‹ Notes d'un voyage en AuvergneChapitre 24 sur 70 · CHATEAU DE CHALU^SET · texte numérisé non relu

CHATEAU DE CHALU^SET

herse , et un mâchicoulis au-deskus du passage , d'où Ton pouvait assommer l'assaillant au moment même où il aurait cru pénétrer dans l'enceinte. Deux tours, presque entièrement détruites aujourd'hui , flanquaient le château du côté gauche de la porte. A droite, le pied des murs est tellement obstrué de décombres , que je n'ai pu m'assurer si , comme je le suppose , cette disposition était répétée.

Passant sous la porte , on entre dans une cour oblongue, assez étroite*, bordée à droite et à gauche parles murs élevés de quelques salles qui n'ont point aujourd'hui de communication directe avec cette cour. A gauche , c'est-à-dire du côté qui regarde la Bréance, est une vaste salle, autrefois à deux ou plusieurs étages , mais dont les voûtes sont entièrement détruites , et ce n'est que dans les angles qu'on en retrouve les amorces. J'y ai remarqué quelques fenêtres en plein cintre, et des colonnes engagées, fort grossières, de style bysalitin; à côté, une cheminée toute moderne. La salle opposée, qui fait face à la Ligoure, est encore plus complètement ruinée; cependant, des fenêtres en ogive , et d'autres divisées par des meneaux de pierre en croix , annoncent qu'elle a dû être réparée Ji une époque plus rapprochée de nous.

Entre ces deux salles , à l'extrémité de la cour on trouve un plan incliné (peut-être était-ce

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autrefois un escalier ) (i) , et au-delà une masse de décombres et de substructions confuses dont j'ai dû renoncer à chercher les dispositions. On Voit seulement qu'elles entourent un donjon très élevé qui , de toute la forteresse , est aujourd'hui la partie la mieux conservée. Plusieurs pans de murs s'en rap|)rochent , mais on ne comprend pas bien quelle liaison ils avaient avec ce donjon , qui , autant que j'en ai pu juger, était isolé dans rorigine.

Le plan du donjon forme un carré long y assez peu régulier, et dont les deux grandes faces i^ gardent le Nord-est et le Sud-ouest. Trois de ses faces sont unies , mais celle du Sud-ouest présente àes saillies et des angles rentrants dont je ne puis deviner le motif. Au Nord-ouest, deux étages d'arcades ruinées en plein cintre, adossées au donjon , semblent les restes d'une galerie détruite.

A l'intérieur, le donjon est partagé dans le sens de sa longueur par un mur de refend, et, quoique chacune de ses divisions ait un escalier distinct (en hélice), on voit que leurs appartements se communiquaient à tous les étages. Les portes percées dans le tour de refend , presque toutes en plein cintre , un petit nombre en ogive, toutes fort étroites, n'offrent pas le moindre ornement caractéristique. 1)6 simples planchers, aujourd'hui démolis , formaient les

(i) Je n*ai recoima aucane autre entrée ; mais il est probable qu'il en existait autrefois, soit au Nord, soit au Sud du château, peut-être des deux côtés.

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étages y mais le baut du donjon était recouvert par une voûte en berceau dont le sommet s'appuie au mur de séparation. On ne peut plus monter sur la plateforme appuyée sur cette voûte, et, d'ailleurs, tout le haut de la tour est tellement mutilé qu'on ne peut reconnaître si elle avait des créneaux ou des mâchicoulis. De grandes ogives appliquées sur la face tournée au Nord-ouest sont peut-être des mâchicoulis énormes du même genre que ceux qu'on voit à Avignon dans le palais des papes.

L'appareil est régulier et fort semblable à celui de la Jeannette. Il n'y a qu'un petit nombre de fenêtres toutes étroites et carrées pour la plupart. A gauche an donjon les murs du château sont rasés, mais on en peut suivre les substructions sur le sommet des pentes dont la Bréance baigne le ' pied. De ce côté il y avait une suite de vastes appartements, et l'on distingue plusieurs salles carrées, avec des amorces de voûtes retombant sur des colonnes en granit du même style que celles que j'ai décrites tout à l'heure. Les fenêtres et les portes sont en ogive, mais à pointe très obtuse. Enfin , on voit une cheminée moderne comme la précédente. Il est évident qu'un objet aussi nécessaire a dû changer de forme plusieurs fois avant la destruction du château.

Cette suite d'appartements donnait au Nord sur un préau , borné au Nord-est par le donjon dont j'ai parlé; au Sud-ouest et au Nord-ouest parles

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remparts de l'enceinte principale. Au Sud-ouest, ces npiurs sont flanqués de trois tours rondes, S toutes plus ou moins ruinées. Us sont fort épais,, et contiennent une galerie voûtée , éclairée par des meurtrières taillées en forme de croix, très longues, s'élargissant à Tintérieur et cintrées à leur amortissement. L'ouverture horizontale de ces meurtrières est si courte, qu'il me paraît difficile qu'elles aient pu servir à des arbalétriers. Au contraire , leur longueur convient au tir de l'arc , et cette distinction n'est pas sans importance ; car l'usage de Tare est, comme on le sait, antérieur à celui de l'arbalète. Quant aux plateformes, aux créneaux , à l'amortissement de ces remparts en un mot, là, comme ailleurs, il est. détruit, et il n'en reste pas vestige.

Au-delà de ces murailles, qui formaient l'enceinte intérieure du château , paraissent les substnictions d'une seconde enceinte extérieure , éloignée de la première d'environ vingt-cinq mètres, flanquée de tours , et bordée au Sud-ouest par un large fossé taillé dans le roc vif, et coupant le plateau d'une pente à l'autre.

Vers le milieu de l'escarpement , qui fait face à la Ligoure, à partir du fossé jusiju'à la hauteur de la porte principale du château , un second rempart s'étend parallèlement au premier, mais il est encore plus ruiné que celui-ci. Un seul pan de mur, assez éls^é encore , a conservé deux fenêtres et une porte

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en ogive. Du côté de la Bréance où la pente est plus rapide, je ne puis affirmer qu'il existât une double enceinte.

Je vais repasser brièvement les dispositions principales du château de Chalusset. Le donjon forme comme la clé de la position. A l'entour se développe une enceinte en forme de carré long, flanquée de tours sur les points que ne défendent pas des escarpements naturels ; une seconde enceinte, bâtie sur un terrain plus bas, à portée du trait des remparts intérieurs , offrait à la garnison un double moyen de défense, et, si l'assaillant parvenait à s'en rendre maître, il s'y trouvait tout aussi exposé qu'auparavant.

Sur le seul point de la forteresse où un ruisseau ne formait pas ime espèce de fossé naturel , on avait excavé profondément un sol rocheux.

Enfin , à la partie la plus basse de la colline les ouvrages de défense avaient été multipliés;: d'abord une porte fortifiée; puis une redoute avec une tour servant en même temps d'observatoire ; derrière , l'enceinte extérieure ; enfin, une seconde redoute ; tels étaiait les <)bstacles qu'il fallait emporter avant d'arriver au pied des remparts intérieurs. Je n'ai jamais vu de château du moyenâge dans une situation plus avantageuse , aucun où l'art de l'ingénieur eût déployé plus de ressources.

L'épaisseur des murs est partout considérable , plusieurs ont douze pieds et pluSvEn général, leur

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appareil est irrégulier, et se compose de grosses pitres brutes. 1^ n'y a d'exception que pour le donjon, la tour Jeannette et celle qui surmonte k porte d'entrée principale. Cette différence d'appareil pourrait faire supposer que ces tours sont postérieures aux autres ouvrages , mais il est possible que ce ne soit qu'un indice de réparations; enfin, comme ces tours sont les points les plus importants de la forteresse , elles ont été peut-être '- bâties avec un soin particulier. Il y a grande appa* I rence que c'est au xii® siècle que fut construit l le château de Chalusset, du moins la plupart \ des détails caractéristiques se rapportant à cette époque. Évidemment, les bâtiments d'habitation ont été successivement modifiés jusqu'au xvi* siède. Je soupçonne que dans l'origine, il n'a existé de double enceinte qu'au Sud-ouest , et que la muraille qui regarde la Ligoure , n'est qu'une addition du xiv* siècle, peut-être encore moins ancienne.

Je n'ai pas vu de puits ni de réservoir sur le plateau de Chalusset; mais il est tdlemait obstrué de décombres , qu'ils ont pu très facilement m'é* chapper. La même raison explique l'absence de caves et de souterrains , et la nature du Keu , où le granit presque partout affleure le sol , suffirait d'aiUeurs pour rendFe très difficile d'en pratiquer. Il est vrai que suivant une ancienne tradition , il aurait existé , dans l'ititérieur du château , un passage souterrain qui conduisait de l'autrie coté de la

Bréance. Je crois la tradition fausse de tout point; mais n'est-il pas surprenant d'en rencontrer paftout de semblables ? Il faut en conclure que ces souterrains, qui débouchaient au loin dans la cam^ pagne ^ ont été communs dans le moyen-âge.

UZERGHE<

Sur la routé de Limoges à Tulle, je n'ai dû m'arrêter qu'à Uzerche , petite ville d'un aspect extrêmement pittoresque. Plantée au sommet d'une montagne en pain de sucre , elle sépare deux vallées sinueuses , arrosées par la Vezère. Du sommet de la montagne , cette petite rivière perdue au fond de la vallée ne paraît plus qu'un mince ruban blanc qui serpente sur un beau tapis vert. Autrefois l'abbaye d'Uzerche à été puissante, et son église , devenue paroissiale , est encore digne d'attention. Elle occupe précisément le point culminant de la montagne. Sa forme est une croix latine, dont la partie orientale est entourée de* cinq apsides ou chapelles semicirculaires. Ce plan , l'insignifiance de la nef , la disposition du chœur, seule partie de l'église qui ait gardé son ornementation , m'ont .vivement rappelé Saint-Léonard. A Uzerche, les arcades du chœur en plein cintre sur-

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jélevé portent sur six colonnes isolées , dont les chapiteaux j bien qu'un peu trop largement sculp* tés, présentent des rinceaux d'un caractère assez noble. Les voûtes , du moins celles qu'on peut regarder comme anciennes, sont en plein cintre et d'arêtes, toutes en assez mauvais état. Ici le badigeonnage paraît avoir été poussé encore plus loin qu'à Saint-Léonard ; c'est comme un replâtrage complet, car partout la couleur en détrempe a bien six lignes d'épaisseur.

Les arcs doubleaux de lanef sonten ogiveà pointe obtuse ; les arcades des bas-côtés en plein cintre : du moins, telle est la forme de leur intrados, car quelques arcades décidemment ogivales , sont doublées intérieurement par un arc en plein cintre , un peu en retraite sur le premier. Ainsi , il semblerait que l'ogive aurait été employée ici pour ses propriétés de résistance , et le pleip cintre réservé pour la décoration. Les exemples de l'emploi simultané des deux arcs sont assez fréquents , et partout on n'en trouve d'autre explication , que je sache , sinon celle que je viens de présenter.

Le reste de la nef n'offre presque aucun intérêt; il faut seulement remarquer le resserrement exagéré des collatéraux et les dimensions considérables des piliers , carrés , sans colonnes engagées , et dépourvus de tout ornement. Il est vrai qu'ils portent une tour , mais peu élevée , placée vers le milieu de la nef, et non point au milieu du transsept Elle est carrée , et surmontée d'une espèce de

lanterne octogone. Le dernier étage dont chaque face et chaque angle se termine par un fronton aigu, rappelle le clocher d'Ainay àLyon. Les fenêtres inférieures de la tour sont ogivales , mais en renferment d'autres en plein cintre et géminées, séparées par des colonnes à chapiteaux historiés , d'un assez bon travail. J'oubliais de dire que l'église ne reçoit de jour que par des fenêtres en plein cintre percées dans les bas-côtés.

J'ai remarqué dans le transsept deux grands bénitiers creusés dans deux très beaux chapiteaux bysantins , l'un historié , l'autre à feuillages , tous les deux d'un profil élégant , et parfaitement re* fouillés. On n'a pu m'indiquer leur origine. Je suppose qu'ils proviennent d'un porche détruit aujourd'hui.

La partie la plus curieuse de l'église, c'est la crypte , dans laquelle on entre aujourd'hui par une porte qui s'ouvre en dehors , au pied de l'apside principale. Contrairement à la disposition la plus ordinaire , cette crypte ne reproduit point exactement le plan du chœur ; car ses quatre apsides , ou plutôt les galeries à l'extrémité desquelles sont percées les fenêtres, ne correspondent pas aux chapelles du chœur. Au centre du souterrain, cinq piliers , ou pour mieux dire , cinq massifs épais , rangés en hémycicle soutiennent la voûte; un sixième pilier , dont le plan serait un losange , est placé au milieu des premiers. Tcnite la crypte me parait taillée dans le roc; mais je ne saurais

l'afJBrmer^ car le badigeon la recouvre de telle sorte y qu'on pe pourrait voir les interstices des pierres, s'il y avait de la maçonnerie. J'ai interrogé le sacristain de l'église; mais je ne suis pas sur qu'il m'ait compris. Au fond de la crypte y un passage se dirigeant au Sud, et condamné aujourd'hui, conduit dans le collège : c'était autrefois une des dépendances de l'abbaye. En face de la porte d'en» trée , à l'Ouest , on voit au fond de la crypte xme niche assez profonde, avec un tombeau saQs ornement. Devant la niche est une forte grille en bois. Ce tombeau, me dit le sacristain , est celui de saint Goronat, et il jouit de la propriété de rendre la raison aux fous que l'on y enferme pendant une nuit : la grille en bois sert à cet e^et. Mais, ajouta mon guide , toutes les expériences qu'il avait vu tenter n'avaient «u que de mauvais résultats. On ne peut songer , sans un vif sentiment de honte et de tristesse, combiep de $ott^ pratiques aussi dangereuses que celle-là existent encore dans cette France, dont on ose vanter tous les jours l'étonnante civilisation.

L'abbaye d'Uzerche fut fondée par Hildegaire, évéque de Limoges , sur la fin 'du x^ siècle. Peutêtre dès lors la crypte existait-elle , et faisait des . miracles. En effet, c'est presque toujours la sainteté particuUère d'une localité, qui l'a fait choisir pour une pieuse fondation. En 1028 , un incendie détruisit le monastère , que l'abbé Richard commença à rebâtir deux ans après le désastre, mais ce ne

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fat ^'en 1048, qu'une nouvelle dédicace eut lieu, et, à l'exception de la tdUr que surmonte la nef, il est probable que l'édifice actud est le même que construisit l'abbé Richard. Toutefois, on peut croire que la nef, sa voûte du moins, a été retouchée au xii*' siècle , époque où la tour fut élevée.

TINTI6NAC, NATET, ETC.

Depuis longtemps on découvre quantité de débm antiques aux. environs de Tintignac, petit \illage éloigné de deux ou trois lieues de Tulle. En coteivajQt la terre, on trouve tous les jours des tuiles, des poteries, quelquefois des fragments sculptés. Baluze {Historia Tutelensis) donne en peu de mcits la description d'un amphithéâtre antique existant dans cette localité, et i^accompagne d'une gravure , dont Fauteur, à ce qu'il me soBol^le, n'avait non*seulement jamais visité Tintignac, mais n'avait même jamais vu de cirques romains. En copiant Baluze, Beaumesnil (manuscrits de Limoges ) , n'ajoute aucun détail , et vraisemblablement ne s'est pas donné la peine de vérifier son auteur, car son dessin n'est que la répétition de la gravure publiée par Baluze. Or, en admettant que du temps de ce dernier, le plan de

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l'amphithéâtre fut exact , il serait bien surprenant qu'aucun changement n'y fut survenu dans l'espace de près d'un siècle. Aujourd'hui ce cirque, connu dans le pays sous le nom des Arènes (dénomination qui paraît avoir été générale au moyenâge ) , ne se distingue plus au milieu des champs cultivés que par une élévation régulière qui en accuse le périmètre, et par quelques massifs di opus incertum qui percent la terre çà et là. Il se trouve à droite , et non loin de la route qui mène à Tulle , à quelque trois cepts pas du village. Son plan est un ovale arrondi dont le grand axe s'étend du Nord au Sud. Il me semble que Baluze s'est mépris sur ses dimensions quand il lui donne deux cents pieds pour le grand axe, et cent cinquante pour le petit; et je m'explique son erreur en supposant qu'il a mesuré le premier sans compter les gradins, et le second en les comptant. J'ai trouvé environ soixante mètres du Nord au Sud , et cinquante-cinq de l'Est à FOuest. On voit que, dans la construction du cirque , on a profité d'un niouvement de terrain, qui dispensait d'élever partout des murs d'une hauteur égale. Il est impossible de remuer la terre sans rencontrer des substructions ; mais nulle part on n'a trouvé de parement, et, chose étrange, on n'aperçoit aux environs ni grandes ni petites pierres taillées, qui ailleurs se présentent de tous côtés à l'entour des monuments romains. Une tradition , que rien ne justifie, prétend que ce parement était en

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