d'artnte. Le peintre népmaé les tté*
sors de sa riche palette sur un corps un peu ignoble, 8*il fout le dire; le statuaire a fait respirer aen marbre ; on sent la peau , et l'on s'étonne quand on touche le marbre qu'il ne cède pas sous les doigts, ttollemmt, trop mollemcsit, comme les
muscles de son modèle.
Sur le dos de cette statue , au-dessous de Tomo* plate droite, onToit jme petite main gaocbe d'en* fant , potelée , sous laquelle on ne sent pas d'os mais des oiurtilages ; puÎ8pan>-deT«nt , mt ia cuisse droite , on aperçoit quatre petites eassorei en ligne droite; là devait se lier à la statue principale une antre statne ttooessoire. le suppose qtie c'était encore une main et une main d'enfant qui reposait sur cette cuisse , mais celle-là est trop éloignée de la première pour qu'on puisse admettre qu'elle ait appartenue au même individu. Il faut donc supposer un groupe d'une mère et de deux en fans*
L'attitude suppliante de ia ûfpsre principale et la présence des deux enfans peuvent faire présumer que le groupe représentait Latone, implo*nui la pitié èèê tiOaf^s qui fttfOnl èhaugés Oft grenouilles pour leurs méchantes plaisanteries.
Cette statue aurait été«rés oouvMaMemeut plaoée sur le boi4 d'un bassin, dana les thermes de
Sainte-Colombe. Au reste 9 je donne mon explication pour ce qu'elle "ruul, et je ne préte&ds pas qu'elle «ft la seule fondée. Si l'on retinouve ja-
iBa» la téte, brt bras, les «tatueB des mifima , pmt* étm fùm^^inm tirer om tout autre ôendesioii.
Quoi qu'il en soit , ce qui nous reste de ce groupe suffit pcMMr iatéresker ntement^ et pour modtier MiuibknMiiit iioi Idées sur Tan antique.
9 feptcinbre.
£n arrivant à Avignon , il me sembla que je ▼enait de quitter la Pranoe. Sortant du bateau i
tapeur, je n'avais pas été préparé j)ar une transition graduée à la nouveauté du spectacle qui s'offirait à moi: langage, costumes , aspect du pays , tout parait étrange à qui vient du centre de la France. Je me croyais au milieu d'une ville espagnole. Les murailles crénelées , les tours garnies de mâchicoulis y la campagne couverte d oliviers,, de roseaux, d'une végétation toute méridionale , me rappelaient Valence et sa magnifique ffuertUy enteurée, comme la plaine d*Âvignon , d'un mur de montagnes aux profils déchiquetés', qui se des* Sinent nettement sur un ciel d'un axur foncé. Puis, en parcourant la ville , je retrouvais avec surprise une foule d'habitudes, d'usages espagnols. Ici, comme en Espagne y les boutiques sont fermées
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par un rideau, et les enseignes des marchandis, peintes sur des toiles , flpttmt sosptndues le long d'ane corde oomme des pavillons de navire. Les liommes du peuple , basanés , la veste jetée sur Tépanleen guise de manteau, travaillent i l'ombré^ on dorment couchés au milieu de la rue, iiisouciaiis des passans; car chacun sur la yoîc publique se croit chez lui. La rue, pour les Espagnols , c'est le forum antique ; c'est là que chacun s'occupe de ses , afikires, conclut ses marchés, ou cause avec ses ^ amis* Les Provençaux, comme eux , semblent ne regarder leur maison que comme un lieu d'abri temporaire , où il est ridicule de demeurer lorsqu'il fait beau. Enfin , la physionomie prononcée et un peu dure des Avignonnais, leur langage fortement accentué, où les voyelles dominent, et dont la prononciation ne ressemble en rien à la nôtre , complétaient mon illusion et me transportaimt si loin de la France, que je me retournais avec surprise en entendant près de moi des soldats du Nord qui parlaient ma langue.
Xorsque je fus un peu habitué à ma résidence nouvelle , je ne m'occupai plus que des aatiquitcs.
Il ne reste presque rien de l'antique Avenio, doublement importante comme colonie romai|ie et comme capitale d'une partie de la Gaule, où les arts de la Grèce et de l'Italie avaient pénétré sans doute long-temps avairt les aigles de César. — Une suite d'arcades , derrière le théâtre moderne, qui se prolongent dans plusieurs maisons de la
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raePetite>FiMterie, porte le caractère bien évident
d'une construction romaine à pfrand ap}}areU ; de gros iilocs taillés avec une précision inconnue à nos ouvriers et superposés sans ciment. Une colonne cannelée, dans un petit jardin de la rue de la Madeleine, donne une idée de la décoration du monument dont ces arcades fSrisaient partie. £11^ soutenaient sans doute quelque vaste portique ( ou plutèt ornaient un hippodrome ; car on peut suivre , dit-on , les substmctions sur une longifeur de près de deux cents mètres en ligne droite.
Dans râtelier d'un serrurier, auprès du château des Papes , on m*a fait remarquer une autre arcade romaine, enclavée dans des constructions moderoes; ces ruines avec les restes d'un aqueduc, sur la route de Cârpentras, quelques mosaïques et des fragmens de marbre , déposés dans le musée , voilà tout ce que Ton aperçoit aujourd'hui de la ville antique
L'ancienne église cathédrale, Notre-Dame-des-
< U n^estpas douteux que des fouilles bien eniendusi ne prodttuûsient de grands résultats. On trouTa , il y a dix ans
sur la place de rHôtel-dc-Ville , h; soubasî»t;meut d wii vaste édifice construit à grand appareil, vi qui, par sa dis|i.»sitiou, paressait avoir été une inaisou de bains. Le préiut d^alors , je regrette de ne pouvoir citer son nom, fit combler la fouille sans même donner letemps de lever un plan de substruolions.
On m^éerit d'*ATi|p[ion qu*ou "rient de trouTer, dans la rue des Coffres, une mosaïque antique, quelques substructions intéressantes , et la base d*ttne colonne en pierre de très grande dimension.
Dons f ou plutAl des Domits^ 4ë Dcmniê y e«l
comme une transition entre l'époque romaine et le moyen-âge« Son porche est run des monumens les plus coriraïc qu'offre la Proirence. An premier aspect , on est tenté de le croire antique ; le doute ne Tient <{u*après un examen sëneux; et lonqall •'agit dé M donner nne date , on m tronre Jeté dans la plus grande incertitude.
La porte eitërienre se compose d'une arcade en * plmi eintre,* entre deux colonnes oorinthienneé cannelées , soutenant un fronton triangtilairOé La seconde porte , cèlto qui s'outto dans Téglisc « est semblable , si Ce n'est qu'elle est plus basse , et que l'angle supérieur du fronton est plus aigu. Les chapiteanx, les moulures, les omemens des archivoltes , tous les détails , ont un style antic^ue qui frappe vivement au premier abord.
Cependant on ne retrouve pas les caractères si reconnaissables de lappareil romain. Celui-ci est jdus compliqué, et fortné de pierres dont te s dimensions sont moindres que celles du grand appai^eil romain, et plus considérables que celles du petit appareil. Les tambours des colonnes engagées sont taillés d'une manière bitarre : chaque demi-cercle porte une espèce de queue, qui entre et ftiit corps dans la muraille, alternativement à droite et à gauche. Je ne crois pas que cette taille se rencontre dans aucun appareil an ti([ue. On olhserve également la forme moderne du fronton intérieur et l'œil-de-bœuf du fronton extérieur»
£Afi% looubures des impostes de l'arc «Ultérieur prâMilMt enlra Mm des àsSivmo» de formes asses sensibles pour indiquer le commencement de eetle haine de la symétrie, de œ (oùt de la ▼atîéléi des détails, propre k rarchiteolare du moyen-Âge ; goût qui , prenant successivement plus d'èxleilsioii^ atleifiiit son plîu grand déve^ loppement à l'époque gothique 'é . Si je suis parvenu à rendre ma description eom* prëheniiUe , on remarquera que œ pordm ne se distingue d'un monument antique que par des caractères négatiiis. Aucun de ces caractères isoLës n'eat absolumeill eoaolnant; mais leur ensemble forme une masse de présomptions qui approchent de la certitude. On sent qu'ils ne peuvent servir à i]ldil|ner une époque , une daté précise ; et ici il &ut encore procéder par voie de négation. £t d'abord oa ne peut supposer qae ce porche aitété coastimt postérieurement au xi* siècle ; oar, à eetle < époque, commença en Provence et dans toute l'Eufupe Uu style d^arohileclure tellement oaruotéfisé i que toutes les constructions qui s'y rapportent sont facilement reconnaissables. Un pourrait,
< II paraît évident que ce porche, dans sa construction prifliitiva, était ouvert sur ses dAu faces latérales. On peut s*aiimivsiAm sa etaminiuit les airatslkemeas qnl sobsistent SMOie da aèW de r^Use*-** QttelqiNsaieMologues paussat qoale porélie a étédétmtt en partie par le mtetPsaineat du
clocher, et ({ik* Il s parties supérieures, le fronton à rœil-debœuf entre autres , peuvent biea être le résuUat d'une resrauration*
Digitizcû by Gdo^Ic
il 6ët vrai , supposer (rintention d'imiter Tantique étant patente ) qaè cette imitetion a pn avoir fien aussi bien au onzième siècle qu'aux siècles précédons.: ç*aurait été une exception, un .caprice d'artiste. A la rigueur ^ la chose serait possible; mais, pour Fadmettre comme yraisemblable , il faudrait pouvoir citer quelque exemple à Tappui* Nous voyons bien plusieurs imitations de l'an«> tique, dans le onùème et le douzième siècle, mais toujours incomplètes et très reconnaissables* Les pilastres d'Autun , par exemple , sont copiés sur ceux des portes romaines de cette ville ; mais leurs chapiteaux , mais tous les détails de Téglise, à laquelle ils appartiennent , sont romans. A cette époque, on a bien imite des détails, mais je ne sadbe pas qu'on ait jamais copié le style général de rarchitecture antique. D'ailleurs, où étaientles modèles que les architectes de ce temps auraient eus sous les yeux pour les copier? Avignon successi«vement saccagé par les Francs et les Sarrasins ne devait plus présenter que des ruines informes. Je pense donc qu'il faut se reporter à une date plus éloignée de nous. — Il semble d'abord naturel de chercher une époque de renaissance, où le goût antique , auquel, on revient toujours en sortant de la barbarie f a été remis en honneur. Le •ièdie de Gharlemagne m'avait paru probable par ce motif En effet, dans les dernières années
< Je trouve dans la Gallia Chrutiana que Gharlemagne fit r^orer Notre-Dame-des-DQmns. Eccl, Aven,f p. 796.
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de «on empire, Charlemagiie imprima à TEurope
lin mouvement de civilisation prononcé , qui se manifesta par une imitation de l'organisation politique ^ Fempire romain , par Tétade de la lan«» pie et des arts de ces maitres du monde. Mais rien ne prouve que Tarohitecture ait suivi ce monyement. Les constroctions, que l'on est ibndé à croire carlovingieimcs , sont empreintes de barbarie, et rien n'y rappelle les proportions élégantes du portail de Notre-Dame-des-Domns.
Reculant ainsi de siècle en siècle , on est bientôt forcé de s'arrêter i la limite tracée par les invasions des barbares , pendant lesquelles on ne peut guère supposer que Ton ait élevé d'autres constmctions qne celles qui pouvaient défendre les villes contre les dévastateurs. — Du sixième au septième siècle , la Provence a joui d'une tran* qnillité rdoHve , qui pennet de penser qu'on a pu 8*occuper alors de bâtir des édifices religieux durables et de grande proportion. Les souvenirs ro* mains n'étaient pas encore effacés , et Ton ne connaissait alors d ajLitre architecture que celle du bas-empire plus ou moins adroitement reproduite'* Cest à cette époque qu'on pourrait supposer que le portail en question a été élevé. Dans cette hypothèse , les limites seront d'un côté , le règne du roi bourguignon Contran ; de l'autre , les invasions des Sarrasins '»
^ M. Arftud, dant le nom rappelle tant d*mtâ*eiMiM tr*-
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igo tympan du fipDBton inléffieiir ert ^mé d^iM
fresque maintenant presque détrmie , mais dont lej» restes annoncent un beau dessin et une composilioD Biraple et grfindme* Je la mom ém XIV' siècle. D'autres fresques, plus modernes peutêtre et moins bien exécutées , se Toient encore aor les mnrada passage qui conduit du pordieè la nef de Notre-^Dame. On y montrait , il y a quelques années , les portraits de Laure et de Pétrarque ; mais on n*en retrouve plus le moindre mtige aujourirbui. Le morceau le mieux conservé représente le baptême de Jésus-Christ par saint Jean* Deux an^es , doiil les tètes sont admiraMes ,
VAUX arehéologiqoes, place la oonitructton de ce porche à la fin du ix« ou au x° siècle. Les pierres offrent presque foutes
des lettres {jravées assez pi otuiidément \ ce sont 1rs iuaii|ues que les ouvriers travaillant à la pièce, ontde tout temps employées pour désigner leurs ouvrages. Ces lettres parmi lesquelles on remarque surtout des P et des R, ont paru à M. Ar^ fané offrir une grande analogie a^ec les mêmes caractères , tds qnVm les traçait au ijl* ou au flMIai . Cette clwervation aefaitceQoluawla ai Ton pouvait détanniper rigowpenawioat les caractères de cette époque. Mais on n'a pourpoint de comparaisou que des lettres tracées avec la plume ou le pinceau sur le Télin des manuscrits. Or on sent que la différence des instrumens et de lu matière qui reçoit les caractères a dû changer lanaibleineiit leur forma. Il ikut i^jouler q«e la dato des mannsorits aatérievurf au zii* siècle, eitpmqqis tosjcMiM très contestable; enfin que les habitudes partieubèras à V4^ crivain, et célles de son pays , augmentent encore la difficulté de s'arrêter à de certaines formes, et de les prendre pour ty*» pcs constans d'une époque.
planent au-dessus dti groupe. A côté on voit un homnie avec un enfiinti une femme et deux jeunes filles , probaMement la famille du donataire. Les
costumes sont extrêmement curieux.
L'intérieur do l'église , qui présente l'apparenee d*une basilique romaine, plus moderne suivnnt moi que le portail , bien que son ornementation ait aussi un caractère antique , a été restauré à plusieurs époques. Les chapelles latérales ont été construites au xiv® siècle, ainsi que l'apside que Ton a cherclié cependant à raccorder avec le reste de la basilique. Quant au clocher, on sait positivement qu'il a été détruit en partie au commen* cernent du xtr* siècle , soit à la suite du siège que soutint Benoit XIU, soit par reflet d'un tremblement de terre. Il est constant qu'il a été réparé en lâSl. La voûte de la partie la plus ancienne de Notre-Damc-des-Domns est ogivale, en berceau , mais les fenêtres et les arceaux intérieurs et extérieurs des murs latéraux sont en plein cintre. J'ai parlédu style antique de Tornementation; la corniche qui soutient la partie ancienne du clocher est surtout remarquable à cet égard.
M. Rénaux 9 architecte du département de Yaudttse , a vérifié que son profil était copié exactement sur celui de la corniche de lattique de Tare antiqud d'Orange.
Ma première impression, et je crois qu'elle sera partagée par tous ceux qui ne sont pas encore familiarisés avec rarchitecture du midi, fut que la
partie la plos ancienne da moniiment, le pordie excepté, appartenait i la fin da xii* siècle; et j'attribuai le rapport entre rornementatioa de la nef et celle da porche, à one imitation de bon goût , imitation dont on a un exemple , plus moderne à la. vérité, dans la décoration de rapsidOé X Tontelbia mon jugement nW fondé que snr la présence de cette voûte en ogive , et les conclusions que Ton en peut tirer ont perdu pour moi de leur importance, par soitë des obaeryations que j'ai faites dans le courant de mou voyage sur pluaieurs églises du midi où Ton voit des ogives certainement fort anciennes
Le tombeau de Jean XXII, gothique fleuri, est d'une élégance et d'une légèreté admirables. Dans la même chapelle on conserve un autel en marbre , fort ancien, en forme de table , soutenu par
» Un de mes amis qui a long-temps étudie , et qui connaît parfaitement rarchitecture du midi de la France, n'est point éloigné de croii-e que le portail de Notre-Dame-det-nonuis est contemporain de la nef, et que Ton et Tautre appartiennent à répoque de Charlemagne. Il fait remarquer que Fornementaiion est la même , et qu*entre eux il n*y a de différence que dans Tappareil. Quant à la voûte ojfivale, Tare brisé est très peu prononcé, et il pense que cette forme a pu être adoptée dès le ix^ siècle pour obtenir la pente nécessaire à la toiture, dpnt le dallage repose immédiatement sur la Toute , et pour donner à la construction la solidité qu^elle n*aurait pu aTob si la ^oàte eût été en plein cintre L*épaii- •eur de cette voûte est telle , qu*à la clé elle n*a pas moins dei m. 80 cent. — Je crois devoir rapporter cette opinion, que je ne partage pas, imm qui •( un côté spécietix.
cinq colonnes ftvoc vn rebord peu saillant. Autrefois il était dans le chœur , caché sous un autel plus moderne , en forme de tombeau. Ou i a découvert lorsquW a remplacé ce d^aier par Tautel que Ton voit aujourd'hui. Peut-être a-t-il été en usage du temp;» des papes, qui, comme on sait, disent la messe le Tisage tourné yers les fidèles j probablement il est même encore plus ancien. Autrefois, cette position était eelle de tous les officians , et c'est une question très obscure et très difiBcile que de préciser l'époque où les autels, en forme de table , ont été remplacés par l'espèoe de coffre ou de tombeau qu'on à depuis long-temps adopté dans toutes nos églises.
L'ancien pont d'Avignon , qui réunissait la Provence au Languedoc, est maintenant presque détruit. De vingt-deux arches , il n en reste plus que quatre qui s'appuient à la rive gauche du Rhàne. Ce pont , remarquable d'ailleurs par la légèreté de son architecture , n était pas construit en ligne droite , et chacune de ses extrémités était termi-
néc par une tour. Entre ]a deuxième et la ti oisième arche , s'élève une petite chapelle consacrée à saint Beneiet. Elle est presque dépourvue d'ornemens; quelques détails cependant méritent d'être cités , entre autres les modillons à l'extérieur de Fapside. Un d'eux est le chapiteau dW pilastre corinthien. S'il n est pas antique , il atteste une imitation très habile , et la conservation des traditions de Fart antique à une époque où il
Digitizcû by Gdo^Ic
était absolument oublié dans le nord de la France* La chapelle est «ans donte contemporaine da pont, élevé en 1180. Ver» lexv* siècle on Ta divisée en deux parties par un plancher parallèle à sa base, de nuuiière à foire deux chapelles : Tune de plein pied avec le pont , Tautre plus basse rejïosant sur une des piles. L'apside de la chapelle in* liérieure est cintrée et la nef ogivale ; le contraire a lieu pour Tctage supérieur. Tout s'explique focilement par la restauration dont j'ai parlé*
L*aspcct général d*Avignon est celui d*une place de guerre. Le style de tous les grands édifices est militaire , et ses palais comme ses églises semblent autant de forteresses. Des créneaux , des machi-* coulis couronnent les clochers; euiin tout annonce des habitudes de révolte et de guerres civiles.
A voir le château des Papes , le plus considérable de tous ces bâtimens , on dirait la citadelle
d'un tyran asiatique plutôt que la demeure du vicaire d'un Dieu de paix. Construit sur un rocher escarpé , il élève ses tours massives i une hauteur prodigieuse. Rien dans cet immense édifice ne parait avoir été donné à Tart ; partout l'agrément et même la commodité ont été sacrifiés à la sûreté. Non seulement Tépaisseur des murs, leur élévatiim , les fossés qui les bordent, semblent défier les attaques de vive force , mais on a prévu encore le cas d'une surprise. L'intérieur du palais est aussi bien fortifié que reitérieur. La grande
oour dominée de tous oAtés (Mir des tours et de hautes oourtines. Naître de la porte et dé oelte oour, raâsaillaut na rien lait encore > c*est un nouveau siëge qu'il lui faut eatrqprendve ; enfin toutes ces défenses emportées , reste une tour à forcer. La porte se brise, Tennemi se précipite dans l'escalier, il va pénétrer dans Fapparlenkent que le pape a choisi pour sa retraite. Tout d'un coup Tescalier se perd dans une muraille* Au dessus, une espèce de pallier, oà Ton ne peut monter que par une échelle , est garni de soldats , qui peuvent assommer un à un ceux qui déjà se eroyaient vainqueun
Ce château, dont la plus grande partie date de la première moitié du xiv* siècle , peut être considéré comme un modèle de ravchiteeture militaire à cette époque. Ou es»t frappé de la rusticité de sa oonstmotion , de Tirrégularité choquante
de toutes ses parùcs , mé^ularitc qui n'est motivée ni par la disposition du terrain , ni par des avantages matériels. Ainsi les tours ne sont pas carrées, les fenêtres n'observent aucun aligne* ment , on ne rencontre pas un seul angle droit , et la eommnnieation d'un corps de logis^à un autie n'a lieu qu'au moyen de circuits sans nombre
« Le château des Papes n*a jamais été pria de we force. Pierre de Liina , Tuiiti-pape Benoit XlII. y soutint un long siège contre le maréchal Boucieaut. On nionlro encore le smilerrain, encombré oujourd^hai, et la poterne par où dit-on, il purvinl à s*éoluip][ier.
' J'oubliais de citer un cKarmant eoiridur à colonnetten
Left maohiooiilis da8 eoartines ont ici ime forme
singulière. €e ne sont point comme d'ordinaire ' des créneaux en saillie , ouverts en dessous et soutenus par des consoles rapprochées. Qu'on se re-* })résente une immense arcaturc o^ivah^ , derrière laquelle s'élève un mur en retraite de deux pieds euTiron , auquel les piliers des arcades servent de contrefort. L'intervalle entre une arcade et îa muraille , est un mâchicoulis f au lieu de pierres ou de traits, on pouvait jeter par li des poutres énormes qui , tombant horizontalement , devaient balayer dix échelles a la fois , ou bien écraser d'un seul coup une rangée de mineurs , sHl s*en trou* vait d'assez hardis pour essayer de saper le pied des remparts.
Dans une des tours , du côté de Forient , on montre la chambre où siégaient les inquisiteurs; une autre, voisine, où Ton donnait la torture. La voûte de cette dernière salle est très bizarre. C'est line espèce d'entonnoir arrondi à son sommet. — Un four qui a pu servir à ûiire chauffer des ferre» mens de tortatrc, est ]iratK|iié dans la mnraille ; a côté on voit encore les ti*ous ou était fixée la machine nommée Ve/Uhj invention avîgnonnaise pour obliger Thérétique le plus endurci à convenir des crimes qu'on lui imputait. C'était une es«
gothiques, pratiqué dans rëpaiiseur d«s mur», au quatrième étage du palais. C*est un chef-d'œuyre de griee et de
K-^ti été, qui tranche agréablement avec la rudcs&e et la lourdeur des coastructious voisines.
pèce de pal dont l'evtrémité obtuse était taillée en pointe de diamant. Le patient était assis sur cette pointe, et suspendu par des cordes qm l'empêchaient seulement de tomber , laissant porter tout le poids de son corps snr Finstrument de supplice. La puissance de cette maidiine et l'habileté des bourreauiL de Sa Sainteté étaient fort renommées dans le dernier siècle. Lors du procès des Damiens, le légat, désireux de se rendre agréable au gouvernement français, etpédia à Paris, sur la demande de ce dernier , le bourreau d'Avignon avec sa veille, mettant son savoir-faire et son instrument à la disposition de ses bons voisins* Heureusement pour le malheureux fou , on n'attendit pas pour l'exécuter Tarrivce de ce reutbrt de supplices.
Une. salle bosse , qui sert de cuisine aujourd'hui , est soutenue par un gros pilier cylindrique sur lequel Tîennmit aboutir les nerrures de la voûte. 11 n'a pas de chapiteau, pas même de moulure. Il est évident d'ailleurs qui! appartient à la construc* tion primitive qu'on ne peut croire postérieure au commencement du xiv^ siècle. C'est donc un exemple ancien de la suppression du chapiteau , laquelle n'est devenue fréquente qu'après 1400.
Les courtines sont presque aussi épaisses que les tours. L'une d'elles contient deux églises , lune au-dessus de l'autre. L'église inférieure a deux nefs, l'autre n'en a qu'une. Les chapîtaux des colonnes groupées ^ qui forment jes piliers, ne man-
quent pas d*élégànce ; mab les dispositions intë* rieures qu^on a faites dans ces églises pour les oonverlir en caserne, ne permettent pas de jnger aujourd'hui deFeffet général
Une tour et une partie de Téglise ont été peintes à fresque par le Giotto, suivant les uns» par le Giottîno, suivant les autres Les peintures de la tour sont fort détériorées, mais ce qui en reste est encore admirable. Quelques têtes, par leur nobles?^ et leur grâce exquise , approchcul de bien près de la manière de Raphaël. Les fibres sont longues, raides, couvertes de draperies collantes et plissées ; on sent encore la sécheresse du style des peintres gprecs ; mais ce défaut est bien racheté par la naïveté des poses et la vérité des expressions. L'absence de toute convention académique, cette simplicité qui n*est jamais triviale^ sont des qualités trop rares et trop éminentes pour ne pas foire excu&er bien des incorrections. D ailleurs, les iautes de dessin et de perspective sont si gros* sièrcs et si évidentes, il parait si facile de les corriger , qu'on ose à peine les remarquer. Ce sont des négligences qu'éviterait un écolier et qui ne portent pas atteinte au mérite de l'artiste. Âu con-
> De deux étages on en a fait cinq , ({lu sont divisés en
outre par des murs de refeod.
3 Ces i)einture8 ornaient une chapelle qui aulrefois avait servi (]f tribunal à Tinquisition , cl qui devint fiisiiite l'arsenal des papes. £Ues représentaient le jii^^ement dernier plusieurs autres sujets.
traire, eUes fotit ressortir avec plus féeiat ses bel-^
les qualités, (^ue 1 art moderne n*a jamais surpa^-*
Le mortier enlevé par places , laisse voir «ur Tappareil du mur le trait des figures esquissées au crayon ronge avant Tapplication du mortiw snr lequel elles sont peintes.
Les coulejurs ne me paraissent pas avoir beaucoup changé, à l'exception des verts q%à sont devenus noirâtres et presque de la même teinte uniforme , quelle qu*ait été leur valeur primitive.
Âu reste, ce n'est pas le temps qui a le plus endommagé ces belles fresques. Depuis la restauration, le palais des Papes sert de caserne. En 1816 ou 1817, un régiment c(jrsc y était logé. Les soldats, en qualité d'italiens, avaient le gout des belles choses et savaient les exploiter* Des Français auraient balafré les saints ou leur auraient mis des moustaches. Les Corses les vendirent. Une indus* trie s'établit dans le corps. Elle consistait à détacher adroitement la couche mince de mortier sur laquelle la fresque est appliquée, de manière à oh •* tenir de petits tableaux qu'on vendait aux ama* teurs De cette manière un assez grand nouibro de têtes ont disparu. Celles qui restent ne sont pas probablement les plus importantes, et cependant il est impossible de les regarder sans admiration.
^ ils avaient fabrique des instrument puur cette opérulion.
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Aujourd'hui la tour est fermée et Ton prend soin que œs dégradations ne puissent se renouvelei- ;
mais le bâtiment est \ivu \ et lézardé; on prévoit q[U6 te temps viendra où il sïsra nécessaire de le dé* molir. Alors ne pourra^t^on pas faire ce que faisaient les soldats corses, mais avec encore plus de soins et de précaution? *
Des fresques de Fé^lise , il ne reste plus que deux Toussures de Tapside , représentant les prophètes de la Bible et la sibylle qui prédit la Tenue du Christ. Ils sont tous debout, droits comme des soldats sous les armes, et disposés les uns audessus des autres , comme les statues dans les voussures des portails gothiques. Chacun a son nom écrit au-dessus de sa tète. Ces peintures sont parfaitement conserrées. Les draperies sont d*une grande richesse, et l'artiste paraît avoir voulu imiter les étoffes brochées d'or et de soie qu'on tirait alors de l'Orient. Les tètes , belles et nobles, expriment ce calme religieux si convenable à des personnages bibliques ; mais, à tout prendre, je ne retrouve pas là ce caractère de grandeur naïve si frappante dans les peintures de la tour. Je ne reconnais pas la même main, les mêmes couleurs. Les proc édés matériels sont perfectionnés , mais non la puissance d'imitation et le talent. Les Corses ont fait preuve d*nn goût fin et délicat en
onnant la préférence aux. fresques noires, sur ces prophètes brillans d'or et d'aiur«
La portion de voûte où ils sont représentés sert
nctmeUemeut do dortoir a quarante chasseurs d'Afrique. Jusqu'à présent ils ont respecté les prophètes, mais je tremblais en pensant qu'au premier jour ils pouvaient se lasser d avoir un dais orné de saints , et essayer de le retranclier à leur manière. J'ai demandé qu'on iermàt cette salle, de même que la tour. Le château est si vaste qu'on trouverait facilement le moyen de loger autre part les quarante chasseurs.
Tout auprès du château des Papes on voit une tour carrée , environnée de quelques masures» C'était autrefois le palais de la vice-régence , et l'un des plus anciens édifices d'Avignon. Peu de jours après mon départ cette tour s'est écroulée. On en a heureusement retiré le seul fragment qui offrit quelque intérêt, un bas-relief représentant un guerrier à cheval, couvert d'une cotte de mailles et portant un casque de forme conique. Il tient un petit pennon , et derrière lui , un autre guerrier à pied semble ficher sa lance en terre. Le travail est bari^are, et je suis tenté de regarder ce bas-relief comme très ancien. Le casque conique, absoluineut semblable à ceux qu ua voit sur la fameuse tapisserie de Bayeux, est le seul indice diaprés lequel on puisse iui assigner une date :
cette forme paraît avoir été abandonnée vers le
XI* siècle, ainsi ce monument serait du x° ou peut* être du n*.
Les églises d'Avignon offrent. peu d'intérêt : la plupart appartiennent au xiv*, surtout au xv^ siè^
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cle % et leur architecture, souvent restaurée, n*e9t point remarquable. Il faml pourtant noter la forme à peu près générale de Tog^ve à Lase fort large et dont les courbes sont plus arrondies que dans FogiTe du nord ; cette fonne est caractéristique dans la Provence , et j'anrai bientôt occasion de parler de Tcpoque reculée a laquelle die parait 8*ètre introduite.
J'exempterai du reproclie , peut-être trop absolu , que j ai adressé aux églises d'Avignon , celle de Saint>Pierre dont la fiiçade est dW gothique fleuri très élégant; les portes, ])lus nioderues, sont parfaitement traTailiées et leurs ornemens «ont du meilleur goût*
La façade méridionale de Féglise de Saint-Martial S dont la nef est aujourd'hui presque entiè** renient détruite , était oélèbre autrefois pour une certaine fleur-de-lys en pierre dont les branches contournées d'une manière fantastique, formaient comme les meneaux d*nne ogive dans laquelle la fleur-de-lys était encadrée ; je n'ai pas trouvé qu'elle méritât sa réputation. Ces formes toutr^ mentées me déplaisent et me fiitiguent ; c'est comme une énigme qu'on ne se soucie pas de de-* viner et qui cependant occupe involontairement*
L'église des Dominicains , qui fait partie de la
* Saint-Didier, im. — Saiat-Pierre , 1438. — Le» Cèlestins , 1406.
a Elle fut consacrée en 1503, et considérablement agrandie en im.
fonderiid de YaUcInle ^ mé ptiralt tine des ^!tts an*
t)iennes de la ville. Elle est mal orientée , son i^side regardant le nerd ; ib'àis examinant ses nrarailies à Fettérieur, j'ai dvstin^ë des constructions anciennes et une portion de crypte sous le traïissept droit. On attribue fiiiissement à i^aint Dominique la fondation de cette enlisé qui a été bâtie en 1S30} mais Traisemblabiement on n'a Ait que relever alors celle qui existait avant au
même lieu , et que les Albigeois peut-être avaient détruite. La direction de Taxe de l'église ancienne anra été changée dans cette restauration , proba* blement pour conserver quelques bàtimcns élevés mx ses ruines. Le cloître, beaucoup plus moderne, est vaste et décoré avec élégance. Les retombéeà
des nervures de la voûte s'appuient sur des consoles et des chapiteaux historiés exécutés avec beauconp de goût et de délicatesse. Malheureusement les ouvriers de la fonderie , qui passent et repassent continuellement dans ces galeries , en mutilent à plaisir les jolies sculptures ; plusieurs chapiteaux portaient les traces toutes fraîches de ces odiienses attaques. — J*ai remarqué trop souvent que toute représentation de la figure humaine excite à la destruction bien plus énergi- * quement que tout autre objet également beau et fragile. Notre belliqueuse nation se plait au simulacre des combats ; dans notre système d'éducation , on ne s'est point occupé de régler cette disposition naturelle , de manière à eu détourner les
mauvaises conséquences. Faute d'exercices gymnastiques {irescrits administrativement , les en* fans s'en créent comme ils peuvent* Un saint de pierre est pour eux un but tout trouvé , but bien plus noble qu'un arbre par exemple ; c'est un ennemi qu'ils ont plaisir à démembrer, ils voient les blessures qu'ils iunt, ils nomment les parties du corps qu'ils visent. Ne pourrait-on pas persuader aux en fans dans les écoles qu^ils auraient plus de mérite à lancer leurs pierres contre un mannequin placé dans un lieu convenable, par ordre et aux frais de l'administration municipale?
Il me reste à parler du musée légué à la ville par M* Calvet et depuis considérablement augmenté par des donations. CVst un des plus intéressans de France , tant par le nombre que par la rareté des objets qu'il renferme. Les membres de la couunission d'administration s'occupent avec un zèle infatigable à l'enricliir de tous les fragmens antiques découverts dans le Comtat ou dans les départcraens voisins. Ces acquisitions sont dirigées avec goût et discernement. Mon seulement le musée recueille les antiquités quW trouve en Provence , en ciileurunt la terre pour ainsi dire ,
9 M. GalTet a légué à la ville ses collectiofis et sa fortune, environ 8,000 fr. de rente , sur lesquels 4^000 seulement peuvent être appliqués à la conserralion et à raocroissement
da Musée. La ■ville fournit le local , paie les employés ; mais jusqu'à présent elle n'a pas vote de fonds pour compléter les collections.
mais il s*ouvre encore pour une infinité de débris
iraportans des arts du itioyen-age , qu'ailleurs de tristes préjugés laissent à l'abandon. Qu'il serait à désirer que toutes les villes de France , même celles qui sont placées dans une position bien moins avantageuse , imitassent Fexemple d'Avignon ! On s'apercevra de l'importance de nos vieux moniiinens lorsqu'ils seront perdus sans ressource* Que faudraitril faire pour les conser-. Tcr? Quelques légers sacrifiées : une salle, un hangar à l'abri de la pluie , en voilà assez pour donner asile aux morceaux curieux d'architecture
ou de sculpture tirés des édifices démolis pji des particuliers. Combien de bas-reliefs précieux , d'inscriptions importantes , de chapiteaux élégans, n'ont laxs été jetés péle-iuclc avec des pierres de démolition , ou vendus comme vieux moellons! Combien de pages intéressantes de notre histoire ont été ainsi déchirées pour jamais !
Le muiée Calveà comprend à la fois une belle bibliodièque , une collection d'environ 19,000 médailles % une galerie de tableaux, un grand nombre de morceaux de sculpture antique ou du moyen-âge , enfin beaucoup d'objets antiques , tels que bronzes, ustensiles divers, vases, statuettes , etc.
La galerie de tableaux est médiocre , je n'y ai
' La coUcclion en grand bronze des médailles impériales est reniarfpiable par sa belle conscrTatiou. Elle se coiuposQ de plu8 de quinze ceats pièces différentes.
liea trouvé de remarquable , si ce o'est ta* bleaa attribué à Luiiu , deux H. Yeroet , et queU ques morceaux du xv* siècle bien conserves, et intéressans sous le rapport des détail^ d'^ustçment , et quel^iofois par le type naïf et graoieiixdes figures.
La collection d'objets aiiUqu»es çst plus importante. J'y ai admiré plusieurs statuettes d*ua tra* vail délicieux , et qui appartiennent sans doute, aux plus beaux temps de 1'^^ — Une petite caricature de Caracalla , représenté en marchand do petits ]).Ués , est un chef-d'œuvre qui prouve qu'en France on a toujours eu le sentiment exquis du ridicule ; c*est la meilleure charge que j'ai Tue, et M. Dantan devrait Tétudier comme un modèle classii^ue. — Je citerai epcore des armes et des ustensiles en bronze , de forme tout à fidt grecque , trouves en Provence, et qui remouteut, suivant toute apparence , à unç époque antérieure à Tin-, vasicin romaine* — Un morceau fort curieux, c*est une enseigne romaine en bronze, d'une conservatîou parfaite ; elle est fondée par deux cercles, tangens Tun à l'autre et surmontés par une plaque plus longue quie large perpendiculaire à la • hampe ; le tout est orné de moulures d'une finesse admirable. Je suppose que l'intérieur des deux cercles était rempli par des médaillons d'un métal plus précieux. Vraisemblablement le portrait d'un empereur, ou bien quelque symbole particulier à un corps militaire, remplissait ce
TÎclc; c'était probablement Tensaigne d'une col^ort^ ou d'une 4o oav^lerie*
tteoBod les fimgmens de fioulpUire antique , j'ai remarqué un torse en marbre, d'euiaut ou de génie , d'up trè» beau style , plmieuro métopes représentant des Gentuures , ënfin un asseï grand noq^re d^ b^reliel^ recommand^jes , soit par 1^1^ exéoutipn , soit par l^axB sujets* — fouilles mpdemea ont asDienë au musée quelques débris de mosaïques, mais de peu d'intérêt , à Texception d'un^ , asseK grande , sur laquelle est traoé un plan , ou plutôt une vue oblique d'une ville ou d'un caipp fQr,tifié de tour^ owëes , percées de. £oi|étres et couronnées créneaux
élevés.
l^SL description de tous qcs oj^y^ts avec l^indication de leur origine n'a pas,eneoi» été publiée« Elle existe en partie dans les manuscrits de M. Galvet,, que la oonimissioA du nius^e doit faire iiQ* primer* Il est bien à désirer pour Thistoire de l'art que cette publication ne soit pas retardée; le savoir profond de M. Çt^lyet et; l'étendue de ses recherches, donnent un immense intérêt à cet ouvrage , résultat d'une vie entière consacrée à de consciencieuses études.
Au risque de répéter des monumens déjà publiés , je donnerai ici la copie de quelques inscriptions du musée d'Avignon , qui m'ont paru particulicreiiiuiiL intéressantes, parée quelles sont . eu langue gri^ue , et que presq^e tous les noms
propres sont romains. Il parait que , dans beaucoup de provinces de Fempire, les habitans du pays, pour se mêler aux yainqueurs, ont emprunté leurs noms avan t d'adopter leur langage.
L'inscription suivante, n^ 1 , est placée au-dessus d'un bas-relief, représentant un repas funèbre : un iiomiiie couché sur un lit, appuyé sur le coude gauche , le haut du corps relevé , tient de la main droite une coupe sans anse on plutôt un gâteau; à son chevet, est une table à trois pieds , couverte de fruits ou de gâteaux. Au pied dulit, un femme, dans une attitude pleine de grâce et de noblesse, est assise dans un fauteuil , tenant dans ses bras un enfant nu, qui tourne la tète vers Thomme couché. Deux autres figures d'une proportion beaucoup plus petite sont debout de chaque côté de Fespèce d'estrade, sur laquelle le fauteuil et le lit sont placés ; à droite , du côté de l'homme , est un cniant revêtu d'une simple tunique , derrière la femme, une jeune fille enveln|»pée d*une langue draperie. Ce sont , je pense ; les esclaves des deux personnages principaux»
KM AïiKPlA nc>:\I 1 lOMA- A'EPENMa nPA12EîîTl-Tû.ïl01
On remarquera l'O substitué à Vsi dans le mot utfe ce qui semble indiquer qu'autrefois, comme
biyiiizca
encore anjourdlmi, ces deux lettres n'étaient pas
distinguées dans la prononciation.
L'inscription n'' S est tracée au-dessous d'un bas-relief, représentant deux bustes de hce, une femme et une jeune fille : la première est enveloppée d'un Toile^ Tautre porte cette perruque qui se retrouve dans tant de portraits antiques.
lOYMMOr KAï KOriNTOE KAI KEIIA MANTil TH miPl MKHMUI XAPII4
2ov[Ji!ÀO^ y,at Kovivzoç
Le r est formé par une barre verticale , avec deux traits perpendiculaires adroite, Tun en haut, l'autre en bas, comme le C est souvent figuré dans les monumens du moyen-âge.
Le n° S est tracé sur une plaque de marbre brisée. Yoici ce qui reste de Tinscription t
TIFENON KAAYAION APAK02iX02 YlOXi EX FfiINA AUnnATPON nAÂAlOnOAElTAU KAArAU HOAIATOPA OrrATHP OEONIS 4>r SKlATOîî » ANAPA EYÎSOIAS ENKA « KAI ♦lAOZ
L'inscription suivante ma paru curieuse par son > Sic.
^ Pour evtjca ?
orthographe singuUèrei qui. substitue dcux l à rE ;
MAGIAII SllVi: MaciaQ (Marcia)? ) SeYemu aiiea
SUYIIRINÏT M Séverine (œ) M *
ILNO&IAIl AUT' Hsmoriii aeft-
IIRNII AVAUU Hne (m) AnnoU-
yS. VALIIRIAN -ut Valerian-
VS SII VIVO, CO -us se yWo, co- (n).
IVGI HT SUBil -jugi et sebe (sibi)
CIVIS VIIRVIIBCr ci VIS ververg- i
IILLIISIIS 3T \( I SU ^eses (û) Mac! (Marci?) ie*
VIIRINI SOKOR T -Terini soror t-
AIIBVNI LIIGION -lelmiii (tribum) l^gian-
IS SIICVliDUS IT 4b seciuidef (Mciind») iW
ALICIIS. -elkes (itsKciB), ..t.,
L orthographe vicieuse de cette rnscription semble indiquer rexitfence d*un patois proviDcial* ie crois, d'ailleurs, f|u'il faut reporter la date de oe monument à une époque postérieure à rétablis-, fijement du christianinne.
Le ])lus curieux spécimen de la sculpture du moyen-àge , est un bas-relief de grandeur naturelle, exécuté aotts la direction du roi Réné; la partie supérieure est au musée et le reste dans Té-
> M. Ch* Lenonnant , à qui j*at communiqué celte inscrip* tion^pentequMleestdedeux époques distinctes. La première partie indique que le tombeau a été élevé à Macia Sererina
par Aurelianus Vaierianus ; puis , le père ou le frère de celte Macia Severina. Macius Severinus, a été iuhuiué dans le mémo tombeau par sa sœur, qui aurait ajouté ia seconde partie de Tinscripiion. — ymegeUeBiêw rapporte .probablement à VerceiL
gliae de SafaitrDUiier : U r&pTéemte portement
delà croix. Les figures sont remplies d'cxpressipu, maibleiir caractère est W et laid. EUes rappellent les tableaux dea premiera rataitres allemands. Ce^ pendant le îo^d du bas-relief, où rua voit une Tille » offire d(Ç8 détails d'arcbitecture qui dénotent Fépoqae de la renabsaneeet la manière italienne. Les (brapei^ies sont rehaussées d'or ; mais il ne parait pas qu'elles aient jamais été peintes* Ce basrelief a servi do retable d^autel.
11 septembre*
Je sui^ allé aujou^'hui. à Villeneuve visiter le tombeau gothique d'Innocent \U La chartreiise
OLL il était renferme a été vendue par parties, à l'époque de i^. réyolation»^ et le tombeau compria dans un dm lot^, se voit aujourd'hui dans une masure appartenant à uu pauvre vigneron. De»
tonneaux., des tropps d'olivier, des échelles énormes , sont entassés dans le petit réduit où se trouve le mausolée. Je ne comprends pas comment , en dépifiçant toutes, ces, choses » on n'a pas déjà mis en pièces ces clochetons si fragiles, ces colonnet* et ces feuillages si légers et siélégaus« Bien de
plus Bvelte, de plus gracieux, de plus ricte que ce dais de pierre. Autrefois un grand nombre de statues d'albâtre ornaient le soubassement ; elles ont été vendues une à une; de plus, le propriétaire de la masure a défoncé ce soubassement pour s^en faire une armoire. La statue du papo, en marbre , a été iort mutilée ; enfin , il n'est sorte d*outrages qu'on n'ait fait subir à oe magnifique monument. Dégradé comme il est , il offre encore un des plus beaux exemples de rornemeuiation gothique au xn^ siècle.
Après quarante années d*oubli profond , les habitans de Villeneuve se sont avisés tout d'un coup qu'ils possédaient une espèce de trésor ; mais il a fallu , pour le leur révéler , que leurs voisins d'Avignon aient essayé de le leur enlever. La négligence et la barbarie des premiers, méritaient Lien d'être punies , et je regrette que le musée d'Avignon n'ait pu obtenir l'autorisation de le faire transporter dans une de ses salles, on mieux encore dans la chapelle de Jean XXII à Notre- Dame-des-Domns. Au reste, l'important, c'est qu'il soit conservé, et des mesures viennent d*étre prises pour qu'il soit transféré dans l'église de l'hôpital.
L'église de Villeneuve, gothique lourd du xiv** siècle , présente le même caractère militaire qui distingue les édifices d'Avignon : murailles élevées, tours massives , construction solide et pesante , ogive à large base , à sommet tm peu ëmoussë. Dans le bas de la tour placée à la droite du chœur,
— loâ —
on remarque une arcade ogivale, bouchée, d'un grand diamètre. On a voulu probablement augmenter ainsi la solidité de la muraille.
J'ai vu dans cette église une fort belle descente de croix d'un maître it$dien ; je serais tenté de l'attribuer au Bellin : la couleur est magnifique , et le dessin , pour être un peu raide , ne u auque ni de grandeur ni de vérité ; malheureusement on Ta placée dans une chapelle si obscure , qu*on a toutes les peines du monde à Texaminer.
Lliôpital de la mémo ville possède un autre tableau très remarquable du xv° siècle ; il représente le jugemeut dernier. Le Père et le fils, en longues robes de pourpre , occupent le haut de la composition. Leurs tctes sont de la plus grande beauté. On ne pourrait choisir un meilleur modèle pour rendre la beauté unie à la majesté. Entre eux , le Saint-Esprit plane, les ailes étendues, dont les extrémités effleurant les bouches du Père et du Fils, forment ainsi une espèce de trait d*union qui m*a rappelé l'Amour du tableau de Pygmalion , par Girodet. Au-dessous est la Vierge, drapée de bleu, et à moitié enveloppée dans les robes des deux personnages principaux de la Trinité. Cette tète est moins belle que les deux autres ; elle est grosse et carrée; c'était le type ù la mode vers 1500, car il y a des modes pour les figuras, comme il y en a pour les habits. Autour de la Trinité se groupent une foule de saints et de prophètes , sans parler d*une armée d'anges et de chérubins rouges^ verts,
bleus , etc. C'est une ancienne idée empruntée , je crois, aU Paràdis de M ahoniét, que cette yariété de couleurs pour les habîfans du ciel. On dit que le peintre k donné à plusieurs de ses saints les traht d'amis du roi Réué ^ de ceux' qui loi réstè^ rent fidèles dans sa mauvaise fortune. En revanche, il a placé dans le bâs du tableau, parmi les damnés que les diables emportent, les énnemis de ce pauvre roi, et les seigneurs qui le vendirent à beaux deniers comptans. Je rapporte cette tradir> tion telle qu'on me Fa contée, saAs y attacher plus d'importance qu'elle n'en mérite. — On attribue le tableau au roi Rénë lui-même, parce qu'il « n*en coûte rien pour appeler les choses par noms honorables; 'n mais il est impossible que jamais roi , rëgnàt-il plus mal que Ràië , ait pu exécuter un semblable oUTrage. Quoique très sec , le dessin en est admirable, et toutes les têtes, même les plus petites , sont étudiées avec une étonnante perfection» Les couleurs ont peu changé, et les hques mêmes n'ont rien perdu de leur éclat. La proportion des figures principales est un peu plus grande que demi-nature ; elles sont peintes sur un panneau très lisse , à gouache , à ce qu il m'a semblé ^ puis les couleurs ont été fixées an moyen d'un vernis.
Dans la même salle » le parloir de l'hôpital , on voit un buste de femme d*une beauté angélique.
Elle est habillée en pénitente, d'une robe de bure, et tient des roses dans son tablier* C*est la célèbre marquise de Ganges , par Mignard. Les yeux ont
une indicible expression de douceur et de volupté.
: Les mines d*nii chàtean fort, dominé par une
petite chapelle du xii siècle, une très belle tour du xiY*' , dont les pierres sont taillées en pointes de diamattt, Toili ce que Villeneave présente encono de souvenirs du moyen-age. La tour parait avoir été destinée à servir de téte de pont, car elle est située positivement en face de celui qui eiistait autrefois sur le Rhône.
(Drangt.
SeptcniLie.
Je m'étais établi a Avignon comme dans un point central entre les petites villes du Comtat , qui of*
frent tant d'intéressans sujets d'études. Ma première excursion fut i Orange.
SoBtfaë&tre antique s'aperçoit de très loin, dominant toute la ville, et le mur de la scène, comme une haute tour , s'élève au-dessus de tous les batimens modernes.
Les gradins adossés à la pente d'une colline ,
suivant Fusage constant des Romains , sont en grande partie détruits, mais pourtant encore très reconnaissables. Le mur de la scène est mieux conservë. Construit de blocs cnorracs , il a résisté à toutes les attaques des hommes et des élémens. Autrefois il était décoré à l'intérieur de trois rangs de colonnes, Tune au-dessus de 1 autre, dont on retrouve encore d'énormes û*agmens, quelquesuns à leur place. La plupart sont de granit poli, plusieurs de luailjie blanc. — La décoration de la façade est ibrt simple : la grandeur n'exige pas d'omemens. Trois portes disposées symétriquement s'ouvraient pour le service du théâtre et peut* être pour recevoir une partie des spectateurs» Audessus règne une rangée d'arcades figurées dans l'appareil, surmontées d'une corniche et d'une ligne de corbeaux, dont je ne comprends pas l'u- . sage. Une seconde ligne de corbeaux * , k une toise du sommet du mur , est séparée de la première par une gouttière qui rejetait sur la place les eaux de la toiture de la scène ; enfin une corniche saillante couronne le haut du mur. Les six derniers corbeaux de chaque extrémité de la ligne supérieure, sont perces de trous, destinés sans doute à recevoir les extrémités des nui is a uxquels étaient attachées les toiles qui couvraient la scène ; mais il parait qu'un changement ancien dans la cou- .
* Un de ces corbeaux a servi pendant long-temps de but à la compagnie des arbalétriers, puis à celle des arquebusiers de la ville ; U est criblé de traits et de balies.
fitructiou Ie& aura rendus inutiles , car la comiehe les déborde sensibleinmt, et il serait impcmrible
de planter les mats sans l'écliaucrer. Ce qui rend encore plus probable cette restauration antique , ou ce changement dans le plan , avant sa parfaite exécution , c'est que la scène a été éyidemment couverte par un toit en charpente. Si Ton monte aufidte du mur, on aperçoit encore distinctement les trous pratiqués pour recevoir les fermes de ce toit« Retenues dans ces trous, et s'appuyant sur des massifs de maçonnerie dans le tiers de leur lon[i^ueur , elles pouvaient s'étendre sur toute la partie de la scène où se tenaient les actenrs* D'au*» très trous dans le même mur , mais un peu plus élevés, ont probablement servi à engager des poutres qui servaient d'arcs-boutans aux fermes. Ce toit ne couvrait que la scène qui, vue des gradins, devait paraître comme un immense hangar* Des deux côtés de la scène , deux corps de bà*timens avancés, contiennent des salles spacieuses, des corridors, des escaliers, en un mot tontes les constructions accessoires d'un théâtre , et nécessaires aux acteurs et aux machinistes» Les escaliers sont remarquables en ce que deux mardies sont ordinairement taillées dans la même pierre. • Toutes les ])ariies de l'édifice, mais surtout le haut du mur de la scène , portent les traces d'iotn violent incendie. Les pierres raugies et lendaes, les marbres calcinés , une masse énorme de cendres, le démontrent; usqu'à rëvidence* C'est une
preuve de plus de l'existence d'une toiture audessus de la scène 9 qui seule a pu ibumir dei malériaax è la flamme qui a ùài tant de ravages.
Les princes d'Orange avaient fait de ( o théâtre une espèce de bastion avancé du cliàteau eou« atruit sur la hauteur, à laquelle il est adossé. On ▼oit encore une tourelle , ou plutôt une guérite (éohauguette), bâtie au sommet de la muraille de la scène, d^où Ton découvre toute la eampagpie environnante
Depuis peu d'années on a déborrassé Fintérieur du théâtre de la plupart des ignobles maisons qui rencombraieut. Mais en détruisant ces masures , on s'est aperçu de déf^adations effrayantes qu'on n'avait pas soupçonnées. Le bas des murs a été entamé en plusieurs endroits par des artisans qui logeaient dans ces ruines» L'un y pratiquait une porte , l'autre une armoire , celui-là pour agrandir sa chambre diminuait des deux tiers l'épaisseur d'une muraille. C'est miracle que tout ne soit pas tombé sur ces misérables. On voit dans quelques endroits des masses énormes suspendues , pour ainsi dire, sur une base minée de deux côtés. Si l'on ne s'empresse d'y faire de grandes réparations, la Frsjtee ne possédera pas long-temps encore ce moaument presque unique dans son es* pèce.
Un portique, qui subsiste encore en partie»
I £Ue vieut d'être démolie.
liait le théâtre ù uu hippodrome qui lui est contigu , et dont on sait fàciiemeat les contours àn haut de la colline dont j*ai parlé. De œ côté, les terres coupées à pic sont couvertes d'une épaisse maçonnerie à petit appareil ; mais il paraît que cette première enveloppe n^était pas assez solide, car on en a ajouté une seconde, en sorte que l'on Toit distinctement les paremens de deux murail-* les appliquées l'une sur l'autre. Une partie des murs de Tenceintc existe encore , et se retrouve plusonmoins mutilée dans desmaisbns modernes. L'étendue de cette enceinte elliptique et son peu de largeur, prouvent suffisammsnt qu'elle a été destinée à des courses de chars ou de chevaux , et non à des combats d'animaux ou de gladia* teurs. Le grand diamètre de Tellipse occupe toute la largeur de la vUïe moderne.
Du haut des ruines de Taneien château, l'œil embrasse l'enceinte de la cité antique dont les murailles apparaissent ea et là hors de terre. Elle était sensiblement plus grande que la ville moderne ; mais le calcul le plus libéral ne peut guère supposer qu'une population de quarante mille ames, qui n'est pas en rapport avec les proportions gigantesques du théâtre et de l'hippodrome*
L arc de triomphe d'Orange a été décrit si souvent qu'il me suffira de parler des réparations qu'on y a faites en dernier lieu. Eu général ^ elles sont bien entendues. Les architectes , MM. Oiristie et Rénaux » se sont bornés à eonsolidev ce qui exia-
tait , à consenrer les masses , mais ils ont eit le bon esprit de ne pas chercher à refaire des détails. — Là, comme ailleurs, les hommes avaient avancé l'œuvre de destruction bien plus qm les ëlémens. Les princes d'Orange s'ëtant fait un château dans Tintérieur et autour de ce monument. On voit sous ses arcades la trace des planchers et des escaliers qu'ils y avaient fait établir.
Les mots qui se lisaient autrefois sur les boucliers des trophées , sont maintenant frustes et à peine rcoonnaissabîes. I.e nom de MARIO, sur lequel on a fondé tant de suppositions ridicules, est seul parfaitement lisible* La plupartdes boucliers, dont kl forme est une losange alongée, tronquée à ses extrémités , portent des espèces de croissans sculptés sur leur face extérieure et régulièrement disposés. Je n'y puis voir qu'un ornement usité chez cfuelque peuple barbare, et je n'adopte point rexplication , qui en fait des marques dlionneur, riusigne de boucliers d^honnenr accordés aux soldats romains qui s'étaient distingués. Mais en admettant que ces croissans représentent des boucliers , quelle apparence y a-il qu'on ait employé les armes des vainqueurs a faire un trophée * ?
* La grande analogie de style entre les divert arci de triomphe de la Provence, Orange, Saint-Remy, Garpentras, rend très probable Thypotbèse qui en place Férection à la
nu'nie époque, et pum la im nip rause, les victoires de Marc- Aurèle en Germanie* iaprofubiou d'ornomensj la formelles
La femme qui met son doigt dans son oreille (sur le côté droit de Tatlique) , la sibylle de Marius , comme on Tappelle généralement , est bien plus inexplicable encore.
Les trophées maritimes (ou plutôt fluviatOes, car ils rappellent probablement des combats sur le Danube), sont un cbef-d^œuvre de composition • Les éperons de navire, les m&ts, les antennes, les cordages sont entasses avec une apparence de désordre, mais en réalité de manière à produire FeiBet le plus pittoresque.
Je ne sais à quoi tient la belle couleur jauneorangé des édifices antiques. Elle tranche fortement et de la manière la plus harmonieuse' avec lazur foncé du ciel de la Provence.
A la porte d'une maison très pauvre et très sale, j'ai observé une chasse du bas-empire, d*un travail assez remarquable.
, Après un jour passé à Orange, je suis parti pour Vaison.
Son hiisLoire est celle de presque toutes nus anciennes villes. D'abord bâtie dans une plaine 1er-
armes , le caractère incorrect cl étenUeui de ces monumens, conviennent bien à rarchitcclurc du 2^ siècle»
tile et florissante sous la domioatioa romaine, elle fut dévastée à plusieurs reprises par les barbares* Vent la fin du xi* siècle , derenue le siège d'évéques puissans , elle reprit quelqae importance ; mais les comtes de Toulouse la saccagèrent complètement dans les dernières années du xn^, et de cette époque sa ruine fut consommée. Les habitans , diassés de leurs maisons par le fer et le feu, allèrent chercherun asile sur une hauteur voisine, protégée d'un côté par des ravins escarpés, de Tautre par FOuvèse , rivière rapide et encaissée* C'est là qu'ils se bâtirent une ville nouvelle; une position facile à défendre étant une condition d'existence A cette époque de troubles*
La ville actuelle occupe encore la cime et le penchant de la colline , où l'on distingue quelques vestiges de ses anciennes fortifications* Peu à pcuelle s'est étendue jusqu au-delà de la rivière.
Le pont qui sert de communication entre les deux parties de la ville , est romain , et à l'exception du parapet , qui est tout moderne , il ne parait pas qu'on y ait jamais fait de réparations; au contraire, on a retiré les crampons du luélal qui liaient les gros blocs de pierres qui le compo* sent; Us sont d'ailleurs si bien appareillés, que la solidité de la construction n'en semble pas altérée* Cependant l'Ouvèse, comme toutes les rivières de montagnes , devient quelquefois un forrent iiupétueux; mais il n y a que l'homme qui puisse venir à bout d*un monument romain.
Att-delà dtt poat, vers la plaine, aupM$d d'uue petite éminenee, on voit deux arcades antiques à
grand appareil, et quehjucs restes de gradins taillés dans le roc. C'était là le théâtre, fort petit à en juger par le diamètre de sonhémieyde *•
Gii distingue à la gauche du théâtre les restes d'une voie romaine, etçàetlàquelcpies nibstraolions antiques que les trayaiis d'agricoltare ont mises à découvert. Toute la plaine est jonchée de délNrisde poteriesei de Juriques, de marbres, sor* tout d'ane multitude innombrable de petits cubes noirs et blancs , provenant de mosaïques détruites* ]^*autres fragmenii plus oonsklérables apparaissent sur divers points de la campagne et à Taide d'une pioche et de nos mains , mes compagnons de voyage et moi nous écartâmes la terre qui couvrait quelques portions de mosaïques assez grandes, malheureusement sans importance quant au travail. Ce n'étaient que des dessins très sinn pîes, des lignes et des carres alternativement noirs , blancs et rouges. 8ur le même point noua observâmes des débris d'hypocaustes, et que1(^ues fragmens de pilastres et de lambris de luaibre.
s n y STint oheB les Aoniaiiis des principes d*atoliitectart iromnablet. Par exemple, leimi tiiéfttres notaient jaraait bâtis c"ii plaine, mais î.oujour8 sur le peiu lianl d'une (juliiiiii, ce qui les dis^rr usait dV'levor des massifs pour soutenir les gradins. Je ne connais jusqu^à présent aucune ci^ception à oette r^s.
3 Notsaimeat dans la propffiété de M. de Monlfbrl. Ce liea s^appelle Bayes, autrefoia Burgus Bainealù
La ville moderne est bâtie en partie de matériaux antiques; des pierres tiimulaires servent de seuib ; des inseriptions, à demi efiaeéesi sont en* castrées dans les murs , pêle-inèie avec des moellons ou des caillous roulés de TOuvèse.
SouTent les laboureurs trouvent dans la plaine, des médailles , des pierres gravées , des lampes , des urnes , etc. Nul doute que des fouilles bien dirigées ne produisissent des résultats considéra* bies, et je suis persuadé qu'on pourrait leseffectuer à peu de frais. — Un pharmacien venait de dé* couvrir dans le même lieu, probablement la boutique d un marcliaud de poteries, une grande quantité de .lampes en terre, presque toutes de la même forme, mais avec des empreintes différentes ; le ^ plus grand nombre porte un coq en relief; deux avaient des sujets obscènes, d*ailleurs d'un travail élégant et soigné. Je ne sache pas quon ait trouvé dans cette localité des moules antiques.
On rapporte , sans aucune preuve , qu à la fin du XVI* siècle, un Italien, nommé Maraldi % vint «^établir i Vaison et se bâtit un château dans la plaine. Les fouilles nécessaires pour les fondations produisirent la découverte de plusieurs bas-reliefis et d'auùres fragmens, que le nouveau proprié-
* Le véritable conslnicteur du cbâleau de Maraldi est vm membre de la maison de Blégier, qui, en conservant ces frajy^ jtieiis, a fait preuve d^un goût d^auUat plus estimable qu^il était plus irare à cette époque«
taire fit servir à la décoration de son château en les encastrant dans les murs. Aujourd'hui, le château est deyenu une ferme, et le possesseur actuel, trouvant ces sculptures trop belles pour lui, cherche à s'en défaire Les has-reliels, au nombre de trois , sont d*un style qui annonce le commencement de lu décadence de l'art ; Tun représente un sacrihce} — le second une course de chars. La forme des bornes et celle des chars est la même que dans la mosaïque de Lyon. Le troisième bas^relief est le plus curieux : sur un chariot, espèce de boite carrée à quatre roues, on voit deux personnages en longues draperies, assis dos à dos sur des sièges fort bas et conduits par un cocher assis également sur le devant du chariot; quatre chevaux y sont attelés de iront. Leurs harnais sont assez semblables à ceux dont on fait encore usage dans quelques pruviiiccii de T rance; les colliers fort élevés se recourbent en avant; les chevaux sont ferrés, circonstance a noter , car on a nié que les anciens ferrassent leurs chevaux
On voit encore , dans les murs du château de Maraldi, une tète de roi barbare assez bien exécutée; — un mouton sui monté d'une étoile dans uu
> M. le MÎDistre de l'Intérieur, sur ma proposittoo , vient d'accorder une aomme sufEaaate poiiroontenrer cesfragmens précieux pour Farch^logie* lU viennent d^étre déposés dans
le Musée d'Avignon.
^ Poppsea, coujux Neronis^ dclicatioribus jumentis suis soleas es auro induere solebat. Piui. , lib. 53,
fronton trianfplaire, en marbre blanc et d^nn travail précieux (le poil est parfaitement rendu, et oobhho on dit à l'effèt) '« — Enfin les débris de deux frises, l'une représentant les Travaux d'Hercule , Fautre une Bacchanale. Il est probable que ces siqets sont copiés d'après un modèle de quel* que sculpteur célèbre , car on les retrouve dans tous les musées, et la composiUon est tellement supérieure i l'exécution , qu*on ne peut supposer que le même artiste ait pu être Fauteur de Tune et de Tautre. J'oubliais de mentionner des tètes triples aux angles des murs , réunies de manière à faire face de trois côtés. Quelques-unes de ces tètes m'ont inspiré de violens soupçons sur leur origine. 11 est probable que le propriétaire du châ* teau, à lexemple de tous les faiseurs de collections, a fait compléter les antiques qui lui manr quaient avec des pasticlics de sa composition.
Deux églises de la vieille ville de Vaison ont écbajqpé aux dévastations des comtes de Toulouse. Voîlè tout ce qui reste d( Lout de cette antique cité , encore n'est-ii pas certain que Tune d'elles , la chapelle de Saint^ninin ( Sanctus-Çutntdiuê ou Clinidius) ait été comprise dans .son eneeiute.
Elle n'a qu'une nef, des transsepts à peine mar- . qués ; et une apside bizarre , triangulaire à l'extérieur 5 mais à Tintérieur arrondie en demi-cercle , et ornée de cinq arcades bouchées en plein cintre,
■ L^antiqnité de ce morceau est fort suspect, d^autant plus qu^il présente les armes des Blëgier.
soutenues par de& colonnettes à chapiteaux, rumans très andam» Deu petites fenéte^s f ëolai* reut, étroites corame des raeurlriores.
Chaque an^^e extérieur est terminé par luie eolonne sans base , cannelée et rudenlée anic deox cinquièmes de sa hauteur ; deux portions de pilastres à chapiteaux corinthiens, cannelés égale* tuent, engagés sur les faces du triangle , soutiennent une corniche, faisant ainsi l'office de consoles. Une frise, dont la hauteur égale celle des chapiteaux , règne autour de l'apside. Elle est ornée de rinceaux. Cette frise , les chapiteaux des pilastres, et la comiclie, rappellent fortement romementa-^ lion du bafr-empire. Les chapiteaux des colonnes sont historiés il est vrai, mais leurs tailloirs sont couverts de palmettes , et les figures d'hommes et d'animaux , sculptées sur les chapiteaux , sont entremêlées.de feuUies d acanthe , et d'autres détails d'un goût purement antique. 11 faut remarquer encore que les figures sont cxi'cutées assez grossièrement , en comparaison des feuilles d'acanthe et des moulures appartenant au style antique* Les premières sont inventées dans tin temps de harbarie ; les autres sont copiées sur de bons modèles Je ne crois pas que les pilastres qui tiennent lieu de consoles aient été jamais entiérs; du moins
> M. Ch. iMomaat |mbm qm le chapiteau placé à Tex'^ trânité da txûngle est «iitii|ae. « tt eit oompiiiîle, orné d^ua tt masque à mouslaciies, style du haa-empire. a Voir : Lettre 4 S* de Caumout sur l'origîQe de Vonliye,
rien dans la oonstruetion du mtir ne peut ùàre
croire que leurs bases aient été tronquées.
Les transflepts à peine indiqués i Tintérieur ,
sont ornés au dehors d*mie frise phw large que
celle de l'apside , interrompue , comme elle , par des colonnes tronquées, faisant uiiice de con->
soles. On y distingue des figures d'hommes ar-*
mes, des chevaux; mais tout cela est si Iriiste qu'il iàut renoncer à y chercher des renseigne-' mens*
Cette portion de Féglise , ainsi que l'upside, est évidemment très ancienne; rextérieor, surtout la nef 9 est certainement postérieur. Pour la façade, elle est toute moderne, sauf une large pierre encastrée au-dessus de la porte, provenant » suivant toute apparence , d'un tombeau antique* On y voit , sculpté en trè^ bas relief, un vase de forme élégante , surmonté d'une eroii grecque et en^ touré de pampres.
Les voûtes sont en ofj^ive, à pointe obtuse, à côtés très courbés* Cette forme est la môme pour la nef et pour les transsepts ; mais la nef a été restaurée à plusieurs reprises, tandis que les transsepts paraissent appartenir entièrement à la con<*' struction primitive. Une jolie moulure d*oves, qui fait le tour de Tapside , et dont le caractère est tout antique , se prolonge le long de^ retombées de la voûte des transsepts. C*est un ornement qu'on ne rencontre jamais dans la période gothique, et il est impossible de croire que la forme
de la vo&te eût été altérée, sans que cette moulure ne s'en fàt reMentie.
L'appareil est moyen , gpénéralenient fort îiréguUer , excepté vers Tapside et les transsepts — Les pierres paraissent avoir été reeop.Tertesà l'extërieur d'un enduit colorié en rouge.
Je n'ai vu aucune apparence de crypte.
On n'a que des renseignemeus historiques imparfaits sur la fondation de Saint-Quinin D'un côté; le style antique des ornemeus , la forme ex* traordinaire de Fapside, m'engagent à assigner à cette partie de la chapelle une date très reculée ; d'un autre côté, la voûte ogivale, et ces chapiteaux historiés dont on ne trouve guère d'exemplesavant le XI*' siècle , me jettent dans une grande incertitude. Cependant il faut observer que ces chapiteaux bien que historiés , n*ont aucun rapport avec ceux du xi" et du xii'' siècle. Quant à ceux des pilastres , ils sont corinthiens , et les antres attestent des souvenirs du même type , des feuilles d'acanthe correctement modelées; j'ai déjà dit que les figures qui les accompagnent, annoncent un travail beaucouj» plus j^rossier. Peut-être la présence de monumeus antiques , qui malgré les dévastations des barbares, n'ont pu disparaître que
' Le père Anselme Boyer, Histoire de Téglisede Vaison, en place la construction à la fin dn vi" siècle ou au commencement du TU*. Il lyottte qae cette é^hm et le couvent de Nnédictins, dont elle faitaît partie, furent détruits par le» àamsins.
lenlment du tanriioirede Yaison, suffirait-elle
pour expliquer cette umementatioii toute romaine? . Toutefois Von n'eu peut conclure que la partie la plus ancienne de Saint-Quinin toit du xi* siècle. A cette époque le caractère de l'architeeture se distingue par le caprice des détails , et j*ai peine à croire que dans un édifice de ce temps , on ne trouvât d'autres exemples du goût dominant que dans deux ou trois chapiteaux, qui enfin ont quelques modèles analogues dans ks dernières constructions du fias-£mpire M. Lenormant n'iiésite point à reporter Fapside, rextérienr du moins, au vïn®\ siècle. Il ne serait même pas impossible de supposer que cette partie de Féglise e&t échappé aux dévastations des Sarrasins , et qu^elle appartînt à la construction priioitive dont parle le père Boyer. Quelle que soit l'opinion que Ton adopte, il est difficile de ne pas donner A Papside de Saint- Quiniu une date bien antérieure au xi** siècle* — Les transsepts, ornés à rintérieur comme Fapside , et dont la frise présente des figures aussi grossièrement sculptées que celle des chapiteaux historiés, me paraissent appartmir à la même époque. Je ne parle que de l'extérieur. — A Vintérieur , une restauration fort ancienne a donné
' V^^rUse d*Alet (Toir plus bas) présente ^ementbeau* coup d^omement antiques, cependant il est probable qv^aUe date daxi« an xii siècle. jMais il faut remarquer que pêlemêle avec cette orneTneiitatioii aulique, on retrouve tous les détails romans, tels que damiers, têtes de clcus^biiieites, etc.
à Tapside sa forma semi-cirooiaire , sei arcades iKHicIiëes , et ▼raisemblablement, aux transsepts leur voûte ogivale j car il me parait prabable , vu le faible diamètre de Tégliie , qu'elle a d'abord été couTerte par un toit en charpente. Reste a trouver la date de cette réparation , et les oolonnet romanes des arcades bouchées et la moulure d*OTes qui soutient les retombées de la ToAte , me feraient croire qu'elle n a été exécutée qu'au cornmenoemeiit du zn* siècle.
L'ancienne éj^lise ciithédrale de VaisDii est aussi fort curieuse. Elle oflire, comme Saint-Quinin , un caractère d'ornementation tout antique* G*est une basilique à trois nefs, large pour sa longueur comme presque toutes les églises romanes^ terminée par trois apsides, dont la principale est enveloppée dans un massif carré, surmonté d'un fronton, addition évidemment postérieure à la construction primitive, et dont je ne puis m*exp1iqncr le motif* A l'intérieur , cette apside s'arrondit en un demi-cercle, orné de cinq colonnes de oipolin dont je crois les fûts antiques.
Les voûtes ' et les arcades intérieures sont en ogive à base très large ; cette forme est surtout remarquable dans les arcudei» dont rouvert urc semble tout-à-fait démesurée* — Les voûtes des bas* côtés ne décrivent pas une ogive parfaite , car la pointe ne s*en trouve pas au ludieu de la largeur
' Elles sont vu berceau, sans aei vuies.
des collatéraux. £Ue se rapproche du mur de ia nef, et une portion d'arc très courte de ce côté,
vient s'y engager, formant une espèce d'arc-boutaut. Sauf la substitution de TogplYe au plein cin* tre, la disposition est la même qu'à SainiSanveur de Ne vers. Toutefois cette construction est grossièrement exécutée, et porte plutôt le caractère d'une trouyaille due au hasard que d'un calcul l'aisoiiaé.
Le toit de la nef principale s'élève peu au-de»> sus de celui des collatéraux. C'est un caractère as-
$ez constant dans larchitecture romane.
A quelle époque cette ogive large et lourde qui se retrouve dans beaucoup demonumens du midi, à-t-cUe été d'un usage fréquent? D'un côté, le manque de données historiques, de Tautre Timpossîbilitë d'établir par analogie des règles communes entre le nord et le midi, rendent bien difficile la solution de ce problème intéressant.
Ici pourtant, dans le cas particulier qui nous occupe , le champ des conjectures est resserré dans des limitesasscK é^oites* C'est de 1160 à 1187 que Vaison a été ruiné, que ses évêques ont perdu leur pouvoir et ont été forcés d'abandonner leur siège. Après cette époque, il n'est guère permis de supposer que raiioieune cathédrale , isolée dans une plaine inhabitée , assez éloignée de la ville nouveUe, ait reçu des réparations considérables. Il est vraUciublable qu'elle existait long-temps la ruine de la ville ancienncj et s'il en faut croire avant .
le père A* Boyer, on connaîtrait la date de sa fondation , qui serait Fannnée 810
M« àb Blëgîer , d'Avignon , dans une note très intéressante qu'il a bien voulu me communiquer, fait observer combien ii est peu probable que cette église de 910 ait été remplacée par une antre église dans cette courte période de deux cent cinquante années qui s'écoula entre sa ibndation et la ruine de la ville. Rien n'annonce quedanacet in* tervalle aucune calamité soit venue fondre sur Vaifion était amené la destruction d'un monument aussi considérable. Au contraire , après 1160, la cathédrale devint à peu près inutile. Une suite de pillages et de sièges qui se, prolongea jusqu'à la fin du xii* siècle, obligea les habitans à abandon* ner leur ville en cendres pour chercher un asile sur la bauteur de l'autre côté de l'Ouvèse. A partir de cette époque , le service divin se fit d'ordinaire dans la chapelle du château de la nouvelle viUo ' ; les cbanoines de la cathédrale ne résidaient pas; révèque habitait ses châteaux d'Entrechaux et de
• «Nous avons un atU' ^\u^ iinus apjjrciui ^uc l'évèquc it llunilïprf (910) fil robâlir Péjjlise de Vni<?oîi en Thon- « neur de la sainte Vierge Marie , et c'est celle qu^on voit « encore aujourd'hui au-delà de la rivière. » — Hist. réglise de Vaison , p« 75« M. de Saint-Yéran , Achard, MilUn et Jlf , de Gasparin , se rangent à Topinion du père Boyer.
* Cest pour suppléer à IHnsuffiflance de cette chapelle que révcque de Pons-dc-Sade ronslruisil , en 1464 , la nouvelle cathédrale au sommet du rociicr qui domine la ville nioderue.
Cresset. Il m parait pas que la cathédrale ait été
ouverte, si ce n*est dans de rares et solennelles oocasioQS. — En 1296, l'évéque Eaymoud de Beau mont reçut le serment de ses vassaux dans le cimetière de cet église. Le choix de ce lieu, de préférence à la nef f pourrait même £EÛre conclure rétat d'abandon où ce monument se trouyait alors.
Sans contester la date citée par le père Boyer, on peut regarder cependant comme ▼raisembla'^ ble que , depuis le siècle , la cathédrale a subi des réparations importantes, bien que riiisloire n'en ait pas conservé le souvenir; en efiet, le revêtement Ijuarre de Fapside atteste tme grande reatauratiou , certainement bien postérieure à la fondation de Féglise, mais antérieure i la destroclion de la ville. Avant le xi siècle, beaucoup de basiliques n'avaient pointde voûtes, mais des plafonds en bois , et des incendies que la négligence rendait fréquens, pouvaient causer les plus grands dommagesauxconstructionsintérieures.Mais quelques concessions que l'on fasse à cet égard , il me semble néanmoins impossible de ne pas admettre que la cathédrale de Vaison existait dans son état actuel dès le commencement du xn" siècle et probablement assez; long-temps auparavant, car je crois que c'est au commencement du xn® siècle qu'il faut attribuer la construction du massif qui entoure lapside.
Pour ma part, je n'hésite point à croire que dès cette époque l'ogive ait été connue et en usage
dans le midi. La facilité do son exécution et la difficulté des constructions en plein cintre tondent à lui assigner ttne dato très ancimne. Au reste , il
faut observer ([iic Fogive , à sa première apparition, n a été qu uii accident, ua détail de construc* tien qui n'a modifié «n aucune façon le style lourd et massif des ëdilices rumaus ou elle figure. Si Ton trouve dos voûtes ou des ouvertures ogiva* les dans le midi de la France , à une époque oi le plein cintre était encore exclusivement employé dans le nord , enreyanehe le style dont Togîve est le caractère le plus absolu, le style [gothique , né s'y est introduit que fort tard et n y a jamais pris le grand développement qu'il a atteint dans la France septentrionale. — Il est a remarquer qu*au moment ou le plein cintre était entièrement abandonné dans le nord, Fogive éprouvait dans le midi la même disgrâce ; et en effet , la plupart des constructions du commencement du xm^ siècle sont exclusivement en plein cintre ; le perfec%nnement des procèdes luatcriels d'exécution ayant rendu cette forme d'un usage plus général.
Les piliers de la cathédrale de Vaison sont des massifs qui semblent composés de pilastres de largeur différente , superposés l'un sur Fautre , aug** mentant de largeur vers le centre du massif. Leurs impostes et la corniche qui règne au-dessus des arcades^ sont ornés richement de rinceaux, de palmettes , d'oves , etc. A peine si l'on aperçoit , parmi ces détails copiés de l'antique , quelqucs7
nns (le ceux qui sout particuliers à Pornemeutation bysautine.
La tour, plaoée à la droite da Acsar^es^ car* rée avec des ouvertures en plriu cintre. Le toit, très plat, repose sur une rangée de modilloDS assex g^sièreroent ficnlplés, qui, avec quelques in<^ crustatioiis de couleur noire aux étages inférieurs, forment toute la décoration de la tour.
La façade occidentale ne présente plus qu*uii mur absolument nn , percé de fenêtres cintrées. Elle parait avoir été très mutilée, et Ton disting^ avec peine, à la teinte différente de quelques pierres, la trace d'un fronton triangulaire (rempli probablement par un bas-relief) , et de corniches rampantes.
L'autel est, comme à Saint-Quinin , une table de beau marbre blanc , ornée de rinceaux bysan*tins et soutenue par quatre colonnes composites , imitation assez barbare* Un couvercle de tombeau, égalaîbent en marbre , avec des cannelures ondulées , forme le devant de Tautel. Les fonts baptismaux m*ont paru un autre emprunt fait à ranti* quité; c*est je crois , un autel qu'on a creusé i sa base et qu'on a consacré à cet usage en le renversant sens dessus dessous. Derrière Tautel , au fond de Fapside , on voit Fancienne chaire des évéques de Yaison; elle est en pierre,' d'un travail grossier j on 7 monte par trois marches; le dossier est ex** trémement bas.
A gauçlxe de Téglisc est un cloître ruiné en par-
lie et qui n'a jamais ëtc terminé. La galerie orientale , ia plas anoieiuie, parait du milieu du xn^ siècle ; lei arcades sMt cintrées èt souténaes par de petites colonnes doublées , quelques-unes en oipolin, d'autres eamaibre blanc, à chapiteaux romans fort bien travaillés • A Fouest et au hord| les c(donnes sont en pierre et leurs chapiteaux ne sont qu'ébaochéB. Au midi , le mur de l'église ferme ce cîoitre.
Quatre vers léonins sur une seule ligne , sans « intervalles entre les mots, forment comme une
luiiguc irise sur le mur extérieur du collatéral de gaucbe* Les lettres, grandes et Lien sculptées, avec très peu d'abréviations , ont été évidemment tracées à l'époque de la construetion primitive. En général , chaque pierre de cette irise contient deux lettres seulement ^ ce qui explique les lacu* nés et les moti» déuaturés de la fin de l iiiscription , les pierres déplacées par accident ayant été rétablies par des ouvriers ignorans; quelquefois cependant , on observe sur la même pierre , un ordre vicieux qui atteste une faute commise dans le tracé primitif. Par exemple , YHIC se lit au lieu de UYIC sans qu il soit possible de croire que cet intervertissement soit une erreur moderne. Voici rinâcription quej*ai copiée avec beaucoup de soin*
OBSECRO vos FRATRES AQVILONIS VINCITE PARTES SECTANTES CT,AVSTRVM QASI... ETISADAVSTKL M TRIFIDA QUADRIFIDVMMEMORF.T SVCC.ENDEREMDVM ICKfiABISSEK ISILAPIDVMSIITVITAIIS > TAIDDIIVENIPAIXVIHICIDOIM VU »
^ Let ligQSs Tsrtical^» indiquent les joints de pierres.
Le père Anselme Boyer , qui le premier 9*eftl eccupé de cherober un sens à oes vers, lisait Tinscrip* tion à une époqae où elle ne présentait peat^^tre pas de lacunes et où aucun accident n'avait troublé rarrangement des lettres. Il remplit ain» la première lacune : Çuia êie ffemêHê^ etc. , et rë-* tablit comme il suit la fiu du quatrième vers : Sic addiia venis* D autres ont lu : ^ut addùa, et je préAre eette leçon, car elle emploie tontes leslet* très. Quoi qu'il en soit, le sens ne me parait guère plus clair après toutes oes corrections. Voici la ver^ eion du père Anselme : « OhêecrOj etc. Sonfirez 4< patiemment mes frères , je vous conjure , les ri- <i gnenrs de l'exposition du nord* — Quia^ dans « l'espoir que , s^Umieê chuêint^ , suivant les a règles du cloître, sic venietis ad amlrum, vous « parnendrez anx oetlnles du midi n (que les plus anciens chanoines occupaient, tandis que les nouveaux-venus étaient logés au nord). «iSVc tgnea « êrifida « (subaudi : flumma)^ « mais alors que « les rayons du soleil , addita vents bisse 71 is iapiu dum qui écbaufie vos murs » ( il faut supposer qull Y a doQse cellules, don«e murs?) « memùrei
« succcndere nidum gnadrifidum, tous rappelle « d'échauâèr vous-mêmes vos cellules par une «t sainte ferveur et vos prières, n On ne peut nier que cette traduction ne soit fort libre.
Un professeur du collège royal d'Avignon vient d*en donner «ne autre , dans une brochure qu41 a publiée et qu'il a bien voulu m'envoyer* Ses cor-
rections sont différentes. D'abord iî lit : Çuaa invbhMs, au lieu de : Quia sic venieHê, puis à la fin ; Lapidum $tiula aMUa mniêj au lieu de m addùa ou siiui addUa. J'avoue que la vue de Tinscription ne permet guère d'admettre êiiula* Toutefois voici la nouTelle traduction :
« Ne TOUS laiflaez pas abattre , mes frères , à la
« bise qui vous assiège. Il ne tient qu'à vous d*en « triompher ; voulez-vous vous ménager Texposi- «tiou du midi, arme^vous contre le cloître de « ses propres exigences. Vos cellules s'échauflBs- « ront 9 si vous savez vous animer du feu qu'on vit « descendre en flèches pénétrantes sur douze pier- « res î> (c'est-à-dire apôtres) , « et les embraser « de ses rayons* Faix à cette maison ! n
On voit que ce latin-là ressemble beaucoup au turc de Covielle , qui dit « beaucoup de choses 41 en peu de paroles* »
Je n'ai jamais aimé les énigmes , mais malgré moi , celle-ci me tourmenta ainsi que quelques amis , qui m'accompagnèrent de Vaison à Avignon. Nons nous deinandions , en étouffant de chaleur , quel si grand mal il y avait a loger au nord dans la Provence, mais nous ne pûmes venir à bout de trouver un sens raisonnable. Je désire que mes lecteurs se conten ten L des deux traductions que je leur donne, persuadé que la meilleure explication ne vaudrait pas la peine qu'on aurait prise à la cherciier.
Le Tbor est une jolie petite ¥iUe , ^ur la route d^ATÎgnon à la fontaine de Yauclnse ; son église , Saiiite-Marie«au*Lac , tire &on nom d'une statue de la Vierge ^ miraculensement retrouvée dans un étang , où un taureaa la fit découvrir. Ainsi qu'à Yaison , Togive et le plein eintre sont raèlés ' dans son architecture. Le portail occidental, évidemment le plus ancien, rappelle sensiblement celui delNotre-Dame-des-Domns. Unfronton triangulaire ,dont l'angle supérieur est aigu, repose sur deux pilastres cannelés, termines par des chapiteaux bysan tins ^omés d'oisea ux et de feuilla^s. Deux rangs de niodillons , de forme presque roniaine , soutiennent la ( oraiche rampante. Audessous « s'ouvre une porte cintrée , flanquée de deux colonnes en <^ a o^ées , l'une torse , Fautre cannolée. Probablement le tympan , au sommet du eiutie, était rempli par un bas-^relief ; mais au^ joufdlini, ce tympan et le liandeau d*impOB(o sont teliemeiit frustes , qu'il est impossible d y reconnidtro aueuBO forme. Une edonne mince et grêle, sur une base carrée , divise la p<Nrie en deux parties. ' p
Au^essuftdufrontout deuxfenétresfortiétrotlefl, entourées d'une archivolte saillante, sont sur*
maillées d'un œil-de-bœuf d'un très petil diamètre , orné de plusieurs moulures ooncentriqueSr Trois autres fenêtres ^ un peu moins étroites que les précédentes , sont percées au sommet du gable. Quelques modilloas grossiers supportent un toit obtus comme presque totis oeuk de k Frovence.
Un autre portail , à Textrémité orientale de la nef 5 en avance sur le mur méridional , patall pîns moderne : le plein cintre et Togive y sont réunis. La porte extérieure , cintrée , est flanquée de colonnes torses on imbriquées d^nne très grande richesse. Les chapiteaux , les impostes et les archivoltes se distinguent également par Un loxe et nne variété de motifs, exéciltés potir la plupart avec beaucoup de finesse. La voûte intérieure da porche est en ogivé avec des arêtes garnies de nenrnres. La seconde porte, oelTe qui s^ouvre dans Féglise , est cintrée, moins ornée que la précédente , et divisée en Amn^ par un pilier. Il me semble que tonte l'ornementation de ce porche annonce une époque de l'art bysantiu , pins avancée que celle du portail méridional « et qu'on ne peut croire antérieure à la fin du xii* siècle .
Aîen de remarquable dans la nef nniqae, si ce
n'est su voûte ogivale , semblable à celle de Vaison , et renforcée de distance en distance par des ares doableaux , dont la forme se rapprodic de bien près du plein cintre. Nulle trace de répara-
lions dans oette voûte , qu'on ne peut gaère bVuipêclier de croire contemporaine' delà construction primitive., — J'ai vainement cher i h r des renseignemensliutoriqaeg sur Téglise de Sainte-Marie-* au-Lac. Tout annonce qu'elle est au moins de deux époques. Le portail occidental me pariut de la fin da xi* siècle , et si je ne lui donne pas nne date trop reculée , il faudra admettre nécessairement que la nef et les voûtes ne lui sont point de beaucoup postérieures. La grande différence entre Togivc de la nef et celle du jiortail méridional, qu'on ne peut placer qu à la fin duxu'' siècle, confirme encore, ce me semble , la date que j'ai assignée à la nef.
On remarque sans peine dans les murs extérieurs de rapsî<le des réparations modernes, atte*tées d'ailleurs par une inscription; mais il est probable qu'on se sera conformé , en les exécutant , au plan primitif. Cette apside , oxagone àTexté^ rieur , semi-circulaire à l'intérieur , est décorée de colonnes octogones à chapiteaux romans. Elles sont annelées , ou plutôt composées chacune de deux fûts de même grosseur ( l'inférieur plus long que Fautre), superposés sans autre liaison qu'une légère moulure. Voilà la première fois que j'observe cette disposition bizarre. IN est-ce pas là une indication enoore bien éloignée du principe qui a fait diviser , par plusieurs moulures, les longues colonnes des nefis gothiques , afin • . de sauver à Tœil l'exagération de leurs propor-
tioxis? Toutefois les colonnes du thor ne sont rien moins que gracîeaaes, et d'ailleurs elles ne sont
pas assez élevées pour justifier la division de leurs futs.
Un. clocher octogone et très bas, est placé snr
le centre de l'église ; il me paraît du la même épocpie que le porche méridional*
J'oubliais de mentionner Fappareil de Samte- Marie-au-Lac , Tun des plus réguliers que j'aie encore observés dans une construction romane.
Je désirais visiter cette ville , pour examiner uae prétendue porte romaine dont on m*avait vaguement signalé Texistence.
Cette porte , maintenant bouchée , est engagée dans le mur méridional de Féglise paroissiale , a peu près au milieu du collatéral de droite. Au premier aspect, je n'ai pas douté qu'elle ne fut un ouvrage des Romains. Elle est construite d'assez grosses pierres. Sou archivolte , de moyenne largeur, ornée de rinceaux délicats, touche par son somn^t une corniche peu saillante , soutenue par deux colonnes cannelées à chapiteaux corinthiens. A gauche, on distinguoencore Tangle d'un fronton
qui a élé détroit. Toutes les parties de ce portail ont beaucoup wiiffiert : le» piemt se décomfomBd a Fair el sont rongées à une grande proCENudeur , au puiut que les ornemens de la coruiche, ceux de TarchiTolte et même les fimilles d^acanthe des dMpiteaux , ne sont reconnaîssables que sur quelques points. Cette apparence de vélusté, celte destmetiosi à mmlié cmsommée, ne ecmtnbuent pas peu à donner à ce fragoient Faspect d*une ruine antique.
En l'examinant de plus près, mon opinion changea ; je reiuarqual qui' les pierres n'étaient pas très bleu taillées, que leurs proportions n'étaient ' pas celles que les Romains employaient de préférence; euliii, je recoMiuis une ornementation tellement semblable à celle du portail de Notre- Darae-des-Domns , qu'on pourrait croire que les deux laonuiuens ont eu le même architecte. En e&t , la forme générale est la même, les oves , les ^ palmettes , les méandres , ont été employés de la même luauière dans les deux portails ^ l4^ur tournure, si je puis m*exprimer ainsi , est égalencaé un pen étrange. Enfin nu» détail remarquable dans Tappareil , se reproduit ici. Je veux parler de la coupe compliquée de» tambours des colonne» engagées , à Pemes aussi bien qu'à Ai^gnon ; ces tambours sont de deux en deux terminés par une eqièoe de qneueqoi déborde, et stegage dans le jnur altcrnativeraent à droite et à jjauche.
Cette disposition , ce me semble, suffirai seule
pauc iaire rester la tiadition du paji, qui rmsA f no cette |N»rleail été transportée là , après a^mr
ëtc enlerëe aux ruines d'un monument romain j mais ou ne peut dire où existait ce monument; à Pemes sens doute oui dalis les en^iroiis; ear on ne peut raisonn^lement supposer qu'on ait apporté de Jnan lain un frapnent aussi conridéraUer — Maiani à Pemes m dans tous les environs, on ne découvre pas une pierre , pas une inscription , pas une médaille romaine; c'est un lieuexeeptieiiiiel;^ cap il y a peu de villag^es en Provence où Ton ac trouve de vestiges plus ou moins bien conservés de la domination des Romains.
Tout porte donc à croire que celte porte a éCé construite à Pernes même , et ^ elle est coniemporaine de Féglise de Notre-Dame-des*I>onins. le ne pourrais que répéteT- ici les conjectures qui m'ont en^gë à lui assigner une date dans le vrf en le vm^siècle.
L'église a subi de nombreuses réparations . dont quelques-unes sont évidemment très anciennes. En cherdiaiit une crypte , j'ai remafrqué , du côté du cimetière qui ^t au nord, des arcades bo uchéea, dont le sommet seul, s'élève àu-dessus de terre ; leurs naissances indiquent un niveau bien inférieur à celui de la porte que je viens de décrire^ or, comme je ne puis admettre qu'elle soit utt pkn cage reîati veinent moderne, j'en ai conclu qu'il • existait sous l'église actuelle, une chapelle souterraine. Cette opinion aété confirmée pair le Guré,
qui m'a assuré que son prédécesseur lui avait jKirjié d'une église souterraine, boaehiée à une époque
antérieure. il cellu uii il avait pris possession de sa cure.
L'église est en forme de basilique, régolièrement orientée. Autrefois elle était divisée en trois neb par quatre arcades en plein cintre de chaque cAté; mais les collatéraux sont maintenant occupés par des chapelles , séparées par des murs de refend appuyés sur les piliers.
Le choeur et Fapside sont très modernes. Ils ont été refaits , dit-on , dans le xvra** siècle. — La porte principale, s'ouvre par le côté droit de l'é^ glise, à rentrée de la nef ; elle est surmontée d'un clocher. Je n'ai pas observé de vestiges d'une porte opposée à Tapside.
La voûte de la nef est ogivale , de forme à peu près semblable à celle de la cathédrale de Yaison* Les retombées de l'ogive s'appuient sur une corniche ornée de paîitiettes très élégantes. Au-dessous, règne une espèce de irise à rinceaux délicieux, tous variés et tous de très bon goût. Quelques uns ont la plus griiadc analogie avec ceux de la porte latérale» Auprès de la porte d'entrée actuelle, cette frise disparait tout à coup. Je ne serais pas étonné qu'autrefois, en cet endroit , un mur perpendiculaire à l'axe de la nef n'eàt formé un vestibule comme on en voit fréquemment dans nos anciennes églises*
La voûte est renforcée par des arcs doubleaux
fonnës de pienres taillées et bien appareillées. Aii^ cune trace de réparatîoa moderne ne s*y fait remarquer, et il est impossible de ne pas croire qu'elle est contemporaine de la corniche et de la
frise placée au-dessous. Mais ces ornemens euxmêmes paraissent être du même temps que ceux de la pCNTte que j'ai attribuée au tii^ ou vm*
siècle.
J'aYOue que je suis un peu affrayé d'être mené si loin* J'ajout^ai une circonstance qui est de nature à modilier les conclusions que Ton peut tirer de ce qui précède. Les chapiteaux despilas^ très sont historiés et ressemblent fortement à ceux du xn* siècle. Il est vrai que couverts d'un épais badigeon ^et d'ailleurs fort élevés, on ne peut en examiner le style ausssi attentivement qu'il aérait nécessaire.
Ou bien ces ohapitaux ont été travaillés sur
place et très postérieurement à la construction de réglise ; ou bien , si Ton admet qu il sont du xii^ siècle f il £Audra regarder anssi la voûte et la irise comme delà mcme époque.
Quelle que soit Topinion qu'on adopte, on trouve toujours une difficulté immence k rapporter à la même époque des détails de styles si diûerens. Quant à la porte , quelque soit la date que Too donne à Fintérieur de Fédifice, on ne peut, je croîs , la supposer d'un autre temps que celle de Notre-Dame-des-Donms, dontelleest évidemment la copie.
L^aqpectde Carpentrafl , comme celui de la plupart des petites villes du Conitat Venaissin , est tout militaire. A Tëtendue près , son enceinte est absolument semblable à celle d'Avignon , -et doit avoir été élevée , ou du moins restaurée , dans le mènie temps. A rrai dire, on ne trouve guère de village ai petit qui n*ait son mur crénelé , flanqué de tours à mâchicoulis. Dans ces fortifications on pourrait peut-être distinguer deux époques , dont la plus andenne se dénote par Firrégnlarité de Tappareil et l'absence des mâchicoulis. Probablement ces premières constructions datent des guerres des comtes de Toulouse , au u* siècle ; leamu* railles à mâchicoulis, et dont l'appareil est moyen et réguliesr , auront été bâties peu de temps après la cession du Comtat au Saint-Siège, et l'établi»* sèment des Papes à Avignon.
L'arc de triomphe de Carpentras a été longtemps enclavé et comme enfoncé dans les cuisines de révèchë. Engagée dans une maçonnerie moderne, nne de ses ÛMses s'est asaei bien conservée; maintenant la démolition récente des bâtimens de i'ëvéché permet de circuler autour du monument et de le voir de tous les c6tés.
U n'en reate quWe voûte assez élerée, dont
Tarchivolte extérieure est soutenue par des pilastres cannelés , et des impostes d'ordre composite » plus liobet qu'élëfpÉis* Aux quatre angles exté* rieurs des mussils, on renuirquc des tronçons de colonnes cannelées dont la base s'élève à peu près à moitié des pilastres et repose sur un scpubassement lisse. Les deux faces latérales de Tare offrent chacune un bas-relief représentant deux eaptift attachés les mains derritee le dos Ai un trophée« Tout Faraortissement de Tare , à partir du sommet de Tarchivolle , est détruit , et ponr préserver la ▼oâte , on Fa recouverte d'une espèce de toit en pierre dont 1 effet est loin d'être agréable.
LeasealpturesdHnie saillie très forte, rappellent par leur style et leur composition , celles de l'arc d'Orange, et tout porte à croire qu'cUcctivement ks deux monumens sont contemporains. Quoique incorrects , ces bas-reliefs produisent de Tellet. Il filut en oonveoir, je ne connais pas un seul ou^ vrage des Romains qui n*ait un caractère de ^audeui' qui rachète bien des fautes de goût. La face orientale est la mieux conservée , d'ailleurs les motifii sont les mêmes pour les deux e6téa. ffon seulement les figures ont une grande saillie , mais les parties auxquelles , en raison de leur éloignement supposé , on n'a ])as donné un fort relief, se détachent cependant du fond d'une mmèr^ très puissante V au moyen d'une ligne profondément fouillée qui en cerne les contours. Ce procédé
fréqaemment employé par les R<»iaiii8 dans la sculpture moniiiiieiitale, surtout A la décadence
de rart , ne produit pas uii mauvais résultat , quand le spectateur est placé à une distance conyenable* On en trouve aussi des exemples assoB uoiubreux dauâ la première période romane.
On obserre sur chaque face de Tare de triom^ phe deux costumes très différens : Fun des captife, sans barbo, est vêtu d'uue tuuique courte , à manches, boutonnéè par devant et serrée par une ceinture; un oyaiid manteau couvre ses épaules et tombe jusqu'à terre ; sa tète est couverte d^un bonnet phry^ifien, et sés'pantalonlsdiit serré^ autour des jambes par des couroie:» croisées. A côté de lui est un homme barbu, les bras et les jambes nues , n'ayant pour tout vêtement qu'une peau à long poil, qui tombe jusquaux geuoux par derrière et par devant^ à peu près comme le tabard d'un héraut d'arsies. J'ignore si l'artiste a voulu représenter deux nations , ou bien simplement un chef et un simple soldat. Auprès de chaque captif est une arme qui , je le présimie , caractérise la tribu barbare à laquelle il appartient; l'une est une hache à deux tranohans, l'autre un poignard courbe dont la poignée très petite et contournée, ressemble à celle d'un cris lualais. Le désir de flatter la vanité des vainqueurs a fait donner aux vaincus l'apparence d'une force extraordinaire , des muscles énormes et une largeur d'épaules surtout,, évidemment exagérée. — Parmi
les pièces des trophées, des carquois^ des javelots, desépées, on distingue deux cors t^emblables aux olqdiants da moy en4ge.
Les trayanx de déblaiement opérés dans Févèché ont dégagé une p«nrtie des murs d*uno vieille église rainée 9 Saint-Siânu {êonchts Si^f^ius). Une fnse ornée de rinceaux , assez mauvaise imitation de Tantique, quelques pilastres à chapiteaux romans , voilà toutœ qui reste de cet édifice que je crois du xi* siècle. Une tour octogone toute délabrée , dépendante de la même église, me parait postérieure d'un siècle au moins ^
La cathédrale de Carpentras a été bâtie en partie sur les ruines de Saint-Siûriii, au xiv^ siècle, à ce qu'il parait. Le portail est décoré de plusieurs colonnes en marbre Ijlanc et rose, que Von dit antiques et enlevées à un temple de Diane à Venasque
Quelques inscriptions remarquables sont conservées au musée de Carpentras , une entre autres en caractères phéniciens. J'y ai remarqué en outre plusieurs bronzes , et des fragmens antiques
• Elle serait plus ancienne si c*e8t elle qui est désignée par le passage suivant dVne charte citée dans la Gallia Ch*, Ecc. Cnrp^. : w Anna 1220. Isnanius acquiairit partent quam habebat in iurre vetcri versus anliquam jyortam. n La position convient bien à la tour actuelle de Saint-Siffrin j mais il est probable qu^elle anra été restaurée complètement sans perdre pour cela son nom de tour vieUle,
^ Voir plus bas ce qu^est ce temple prétendu.
— IM
très intéressaiis, soit pour leur rareté, soit pour le
mérite du travail. Le mëdailler se compose d'environ 6000 pièoes; mais cWla bibliothèque surtout qui renleme des rie&esses considérables; outre Un graud nombre de livres ralres , elle possède plus de 90Ù uianusorits , parmi lesquels on distingué les ottira^ et la correspondance de Peyresc, formant à eux seuls 180 volumes
L^annuaire du département de Y aucluse signale Pexistence d'un temple antique à Venasque, commune éloignée de deux à trois lieues de Carpen* tras. « On ne sait, » dit Fauteur, « si ce temple a « été dédié à Diane , comme on le croit généra- « lement , ou bien à Vénus ; le nom de Venasque
reusement, Tune n'est pas plus fondée que l'autre.
Le prétendu temple , qui sert aujourd'hui de cellier au curé de Venasque , est d'une forme sin* gulière; c'est une coupole peu élevée inscrite dans un carré, sur les faces duquel sont placés quatre apsides ou culs de four, correspondant aux points cardinaux. L'appareil est petit, irrégulier et très grossier ; les voûtes des culs de four sont en blo«-
' En ouvrant un manuscrit du xii^ siècle contenant des extraits des Saints-Pères, le hasard m^a fait tomber sur un fragment d^une lettre de Téréque Foulques de Toulouse , copiée sur la garde du livre. Cest une relation de la bataille de Muret , gagnée en ISIS par Simon de Monfort sur les Albigeois. Je ne crois pas qu'elle ait été publiée. Elle est malheureusement incomplète.
cage etoellet de la coupole en moellons. Nulle part
je n'ai vu de vestiges d uu enduit quelconque appliqué sur les murs. A Textérieur, la décoration de rédifioe est nulle , autant quej*en ai pu juger ; car un côte surplombe uu rocher élevé , et les autres sont en partie engagés dans des maisons modernes. A Fintérieur, cinq grandes colonnes corinthiennes, dont le fut est de marbre rose et blanc, et les chapiteaux de marbre blanc, soutiennent un reste de corniche informe ; on voit qu'elles devaient être autreibis auuombre de douze, trois pour chaque angle rentrant, formé par l'interseclion
de chacun des demi-cercles des apsides avec les faces du carré. Six colonnes beaucoup plus petites eu cipolin, granit ou pimpe, sont disposées autour de chacune des apsides soupportant une arcature cintrée, à claveaux mal taillés, annonçantle trayail le plus barbare. Bien que tous variés, leurs chapiteaux indiquent en général une imitation du galbe des chapiteaux corinthiens des grandes co< tonnes ; les omemens d'ailleurs sont de fantaisie ; aucun n'est historié, et leui^ décoration est surtout empruntée au régner végétal ; les feuillages sont très lourds et mal exécutés; quelques-unes des corbeilles, de forme conique, n'ont pour tout ornement que des cannelures. J'en ai dessiné une , surmontée de quatre tailloirs, si Ton peut donner ce nom à quatre parallélipipèdes plats empilés Tun sur Fautre. A gauche de la porte d*entrée, percée au milieu de Tapside méridionale, on voit
PouTerhireâe deux tuyaux qui, probablement, ont
servi à une piscine* Quant au pave , il n'en reste pas le moindre débris ; le sol même , très inégal, parait avoir été bouleversé anciennement. Les ouvertures qui éclairent Tédifice , m'ont semblé modernes , ou du moins très élargies par des réparations plïis ou moins récentes.
Il ne me parait pas douteux que le prétendu temple ne soit une cbapelle chrétienne, peut-être uu ba|)tistère , probablement du commencement du XI* siècle ; les cinq grandes colonnes sont antiques assurément. Il se peut que les fAts des petites le soient aussi ' ; tout le reste appartient à la période romane.
J'ai cherché dans le village quelques débris de constructions romaines; car il ne me paraissait pas vraisemblable qu'on eût transporté de loin CCS lourdes colonnes , ponr les percher au sommet d'un rocher que les mulets ne gravissent qu'avec peine. J'ai trouvé , il est vrai , quelques fragmens de bas-reliefs du Bas-Empire, d'un travail très médiocre , mais pas un pan de làur qui me parut de maçonnerie romaine. Les murailles de Tancien château sont construites en partie d'énormes blocs assez bien taillés , qui peuvent pi^ovenir d'un édifice antique ; mais cela n'^est qu'une supposition , que je ne puis justitier par aucune preuve. — L*é-
> La diflcrencc très sensible du leurs diamètres me parait confirmer cette opinion.
glise actuelle, très voisine de la chapello que je
viens de décrire , appartient à cette classe de monumezis dont la Provence fournit tant d'exemples, et dont la date offre bien de l'incertitude. L'ogive à large base s'y trouve à côté du plein cintre roman, et accompagnée de détails qui paraissent empruntés à rarchitecture antique. La voûte ogivale était peinte autrefois ; maû^ elle a été badigeonnée, et Ton n'aperçoit la éouleur ancienne que tlaiib quelques ])Iaccs où le badigeon s'est écaillé. Au-dessous d'un clocber carré fort bas, placé au centre de l'église, entre la nef et le chœur (le cbalcidique), s'élève une coupole ovoïde avec quatre pendentifs, sur lesquels sont sculptés les attributs symboliques des évangélistes. La porte principale , à Toccident , parait un peu plus moderne que l'intérieur de l'église ; elle est cintrée , avec des archivoltes ornées de rosaces bien travaillées. Des colonnes à chapiteaux historiés se groupent des deux côtés. — Je suppose que cette porte est du milieu du xii"^ siècle, et que l'église appartient au commencement du même siècle , ou peut-être à la fin du xi®.
La forme de basilique , la coupole au-dessus du chalcidique , et le mélange de souvenirs antiques et de caprices du moyen-âge dans l'ornementation , tels sont les caractères les plus constans de rarchitecture romane en Provence.
L'arc romain de cette ville était autrefois enclavé daas le palais épiâcopal; les évéques de la Provence en voulaient aux monamens antiques* Aujourd'liai ce palais est démoli, et Tare, engagé par une de ses faces latérales dans on mur d'en** oeinte du moyen âge ' , sépare le jardin de la cure d'un pensionnat de demoiselles. Il est fort mutilé; l'amortissement est détruit et Farcade même a été bouchée. Son archivolte couverte de rinceaux , et supportée par des piédroits ornés de même, ne manque pas d'élégance ; mab il est évident qu'une restauration ancienne et maladroite a beaucoup contribué à altérer le caractère primitif du monument , car les rinceaux ne s'accor^ dent pas, les pierres ayant été changées de place. Peut-être aussi a*t-il été élevé vers la décadence de Part, avec les débris d'un édifice dont la destination n'est point connue; car c'est depuis un ^ temps immémorial que Ton fait du neuf avec du vieux.
Deux pilastres ( un seul existe encore ) , portant
* Quelques archéologues le croient antique. L^arc aurait alors élé une porte de la ville. Si le iiuir est vcritablenieiit autique , il appartient aux dernier» tejnps de i'euipirc.
les mêmes ornemens, soutenaient sans doute une ooriàiche , détruite ainsi que les chapiteaux* De ohtque o6të de Farchivolte , entre son sommet et les pilastres, on voit une Victoire ailée, courte et maigre , tenant une palme et une couronne. Cette sculptnre est médiocre, mais les rinceaux ne manquent pas d'élégance. Je viens de décrire ce que Ton Toit de Tare du côté de la cnre« Du cèt^ du pensionnat , la décoration est la m^e , mais les rinceaux sont tout à fait frustes et on les devine plutôt qu'on ne les yoil« On a £Edt de la voûte une espèce de grotte à prendre le frais. Cette voûte est ibrmée d'une série de cintres parallèles , ap- {diqués l'un à côté de Fautre, comme des tranches de pierre , si l'on peut s'exprimer ainsi. Cette eonstruction bizarre se reproduit fréquemment dans les voûtes romaines de peu d'étendue. Une des tranches intérieures est en blocage, autre preuve d'une restauration ancienne ; et la première seulement est ornée de caissons à rosaces assez délicatement refouiliées. La seule face latérale qu'on puisse observer , présente à peu près les mèiues ornemens que les deux faces principales, mais jetés péle-mèie avec des £ragmens du même monument on d'un autre peut-être. Il semble qu'on n'ait fait attention qu'à une seule chose, c est k présenter les pierres du côté sculpté. Peu importe d'ailleurs comment elles sont appareillées; ainsi l'on voit un claveau d'archivolte enchâssé tant bien que mal avec d'autres fragmens qui peu-
vent avoir fait partie de pilastres ou de piédroits* L'église de Cavaillon» autrefois cathédrale, pré* sente pins d'intérêt que cette ruine informe. Son plan est celui d'une basilique régulièrement orientée, terminée par une apside exagone à l'exté* rieur, mais semi-circulaire à rintérienr. Autre* fois, sans doute, Icglise était divisée.en trois nefs, mais des chapelles latérales occupent maintenant toute la largeur des bas-côtés. Les murs de la nef s'appuient sur d'énormes piliers qui s'élèvent jus^ qu'aux retombées de la voûte, séparés par des arcades cintrées , taudis que la voûte est en o^'ive de la même forme que celles que j'ai eu si souvent occasion de décrire. La partie inférieure des pi*liers depuis le sol jusqu'au-dessus des arcades , est décorée de pilastres; le haut, de colonnes torses ou cannelées , fuselées , eng^ag^ées dans les angles reutrans formés par l'intersection des piliers et du mur de la nef. Sur le fikt de quelques-unes de ces colonnes, on voit des animaux sculptés en relief : tantôt c'est un serpent qui se roule autour du fAt et semble s'élancer vers le chapiteau ; tantôt un ai^le enlevant un mouton ; quelquefois des animaux fantastiques. Les chapiteaux sont à feuillages, en général très bien exécutés et refouillés p7 oiuudcment, de manière que l opposition de l'ombre des parties creuses augmente la saillie de celles qui sont détachées. Il me semble voir dans le choix des végétaux que le ciseleur a imités , et surtout dans le galbe du chapiteau, un commen-
oemenl de tfauaitioii entre le style fooMneile go*
thique.
Six colonies teriiûnent les angles extérieurs de rafpside. Une seule a nn chapilima corinthien pur, les autres sont à feuillarjes plus ou moins bizarres. Une corniche entoure i apside au-dessous du tuit) elle est remarquable par limitation de quelques motifs autiques, qui contrastent singulièrement avec des espècesde consoles ou de modiUons, ctir rieuses iantabies de l'art roman. J*ai revu là un joli chapiteau ( il est employé comme console ), formé d'une longue feuille dentelée roulée en l>oule sur elle-même.
A rentrée du chœur s'élève une voûte ovoïde, à pans coupés dans le bas, avec les symboles
des évangélistcs , oraemens prcs([ue inévitables de ces pendentifs. Une tour octogone assez basse, flanquée de colonnes romanes , domine tout l'é* difice.
Quant à la façade , elle est toute modecne et on ne peut plus laide.
Un doitre petit et sombre communique à Téglise du côté méridional. Contre l'usage ordinaire, la cour qu'il renferme est plus basse que les ga«* leries. Ses arcades cintrées n ont pas plus de quatre pieds de haut. Contre les piÛers sont appli«
quées do pelites colonnes canuclécis ou torses à
chapiteaux romans historiés , mais malheureusement tellement firustes qu*on ne peut guère en
apprécier le travail. Le mur , du coté de Téglise,
— too —
présente qweiqaes lMis*reIi0& égfalmeiit trèi mutilés , qui m'ont paru appartenir au xiv" siècle,
La cathédrale de Cayaillon porte encore le nom de Saînt^Véran ( «SommUm- défailli*), bien qu'elle ait été consacréfî à la Vier^ife en 1251 , par Innocent iV* I>oitH>n penser que oette dédicace s'applique â une feeonstruotion oomplète ou bien à une restauration? Pourmoi, il n'est pas douteux que la plus grande partie deréglise est antérieufe m xm* siècle, et si la date que je viens de citer n'était attestée par les témoignages les plus authentiques, je n'aurais pu Tadmettre. L'apside toutentîèreestcertainementduxn^siècleaumeins, et il est probable qu elle est encore piusancienne. J'avoue qu'il m'est difficile de distinguer les portions de l'édifice dont la restauration a causé la dédicace : les voûtes peut-être , la tour octogone, et surtout les longs piliers, premier résolut de Finllucnee gothic^ue, qui se révèle par des ligues perpendiculaires très prolongées, peuvent appartenir au xra* siècle. L'ornementetion esl restée toute romane. Quand au cloître , il est du xu* ou plutôt de la fin du xi* siècle.
La date de l'église de Cavaillon avait un peu troublé mes idées sur l'ancienneté de l'ogive dans la Provence* En efiSit, voilà cette même ogive employée sans progrès sensible dans sa forme, au mi« lieu du xm^ siècle ; mais faut41 en conclure qu'elle n'était pas connue auparavant? Les voàtes de Vaison et bien d'autres ont été construites au plus