‹ Notes d'un voyage en AuvergneChapitre 7 sur 70 · MAISON DES SŒURS BLEUES · texte numérisé non relu

MAISON DES SŒURS BLEUES

Quelle que soit son origine , il est impossible d'imaginer rien de plus joli, de plus complètement gracieux que ce petit hôtel , si coquettement orné qu'on croirait voir la maison qu'un artiste se serait feite à lui-même , car il y a tant de recherché et tant d'amour dans tous ses détails , que je ne puis m'imaginer qu'un architecte trouve une telle verve quand il ne travaille que pour l'intérêt ou même pour la gloire. Mozart, dit-on, voulut se faire un opéra, et&tDon Juan. Pourquoi ne serait-ce point un architecte qui se serait bâti pour lui-même ce charmant petit palais ?

Du côté de la rue, une grande simplicité annonce l'homme de goût qui ne cherche point à faire parade de sa richesse aux passants; il faut cependant s'arrêter un instant devant deux très joties portes , une grande et une petite ( j'ai déjà remarqué que les portes vont toujours deux à deux), dont les pilastres et les piédroits sont recouverts d'arabesques d'un fini merveilleux; le fronton de la plus grande a été malheureusement mutilé pour y guin^er un de ces lourds écussons dont je parlais tout à l'heure , et ce signe féodal , qui d'abord a mutilé de charmantes moulures , a de plus attiré sur toutes les sculptures voisines l'indignation populaire , qui ne distingue pas lés arabesques des signes du blazon.

On entre dans une cour très petite ( car là tout est d'une proportion coquette et mignonne ) ,

à main droite par une espèce de tarasse âevée de quelques pieds aurdessus de vastes caves; les murs qui la bordent du coté de la rue sont ornés de médaillons^ dont les cadres seul^, très richement travaillés ^ subsistent aujourd'hui. A i'angle qae forme la ternu^ avec la cour , du côté de l'entrée, s'élève une tourelle ronde avec 'ime plateforfne couverte d'un toit. Je manque de termes pour exprimer la grâce, la délicatesse 4es arabesques et d'une foule d'ornements capri* cieux , prodigués sur cette seule tourdle ; toute la finesse, toute la fantaisie qu'on aimerait à trouver dans un meuble à placer sur une table, le sculpteur l'a employée pour décorer les fenêtres , les chambranles , toutes les parties susc^tibles de recevoir une ornementation. Qu'on se figure un magnifique bijou ciselé , mais haut de vingt-cinq pieds. Tel est l'art avec lequel ces sculptures sont esiécutées, que, malgré leur peu de saillie, les rkiceaux les plus délicats se dessinent purement à distance, et que l'oeil en suit facilement tous les contours. Au-dessus de la porte de la tourelle , on remarque un grand médaillon contenant une tête de.gueriâer coi£Gée d'un casque de forme bizarre , mais pourtant très élégante ; la devise , en lettres onciales , parait faire allusion à la légende d'après laquelle les rois de France descendraient de Priam , dont un fils aurait fondé la ville de Troyes en Champagne ; c'est du moins ainsi que je l'explique; on en jugera : PARBIVS. FILI.

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PMÂM. RE2L TBECENTEN. MAGNAM. On sotcrâ i% forme ancienne des lettres , et la prétention fort mal justifiée d'ailleurs d'imité les abréviations antiques.

lie coujTonnement de la tourelle est la seide partie sur laqueUe puisse porter la critique. C'est une e^ce de lantemon sous lequel viei^ aboutir un escalier en hélice. Du noyau part un pilier cylindrique ^i reçoit les nervures de la voûte du > knteimon , soutenue en outre à Textérieur par des colonnes disposées en cerde comme dans cer^ins temples antiques. Je trouve ces colonnes beai^coup trop courtes; pour leur diamdre.

Une autre tourelle , presque aussi jolie que.oelleeiy occupe une des extrémités de la façade intérieure ; bâtie en encorbellement , elle s'appuie sur une statue de ^errier assez ridiculement posée pour faiiré office de console. Il tient une ei^èce de renard (i) et son casque est orné d'ailes. A part sa position forcée, tous les détails de cette figure sont de la plus grande élégance. Je suis obligé ée répéter sans cesse les mêmes formules d'admiration pour parler du reste de la façade intérieure. Partout la même richesse dans l'ornementation , la même variété dans les détails, la même verve dans leur exécution. Ce sont surtout les fenêtres qui étalent le plus^ grand luxe d'ornements. De loin leurdisposi* tion semble uniforme, mais , si l'on s'approche, on

(i) Ne serait-ce point Samson ?

reconnsut qu'il n'y a pas deux moulures semblables. Ou pourrait, je le sais, sans être taxé de pédantisme j blâmer ici un manque de symétrie calculé et systématique ; on pourrait critiquer les formes hasardés de beaucoup d'ornements , et le mélange hétérogène des motife grecs et gothiques. Pourtant toutes ces parties , celles-là même qu'on peut le moins justifier, sont au fond si élégantes, si riches, elles prouvent tant d'imagination et tant de ressources que personne ne penserait à en désirer la suppression. Il y a dans les défauts du génie quelque chose de si séduisant qu'on se prend quelquefois à les admirer comme des qualités originales.

On passerait des heures entières à étudier tous les caprices de cette charmante façade, et pourtant leur inconcevable variété ne fait que vous prépa,rer à l'impression que va produire la chapelle ou plu* tôt un oratoire fort petit , admirable miniature sculptée si je puis me servir de cette expression « Je ne connais rien qu'on lui puisse comparer pour la richesse et l'élégance. Les parois couvertes sans doute autrefois de tapisseries ou de peintures , ne présentent plus aujourd'hui que des pilastres un peu trop grands peut-être pour les proportions de la pièce. Tout le luxe de sculpture est réservé pour le plafond. Formé de trois grandes dalles de pierre,' il se divise en trente caissons ou compartimens contenant chacun des compositions différentes , de bas-reUef, admirablement travaillées, et d'un

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