‹ Notes d'un voyage en AuvergneChapitre 17 sur 70 · GUÉRET · texte numérisé non relu

GUÉRET

corbeille ; quelquefois de petites têtes sculptées, tout cela d'un travail grossier. C'est à la difficulté de tailler le granit qu'il £stut attribua le peu de saillie des ornements et leur manque de finesse.

Saint-Pardoux, église de Guéret, ressemble aux précédentes , mais elle a trois ne£s j et des réparations multipliées lui ont Êiit perdre une partie de son caractère • en lui donnant en outre une inconcevable irrégularité.

n existe, dit-on, dans la Creuse quelques monuments celtiques. Je n'ai vu qu'un tumulus , peu élevé près de la route de Limoges. On m'avait indiqué comme un autel druidique un rocher, sur une montagne à une demi-lieue de Guéret, connu sous le nom de Pierre baCorine. Mais riai de plus naturel que cette roche , ou plutôt ce groupe de roches confusément empilées les unes sur les autres par suite d'un éboulement. H faut en dire autant sans doute des pierres Jomathr et autres des environs de Tôull , décrites par M. Baraillon , qui me psutait avoir étudié avec une imagination trop ardente les monuments de la Creuse. Tavais projeté d'abord d'examiner moi-même les pierres Jomathr, mais des renseignements exacts et des dessins qu'on me communiqua à Guéret j me détournèrent d'entreprendre cette excursion, qui probablement n'aurait pas été plus heureuse que celle de Mehun.

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De quelque côté que Ton arrive à Saint-Léonard, la position pittoresque du bourg , situé sur une éminence, attire d'abord'* l'attention, et la tour élevée qui domine l'église , mélange des s^les bysantin et gothique j prépare le voyageur à l'aspect singulier de toute la fabrique.

La forme de l'église représente une croix latine. La nef est beaucoup plus longue que le chœur. Au, nord de celle-ci , à peu près au milieu de sa longueur^au-dessus d'un porche, soutenu par un triple rang de colonnes très rapprochées , s'élève la haute tour dont je viens de parler. Malgré le diamètre énorme de ces colonnes, malgré la solidité de leurs arcades étroites et cintrées, on s'étonne qu'elles suffisent à porter une aussi lourde masse.

Evidemment postérieure à la principale construction , la Êiçade occidentale offre les caractères particuliers aux églises que je citais tout à l'heure. Cependant elle s'en distingue par une omemen« tation plus soignée, et bien qu'entièrement bâtie en granit, die a trouvé des ouvriers qui sont parvenus à tirer quelque parti de cette matière

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rebelle. Les colonnettes qui flanquent le portail , par exemple, surmontées de chapiteaux à palmettes, ne maB<pieiit pa» <f élégâmce.

On observe un trav^ aussi péniblement soigné, mais dans im style plus ancien , à Fexlériair des sept chapelles qui entourent le chœur* Des fenêtres en plein cintre ornées de tores et de colonnetles, des colonnes ou des piliers cylindriques, disposés aux angles rentrai^ des sept chapelles en guise de contreforts ; des modiH^ns historiés; des chapiteaux à rinceaux; la profusicm des moulures indiquent Tépoque bysantine ; et » toute cette ornementation ne prouve pas une grande adresse de lapart des ouvriers, eUe annc^ace du moins le goût et le désir de donner à l'église une apparence de richesse. Là de même que dans la fiiçade et dans tout le reste de Téglise les ^ulptures sont exécutées en granit, à l'exception pourtant de quelques petits détails travaillés avec un soin particulier sur de la pierre calcaire, incrustée çà et le, de même qu'en d'autres provinces on met «n évidence des morceaux de marbre précieux. Mihs en examinant ces incrustations on demeure cmivaincu que le changement de la matière n'a pas changé l'habileté des ouvriers, qui partout se sont montrés fort médiocres.

Ce n'est que dans le porche du Nord que j'ai trouvé des chapiteaux historiés. D'ailleurs , la £ui* taisie et la variété des compositions les rendent beaucoup plus remarquables que leur exécution,

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et pour ea finir avec Foimemeiitation de Saint-Léonsûtdy je dirai qil'elle est en tout point inférieure à celle de la plupart des ^^lises bysantines bâties dans les xi® et xii^ siècles. La tour a quatre étages: le prràiier carré et p»cé de fenêtres en ogive éiBoussée sormoi^tées de pin^cles fort aigus , qui soDtpentr^tredesadditionsrelativementmodernes. Apartu* de cet étage la tour devient octogone, mais ses £enétres sont en plein dntre. Le couron* iiemeht présente une arcature plaquée qui sou<* tient un toit très aplati, d'tin effet agréable. Suivant toute apparen):é , if n'entrait pas dans le plan des premiers architectes de Ss^nt-Léonard , de donner à la tour une si grande hauteur, peut-être même de» construire une , car il est douteux que le porche ait été destiné à la recevoir. Du moins il est contraire à toutes les pratiques de l'architecture bysantine de placer une tour sur une base é vidée de la sorte. Enfin, bien qu'on puisse arguer du rap{}ro» chement des piliers qui forment cette base, qu'ils ont éft disposés pour soutenir un pmds considé* Bad)le , la comparaison que l'on peut faire entre roriiementation du premier étage de la tour et edle du porche prouve sans réplique , je pense, qu'il s'est écoulé un intervalle de temps considérable entre la construction de ce dernier et cellç de la tour.

L'aspect de la nef est des plus bizarres. A défaut des traces évidentes de réparations plus ou moins Miciennes, son extrême irrégularité prouverait

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seule, qu^elle a subi de notables altératioBs. Touie la paiiie de cette nef à l'Ouest du porche me parait sensiblement plus moderne que le reste , et je k crois contemporaine de la £aiçade gothique. Là de lourds piliers carrés saillant des miuraill^latéralesi et que l'on peut cpnsidérer comme des contreforts intérieurs , occupent l'emplacement des bascôtés , et forment actuellement des chapdles. Près du porche, un escalier rampâtit, appuyé à une arcade en ogive, conduit au premier étage' de k tour; autre preuve, ce me semble, que celle-ci n'est qu'une addition au plan primitif. La partie orientale de la nef n'a point non plus. deba»€otés, à moins qu'on ne donne ce nom à un passage très étroit entre des piliers (i) détachés delà muraillef mais qui s'y Hent par une espèce de pcm^ oud'^or* cade ; d'ailleurs il n'y a point de voûtes au-dessus de ce passage, et l'on peut le comparer à cette suite d'arcades pratiquées à la base des piliers butans à l'extérieur ^de certaines églises gothiques. L'ofi&ce de ces piliers est encore sensiblement le méitie que dans la partie occidentale de la nef. De cette différence dans la disposition des travées en deçà et au delà du porche, on peut inférer, ce me semble, que primitivement l'entrée principale de l'église se trouvait sous ce même porche , et que peut-être même la nef ne s'étendait pas au-delà du côté de l'Ouest,

(x) n y en a trois de chaque côté, deux carrés et un cylîndrfque au milieu.

supposition que vient encore fortifier la largeur de . la travée correspondant au porche , sensiblement plus grande que les autres. Or, comment expliquer cette irrégularité, si ce n'est en admettant qu'il a existé primitivement sur l'emplacement de cette travée un vestibule ou narthex intérieur (i)?

Le chœur a eu sa part de réparations , comme le reste de l'église. Son enceinte est form^ée par des arcades ogivales qui s'appuient sur des piliers carrés. Entre chacun de ces piliers est une colonne,' et de son chapiteau s'élève une espèce d'entablement qui vient se souder verticalement à la pointe des ogives, formant ainsi deux nouvelles arcades très bizarres et difformes. Il faut noter que ces colonnes sont bien évidemment bysantines, et^ aussi anciennes que les piliers ; leurs chapiteaux à rinceaux grossiers se rapportent sensiblement à la même ^x>que que ceux du porche et des apsides. S'il paraît difficile de penser que ces arcades, décrites par une courbe et une ligne droite , appartiennent à la construction primitive, on s'expliquera tout aussi difficilement comment elles auraient pu devenir le résultat d'une restauration ; car , com-

(x) IL y a bien encore une antre explication , mais elle entraîne • à des hypothèses trop hasardées , ce me semble, pour qu'on puisse' l'accneillir. Cette travjée, plus large que les autres, aurait été primitivement un transsept, mais alora le chœur n*anraîti.pas existé. Or, le chœur étant aujourd'hui la partie la plus ancienne de l'église (probablement du xi« siècle), on voit à quelle date reculée il fiiadrait reporter la construction de la nef.

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ment alors se seraient conservées ees feneires m plein dntrei percées duis le haut du diceur, f^siétFeSy en apparence, du même temps que les piliers et les colonnes? Un prc^lème analogue existe à SaiBt-Ji:£en du Mans; mais otn en a k solutioiifc, car Fappanâl proui^ éviséemment une i>^pamtion ea scHis*OBuvre , qui a changé la fome prijpaitiTe dâs atead^flL A Saûat-Xiéonard , au coa> tç^ir^, tout le choeur est teUemant plâtré et badi^ geonoé, -qu'il est impossible d'eKaminec les d^aîk de la. construction. Puisqu'on en est réduit à cher* cher des hypothèses pour expliquer la forme insolite de ce& arcades ^ voici celle qui me par^ te moins invraisemblable: Je suppose que dans le principe , il y avait entre chaque pilies et chi^pe cplonne une arcade destinée à s^gment^^la ré^ sistance de la maçonnerie; je suppose encm« qu'au-dessus de ces arcades on en avait ^ablid'autres qui s'appuyaient sur les piliers carrés sea< lement^ et qui, vis-à-vis des premières, avaient le n^éme rôle que l'ogive maîtresse à l'égard des ogives secpndaii^es. Cette ogive maîtresse^ qui existe encore aujourd'hui , était autrefois bou« chée par la maçonnerie. Or, si dans une restaiirafion on a supprimé les arcades inférieures et détruit le tympan de l'ogive maîtresse, en conservant seulement une espèce d'étai au-dessus de la colonne , on aurait justep^ejit produit la disposition bizarre qu'il s'agit d'expliquer. J'avoue que le cui bpno de la restauration qui aurait fait ces

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éhangements^ me pâi^t tout aussi inexplicable , é^ peut-être , après tout, faudra-t-il rendre responsable et ces ogives extravagantes le premier architecte de Saint-Léonard.

Je noterai encore une autre singularité du éhœur de cette ^lise; (fest là forme des cbapelles latérales situées à Feutrée du chœur, qui prennent une direction dblique à l'Est, au Heu d'avoir ;; comme il est ordinaire , leur axe perpendiculaire aux bas-côtés du chœur. Il semble qu'en cela, l'on ait cherché à se rapprocher de Forientation consacrée par Fapside centrale.

Lés stalles de Saiut-Léonard en bois sculpté, d'un travail curieux , offrent une suite de fantaisies très bizarres et souvent fort obscènes ; je les crois du coiotrînëncement du xvi' siècle. On y voit un porc prédbant devant des oies , ailleurs un moine embrassant fort amoureusement une femme qu^à sdn costume on pourrait prendre pour une religieuse. Plus je vois d'exemples de ces bouffonneries sacrilèges , plus l'explication m'en semble i&IEk^ile. A Fépoque surtout où ces boiseries ont été sculptées , on n'a pas la ressource d'attribuer à la simplicité et à là naïveté des mœurs Findéctoce de ces sujets , que dans un siècle plus reculé on eût jpeut-être exécutés sans malice. Alors commençait une opposition religieuse, la critique se déchaînait contre les mœurs du clergé , et quelle bonhomie ou quelle indifférence ne lui faut-il pas

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supposer pour qu'il admit sans scrupule les traits les plus satiriques dirigés contre lui-même !

Je n'ai pu me procurer de renseignements historiques sur là fondation et sur l'histoire, de jSaint* Léonard, et j'hésite à prdjgoser les dates que semble indiquer l'examen de son architecture; pourtant la façade occidentale appartient sans difficulté au XIII* siècle. Le porche , les apsides , toute la partie basse du chœur, les voûtes de ses collatéraux (sans nervures et très gro^ières), tout cela semble remonter à une époque encore très barbare, et je ne pense pas m'éloigner beaucoup de la probabihté en l'attribuant au milieu du xi^ Vraisemblablement c'est dans le cours du xu^ siede que l'on a élevé la tour , et sans doute en même temps le chœur a reçu quelques réparations. J'attache peut-être un peu trop d'importance à la grossièreté de l'ornementation , et si l'on tient compte de la nature des matériaux et de la maladresse des ouvriers, on peut être conduit à proposer une date moins ancienne. Resterait alors à expliquer dans cette hy* pothèse la construction de la tour, addition qui remonte nécessairement au xii^ siècle, et qui est . assez importante pour qu'il se soit écoulé un laps de temps considérable entre la fondation de l'église et l'érection de cette bâtisse qui altérait si notablement le plan original.

( Jugusêoritum, )

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