‹ Notes d'un voyage en AuvergneChapitre 25 sur 70 · ARÈNES · texte numérisé non relu

ARÈNES

pierres de taîQe ; mais ce luxe pour une locaKté aussi inconnue ne me paraît nullement vraisemblable. Si y comme on le prétend, on avait transporté à Tulle les pierres taillées de Tintignac, on en trouverait quelques vestiges , et Je n'en ai rencontré nulle part. Je ne doute point que ces pierres de taille ne soient une invention du graveur de Baluze.

Il serait intéressant de fouiller les arènes de Tintignac y et le travail en serait facile et peu coûteux. M. le docteur Vidalin, propriétairedu sol, m'a non seulement promis de permettre les fouilles , mais s'est offert même pour diriger les ouvriers. J'estime qu'après la moisson dix terrassiers retrouveraient, en mqins de quatre à cinq jours, toutes les substructions de l'amphithéâtre , et pourraient recueillir les débris qu'il renferme.

A peu de distance des arènes , on voit , dans un champ en friche, d'autres substructions qui m'ont paru celles d'une maison de quelque importance ; car on y trouve des fragments de marbre et les débris d'im pavé eii mosaïque, ou plutôt d'un co/wposto fort semblable à une brèche naturelle. Taî trouvé moi-même , en me promenant dans ce lieu (on le nomme les Baraques) y un fragment d'une corniche en marbre , et la moitié d'un disque en granit poli, qui a toute l'apparence d'une meule ; mais la nature de la pierre ne permet gnères de supposer qu'il ait eu cet usage.

L'église de Navet , village éloigné de deux cents

pas de la route qui mène de Tintighœ à Tufle^ est remarquable par un magnifique retable eli bois de cbitaignier d'un travail précieux et d^ane trèâ grande proporticm ^ car il couvre toute là paroi orientale de Fégliseï C'est , suivant l'ordinaire^ une espèce de Êtçade soutenue par des colonnes torses^ richement ornées^ avec des bas-relie& dans les entrecolonnements.

Dans le fronton qui surmcmte cette &çade, on voit la Résurrection ; les autres compositions soûX tirées de la vie de saint Pierre à qui l'église est consacrée. Le travail se rapporte au .commence* ment du xvii^ siècle , et la conservation en est par- £ûte. Il est rare de trouver une boiserie plus riche et de meilleur goût.

f TuuUlJ

Ve&Vd ville ^ resserrée au fond d'un vallon étroit, par des montagnes abruptes qui semblent lui interdire tout accroissement. L'église cathédrale est mutUée. Suivant Baluze, elle était au« trefois terminée à l'Orient par quatre chapelles, disposition assez remarquable , car presque toujours les chapelles qui entourent le choeur se

CATHÉDRALE. iSÎ

présentent en nombre împaîrj^(i). Aujourd'hui la nef seule siibsiste ; les transsepts éî lé ciioéiir ont été détruits. L'ancienne nef, fermée mâinfêtlant par un mur bâti à Feutrée du transsept^ ei altérée par dés réparations modernes , ne paraii^ pas avoir été jamais bien remarcjuable jpàr soiï architecture. Un vaste porche la précède, ouvert de trois côtés et surmonté d'une tour a trois étages , dont les deux derniers appartiennent prôbdbleiiient à la fin du xïv^ siècle. Aux côlôniiiés eiigslgéès dans les piliers épais qui contiennent le porche , à Fôgive découpée eh festons dé la porté d'entrée , àu éàractère général de Fornementatibh eu ùii mot, on reconnaît le style bysantiil fleuri,' tandis (Jué les étages supérieurs du clocher annoncent, comme je le disais , une époque déjà avancée de Fart gothique. L'intérîèui* de Féglîse , oii plutôt là nef, se rapporte à cette période de transition , où le système bysantin montre déjà quëlqiie tendance à se transformer en une architecture nouvelle. Cest en iio'j que Féglisë fut commencée, et je crois qu'elle ne fiit achevée que dans lès dernières années du xii® siècle. Toutes les arcades sont en ogive ; les voûtes garnies de puissantes nervures dont quelques-unes, peut-être lès seules originales , sont ornées de chevrons. Les fenêtres sont en plein cintre , un petit nombre festonnées comme la porte d'entrée. Je crois qu'on

• (i) V. FEgWdeN.-D.-du.Port.

' a retouché ou plutôt rasé les chapiteaux des co« lonnes engagées, car leur corbeille absolument lisse m'a paru toute moderne. Telle ne devait pas être leur forme primitive , et Ton peut s'en convaincre en les comparant à d'autres chapiteaux de style purement bysantin et d'un assez bon travail, qu'on voit à l'extérieur de l'égUse , sur le quai de la Corrèze. Ils étaient autrefois engagés dans le transsept dont il ne subsiste plus qu'une portion de mur du côté du Sud. Ce bras du transsept communiquait à un cloître dont il ne reste qu'une travée et quelques amorces de voûtes. D'après ces vestiges , on peut juger que ce cloître, un peu plus bas que la nef, avait une architecture du même genre que l'église, et seulement peut-être un peu plus moderne. On voit à Tulle quantité de maisons anciennes du XV* et même, je pense, du xiv® siècle, avec leurs portes et leurs fenêtres en ogive, quelques-unes avec de longues corniches soutenues par des modillons fantastiques. Dans d'autres maisons construites à l'époque de là Renaissance, on trouve des détails d'ornementation très gracieux, mais, malheureusement , je n'en connais point qui ne soient fort altérés par des aménagements modernes.

' L'édifice le plus remarquable de la ville , à tous égards, est connu sous le nom de. Maison de VAbhé. Il ne faut pas croire pour cela qu'il soit antérieur à l'institution du siège épiscopal à Tulle ( 1 3 1 7 ); sa date probable ne remonte au contraire qu'aux premières années du xvi* siècle, et sa

Page 1