AURILLAC
mur provisoire ferme Téglise à TOccident. En face, à l'autre extrémité de la place Saint-Géraud , trois arcades en plein cintre , entourées de billettes , et flanquées de colonnes bysantines à rinceaux , sont enclavées dans une maison toute moderne. On dit qu'elles faisaient partie autrefois de l'abbaye, et que là était le logement de l'abbé. Au style Aes chapiteaux, couverts de rinceaux médiocrement travaillés , je crois cette construction de la fin du XI* siècle. Je copie, avec un peu de défiance, ce fragment d'inscription tracé sur une corniche , car les lettres, oblitérées par une couche épaisse de badigeon et mutilées depuis long-temps , ne sont plus £sicilement lisibles :
S... ECOLE QUIJES HOMINV DOMVS ATq :
REFEŒIO FRATRV APTANTVR AD OS. . . QVT- CVMQVE
Sur la place , en face de l'église , on voit une fontaine dont la vasque en serpentine polie me parait très ancienne. Nulle ornementation , d'ailleurs , ne peut fournir de renseignement sur son origine. Les uns la croient antique , d'autres , avec plus de probabilité, selon moi , prétendent qu'elle • provient de l'abbaye du xi* siècle.
Rien de remarquable dans l'autre église d'Aurillac (autrefois les Cordeliers), qui m'a paru de la fin du XIV* siècle, si ce n'est la forme des fenêtres, étroites comme des meurtrières, et de tout point
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semblables à celles que j'ai signalées dans plusieurs églises de la Creuse et du Limousin. Une Cène, attribuée au Bassan, est appendue dans la nef. Bien que ce tableau ait beaucoup souffert , et des injures du temps, et de retouches maladroites , il est impossible de n'y pas reconnaître un grand style. Saint Jean j la tète appuyée sur le sein du Sauveur, a tout l'air d'une femme, ce qui ne laisse pas de changer le caractère de la composition , au point qu'un étranger, me dit-on , crut qu'elle représentait une orgie de l'Enfant prodigue. En général , les têtes sont belles , mais manquent d'expression : le coloris est puissant, mais je le trouve médiocrement harmonieux.
Quelques jours avant mon arrivée, on avait découvert , au village d'Arpajon , à deux lieues d'AuriUac , un assez grand nombre de terres cuites antiques. Toutes celles qu'on me montra étaient d'ime blancheur singulière , et d'abord je fus tenté de les prendre pour des plâtres. La terre qui, cependant, aétésoumise à l'action du feu, est légère, dure , et d'un grain parfaitement égal. Parmi tous les objets que j'examinai , il n'y en avait pas un seul qui n'eût été moulé dans un moule composé d'une seule pièce ou de deux au plus. C'étaient des figurines, mutilées pour la plupart,, hormis une Vénus, haute d'un pied environ, et fort bien conservée. On en trouve un grand nombre de semblables dans toute la France , et elles semblent la copie grossière d'un original précieux. La déesse
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ai: hiie, le bras gauche tokhbant le long dé la cuisse ; là fnaiii droite relevée à la hauteur de la iéte, àbmble rajuster les boucles de si coitfurè. Il f à^kit èh outre qùajatité de petits animaux , àèi chiehs du des renards surtout, accroupis comme les éhàcâls dés înohuinênts égyptiens ; plusfeilrs bustes d'erifânt , très petits et fort grossiers (i), de^ cocp, enfin , utië figurine de femme tenant uh lapin. Je rite sais trop comment expliquer la réunion d'ans te méttjë lieu de toutes ces bagatelles , et i'ôil eût dît que toute la boutique d'un moiiletlf eût été enfouie à là fois.
M. le préfet du Cantal eut la Èonté de iné faire voir les collections partictdièrës de la ville ; mais je n'y observai rien de bien remarquable, si ce n'est une hache celtique , longue de deux pieds. Je n'en avais jamais Vu d'aussi grande. Sur beaucoup dé fragments de poteries roiiges ou noires d'origine romaine , j'ai trouvé presque cônstanîment ces deusi ndmâ de fabricants : MOKSIUS ètFASÏDS. Un seul fragméiii offrait l'inscription suivante, fort lisible, mais 4^e je ne puis en aucune &çon expliquer:
ACVI BILIAP
(i) Destinés peut-êlre à être appendus dans un temple comme ex-voto ?
ÉGLISE DE SAIMT-SERNIN. t4S
ÉGLfiSB DB «AINt-SERNIff.
CBATBAU D^ANJOirr.
Avant de quitter le départedaeiit du Cantd ) j[é èésiraib visiter le dmteau cte Toumeinire , eélèbr<& par là prise d'Aimérigot Marcel , fameux routier du XY® siècle, dont Froissart a si dramatiquemëiit tonte les aventures. Ma route me conduisit d'abord au vifiâge de 8aint-Semin ^ dont Féglise^ autrefois bysàntine, a perdu presque tout son caractère pair une réparation moderne. On ne reconnaît Son bri* gineque par un reste de portaU au Sud ^ fort simple d'ailleurs et de plus mutilé , et par Une rangée de moi^ens Êmtastiques autour du chœur. Il ne semble pas qu'il y ait jamais eu d'apside. Ce que Saint-Sensiji e£fre de curieux maintenant , ce sont quelques boiseries du choeur ^ de la fiiï du tv^ âèdëi ttiai^ mal entretenues et peintes à t huile. li n'en reste aujourd'hui que quatre panneaux divisés y en plusieurs bas-reliefs , par un rinceau qui les sépare et les encadre , et dont le motif est la racine de Jessé. Rien de plus gracieux , de plus finem^it exécuté que ces petites figurines y et je désirerais qu'ellesiussent nettoyées et moulées! avetf soin.
Arrivé au but de mon excursion , je ne trouvai cj^e la place du château de Toumemire ; mais en
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revanche ^ dans le même lieu , se présenta à moi un autre château, fort remarquable, celui d'Anjony j dont la conservation est encore parfaite.
Dans une de mes précédentes tournées , j'avais noté, comme un fiait curieux, quatre châteaux bâtis sur la même hauteur (à Chauvigny, Vienne), presque contemporains, et très rapprochés les uns des autres. Mais à Ghauvigny, on peut s'expliquer la réunion dans le mémeUeu de ces ouvrages militaires; car ils semblent avoir eu pour objet évident d'obliger l'assaillant à diviser ses forces , et à entreprendre quatre sièges successifs, au lieu d'un seul. Au milieu d'une ville, on conçoit sans» peine un tel système de fortification.
Sur la montagne de Toumemire , il existait autrefois , dit-on , cinq châteaux possédés par cinq seigneurs différents, et ces châteaux sont autant, sinon plus rapprochés que ceux de Ghauvigny.
Gelui d'Anjony seul reste debout : à une portée de fusil, on voit les ruines du château deGhallier; le château de Toumemire , à même distance à peu près, s'élevait au milieu du village de ce nom. J^gnore le nom et l'emplacement des deux autres; mais ils ne pouvaient qu'être très voisins des premiers , comme on peut s'en convaincre en examinant le sommet de la montagne. Or, comment concevoir la construction de ces cinq forteresses, à une époque où tous les nobles vivaient, sinon en guerre les uns contre les autres, du moins en
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défiance continuelle? J'aurais vivement souhaité^de consulter les archives, du pays pour y trouver la solutioti de ce curieux problème , mais il m'a'été impossible de me procurer le moindre renseigne^ ment à cet égard. Je suppose , et cela sans autre fon4ement cjue ce qui me semble ime probabilité , je suppose^ dis-je, que dans le principe les cinq châteaux ont appartenu à une même famille , dont rhéritage s'est divisé dans la suite au point d'avoir cinq maîtres différents. Toute gratuite que soit cette hypothèse, je l'admettrai plus volontiers, que je ne croirai à cinq seigpeurs féodaux vivant en si bonne intelligence f que chacun laissât son voisin se fortifier tranquillement en vue de ses murailles. Quoi qu'il en. soit, je n'ai à m'occuper que du château d'Anjony, car les ruines voisines n'ont plus aucun intérêt archéologique.
Il est situé sur une hauteur abrupte détachée de la chaîne du Cantal, sur une espèce de cap escarpé, séparant deux vallées profondes. On y monte par une pente fort raide qui serpente longtemps au milieu des rochers. Au commet de la montagne est un plateau de forme triangulaire , et c'est à la pointe du triangle que s'élève le château d'Anjony. Son plan très régulier représente un petit carré flanqué à chaque angle d'une grosse tour ronde. Ses courtines sont très étroites et, de même que les tours, couronnées de mâchicoulis. Des bâtiments modernes ont un peu altéré l'aspect de l'édifice , eu masquant la porte d'entrée primitive. Deux
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grandes salles, Tune au-dessus de Tautre (i), occupent le carré compris entre les courtine? ; dans trdîs tours il y a des chambres en communir cation avec ces grandes salles , la quatrième tour sert de cage . à un escalier, ^u rez-de-chaussée, dans l'intérieur d'une tour j est uqe petite chapelle, dont toutes les parois sont couvertes de fresques représentant les différentes scènes de la Passion. Bien que d'une incorrection choquante, ces peintures ne manquent pas d'une certaine grâce naïve ; je les cMis du xv^ siède. Tout Fédifice est fondé^sur des caves profondes , qui s'étendent même sous un préau devant la porte d'entrée. Ces souterrains immenses servaient , je le suppose , de magasins à la garnison du château. Autant que j'en ai pu juger par le système général de la construction, par quelques ortiemeuts àss voûtes, par l'appareil et le couronnement des murs , le château d'Anjony doit remonter au moins au xrv^ siècle. Sa forme et ses dimensions médiocres le font ressembler à un donjon, «t, si mon hypothèse sur les châteaul de Tournemire est exacte, il n'a pas eu peut-être d'autre destination dans Fensemble des ouvrages militaires qui couvraient autrefois le plateau.
(0 La salle sapérieure est voûtée; l'antre n'a qa'uq - plafond soutenu par de grosses poutres.
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FIGEAG.
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