UNE RÉFLEXION JUSTE
Lorsque, par hasard, le service de la salle laisse quelques instants de loisir, on fait natui'ellement un peu de conversation avec les blessés. M. de Mun puisait là un réconfort '< qu'il ne trouvait nulle part ailleurs » , écrivait-il. Quelle école, en effet! Les simples récits tout imprégnés d'héroïsme et de douleur se succèdent de lit en lit avec une monotonie admirable dont la France peut se glorifier.
Un de nos plus jeunes blessés me parle de l'attitude des Allemands sous le feu : « Ils marchent bien sous la mitraille, c'est certain, m'explique ce vétéran de vingt
ans, qui aura sacrifié un bras à la France. Ils savent, d'ailleurs, que s'ils reculaient ils seraient fusillés plus sûrement qu'en avançant. Mais dans les engagements isolés, dans les corps-à-corps, dans les surprises où ils ne sont pas sous la domination de leurs chefs, ils se rendent immédiatement. » Et d'un ton de dédain intraduisible, il conclut : « Voyez-vous, ce n'est pas comme chez nous : ce sont des gens qui ne savent pas se faire tuer pour rien. »